Étiquette : livre
Suicide par Pierre Suragne

Fiche de Suicide
Titre : Suicide
Auteur : Pierre Suragne
Date de parution : 1974
Editeur : Fleuve noir
Première page de Suicide
« Et pour tout arranger, il pleuvait.
Ce n’étaient pas de violentes averses, ni une pluie à chaudes larmes, mais, tout de même, il pleuvait. Un sale petit crachin tout gris, qui salissait les montagnes et engluait tout ce qu’il touchait, tirant la voûte molle des nuages jusqu’à presque lui faire toucher terre – il avait pourtant l’air bien fluet, ce petit crachin – une pleurnicherie.
Et puis il faisait froid.
Davantage encore à l’intérieur de l’église qu’au-dehors.
Paul frissonna. Cela naissait dans ses reins et remontait au long de son dos, pour venir trembler jusque dans ses mâchoires. Depuis deux jours, il n’en finissait pas de frissonner. »
Extrait de : P. Suragne. « Suicide. »
Si loin de Caïn par Pierre Pelot

Fiche de Si loin de Caïn
Titre : Si loin de Caïn
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 1988
Editeur : Bragelonne
Première page de Si loin de Caïn
« Parfait se retrouvait dehors, une fois de plus.
S’il en ressentait quelque satisfaction, elle ne se lisait pas sur son visage, renfrogné comme à l’ordinaire.
C’était un homme d’une quarantaine d’années Parfait Samson, né le 13 août 1944 exactement –, pas très grand, ni gros, mais des épaules larges et des vêtements flottants : un pantalon battle-dress sans couleur bien définie, une veste de drap noir usée et luisante au col et aux coudes… Aux pieds, des godillots qui bâillaient de la languette (faute de lacets) et de la semelle aussi, menaçant de tomber en pièces détachées au moindre mouvement. »
Extrait de : P. Pelot. « Si loin de Caïn. »
Roman de gare par Pierre Pelot

Fiche de Roman de gare
Titre : Roman de gare
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 2015
Editeur : Le monde
Première page de Roman de gare
« Tous ces gens.
Tous ces gens sans nombre et sans nom. Innombrables et innommables. Ces anonymes dans leur monde, chacun le sien, qu’ils portent dans cette bulle autour d’eux, une bulle qui ne les quitte pas plus qu’ils ne la quittent. Cette espèce de gigantesque déferlement de bulles invisibles, chacune trimballant son petit passager unique, et le flot qui roule, cascade, le flot qui ne cesse de se déverser non seulement ici, là, sur les quais de la gare, mais de par le monde.
Quelquefois, ça me prend. J’essaie d’imaginer, c’est parfaitement impossible. À devenir fou d’imaginer, au moins autant que ne pas y parvenir.
Non : pas devenir fou, plus simplement ouvrir les yeux sur cet état dans lequel on trempe ordinairement. Tous ces gens dans leur bulle-monde qui se croisent et s’entrecroisent.
Nous vivons dans une réalité vertigineuse composée de sept milliards et quelques millions
de mondes. Sans compter les mondes animaux, les trucs pas humains. »
Extrait de : P. Pelot. « Roman de gare. »
Purgatoire par Pierre Pelot

Fiche de Purgatoire
Titre : Purgatoire
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 1986
Editeur : Fleuve noir
Première page de Purgatoire
« Au cours de la nuit qui suivit cette fête en compagnie du Patron, sans doute parce qu’il avait bu plus que de raison, Cole fit un cauchemar abominable, c’est-à-dire : un cauchemar particulièrement abominable.
Ce genre de rêve qui vous atteint non seulement dans l’esprit et dont vous gardez longtemps en mémoire la cicatrice purulente, mais dans vos chairs aussi, au point de constater à l’éveil (et d’ailleurs sans trop savoir avec certitude qu’il s’agit d’un véritable éveil… si, au contraire…) que vos ongles ont laissé des marques sanglantes sur votre peau. »
Extrait de : P. Pelot. « Purgatoire. »
Petit éloge des saisons par Pierre Pelot

Fiche de Petit éloge des saisons
Titre : Petit éloge des saisons
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 2013
Editeur : François Bourin Editeur
Première page de Petit éloge des saisons
« Tant qu’il y aura des saisons…
Ainsi le temps qui passe, passe.
À une virgule près, qu’un trait d’union sournois aurait fait tomber en bas du bout du banc, on voudrait nous induire dans l’erreur de croire qu’il n’existe même pas, qu’il aurait disparu ? Volatilisé le temps passe-passe, passe-murailles à travers les cloisonnements qui font la solide armature de l’année ? Nous faire croire qu’il n’est que jeu, en somme, un vulgaire passe-temps.
Qui sont, où se cachent ces hérauts alarmistes qui nous serinent régulièrement, au moindre carrefour de quelques pauvres sentes, qu’il n’y a plus de saisons ? Où se terrent-ils, à défaut de se taire, qu’on puisse les extirper, les éjecter de leurs douillets cocons, ces annonciateurs de misère ? »
Extrait de : P. Pelot. « Petit éloge des saisons. »
Petit éloge de l’enfance par Pierre Pelot

