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Carmen par Prosper Mérimée

Fiche de Carmen
Titre : Carmen
Auteur : Prosper Mérimée
Date de parution : 1845
Editeur : Gallimard
Première page de Carmen
« J’avais toujours soupçonné les géographes de ne savoir ce qu’ils disent lorsqu’ils placent le champ de bataille de Munda dans le pays des Bastuli-Pœni, près de la moderne Monda, à quelque deux lieues au nord de Marbella. D’après mes propres conjectures sur le texte de l’anonyme, auteur du Bellum Hispaniense, et quelques renseignements recueillis dans l’excellente bibliothèque du duc d’Ossuna, je pensais qu’il fallait chercher aux environs de Montilla le lieu mémorable où, pour la dernière fois, César joua quitte ou double contre les champions de la république. Me trouvant en Andalousie au commencement de l’automne de 1830, je fis une assez longue excursion pour éclaircir les doutes qui me restaient encore. Un mémoire que je publierai prochainement ne laissera plus, je l’espère, aucune incertitude dans l’esprit de tous les archéologues de bonne foi. En attendant que ma dissertation résolve
enfin le problème géographique qui tient toute l’Europe savante en suspens, je veux vous raconter une petite histoire ; elle ne préjuge rien sur l’intéressante question de l’emplacement de Monda. »
Extrait de : Prosper Mérimée. « Carmen. »
Nouvelles T.4 par Prosper Mérimée

Fiche de Nouvelles T.4
Titre : Nouvelles T.4 (Tome 4 sur 4)
Auteur : Prosper Mérimée
Date de parution : 1830 – 1870
Editeur : Bibebook
Sommaire de Nouvelles T.4
- La partie de trictrac
- Le vase étrusque
- Arsène Guillot
- Histoire de Rondino
- L’abbé Aubain
- La chambre bleue
- Djoûmane
- Il Viccolo di Madama Lucrezia
Première page de La partie de trictrac
« Les voiles sans mouvement pendaient collées contre les mâts ; la mer était unie comme une glace, la chaleur était étouffante, le calme désespérant.
Dans un voyage sur mer les ressources d’amusement que peuvent offrir les hôtes d’un vaisseau sont bientôt épuisées. On se connaît trop bien, hélas ! lorsqu’on a passé quatre mois ensemble dans une maison de bois longue de cent vingt pieds. Quand vous voyez venir le premier lieutenant, vous savez d’abord qu’il vous parlera de Rio-Janeiro, d’où il vient ; puis du fameux pont d’Essling, qu’il a vu faire par les marins de la garde, dont il faisait partie. Au bout de quinze jours, vous connaissez jusqu’aux expressions qu’il affectionne, jusqu’à la ponctuation de ses phrases, aux différentes intonations de sa voix. Quand jamais a-t-il manqué de s’arrêter tristement après avoir prononcé pour la première fois dans son récit ce mot, l’empereur… « Si vous l’aviez vu alors ! ! ! » (trois points d’admiration) ajoute-t-il invariablement. »
Extrait de : P. Mérimée. « Nouvelles 4. »
Nouvelles T.3 par Prosper Mérimée

Fiche de Nouvelles T.3
Titre : Nouvelles T.3 (Tome 3 sur 4)
Auteur : Prosper Mérimée
Date de parution : 1829 – 1833
Editeur : Bibebook
Sommaire de Nouvelles T.3
- Vision de Charles XI
- L’enlèvement de la redoute
- Federigo
- La double méprise
- Tamango
Première page de Vision de Charles XI
« On se moque des visions et des apparitions surnaturelles ; quelques-unes, cependant, sont si bien attestées, que, si l’on refusait d’y croire, on serait obligé, pour être conséquent, de rejeter en masse tous les témoignages historiques.
Un procès-verbal en bonne forme, revêtu des signatures de quatre témoins dignes de foi, voilà ce qui garantit l’authenticité du fait que je vais raconter. J’ajouterai que la prédiction contenue dans ce procès-verbal était connue et citée bien longtemps avant que des événements arrivés de nos jours aient paru l’accomplir.
Charles XI, père du fameux Charles XII, était un des monarques les plus despotiques, mais un des plus sages qu’ait eus la Suède. Il restreignit les privilèges monstrueux de la noblesse, abolit la puissance du sénat, et fit des lois de sa propre autorité ; en un mot, il changea la constitution du pays, qui était oligarchique avant lui, et força les États à lui confier l’autorité absolue. »
Extrait de : Prosper Mérimée. « Nouvelles 3. »
Nouvelles T.2 par Prosper Mérimée

