Auteur/autrice : CH91
Histoire d’un paysan tome 4 par Erckmann-Chatrian

Fiche de Histoire d’un paysan tome 4
Titre : Histoire d’un paysan tome 4
Auteur : Emile Erckmann et Alexandre Chatrian
Date de parution : 1867
Editeur : Bibebook
Première page de Histoire d’un paysan tome 4
« Je vous ai raconté notre campagne de Vendée, ce que les Vendéens eux-mêmes appellent la grande guerre. Nous avions exterminé la mauvaise race sur les deux rives de la Loire, mais les trois quarts d’entre nous avaient laissé leurs os en route. Tout ce qu’on a vu depuis n’est rien auprès d’un acharnement pareil.
Le restant des Vendéens, après l’affaire de Savenay, s’était sauvé dans les marais le long de la côte, où le dernier de leurs chefs, le fameux Charette, tenait encore. Cette espèce de finaud ne voulait pas livrer de batailles rangées ; il pillait, autour de ses marais, les fermes et les villages, emmenant bœufs, vaches, foin, paille, tout ce qu’il pouvait happer ; les malheureux paysans, réduits à n’avoir ni feu, ni lieu, finissaient toujours par le rejoindre, et la guerre civile continuait.
La 18e demi-brigade et les autres troupes cantonnées aux environ de Nantes, d’Ancenis et d’Angers, fournissaient de forts détachements, pour tâcher d’entourer et de prendre ce chef de bandes ; mais à l’approche de nos colonnes il se retirait précipitamment, et d’aller le suivre à travers les saules, les joncs, les aunes et autres plantations touffues, où les Vendéens nous attendaient en embuscade, on pense bien que nous n’étions pas si bêtes : ils nous auraient tous détruits en détail. »
Extrait de : Erckmann-Chatrian. « Histoire d’un paysan IV. »
Histoire d’un paysan tome 3 par Erckmann-Chatrian

Fiche de Histoire d’un paysan tome 3
Titre : Histoire d’un paysan tome 3
Auteur : Emile Erckmann et Alexandre Chatrian
Date de parution : 1867
Editeur : Bibebook
Première page de Histoire d’un paysan tome 3
« Nous voilà maintenant loin du pays ; je ne vous parlerai plus de la petite forge du Bois-de-Chênes, de l’auberge des Trois-Pigeons et de la baraque du vieux père Bastien ; les marches, les contre-marches, les rencontres, les attaques et les batailles vont commencer.
Les volontaires nationaux du district de Sarrebourg restèrent cantonnés à Rülzheim jusqu’à la fin de juillet ; c’est là que ceux de la haute montagne, venus avec leurs faux et leurs bâtons, reçurent des fusils, des gibernes et des cartouches. Il en arrivait encore tous les jours par bandes ; on leur apprenait l’exercice ; et, dans ce coin de l’Alsace, entre Wissembourg et Landau, vous n’entendiez que le tambour des fantassins qu’on habituait à marcher au pas, et la trompette des cavaliers qu’on faisait galoper en rond.
Derrière nous s’étendait une grande ligne de redoutes, entre le camp de Kellermann et celui de Biron ; elle pouvait bien avoir quatre à cinq lieues de long, et suivait le cours de la Lauter, c’est ce qu’on a nommé depuis « les lignes de Wissembourg. »
Le service du train n’existait pas encore ; comme il fallait mettre les paysans en réquisition avec leurs chevaux et leurs charrettes, pour nous amener des vivres, souvent la distribution manquait. »
Extrait de : Erckmann-Chatrian. « Histoire d’un paysan III. »
Histoire d’un paysan tome 2 par Erckmann-Chatrian

