Étiquette : livre
A dos de crocodile par G. Egan

Fiche de A dos de crocodile
Titre : A dos de crocodile
Auteur : Greg Egan
Date de parution : 2005
Traduction : F. Lustman
Editeur : Bélial
Première page de A dos de crocodile
« Leila et Jasim étaient mariés depuis dix mille trois cent neuf ans quand ils commencèrent à envisager de mourir. Ils avaient connu l’amour, élevé des enfants et vu prospérer leur descendance, génération après génération. Ils avaient visité une dizaine de mondes et vécu au sein de mille cultures. Ils avaient plusieurs fois repris des études, démontré des théorèmes et acquis puis délaissé toutes sortes de sensibilités artistiques et de savoir-faire. Ils n’avaient pas tout vécu, loin de là, mais quel aurait été le sens de la pluralité des individus si chacun essayait d’épuiser toutes les permutations de l’existence ? Il y avait des expériences, ils en convenaient, que tout le monde devait faire, mais d’autres qui ne concernaient qu’une poignée de gens dans l’immensité de l’espace et du temps. »
Extrait de : G. Egan. « À dos de crocodile. »
L’énigme de l’univers par G. Egan

Fiche de L’énigme de l’univers
Titre : L’énigme de l’univers (Tome 3 sur 3 – Cosmology)
Auteur : Greg Egan
Date de parution : 1995
Traduction : B. Sigaud
Editeur : Le livre de poche
Première page de L’énigme de l’univers
« — Très bien. Il est mort. Allez, parlez-lui.
Le bioéthicien était un(e) laconique jeune asexe avec des nattes rastas blondes et un T-shirt sur lequel, entre deux pubs payées, clignotait le slogan : DITES NON À LA TDT ! Ille contresigna le formulaire de décharge sur le minicom de la légiste puis se retira dans un coin de la salle. Le traumato et l’infirmier poussèrent sur le côté leur chariot de matériel résurrecteur et la légiste s’élança, seringue hypodermique au poing, pour administrer la première dose de neuropréservatif. Inutile avant la mort légale – massivement toxique pour plusieurs organes dans un intervalle de quelques heures –, ce cocktail d’antagonistes du glutamate, d’inhibiteurs calciques et d’antioxydants arrêterait presque immédiatement les changements biochimiques les plus destructeurs dans le cerveau de la victime. »
Extrait de : G. Egan. « L’Énigme de l’Univers – Cosmology. »
La cité des permutants par G. Egan

Fiche de La cité des permutants
Titre : La cité des permutants (Tome 2 sur 3 – Cosmology)
Auteur : Greg Egan
Date de parution : 1994
Traduction : B. Sigaud
Editeur : Le livre de poche
Première page de La cité des permutants
« Paul Durham ouvrit les yeux, cilla devant la clarté inattendue de la pièce puis tendit paresseusement la main pour la placer dans une flaque de soleil au coin du lit. Des poussières voltigeaient dans le rayon lumineux qui pénétrait obliquement entre les rideaux disjoints, et chaque particule semblait apparaître et disparaître comme par magie, évoquant un souvenir d’enfance de la dernière fois où il avait trouvé cette illusion si irrésistible, si hypnotique : Il se tenait sur le seuil de la cuisine, la lumière de l’après-midi sectionnait la pièce où poussières, grains de farine et volutes de vapeur tourbillonnaient dans la tranche d’air étincelante. L’esprit momentanément brouillé par le sommeil, il essayait encore de s’éveiller, de se ressaisir, de mettre de l’ordre dans sa vie, et il lui sembla tout aussi logique de juxtaposer ces deux fragments – de voir des poussières flotter dans le soleil à quarante ans de distance – que de suivre l’écoulement ordinaire du temps d’un instant au suivant. Puis il s’éveilla un peu plus, et la confusion se dissipa. »
Extrait de : G. Egan. « La Cité des permutants – Cosmology. »
Isolation par G. Egan