Fiche de Nouvelles T.2
Titre : Nouvelles T.2 (Tome 2 sur 4)
Auteur : Prosper Mérimée
Date de parution : 1837 – 1845
Editeur : Bibebook
Sommaire de Nouvelles T.2
- La Vénus d’Ille
- Carmen
Première page de La Vénus d’Ille
« Je descendais le dernier coteau du Canigou, et, bien que le soleil fût déjà couché, je distinguais dans la plaine les maisons de la petite ville d’Ille, vers laquelle je me dirigeais.
« Vous savez, dis-je au Catalan qui me servait de guide depuis la veille, vous savez sans doute où demeure M. de Peyrehorade ?
— Si je le sais ! s’écria-t-il, je connais sa maison comme la mienne ; et s’il ne faisait pas si noir, je vous la montrerais. C’est la plus belle d’Ille. Il a de l’argent, oui, M. de Peyrehorade ; et il marie son fils à plus riche que lui encore.
— Et ce mariage se fera-t-il bientôt ? lui demandai-je. »
Extrait de : Prosper Mérimée. « Nouvelles 2. »
Nouvelles T.1 par Prosper Mérimée

Fiche de Nouvelles T.1
Titre : Nouvelles T.1 (Tome 1 sur 4)
Auteur : Prosper Mérimée
Date de parution : 1829 – 1840
Editeur : Bibebook
Sommaire de Nouvelles T.1
- Colomba
- Mateo Falcone
Première page de Colomba
« Dans les premiers jours du mois d’octobre 181., le colonel Sir Thomas Nevil, Irlandais, officier distingué de l’armée anglaise, descendit avec sa fille à l’hôtel Beauvau, à Marseille, au retour d’un voyage en Italie. L’admiration continue des voyageurs enthousiastes a produit une réaction, et, pour se singulariser, beaucoup de touristes aujourd’hui prennent pour devise le nil admirari d’Horace. C’est à cette classe de voyageurs mécontents qu’appartenait miss Lydia, fille unique du colonel. La Transfiguration lui avait paru médiocre, le Vésuve en éruption à peine supérieur aux cheminées des usines de Birmingham. En somme, sa grande objection contre l’Italie était que ce pays manquait de couleur locale, de caractère. Explique qui pourra le sens de ces mots, que je comprenais fort bien il y a quelques années, et que je n’entends plus aujourd’hui. »
Extrait de : Prosper Mérimée. « Nouvelles 1. »
Nous avons toujours vécu au château par S. Jackson

Fiche de Nous avons toujours vécu au château
Titre : Nous avons toujours vécu au château
Auteur : S. Jackson
Date de parution : 1962
Traduction : J.-P. Gratias
Editeur : Rivages
Première page de Nous avons toujours vécu au château
« Je m’appelle Mary Katherine Blackwood. J’ai dix-huit ans, et je vis avec ma sœur, Constance. J’ai souvent pensé qu’avec un peu de chance, j’aurais pu naître loup-garou, car à ma main droite comme à la gauche, l’index est aussi long que le majeur, mais j’ai dû me contenter de ce que j’avais. Je n’aime pas me laver, je n’aime pas les chiens, et je n’aime pas le bruit. J’aime bien ma sœur Constance, et Richard Plantagenêt, et l’amanite phalloïde, le champignon qu’on appelle le calice de la mort. Tous les autres membres de ma famille sont décédés.
La dernière fois que j’ai jeté un coup d’œil aux livres de la bibliothèque, sur la tablette de la cuisine, la date de retour était dépassée de plus de cinq mois, et je me suis demandé si j’en aurais choisi d’autres en sachant que ceux-là seraient les derniers, qu’ils resteraient éternellement sur notre étagère. »
Extrait de : Shirley Jackson. « Nous avons toujoursvécu au château. »
Maison hantée par S. Jackson

Fiche de Maison hantée
Titre : Maison hantée
Auteur : S. Jackson
Date de parution : 1959
Traduction : D. Mols
Editeur : Pocket
Première page de Maison hantée
« Aucun organisme vivant ne peut connaître longtemps une existence saine dans des conditions de réalité absolue. Les alouettes et les sauterelles elles-mêmes, au dire de certains, ne feraient que rêver. Hill House se dressait toute seule, malsaine, adossée à ses collines. En son sein, les ténèbres. Il y avait quatre-vingts ans qu’elle se dressait là et elle y était peut-être encore pour quatre-vingts ans. À l’intérieur, les murs étaient toujours debout, les briques toujours jointives, les planchers solides et les portes bien closes. Le silence s’étalait hermétiquement le long des boiseries et des pierres de Hill House. Et ce qui y déambulait, y déambulait tout seul.
Le docteur John Montague était docteur en philosophie. Il s’était également spécialisé en anthropologie, pressentant obscurément que cette étude le rapprocherait sans doute davantage de sa véritable vocation, à savoir l’analyse des manifestations surnaturelles. »
Extrait de : Shirley Jackson. « Maison hanté. »
Le cadran solaire par S. Jackson