Fiche de Histoire d’un paysan tome 2
Titre : Histoire d’un paysan tome 2
Auteur : Emile Erckmann et Alexandre Chatrian
Date de parution : 1867
Editeur : Bibebook
Première page de Histoire d’un paysan tome 2
« Je vous ai raconté les misères du peuple avant 1789 : la masse d’impôts qu’on nous faisait supporter ; le compte rendu de Necker, où l’on apprit qu’il existait un gros déficit tous les ans ; la déclaration du parlement de Paris, que les états généraux avaient seuls le droit de voter les impôts ; les tours de Calonne et de Brienne pour avoir de l’argent ; les deux réunions de notables, qui refusèrent d’imposer leurs propres biens ; et finalement, quand il fallut payer ou faire banqueroute, la convocation des états généraux à Versailles, après cent soixante-quinze ans d’interruption.
Je vous ai dit que nos députés avaient l’ordre écrit d’abolir les barrières intérieures, qui gênaient le commerce ; les maîtrises et jurandes, qui gênaient l’industrie, les dîmes et droits féodaux, qui gênaient l’agriculture ; la vénalité des charges et offices, contraire à la justice ; les tortures et autres barbaries, contraires à l’humanité ; et les vœux des moines, contraires aux familles, aux bonnes mœurs et au bon sens.
Voilà ce que demandaient tous les cahiers du tiers état. »
Extrait de : Erckmann-Chatrian. « Histoire d’un paysan II. »
Histoire d’un paysan tome 1 par Erckmann-Chatrian

Fiche de Histoire d’un paysan tome 1
Titre : Histoire d’un paysan tome 1
Auteur : Emile Erckmann et Alexandre Chatrian
Date de parution : 1867
Editeur : Bibebook
Première page de Histoire d’un paysan tome 1
« Michel bastien,
cultivateur au Valtin, à ses amis
Mes chers amis,
Permettez-moi d’abord de vous dire que mon histoire va très bien ; que le libraire, après en avoir vendu beaucoup de volumes, veut la mettre en petits cahiers à deux sous, avec de belles images de mon ami Théophile Schuler, pour en faire jouir tout le monde à bon marché.
Naturellement, cela m’encourage, et je vais continuer d’écrire tout ce que j’ai vu, soit à la guerre, soit au pays, jusque vers le temps où je me suis retiré à la ferme du Valtin.
Beaucoup d’autres, je le sais, ont raconté l’histoire de la Révolution à leur manière. Les uns ont dit que le peuple était bien plus heureux avant 89 ! – Ceux-là étaient des nobles, et je suis sûr que leurs idées ne s’étendront jamais chez nous. – D’autres, de soi-disant Jacobins, ont raconté les massacres, les déportations, le changement des églises en écuries, comme les plus belles choses de la Révolution. Ça n’a pas le sens commun ! Les massacres ont toujours été et seront toujours des choses épouvantables. L’égoïsme des nobles et des évêques a provoqué ces grands malheurs ; ils voulaient rétablir l’ancien régime, au moyen de la guerre civile et de l’invasion étrangère : la Révolution s’est défendue, comme on se défend lorsqu’il faut vaincre ou mourir. »
Extrait de : Erckmann-Chatrian. « Histoire d’un paysan I. »
Cycle du Professeur Manderpootz par Stanley G. Weinbaum
Fiche de Cycle du Professeur Manderpootz
Titre : Cycle du Professeur Manderpootz
Auteur : Stanley G. Weinbaum
Date de parution : 1935
Traduction : Mais-Encore.fr
Editeur : Mais-Encore.fr
Cycle du Professeur Manderpootz — Stanley G. Weinbaum
Nouvelles publiées en 1935, aujourd’hui dans le domaine public.
Traduction française : Mais-Encore.fr
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Première page de Cycle du Professeur Manderpootz
« Je m’arrêtai en chemin vers l’aéroport de Staten Island pour passer un coup de téléphone. Ce fut sans doute une erreur, car sans cela, j’aurais probablement eu une chance d’y arriver à temps. Mais au bureau de la compagnie, on se montra aimable : « Nous retiendrons l’appareil cinq minutes pour vous », dit l’employé. « C’est le maximum que nous puissions faire. »
Je me précipitai donc à l’intérieur de mon taxi, et nous démarrâmes en trombe pour rejoindre le troisième niveau, traversant le pont de Staten Island à toute allure, comme une comète filant sur un arc-en-ciel d’acier. Je devais être à Moscou avant le soir — à vingt heures tapantes, pour être exact — pour l’ouverture des plis de l’appel d’offres du tunnel de l’Oural. Le gouvernement exigeait la présence physique d’un représentant de chaque entreprise soumissionnaire. La firme aurait pourtant dû y regarder à deux fois avant de m’envoyer, moi, Dixon Wells, même si la N. J. Wells Corporation est, pour ainsi dire, la propriété de mon père. J’ai la réputation — tout à fait injustifiée — d’être toujours en retard pour tout. Il se produit systématiquement quelque chose qui m’empêche d’arriver à l’heure. »
Extrait de : S.G Weinbaum. « Cycle du Professeur Manderpootz. »
La part de l’autre par Eric-Emmanuel Schmitt

