Auteur/autrice : CH91
Plug-in par Marc Lemosquet

Fiche de Plug-in
Titre : Plug-in
Auteur : Marc Lemosquet
Date de parution : 1992
Editeur : Fleuve noir
Première page de Plug-in
« Les semelles à crampons rétractiles de ses baskets Adidax-Thombull s’abattent à tour de rôle dans les flaques jonchant la rue. Y désintègrent en ondes implacables les reflets urbains : façades déliquescentes clignant de l’enseigne comme des putes au maquillage fatigué, haute et lointaine surveillance des macs de verre et d’acier – les tours de la TeknoCortex Inc. rayant la nuit. Images-symboles allongés sur le bitume, illusoirement livrés au piétinement des masses. Que sont ces flaques où se prélasse l’ironie du siècle ? Eau ? Urine ? Carburant ? Difficile de trancher…
Mais possible aussi de s’en foutre.
Et David « Graffiti » Langevin s’en fout, de manière superlative. Quand bien même serait-ce de la vodkamikaze, du sang de Martien ou du sperme de rhinocéros, il continuerait assurément à s’en lustrer l’interface !
A ça, une raison basique. Cette même raison qui le fait ignorer les regards évaluateurs des dealers – de shoot et/ou de sexe – jalonnant la venelle, comme ceux, vaguement implorants quand ils en ont encore la force, des trashmen y croupissant. Une raison nommée Diane. »
Extrait de : M. Lemosquet. « Plug-in. »
Le gymnase de l’ogre par Marc Lemosquet
Fiche de Le gymnase de l’ogre
Titre : Le gymnase de l’ogre
Auteur : Marc Lemosquet
Date de parution : 1992
Editeur : Fleuve noir
Première page de Le gymnase de l’ogre
« Roham survole l’Enfer.
Il le sait. Il le voit aussi, à travers le large U de vitracier qui coupe le cockpit comme une balafre de dure transparence, et sur l’écran de contrôle, à sa gauche, où glissent les images que lèche le camérox ventral de sa Flèche.
L’Enfer n’est pas ce déchaînement chaotique de flammes monstrueuses auquel on pourrait s’attendre. C’est une étendue vaste, paisible et verte. Un calme océan d’émeraude. Serein. Une gigantesque preuve que les apparences peuvent être trompeuses. Terriblement trompeuses. Car si Roham observe attentivement l’écran de contrôle du camérox, il peut y surprendre les palpitations révélatrices du paysage qui défile à quelques dizaines de mètres au-dessous de sa Flèche. Palpitations qui en trahissent la vraie nature : la jungle. Un enchevêtrement infernal d’arbres, de lianes et de plantes, que traverse parfois une ombre énorme mais souple. Un interminable piège chlorophyllé aux entrelacs meurtriers où seule une faune de démons prédateurs peut survivre. »
Extrait de : M. Lemosquet. « Le gymnase de l’ogre. »
Cobaye par Marc Lemosquet

Fiche de Cobaye
Titre : Cobaye
Auteur : Marc Lemosquet
Date de parution : 1993
Editeur : Fleuve noir
Première page de Cobaye
« Voilà. Ça y est. Le processus est lancé. » C’est la pensée toute bête qui me tourne dans la cervelle alors que je marche vers le tube greg de l’Œuf. C’est aussi ce qu’a conclu le docmed qui vient de m’examiner. Quelques mesures, un scanner, une ostéo complète, et il m’a balancé le verdict. Avec un sourire qui ajoutait : « Tout se déroule au poil, mon gars. » Moi je dis que c’est tant mieux. Et j’évite de creuser plus loin la question, parce que je suis pas du tout sûr que la trouille soit totalement absente de ma vision des choses. Surtout maintenant.
J’arrive au tube. (Greg = gravité régulée.) Je commande la montée, et trois secondes plus tard la flèche verte s’allume. Je fais un pas dans le vide. Bref vertige, petite perte d’équilibre, et je flotte, glissant lentement vers le haut. Je passe le gymnase et rejoint l’attraction normale au dernier niveau interne de l’Œuf : mon apparte. »
Extrait de : M. Lemosquet. « Cobaye. »
Toutes les vies de Benjamin par Ange