Fiche de Le cadran solaire
Titre : Le cadran solaire
Auteur : S. Jackson
Date de parution : 1958
Traduction : D. Haas
Editeur : Pocket
Première page de Le cadran solaire
« Après l’enterrement, ils rentrèrent à la maison, qui était, sans contestation possible désormais, la maison de Mrs. Halloran. Ils restèrent un moment à se dandiner, comme s’ils hésitaient sur la conduite à tenir, dans le beau vestibule aux proportions majestueuses, tandis que Mrs. Halloran allait dans l’aile droite annoncer à Mr. Halloran que les derniers devoirs avaient été rendus à Lionel sans mélodrame. La jeune Mrs. Halloran, voyant s’éloigner sa belle-mère, dit d’un ton désabusé :
— Elle va peut-être tomber raide morte sur le pas de la porte. Fancy chérie, tu aimerais voir grand-maman tomber raide morte sur le pas de la porte ?
— Oui, mère.
Fancy tira sur le bas de la robe noire dont sa grand-mère l’avait accoutrée. La jeune Mrs. Halloran n’estimait pas convenable de faire porter le deuil à une enfant de dix ans. D’autant que la robe était trop longue et vraiment indigne d’une Halloran. »
Extrait de : Shirley Jackson. « Le cadran solaire. »
La loterie par S. Jackson

Fiche de La loterie
Titre : La loterie
Auteur : S. Jackson
Date de parution : 1949
Traduction : D. Mols
Editeur : Pocket
Sommaire de La loterie
- La dent
- L’amant diabolique
- The villager
- Charles
- Ma vie chez R. H. Macy
- Le sorcier
- Sept types d’ambiguïté
- Les renégats
- Ebriété
- Statue de sel
- Colloque
- Le pantin
- Combat judiciaire
- Bien sûr
- Les hommes, avec leurs grosses chaussures !
- La lettre de Jimmy
- Comme ma mère les faisait
- Jardin fleuri
- Venez en Irlande danser avec moi
- La loterie
Première page de La dent
« Le car attendait en haletant lourdement au bord du trottoir, devant la petite gare routière, et ses grandes formes arrondies bleues et argent luisaient au clair de lune. Il n’y avait que quelques personnes qui s’intéressaient à lui, et à part cela plus aucun passant n’était à voir à cette heure tardive. L’unique cinéma de la ville avait fermé ses portes une heure auparavant, à la fin de la dernière représentation, et tous les spectateurs qui étaient allés prendre une glace au drugstore avaient déjà réintégré leurs foyers. Le drugstore lui-même était fermé et plongé dans l’obscurité, et sa porte était rentrée dans le rang des portes closes et silencieuses qui s’alignaient au cœur de la nuit. La longue rue était déserte. Les seuls éclairages qui subsistaient à part les réverbères étaient ceux du petit bar qui restait ouvert vingt-quatre heures sur vingt-quatre, de l’autre côté de la rue, et puis la petite lampe solitaire qui brûlait encore au guichet de la petite gare. »
Extrait de : Shirley Jackson. « La Loterie. »
Hangsaman par S. Jackson

Fiche de Hangsaman
Titre : Hangsaman
Auteur : S. Jackson
Date de parution : 1951
Traduction : F. Duvigneau
Editeur : Rivages
Première page de Hangsaman
« Mr. Arnold Waite – mari, père, homme de parole – se renversait toujours contre le dossier de sa chaise après sa deuxième tasse de café au petit déjeuner et considérait sa femme et ses deux enfants d’un air incrédule. Sa chaise était placée de telle sorte que, lorsqu’il inclinait la tête en arrière, la lumière du soleil, été comme hiver, éclairait ses cheveux qui ne vieillissaient pas d’une lueur à la fois angélique et indifférente – indifférente car, à l’instar de Mr. Waite, cette lumière n’estimait pas indispensable de nourrir une quelconque croyance pour continuer son existence. Quand Mr. Waite tournait la tête pour regarder sa femme et ses enfants, la lumière se déplaçait avec lui et jetait des motifs fragmentés sur la table et le plancher.
« Ton Dieu », lança-t-il comme d’habitude à Mrs. Waite, assise à l’autre extrémité de la table, « a jugé bon de nous accorder une journée radieuse. » Ou bien il disait : « Ton Dieu a jugé bon de nous envoyer la pluie », ou « la neige », ou « a jugé bon de nous rendre visite avec des orages. » Ce rituel devait son origine à une malencontreuse déclaration de Mrs. Waite, quand sa fille était âgée de trois ans ; la petite Natalie ayant demandé à sa mère ce qu’était Dieu, celle-ci répondit que Dieu avait créé le monde, ses habitants, et le temps qu’il faisait ; Mr. Waite n’était pas de ceux qui laissent passer ce genre de remarque. »
Extrait de : Shirley Jackson. « Hangsaman. »