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Nos armes sont de miel par Pierre Pelot

Fiche de Nos armes sont de miel

Titre : Nos armes sont de miel
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 1982
Editeur : J’ai lu

Première page de Nos armes sont de miel

« Cette période de l’histoire que les hommes, plus tard, appelleraient « l’Âge des Conflits », s’acheva dans le milieu du mois de juillet 2250. Le 16 juillet 2250, très exactement, et très officiellement.

Pendant un siècle, ou peut-être même davantage (c’était difficile de se souvenir et les mémoires-documents stockés dans les archives de différentes nations avaient été partiellement détruits), les incendies les plus abominables qui se puissent imaginer avaient embrasé la planète Terre. Les incendies, et tout le reste : l’enfer, gueule ouverte, s’était graduellement installé à la surface de la planète, les démons avaient surgi des abysses et n’avaient guère eu de peine à contaminer l’humanité tout entière. »

Extrait de : P. Pelot. « Nos armes sont de miel. »

Noires racines par Pierre Pelot

Fiche de Noires racines

Titre : Noires racines
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 1985
Editeur : Bragelonne

Première page de Noires racines

« Popeye ouvrit un œil et se sentit très mal, comme à chaque fois qu’il remontait du trou. Mal dans sa tête, mal dans sa peau. Au goût pâteux qui lui entartrait le palais et la langue, il estima sans erreur possible qu’il s’agissait d’une cuite au vin rouge. C’était bien la seule chose dont il puisse être sûr. Pour le reste, jusqu’à un certain point, de vagues souvenirs flottaient…

Il ouvrit l’autre œil.

Ferma la bouche et saliva avec ardeur afin de se décalcifier la langue. Du vin rouge, oui, et pas du meilleur. Probable que les autres lui avaient encore joué quelque tour de vache, lui faisant avaler des mélanges, ou saupoudrant de cendre de cigarette le contenu de son verre, des choses comme ça. Il ne chercha même pas à se rappeler, ce n’était pas la peine et il le savait. Mais il était à peu près certain que les autres en avaient profité pour s’amuser à ses dépens. Il ne leur en voulait pas. C’étaient des amis. C’était le jeu. Lui-même suivait la règle sans se faire prier, à la moindre occasion. »

Extrait de : P. Pelot. « Noires racines. »

Natural killer par Pierre Pelot

Fiche de Natural killer

Titre : Natural killer
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 1985
Editeur : Bragelonne

Première page de Natural killer

« Il marchait, accompagné par l’ombre que dessinaient les étoiles à ses pieds et les aboiements assourdis des chiens éparpillés dans la nuit…

Il marchait comme moi, c’était moi.

Il était comme moi (c’était moi !), comme j’aurais pu le raconter, l’écrire. Les mots dans ma tête, ces hôtes chamailleurs au caractère impossible, avec leurs dents dures pour séduire et s’imposer toujours coûte que coûte, les mots s’étaient levés d’eux-mêmes, depuis longtemps déjà – depuis combien de temps ? je ne sais pas exactement, mais longtemps –, s’étaient rangés en bon ordre et me plaisaient bien, je les avais adoptés. Ils venaient d’alentour autant que de moi. C’était de l’amitié. Ils me tenaient vaguement chaud – eux seuls étaient capables de ce tour de force. Vaguement chaud, et pourtant :

L’hiver me coulait dans les veines, y charriant un froid total et si parfait qu’il en brûle : un froid différent de celui qui avait pris possession de tout, mangeait tout. »

Extrait de : P. Pelot. « Natural Killer. »

Mourir au hasard par Pierre Pelot

Fiche de Mourir au hasard

Titre : Mourir au hasard
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 2013
Editeur : Bragelonne

Première page de Mourir au hasard

« C’était un froid dur et noir, comme si le canal du Rhin, au nord, soufflait à travers toute la ville son haleine polaire. Un froid à vous fêler les dents, vous dépiauter les bronches. Il fallait bien respirer, vaille que vaille.