Fiche de Toutes les vies de Benjamin
Titre : Toutes les vies de Benjamin
Auteur : Ange
Date de parution : 2011
Editeur : Syros
Première page de Toutes les vies de Benjamin
« Une petite étincelle jaillit à l’intérieur d’un ordinateur situé au deuxième étage du Centre scientifique. Rapidement, de minuscules flammes léchèrent le cœur de l’ordinateur, mais personne ne s’en aperçut, car le laboratoire était désert.
Au rez-de-chaussée, les élèves de CM2 de l’école Bradbury étaient en visite. Nous étions le matin du 15 mai 2022, et la plupart des enfants s’ennuyaient ferme.
Les deux plus jolies filles de la classe, Lucie et Capucine, regardaient Benjamin qui essayait d’acheter une barre chocolatée au distributeur.
Benjamin… Le garçon dont tout le monde se moquait. Il était maladroit, trop grand pour son âge, avec une légère tendance à bégayer par moments. Il voulut introduire la monnaie dans la fente, laissa tomber ses pièces par terre, se baissa pour les ramasser, glissa sur le sol en marbre et se cogna le nez sur la machine. Lucie et Capucine pouffèrent méchamment de rire. Benjamin s’aperçut qu’il saignait du nez, s’essuya du revers de sa main et mit du sang partout sur son tee-shirt.
– T’es trop nul ! persifla Lucie, juste derrière lui. Même pas capable de mettre des sous dans un distributeur ! »
Extrait de : Ange. « Toutes les vies de Benjamin. »
Tapisserie par Ange

Fiche de Tapisserie
Titre : Tapisserie
Auteur : Ange
Date de parution : 2005
Editeur : Bragelonne
Première page de Tapisserie
« Alexandre a quatre ans quand il voit la licorne. Il est assis par terre, dans le coin aux jouets de sa chambre, entre le lit et le bureau où Papa entrepose ses magazines autos… et d’autres, aussi, pleins de femmes sans soutien-gorge, dissimulés dans le tiroir du bas.
Alexandre a des petites voitures et des Lego, mais il ne joue pas. Alexandre ne joue jamais beaucoup ; il préfère regarder les carrés de la moquette. La moquette est bleue, les carrés sont blancs, et quand Alexandre les fixe longtemps, il a l’impression de voir les nuages filer dans le ciel.
La brise de juin soulève les rideaux de la fenêtre entrouverte. Alexandre entend un bruit. Il lève les yeux, les pupilles encore encombrées de nuages et il voit la licorne immobile à un mètre de lui.
Alexandre pense d’abord qu’elle n’est pas pour de vrai, que c’est une grosse peluche déposée par Maman dans sa chambre. Papa et Maman se sont disputés ce matin. Quand ils sont sortis du salon, Maman avait un bleu sur la joue et ses yeux étaient rouges. »
Extrait de : Ange. « Tapisserie. »
Sang maudit par Ange

Fiche de Sang maudit
Titre : Sang maudit
Auteur : Ange
Date de parution : 2017
Editeur : Castelmore
Première page de Sang maudit
« Les dames de la cour royale de Versailles descendirent du métro, soulevant leurs immenses jupes brodées d’or. Puis elles se dirigèrent vers leur correspondance, slalomant entre les hommes d’affaires accrochés à leurs téléphones portables et les femmes en imper sortant de leurs trains de banlieue. Malgré les efforts de leurs pages, les crinolines des élégantes effleurèrent deux SDF enveloppés dans leurs couvertures, qui se vengèrent en les insultant copieusement.
Des touristes japonais photographièrent avec excitation les nobles passantes, tandis que leur guide leur murmurait les noms les plus connus :
— La comtesse de Saint-Aignan… La marquise de Grammont – vous savez, la sœur de la fameuse duchesse de Montesquieu… Mme de Guise…
Angie Moretti, dix-sept ans, venait elle aussi de descendre du métro. Amusée, elle observa les Japonais, puis suivit des yeux le groupe des belles dames laissant derrière elles un sillage parfumé, tandis que, derrière, leurs assistants pressés confirmaient, au téléphone, la présence de leurs maîtresses au Bal de Versailles. »
Extrait de : Ange. « Sang maudit. »
Le très grand vaisseau par Ange

