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Villa vortex par M. G. Dantec

Fiche de Villa vortex

Titre : Villa vortex (Tome 1 sur 2 – Liber mundi)
Auteur : Maurice G. Dantec
Date de parution : 2003
Editeur : Gallimard

Première page de Villa vortex

« Nul n’aurait pu prédire que le siècle commencerait très précisément avec la Fin des Temps. Pas plus moi qu’un autre.
D’ailleurs, qui prédit encore quelque chose ?
Pourtant, certains d’entre nous avaient eu, durant un bref moment, la vision d’une Apocalypse imminente, alors que les festivités de l’An 2000 illuminaient les fuseaux horaires les uns après les autres, dans la féerie télégénique de la culture globale.
La peur, à l’époque, venait d’une banale conversion des systèmes informatiques planétaires au changement de date. Un terrible « bogue » menaçait, peut-être, le système circulatoire cybernétique des sociétés de troisième type.
Les agences de sécurité du monde entier furent mises en alerte, des milliers d’ingénieurs travaillèrent jour et nuit contre le temps désormais cadencé par le quartz des microprocesseurs.
Mais l’An 2000 passa, et rien ne se produisit. »

Extrait de : Maurice G. Dantec. « Villa Vortex – Liber mundi. »

American black box par M. G. Dantec

Fiche de American black box

Titre : American black box (Tome 3 sur 3 – Journal)
Auteur : Maurice G. Dantec
Date de parution : 2007
Editeur : Livre de poche

Première page de American black box

« Cet objet que vous tenez entre vos mains est d’une extrême fragilité. C’est sans doute pour cela que, comme tout bon dispositif détonant, il va falloir le manipuler avec quelques précautions d’usage. Sa logique est d’une redoutable simplicité : il n’en a pas, sinon la cinétique infernale d’une déflagration. Le temps de l’écriture lui – même en a été affecté, le seul ordre qui y prévaut c’est celui du maximum de dégâts possible.
Vous voici face à la « boîte noire », le système d’enregistrement et de décodage d’un monde qui a choisi d’en finir un peu plus vite que prévu, le système d’enregistrement et de décodage d’une civilisation qui ne croit plus en elle-même, le système d’enregistrement et de décodage du néo-totalitarisme planétaire qui assoit sa domination universelle. Et aussi le système d’enregistrement et de décodage des messages de résistance qui proviennent de partout sur la planète. »

Extrait de : Maurice G. Dantec. « American Black Box – Journal. »

Laboratoire de catastrophe générale par M. G. Dantec

Fiche de Laboratoire de catastrophe générale

Titre : Laboratoire de catastrophe générale (Tome 2 sur 3 – Journal)
Auteur : Maurice G. Dantec
Date de parution : 2001
Editeur : Gallimard

Première page de Laboratoire de catastrophe générale

« À cette assertion, profonde, de Heidegger, il convient de ne répliquer qu’après une mûre réflexion.

Dans le doute, et sans éclaircissement définitif, nous poserons juste la question ainsi :

Et si c’était la vérité qui était la mise en œuvre de l’art ?

Ne serait-elle pas même l’art de la mise en œuvre ?

Ce n’est pas parce qu’une proposition repose sur trois termes quelle échappe aux lois de la dialectique, même si celles-ci s’avèrent bien souvent infondées.

La puissance d’une démonstration est proportionnelle au nombre de tautologies quelle est en mesure
de briser. »

Extrait de : Maurice G. Dantec. « Laboratoire de catastrophe générale – Journal. »

Le théâtre des opérations par M. G. Dantec

Fiche de Le théâtre des opérations

Titre : Le théâtre des opérations (Tome 1 sur 3 – Journal)
Auteur : Maurice G. Dantec
Date de parution : 1999
Editeur : Gallimard

Première page de Le théâtre des opérations

« Arrivée au Canada, le 6 décembre 1998, avec ma petite famille.

Ça y est, nous sommes des émigrés.

Le lendemain, on célèbre le 57e anniversaire de Pearl Harbor, et aujourd’hui correspond à la date du massacre de l’École polytechnique, en 1989.

Bienvenue en Amérique.

Les premiers jours sont instables, sous un ciel bleu d’une pureté douloureuse, surtout au crépuscule, comme s’il nous rappelait ce que nous avons quitté. Le fait d’avoir coupé les ponts avec la mère patrie et l’ouverture subséquente de notre mental au nouvel espace américain nous a projetés dans une drôle de zone dépressionnaire, comme dans l’œil d’un cyclone en formation.