Fiche de Isolation
Titre : Isolation (Tome 1 sur 3 – Cosmology)
Auteur : Greg Egan
Date de parution : 1992
Traduction : F. Lustman
Editeur : Le livre de poche
Première page de Isolation
« Seuls mes clients les plus paranoïaques me téléphonent en plein sommeil.
Bien évidemment, personne ne désire qu’un appel sensible soit décodé et affiché sur l’écran d’un vidéophone ordinaire ; même si la pièce n’est pas sous écoute, on peut capter dans tout le voisinage le bruit radioélectrique engendré par l’affichage du message décrypté. La plupart des gens se contentent néanmoins de la solution habituelle : une modification neurale permettant au cerveau d’effectuer lui-même le décodage et de transmettre directement le résultat aux centres visuels et auditifs. Le mod que j’utilise, Maître-Chiffre (NeuroComm, 5 999 $), fournit également un larynx virtuel en option pour une sécurité bidirectionnelle totale…
… ou presque. Même le cerveau laisse échapper des champs électriques et magnétiques minimes. »
Extrait de : G. Egan. « Isolation – Cosmology. »
ZeroS par P. Watts

Fiche de ZeroS
Titre : ZeroS
Auteur : Peter Watts
Date de parution : 2018
Traduction : G. Goullet
Editeur : Bélial
Première page de ZeroS
« Asante part en hurlant. L’enfer est une chambre de réverbération pleine de cris, d’eau de mer et de chocs métalliques. Des ombres monstrueuses passent sur les cloisons, de la lumière verte ondule et s’entrecroise sur la moindre surface. Telles des créatures qui surgissent d’un lagon brillant, les Sāhilites émergent du puits central en ouvrant le feu : le milieu du corps de Rashida explose en une brume sombre, sa moitié supérieure tombe sur le pont. Kito est toujours en train de se traîner vers le fusil à harpon sur le séchoir… comme si un vieil outil de pêche pouvait repousser ces monstres avec leurs flingues, leur air comprimé et leurs petites cartouches qui s’enfoncent loin dans votre chair avant de vous montrer l’effet sur vos intestins de la libération de cinq cents atmosphères.
Asante a moins que ça. Il n’a que ses poings.
Il s’en sert. Se jette sur la Sāhilite la plus proche au moment où elle braque son arme sur Kito, frappe frénétiquement alors que le pont gémit, se dérobe et s’incline. »
Extrait de : P. Watts. « ZeroS. »
Eriophora par P. Watts

Fiche de Eriophora
Titre : Eriophora
Auteur : Peter Watts
Date de parution : 2018
Traduction : G. Goullet
Editeur : Bélial
Première page de Eriophora
« Au début de notre voyage, je m’amusais à chacun de mes dégels à calculer la distance qu’on avait parcourue jusque-là, puis je regardais à quelle époque ça correspondrait si l’Eriophora était une machine à voyager dans le temps, si nous remontions l’histoire au lieu de nous enfoncer dans le cosmos. Oh, regarde : le temps d’atteindre notre premier chantier et nous voilà revenus à la Révolution industrielle. Deux chantiers nous ont emmenés à l’âge d’or de l’Islam, sept à la dynastie Shang.
J’essayais sans doute ainsi de conserver une sorte de lien, de mesurer cette entreprise vraiment immortelle sur une échelle perceptible viscéralement par la viande. Sauf que ça n’a pas marché. Bien au contraire : vouloir ne serait-ce qu’essayer de circonscrire la Diaspora dans les pitoyables limites de l’histoire terrestre a fini par m’apparaître complètement absurde et orgueilleux. »
Extrait de : P. Watts. « Eriophora. »
Au-delà du gouffre par P. Watts

Fiche de Au-delà du gouffre
Titre : Au-delà du gouffre
Auteur : Peter Watts
Date de parution : 2015
Traduction : G. Goullet
Editeur : Bélial
Sommaire de Au-delà du gouffre
- Les choses
- Le Malak
- Ambassadeur
- Nimbus
- Le second avènement de Jasmine Fitzegerald
- L’île
- Eclat
- Géantes
- Un mot pour les païens
- Chair faite parole
- Les yeux de Dieu
- Hillcrest contre Velikovski
- Ephémère
- Le colonel
- Une niche
- Maison
Première page de Les choses
« Là, je suis Blair. Je m’échappe par l’arrière tandis que le monde entre par l’avant.
Là, je suis Copper. Je me lève d’entre les morts.
Là, je suis Childs. Je garde l’entrée principale.
Les noms n’ont pas d’importance. Ce sont des symboles, rien de plus ; toutes les biomasses sont interchangeables. Ce qui importe, c’est qu’elles sont tout ce qui subsiste de moi. Le monde a brûlé tout le reste.
Je me vois par la fenêtre qui avance à grandes enjambées dans la tempête, étant Blair. MacReady m’a dit de brûler Blair s’il revient tout seul, mais MacReady pense toujours que je suis l’un de lui : non, je parais Blair et je suis à la porte. Là, je suis Childs, et je me fais entrer. Je partage une brève communion, des vrilles se tordent à partir de mes visages et s’entremêlent : je suis BlairChilds échangeant des nouvelles du monde. »
Extrait de : P. Watts. « Au-delà du gouffre. »
Echopraxie par P. Watts