Fiche de Petit éloge de l’enfance
Titre : Petit éloge de l’enfance
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 2007
Editeur : Gallimard
Première page de Petit éloge de l’enfance
« Il ne faut jamais croire les gens qui vous disent qu’il fera beau demain. Ce sont des menteurs pathétiques ou des illuminés, je ne veux pas penser une seconde qu’ils agissent par scélératesse.
Il ne faisait pas beau.
Déjà que toutes ces années passées s’étaient définitivement englouties au fond de quelque tourbillon nécessairement liquide, comme il en existe dans les noiretés de certains lacs, sournois, même pas visibles en surface.
Ce n’est pas tant qu’il ne faisait pas beau, mais surtout il pleuvait. Il pleuvait à la façon qu’il pleut ici – en un instant, presque à la seconde, je me suis souvenu. La pluie sur le paysage vert et gris, immuablement, exclusivement vert et gris, pour ne pas dire vert-de-gris. »
Extrait de : P. Pelot. « Petit éloge de l’enfance. »
Pauvres z’héros par Pierre Pelot

Fiche de Pauvres z’héros
Titre : Pauvres z’héros
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 1982
Editeur : Bragelonne
Première page de Pauvres z’héros
« Le courant d’air chaud troussait gaillardement l’automne, sud-est/nord-ouest, suivant une ligne Bordeaux-Reims-Strasbourg. Cela donnait du vingt et un, vingt-deux degrés sous abri. Si le chiffre n’était pas extraordinaire pour Bordeaux, l’évidence n’était pas la même en ce qui concernait le Nord-Est. Là-haut, octobre n’habitue pas aux câlins, aux vents coulis d’agréable compagnie ; un vingt-deux degrés sous abri, à la trouée d’automne, imprime dans la mémoire des renifleurs de nuages le signe d’une année pas ordinaire.
Sans être un renifleur particulièrement doué, Nanase possédait la banale faculté de se souvenir du visage habituel des saisons, et des douceurs à ce point aoûtiennes en octobre le laissaient surpris, sans une seule référence éblouissante en bordure de mémoire. Mais il n’était pas bien vieux. Il pouvait encore conjuguer le verbe « se souvenir » devant un juvénile interlocuteur sans que ce dernier lève les yeux au ciel en attendant que ça passe… »
Extrait de : P. Pelot. « Pauvres Z’héros. »
Parabellum tango par Pierre Pelot

Fiche de Parabellum tango
Titre : Parabellum tango
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 1980
Editeur : Denoël
Première page de Parabellum tango
« Des idées noires plombaient la tête de Tipul et la lui penchaient en avant, les vertèbres cervicales saillant sous la fine toile de sa chemise à ramages. Il était assis dans un morceau de soleil jaune, sur le pas de la porte du magasin. Le dos rond, les avant-bras posés sur ses genoux. De temps en temps, il remuait les orteils dans ses espadrilles. Il fumait à petits coups une 10 % de Nif, pincée entre deux doigts jaunis de sa main droite pendue au bout du poignet.
La souris grise était agrafée sur l’épaulette gauche de sa chemise. Tranquille, la queue droite.
Tipul avait un visage osseux, avec des joues très creuses et des lèvres tendues sur la proéminence d’une denture chevaline ; ses cheveux étaient raides, vaguement jaunâtres et coupés court – mais pas si court que cela, tout de même. Il avait le teint mat, des cernes lourds, grisâtres, sous les yeux. »
Extrait de : P. Pelot. « Parabellum Tango. »
Outback par Pierre Pelot

Fiche de Outback
Titre : Outback – Club Van Helsing
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 2008
Editeur : Baleine
Première page de Outback
« Au soir d’un jour entier de piste, assurément pas le premier ni le dernier, Cran entra dans la ville dont il avait perdu le nom.
Les rues étroites tranchaient entre les murailles dressées des immeubles que les fuites de perspective faisaient paraître inclinés dangereusement, sur le point de s’écrouler d’un instant à l’autre, la lumière éclaboussant les vitres encore touchées par le couchant, au tiers de la hauteur des bâtiments de l’est de la cité.
Cran retira ses lunettes de soleil, en essuya la poussière sur le revers de sa chemise, les replaça sur son nez, et la rue redevint plus rousse que de raison.
Il ne savait pas où aller. »
Extrait de : P. Pelot. « Outback. »
Oregon – l’intégrale par Pierre Pelot

Fiche de Oregon – l’intégrale
Titre : Oregon – l’intégrale (saison 1 à saison 5)
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 2017
Editeur : Bragelonne
Première page de Oregon – l’intégrale
« Plus tard, celui des trois qu’on surnommait Pipo commencera l’histoire en affirmant que c’était Thomas, Thomas Sillet, qui était venu le chercher.
Racontant :
— C’est Thomas qui est venu me chercher. Sans lui, je suppose que j’en serais toujours à l’heure actuelle à trifouiller mes moteurs… et à me demander comment le gamin a pu s’en sortir avec la berline que ce gros type à la voix éraillée de gangster de cinoche nous a amenée deux jours avant, le vendredi, je crois bien, et que j’avais promis de rendre neuve pour le vendredi suivant. Huit jours. J’avais promis. Bien sûr je fais confiance au gamin. Si c’est pas de la confiance que de le laisser se débrouiller tout seul avec le garage, à treize ans, alors comment ça s’appelle ?
« Mais aussi doué qu’il puisse être et consciencieux et capable, et tout ce qu’on veut, c’est quand même qu’un gamin de 13 ans, ce qui fait pas lourd quand on y réfléchit. Je dis pas ça en mal. Je suis peut-être le dernier sur cette terre de calamités à ne pas juger quelqu’un sur la mine ou son âge, ces apparences-là, si je me fais bien comprendre. »
Extrait de : P. Pelot. « Oregon – L’Intégrale. »