Devenir américain. Réaliser l’impossibilité et la nécessité de la tâche dans le même mouvement de la pensée. »

Extrait de : M. G. Dantec. « Le théâtre des opérations – Journal. »

Une enfance sorcière par C. Seignolle

Fiche de Une enfance sorcière

Titre : Une enfance sorcière
Auteur : C. Seignolle
Date de parution : 2000
Editeur : Omnibus

Première page de Une enfance sorcière

« C’est à Périgueux, dans un Périgord truffé du passé le plus ancien, celui des civilisations longtemps dites « antédiluviennes », que ma mère me porta en ventre, de septembre 1916 au 25 juin 1917, à quinze heures très précises, les trois coups d’horloge frappant les toits de la basse ville et annonçant le lever de rideau sur le spectacle que j’allais jouer dans la vie. 
Chaque jour de sa croissante grossesse, elle se livra à de vaillants exercices pédestres, car elle n’a jamais su tenir en place, et promena le docile fœtus que j’étais, l’imprégnant d’ambiances extérieures qui décidèrent de mes goûts futurs, tant il est vrai qu’un embryon subit non seulement l’héritage chromosomique mais encore les influences, le milieu et les humeurs d’autrui. Et l’on comprendra le sort de ma destinée lorsqu’on saura que ma mère avait de hautes prédilections, puisqu’elle parcourait avec ivresse les ruines des arènes romaines et prétocoriennes, les jardins du musée encombrés de stèles funéraires gauloises »

Extrait de : Claude Seignolle. « Une enfance sorcière. »

Sexie par C. Seignolle

Fiche de Sexie

Titre : Sexie ou l’éloge de la nymphomanie
Auteur : C. Seignolle
Date de parution : 2013
Editeur : Editions Dominique Leroy

Première page de Sexie

« Grâce à une chance qui, en bien des cas, m’est particulière, je me trouve à la tête d’un compartiment vide ; banquette bien rembourrée, munie d’accoudoirs et d’allonge pieds. Par une faveur divine, j’ai tout cela pour moi seul… Une veine ! Pour s’en persuader, il suffit de jeter un coup d’œil aux compartiments voisins, gavés d’un enchevêtrement de jambes, de baluchons et de valises, le tout noyé dans une âcre fumée de tabac.

Dès lors, privilégié, je tire les rideaux, éteins la lumière et m’installe, requérant toute mon ingéniosité pour parer à la première attaque venant du couloir. Mais je n’ai, hélas ! que mon imperméable et une toute petite valise pour m’aider à donner l’illusion d’une absence momentanée de compagnons de voyage. Et, de ce moment, commence – faiblesse humaine – cette inquiétude sociale qui me force à reconnaître que je barbote tout simplement sept places qui ne sont pas à moi. »

Extrait de : Claude Seignolle. « Sexie ou L’éloge de la nymphomanie. »

Récits cruels par C. Seignolle

Fiche de Récits cruels

Titre : Récits cruels
Auteur : C. Seignolle
Date de parution : 1967
Editeur : Marabout

Sommaire de Récits cruels

  • Récits cruels
    • Les chevaux de la nuit
    • Le dernier visiteur
    • Minnah l’étoile
    • Le retour à Tiburiac
  • Bestiaires et cruautés rustiques
    • Lou Siblaire
    • Le dormeur
    • Celui qui s’y frotta
    • Le marchand de rats
    • Les deux plumes
    • Le chien pourri
  • Nuits
    • Nuits
    • Le Hupeur
    • L’auberge du Larzac

Première page de Les chevaux de la nuit

« Venant de Paris par chemin de fer, je descendis en fin d’après-midi à Landivisiau. C’était la première fois que je me rendais en Bretagne, où le temps de ce mois de mars 1892, doux et humide, se montrait plus clément qu’en la capitale. La nuit se hâtait de clore le jour, mais l’éclairage municipal, bien que faible, l’empêchait d’effacer complètement les rues de cette petite ville dont l’architecture provinciale, voilée par l’atmosphère crépusculaire, me dépaysa ; sensation accrue par la vision de ses habitants en costume local et par les étranges sonorités de leur langue, qui évoquèrent pour moi une époque révolue.