Fiche de Echopraxie
Titre : Echopraxie (Tome 2 sur 2 – Vision aveugle)
Auteur : Peter Watts
Date de parution : 2014
Traduction : G. Goullet
Editeur : Fleuve noir
Première page de Echopraxie
« Une pièce blanche, vierge d’ombre et de topographie. Aucun angle : c’est une condition indispensable. Aucun coin ni aucune intrusion mobilière, aucun éclairage directionnel, aucune géométrie de lumière et d’ombre dont l’intersection, vue d’un endroit quelconque de la pièce, pourrait évoquer le Signe de Croix. Les parois, ou plutôt la paroi consistait en une seule surface incurvée légèrement bioluminescente, une enceinte sphéroïde aplanie à contrecœur à la base par égard pour la convention bipède. C’était un utérus géant de trois mètres de diamètre, avec même quelque chose qui pleurnichait en chien de fusil par terre.
Un utérus dont tout le sang était à l’extérieur.
Elle s’appelait Sachita Bhar et tout ce sang était aussi dans sa tête. »
Extrait de : P. Watts. « Échopraxie – Vision aveugle. »
Vision aveugle par P. Watts

Fiche de Vision aveugle
Titre : Vision aveugle (Tome 1 sur 2 – Vision aveugle)
Auteur : Peter Watts
Date de parution : 2006
Traduction : G. Goullet
Editeur : Fleuve noir
Première page de Vision aveugle
« Imaginez que vous êtes Siri Keeton.
Vous vous réveillez dans une résurrection atrocement douloureuse, cherchant votre souffle après une apnée du sommeil record de cent quarante jours. Vous sentez votre sang, épaissi par la dobutamine et la leu-enképhaline, se frayer un chemin dans des artères racornies par des mois d’inactivité. Le corps enfle en incréments douloureux : les vaisseaux sanguins se dilatent, la chair se détache de la chair, les côtes craquent dans vos oreilles à cause d’une soudaine et inhabituelle flexion. Vos articulations se sont grippées à force de ne pas servir. Vous êtes un homme-bâton, figé en une perverse rigor vitae.
Vous hurleriez, si vous aviez assez de souffle. »
Extrait de : P. Watts. « Vision aveugle – Vision aveugle. »
Béhémoth par P. Watts

Fiche de Béhémoth
Titre : Béhémoth (Tome 3 sur 3 – Rifteurs)
Auteur : Peter Watts
Date de parution : 2003
Traduction : G. Goullet
Editeur : Fleuve noir
Première page de Béhémoth
« Quand on a perdu ses yeux, avait entendu dire Achille Desjardins, on les récupère dans ses rêves.
Cela n’arrivait pas qu’aux aveugles : n’importe qui de diminué par la vie se rêvait complet. Les quadruples amputés couraient et jouaient au football, les sourds entendaient des symphonies, les cœurs brisés aimaient à nouveau. L’esprit avait sa propre inertie ; il avait tellement pris l’habitude d’un certain rôle au cours de toutes ces années qu’il rechignait à abandonner l’ancien paradigme.
Il finissait par le faire, bien entendu. Les visions radieuses disparaissaient, la musique cessait, le flux sensoriel imaginaire se réduisait à quelque chose de plus adapté à des orbites vides et des cochlées dévastées. Mais cela prenait des années, des décennies… au cours desquelles l’esprit se torturait nuit après nuit avec le souvenir de ce qu’il avait perdu. »
Extrait de : P. Watts. « Béhémoth – Rifteurs. »