Fiche de La part de l’autre
Titre : La part de l’autre
Auteur : Eric-Emmanuel Schmitt
Date de parution : 2001
Editeur : Le livre de poche
Première page de La part de l’autre
« Hitler regarda autour de lui. Des dizaines d’adolescents, oreilles cramoisies, mâchoire crispée, le corps tendu sur la pointe des pieds, les aisselles mouillées par l’affolement, écoutaient l’appariteur qui égrenait leur destin. Aucun ne faisait attention à lui. Personne n’avait remarqué l’énormité qu’on venait d’annoncer, la catastrophe qui venait de déchirer le hall de l’Académie des beaux-arts, la déflagration qui trouait l’univers : Adolf Hitler recalé.
Devant leur indifférence, Hitler en venait presque à douter d’avoir bien entendu. Je souffre. J’ai une épée glacée qui me déchire de la poitrine aux entrailles, je perds mon sang et personne ne s’en rend compte ? Personne ne voit le malheur qui me plombe ? Suis-je seul, sur cette terre, à vivre avec autant d’intensité
? Vivons-nous dans le même monde ?
L’appariteur avait fini la lecture des résultats. Il replia son papier et sourit dans le vide. Un grand type jaunâtre, sec comme un canif, des jambes et des bras raides, interminables, maladroits, presque indépendants du tronc et retenus par une attache incertaine. »
Extrait de : E-E Schmitt. « La Part De L’Autre. »
La femme au miroir par Eric-Emmanuel Schmitt

Fiche de La femme au miroir
Titre : La femme au miroir
Auteur : Eric-Emmanuel Schmitt
Date de parution : 2011
Editeur : Albin Michel
Première page de La femme au miroir
« – Je me sens différente, murmura-t-elle.
Personne ne prêtait attention à ses mots. Tandis que les matrones s’agitaient autour d’elle, celle-ci arrangeant un voile, celle-là une tresse, cette autre un ruban, alors que la mercière raccourcissait son jupon et que la veuve de l’arpenteur lui enfilait des chaussons brodés, la jeune fille immobile avait l’impression de devenir un objet, un objet passionnant certes, assez affriolant pour mobiliser la vigilance des voisines, un simple objet cependant.
Anne contempla le rayon de soleil qui, jailli de la fenêtre trapue, traversait la pièce en oblique. Elle sourit. La mansarde, dont ce jet d’or trouait la pénombre, ressemblait à un sous-bois surpris par l’aube, où les paniers de linge remplaçaient les fougères, les femmes les biches. Malgré les bavardages incessants, Anne écoutait le silence voler dans la chambre, un silence étrange, paisible, touffu, lequel venait de loin et délivrait un message sous les jacasseries des commères. »
Extrait de : E-E Schmitt. « La femme au miroir. »
L’homme qui voyait à travers les visages par Eric-Emmanuel Schmitt