Zien Doors était en train de se dire : Mon vieux Zien, ne crois-tu pas qu’il y a mille choses plus intéressantes, dans la vie, que se geler les pieds dans cette espèce de mauvaise boîte à sandwichs mal chauffée ? Hein ? Des choses plus passionnantes que surveiller l’autre côté de la rue en attendant qu’une vieille dame de quarante-huit, quarante-neuf ans, sorte de cette putain de maison ?

Il remua ses pieds, frottant les semelles minces de ses chaussures sur le carrelage froid, en espérant que la friction dégagerait un peu de chaleur, une sorte de petit rayonnement amical suffisamment énergique pour traverser la barrière gluante de ses chaussettes poisseuses de sueur. »

Extrait de : P. Pelot. « Mourir au hasard. »

Messager des tempêtes lointaines par Pierre Pelot

Fiche de Messager des tempêtes lointaines

Titre : Messager des tempêtes lointaines
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 1996
Editeur : Denoël

Première page de Messager des tempêtes lointaines

« Où était Sandir, depuis trois jours ?
À l’instant de l’explosion, Marine regardait les feuilles du bouleau par la fenêtre, et elle crut bien voir le souffle les traverser.
Elle était couchée sur le lit, la tête au pied, en travers sur la couverture et les draps froissés. Dans cette position, elle ne voyait qu’un rectangle de ciel saupoudré de ces paillettes changeantes qu’étaient les feuilles du bouleau. Ordinairement, c’était une vision reposante. Ça lui mettait les idées à marée basse, avait-elle dit un jour à Binki qui était entrée dans la chambre sans frapper, l’avait trouvée dans cette position et avait poussé un cri en la croyant morte. »

Extrait de : P. Pelot. « Messager des tempêtes lointaines. »

Méchamment dimanche par Pierre Pelot

Fiche de Méchamment dimanche

Titre : Méchamment dimanche
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 2005
Editeur : Pocket

Première page de Méchamment dimanche

« Le jeune homme en bonnet rouge arrêta son taxi devant la gare et souligna :
— Voilà, on y est.
Il ajouta :
— Vous l’avez manqué. C’était sûr.
Le passager à l’arrière haussa imperceptiblement une épaule et attendit que le chauffeur lui ouvre la portière. Il descendit, entre ses mains la boîte à chaussures ficelée, comme s’il craignait qu’elle lui échappe et que son contenu se brise à ses pieds.
— Vous connaissez les horaires ? s’enquit le jeune homme au bonnet.
— Je trouverai, ne vous en faites pas.
— Je ne m’en fais pas, assura le chauffeur du taxi avec l’air de s’en faire quand même un peu.
De tout le trajet, il n’avait cessé de lui décocher des coups d’œil intrigués dans le rétroviseur intérieur. Ni l’un ni l’autre n’avait prononcé un mot. 
»

Extrait de : P. Pelot. « Méchamment dimanche. »

Maria par Pierre Pelot

Fiche de Maria

Titre : Maria
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 2011
Editeur : Editions Héloïse d’Ormesson

Première page de Maria

« UN PEU DE BLANC DANS BEAUCOUP DE PLUIE, la méchante neige s’était mise à tomber en même temps que la nuit, à la sortie de la ville illuminée.

Des nœuds de fatigue s’étaient serrés plus durs entre ses épaules, les ankylosés et les crampes dans ses cuisses et mollets. Il avait failli s’arrêter sur une aire de stationnement, puis dans un café en bord de rue du premier village traversé, après Remiremont, mais il avait résisté, se disant qu’il touchait au but, qu’il ne lui restait guère plus d’une vingtaine de kilomètres – une vingtaine de kilomètres, après plus de 700 –, et il avait pris la voie rapide au flanc de la vallée qui filait presque droit à l’écart des villages.