Je dînai à la table d’hôtes du meilleur hôtel de la ville et, malgré la possibilité d’y coucher confortablement, je décidai de repartir le soir même vers ma destination. L’impatience de mon cœur voulait me rapprocher encore de Kerentran où je n’étais attendu que le lendemain. Mais, sachant que la nuit me serait moins longue à proximité de Joceline, je désirais passer ce temps à l’auberge voisine de son manoir. »

Extrait de : Claude Seignolle. « Récits cruels. »

Les loups verts par C. Seignolle

Fiche de Les loups verts

Titre : Les loups verts
Auteur : C. Seignolle
Date de parution : 1970
Editeur : Marabout

Sommaire de Les loups verts

  • Les loups verts
  • Masques et malfarces
  • Monsieur le cerf

Première page de Les loups verts

« Cette nuit-là, une nuit de juillet 1944, une nuit d’eau, la pluie diluvienne nous avait tenu éveillés, Micheline et moi, dans cette ferme des Quatre-Vents, que l’on connaît également sous d’autres noms moins rassurants : les Mauvents ou la Hardière, terres et bâtiments marqués des haines environnantes, qu’elles fussent humaines ou animales. Quant à la végétation, victime d’une terre sableuse et avare de sève, elle ne pouvait servir que de cape au Satan solognot, partout chez lui dans ce pays pourri d’étangs glauques, auréolé de landes mauves et verminé de reptiles sifflants. Sologne sauvage où je faisais retraite et méditation, me croyant momentanément éloigné de la folie guerrière mais livré à la sourde démence de la magie paysanne que j’étudiais alors, notant mes constats et écrivant mes premiers contes de sorcellerie. »

Extrait de : C. Seignolle. « Les loups verts. »

La malvenue par C. Seignolle

Fiche de La malvenue

Titre : La malvenue
Auteur : C. Seignolle
Date de parution : 1965
Editeur : Marabout

Sommaire de La malvenue

  • La malvenue
  • Désirée la sangsue
  • La huche
  • Marie la louve
  • Le gâloup
  • Le diable en sabots

Première page de La malvenue

« L’air de cette nuit d’août pèse. Ce n’est pas encore le moment où l’haleine fraîche du matin délie les senteurs pour les répandre de loin en loin. Le silence peine à se glisser entre les bruits qui animent la nuit : coassements naissants des mares, réguliers et lassants comme des battements d’horloge ; cris forts ou inquiets venant des bois que le noir rend encore plus mystérieux ; craquements qui effritent la quiétude. La ferme de la Noue, aux murs crépis d’une chaux blême, brille à la lune au milieu de ses terres enlisées dans le sombre. Les volets de bois et les fenêtres sont ouverts pour aspirer le peu d’air errant. Sur les lits défaits, chacun dort d’un sommeil commun, profond, pénible. Les muscles ont gardé la cadence du labeur de la journée et par moments se mettent à moissonner dans le vide. Chacun souffre à froid mais ne se réveille pas pour fuir ce cauchemar d’efforts inutiles. Les femmes geignent d’épuisement. Elles sentent leurs reins se tordre comme si elles continuaient véritablement à relever les javelles hargneuses pourries de chardons agressifs. »

Extrait de : Claude Seignolle. « La Malvenue. »

La gueule par C. Seignolle

Fiche de La gueule

Titre : La gueule
Auteur : C. Seignolle
Date de parution : 1999
Editeur : France Loisirs

Sommaire de La gueule

  • Les kartoffeln
  • Le surstrëmming
  • La soif

Première page de Les kartoffeln

« C’était à une des aubes de juillet quarante-quatre. 
Il avait plu jour et nuit, vingt-quatre heures durant. Une pluie d’été, torrentielle, brutale, hargneuse, qui avait réussi à scalper le champ d’avoine maigre dégageant le sud de la ferme où nous logions tant bien que mal Micheline et moi ; cette ferme des Quatre-Vents aux bâtiments misérables, sans bétail, sans matériel, perdue au milieu de sa ch’tite terre sableuse, avare de sève, cernée par les grands carrés cubiques des sapinières dociles ; les landes infinies, déroulées comme des pièces de mauvaise étoffe entre les marécages de cette Sologne divine et bénie du diable. L’eau tombait des citernes du ciel toutes vannes ouvertes, à croire que le bon Dieu, à son tour pris de folie furieuse, essayait une bonne fois pour toutes de noyer les hommes et leur sale vice de vouloir se casser la figure. »

Extrait de : C. Seignolle. « La Gueule. »