Fiche de L’homme qui voyait à travers les visages
Titre : L’homme qui voyait à travers les visages
Auteur : Eric-Emmanuel Schmitt
Date de parution : 2016
Editeur : Albin Michel
Première page de L’homme qui voyait à travers les visages
« – Tu dors ?
À la voix qui me parle, je voudrais crier « non » mais je me tais en gardant mes paupières closes. Prononcer un mot m’arracherait au rêve qui m’enchante.
Dans une clairière éclaboussée de lumière, un vieillard à barbe crayeuse vient de m’offrir un iris et m’indique du doigt un cheval. À ma grande surprise, je saute sur son dos fauve – j’ignorais que je pouvais monter à cru ; j’ignorais même que je savais monter – puis je promets à l’ancêtre d’accomplir la mission qu’il m’a confiée. Il sourit et ses fines lèvres en s’écartant déclenchent des chants d’oiseaux. Le soleil brille.
– Dort-il ?
J’attends quelques secondes. Si la pause dure, je vais poursuivre mon objectif et gagner le château. Tendu, les rênes en main, j’ai conscience d’être suspendu entre deux mondes, l’un concret où mes mollets pressent le poitrail chaud d’un alezan, l’autre abstrait où j’ai à peine risqué mes yeux fermés et une oreille distraite. Face à moi, le druide penche la tête contre son épaule, déçu que je ne m’élance pas. Oh, comme la voix me contrarie, cette voix qui me paralyse, cette voix qui, si elle insistait, me catapulterait ailleurs ! »
Extrait de : E-E Schmitt. « L’homme qui voyait à travers les visages. »
L’évangile selon Pilate par Eric-Emmanuel Schmitt

Fiche de L’évangile selon Pilate
Titre : L’évangile selon Pilate
Auteur : Eric-Emmanuel Schmitt
Date de parution : 2000
Editeur : Le livre de poche
Première page de L’évangile selon Pilate
« Je hais Jérusalem. L’air qu’on y respire n’est pas de l’air mais un poison qui rend fou. Tout devient excessif dans ce dédale de rues qui ne sont pas conçues pour se diriger mais pour se perdre, sur ces chaussées où l’on se cogne au lieu de circuler, parmi ce fracas de langues qui arrivent de tout l’Orient et qu’on ne parle que pour ne pas s’entendre. On crie trop dehors, on chuchote trop dedans. On ne respecte l’ordre romain que parce qu’on l’exècre. La ville pue l’hypocrisie et les passions contenues. Même le soleil, au-dessus de ces remparts, a des airs de traître. Tu ne peux pas croire que c’est le même astre qui brille sur Rome et rôde sur Jérusalem. Celui de Rome produit de la lumière, celui de Jérusalem attise l’ombre : il crée des coins où l’on complote, des allées où les voleurs s’enfuient, des temples où le Romain n’est pas autorisé à poser le pied. Un soleil qui éclaire contre un soleil qui obscurcit, voilà ce que j’ai troqué lorsque j’ai accepté d’être le préfet de Judée. »
Extrait de : E-E Schmitt. « L’Evangile selon Pilate. »
Journal d’un amour perdu par Eric-Emmanuel Schmitt

Fiche de Journal d’un amour perdu
Titre : Journal d’un amour perdu
Auteur : Eric-Emmanuel Schmitt
Date de parution : 2019
Editeur : Albin Michel
Première page de Journal d’un amour perdu
« Maman est morte ce matin et c’est la première fois qu’elle me fait de la peine.
Ce soir, brisé d’avoir tant pleuré, je n’ai pas l’impression qu’elle m’a quitté, plutôt la crainte de l’avoir abandonnée. Je m’inquiète… Où se trouve-t-elle ? A-t-elle besoin de moi ?
Je voudrais courir jusqu’à ce lieu inconnu qu’elle découvre, la soutenir, chasser son effroi, enlacer son épaule, caler sa main au creux de mon coude puis lui chuchoter à l’oreille : « Ça va d’aller. » Peut-être s’esclafferait-elle – elle riait quand j’imitais les gens de Charleroi. « Ça va d’aller ! » Depuis cinquante-six ans, sitôt que, réunis, nous marchions côte à côte, nous nous sentions forts, sereins, au centre d’un univers dont les paysages s’organisaient sous nos pas. Maman m’éclairait, je l’éclairais, nous rayonnions, invincibles, et les ténèbres s’écartaient, repoussées par notre flamme. Après la vie, nous aurions apprivoisé la mort ensemble, non ?
Je ne supporte pas qu’elle meure seule, même si on meurt toujours seul. »
Extrait de : E-E Schmitt. « Journal d’un amour perdu. »