La neige pourrie s’était épaissie. Les flocons plaqués au pare-brise tenaient une seconde avant de fondre. Cette averse voltigeuse l’avait surpris. C’était peut-être un peu tôt dans la saison. Il y avait encore beaucoup de feuilles aux arbres, jaunes et flamboyantes, pareilles à des flammes durcies. La neige, en principe, tombait après la chute des feuilles, non ? Il l’avait toujours cru, en tout cas. »

Extrait de : P. Pelot. « Maria. »

Mecanic jungle par Pierre Suragne

Fiche de Mecanic jungle

Titre : Mecanic jungle
Auteur : Pierre Suragne
Date de parution : 1973
Editeur : Fleuve noir

Première page de Mecanic jungle

« Dans le silence presque parfait, le ululement de la sirène monta. Un son aigu, criard, qui enflait progressivement. Le véhicule s’approchait à grande vitesse.
Sur les trottoirs mobiles, les passants tournèrent leurs regards vers la chaussée centrale. Ils avaient de longs visages pâles, des yeux plutôt vides, comme des masques figés qui ne reflétaient pas la moindre expression.
En quelques secondes, le hurlement de la sirène fut à son paroxysme. Jaillissant de derrière un coude de la chaussée, à cet endroit où étaient braqués les regards des passants, le motobil rouge comme une flamme fit son apparition. Parmi les passants aux pieds soudés sur les trottoirs mécaniques, certains eurent comme un geste de recul instinctif. Rien de bien appuyé. Une simple esquisse. »

Extrait de : P. Suragne. « Mecanic jungle. »

Mal Iergo le dernier par Pierre Suragne

Fiche de Mal Iergo le dernier

Titre : Mal Iergo le dernier
Auteur : Pierre Suragne
Date de parution : 1972
Editeur : Fleuve noir

Première page de Mal Iergo le dernier

« Tous les bouges de Targa se ressemblent. Ils ne sont pas des tavernes dans une ville, ils sont la ville entière. Les plus monstrueux sont sans nul doute ceux des anciens ports spatiaux. Mais il reste très peu de ports spatiaux sur Targa.

En revanche, on trouve encore d’innombrables villes-tavernes, sur les six continents. Galeuses, elles tachent la jungle, ou bien elles sont comme de sales excroissances sur le bord des fleuves, ou bien encore elles se dressent, telles de longs champignons plats, dans les déserts et les montagnes sèches.

À présent, les long-courriers réguliers évitent soigneusement Targa la Maudite. C’est ainsi depuis longtemps, il est vrai. C’est ainsi depuis la catastrophe, mais personne, dans les peuples galactiques, n’est assez vieux en âge pour se lever et dire : « J’ai vu, je vivais quand s’est produite la catastrophe ». Personne. La catastrophe a explosé il y a bien
longtemps. »

Extrait de : P. Suragne. « Mal Iergo le Dernier. »

Mais si les papillons trichent par P. Suragne

Fiche de Mais si les papillons trichent

Titre : Mais si les papillons trichent
Auteur : Pierre Suragne
Date de parution : 1974
Editeur : Fleuve noir

Première page de Mais si les papillons trichent

« Price s’éveilla, mais demeura allongé sur le lit, paupières closes. Longtemps, il écouta la fatigue qui roulait dans son corps, glissait en vague molle au long de ses muscles. Cette nouvelle marque de somnifère qu’il utilisait depuis quelque temps était réellement efficace…, peut-être trop. Il se dit, pour la centième fois, qu’il serait judicieux d’en changer encore, et de rendre visite à un conseiller-psycho. Dans toute la gamme de ces somnifères, il devait certainement exister une marque idéale. Une marque pour lui, Price.

Paupières closes, il écouta l’extérieur, laissant vagabonder ses idées au hasard. Aux rives du sommeil, il s’extirpait lentement des vagues lourdes. Tout autour de lui, c’était le calme parfait. »

Extrait de : P. Suragne. « Mais si les papillons trichent. »