Fiche de Le très grand vaisseau
Titre : Le très grand vaisseau
Auteur : Ange
Date de parution : 2010
Editeur : Syros
Première page de Le très grand vaisseau
« Le Très Grand Vaisseau filait dans la galaxie depuis huit cents ans.
Guillaume y avait toujours vécu.
Comme ses parents, comme ses grands-parents, comme ses ancêtres depuis la vingt-septième génération, il avait passé tous ses jours et toutes ses nuits à voguer parmi les étoiles, dans cette immense coque de métal.
Huit cents ans auparavant, le Très Grand Vaisseau avait quitté la planète mère avec trois mille passagers. Sur Terre, la famine et la guerre faisaient rage, et ces trois mille volontaires – hommes, femmes et enfants – avaient décidé de trouver un monde meilleur. Ils rêvaient d’une autre Terre, une planète habitable… avec du bon air pour respirer, de l’herbe que les vaches puissent manger, de la terre pour cultiver des céréales.
Des planètes habitables, il n’y en avait pas beaucoup dans la galaxie. Ils savaient que le voyage serait long. »
Extrait de : Ange. « Le très grand vaisseau. »
L’oeil des dieux par Ange
Fiche de L’oeil des dieux
Titre : L’oeil des dieux
Auteur : Ange
Date de parution : 2000
Editeur : Mango
Première page de L’oeil des dieux
« Le distributeur de nourriture émit un étrange gargouillement. Un liquide verdâtre et gluant tomba dans le récipient de Tomy, qui regarda le résultat, dégoûté.
— Mina ! appela-t-il de sa voix enfantine. Viens voir ! Ça ne marche plus !
Mina n’avait pas besoin de venir. Elle avait observé Tomy pendant qu’il passait sa commande, et elle avait vu le résultat.
Sa pire crainte était devenue réalité.
La catastrophe.
Ce distributeur avait été le dernier à fonctionner. Comment allaient-ils manger, maintenant ? Comment allaient-ils boire ? Mina était responsable de sa bande. Ils étaient dix, de neuf à treize ans, et ils comptaient sur elle pour tout. Mina avait quatorze ans. En tant que chef, elle avait le devoir de trouver des solutions pour nourrir, soigner et protéger « ses » Loups.
La bande des Loups, c’était leur nom.
Si elle ne trouvait pas de solution, les Loups seraient vite affamés…
Mina fit signe à Chelsea, sa seconde. Les deux filles s’éloignèrent au fond du salon qui leur servait de quartier général pour ne pas que les autres entendent. »
Extrait de : Ange. « L’Oeil des Dieux. »
La mort d’Ayesha par Ange
Fiche de La mort d’Ayesha
Titre : La mort d’Ayesha (Tome 3 sur 3 – Les trois lunes de Tanjor)
Auteur : Ange
Date de parution : 2003
Editeur : Bragelonne
Première page de La mort d’Ayesha
« La petite fille regarda le cadavre tomber à côté d’elle sans réagir. C’était un homme aux cheveux bruns, un homme libre, mais les clients de l’auberge l’avaient tout de même tué : il avait fait l’erreur de dissimuler ses esclaves, le jour du Grand Sacrifice, pour tenter de les sauver.
Son épouse se mit à hurler comme une bête, puis tomba à genoux en sanglotant, mais un voisin la releva et la gifla si fort qu’un peu de sang coula de ses lèvres. Dans la salle de pierre creusée dans la falaise, le bruit était assourdissant. Des enfants hurlaient de peur au fond de la pièce, des hommes se battaient, des femmes s’accrochaient à leurs maigres bagages. L’aubergiste avait disparu depuis longtemps. Pas pour appeler la garde : ici, à Fonterault, petite ville à moitié troglodytique, collée au flanc ouest des pics, il n’y avait plus de gardes. La guerre, la peur, l’arrivée massive des réfugiés, la faim surtout avaient détruit toute structure, toute loi. Ils étaient des milliers à s’entasser dans cette ville qui, en temps de paix, abritait trois cents âmes… »
Extrait de : Ange. « La mort d’Ayesha – Les trois lunes de Tanjor. »
La flamme d’Harabec par Ange
Fiche de La flamme d’Harabec
Titre : La flamme d’Harabec (Tome 2 sur 3 – Les trois lunes de Tanjor)
Auteur : Ange
Date de parution : 2002
Editeur : Bragelonne
Première page de La flamme d’Harabec
« La ville était un piège de flammes.
Tout brûlait. Les trois tours de Sarsannes n’étaient plus qu’un immense brasier sur le ciel nocturne. Le palais du mayarash venait de s’écrouler à l’ouest, tandis que la fine flèche de pierre et de bois qui en ornait le toit, visible à dix lieues de la campagne avoisinante, s’était abattue sur les occupants qui tentaient de fuir l’enfer.
Fuir où, d’ailleurs ? La cité était encerclée et les assiégeants avaient ordre de ne laisser sortir personne. Ils allaient périr ici, tous, des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants, brûlés vifs dans leurs maisons tandis que les envahisseurs massacraient tous ceux qui tentaient de passer les murailles.
Arekh interrompit sa course en voyant le toit où il se préparait à sauter s’affaisser dans une fumée noire, et des volutes de feu s’élancer vers les étoiles comme si elles voulaient les lécher. La terrasse où il s’était réfugié était en pierre, elle tiendrait, du moins tant que le bâtiment tiendrait lui aussi… or les poutres de soutènement fumaient, et à l’intérieur, dans la salle à manger où s’étaient tenus tant de festins, les parquets de chêne et d’acajou flambaient déjà avec une joie contagieuse. »
Extrait de : Ange. « La flamme d’Harabec – Les trois lunes de Tanjor. »