Auteur/autrice : CH91

 

Le murmure des loups par Serge Brussolo

Fiche de Le murmure des loups

Titre : Le murmure des loups
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1990
Editeur : Le livre de poche

Première page de Le murmure des loups

« Daniel avançait dans la poussière jaune qui maculait le bas de son pantalon bleu marine comme une étrange farine exotique. Le ruban goudronné de la route filait en droite ligne au milieu d’un paysage affreusement plat, et seulement coupé çà et là par la protubérance grise d’une casemate aux allures de bunker.
Il était tard, et la lumière avare du crépuscule tombait sur la campagne pour se changer, au ras du sol, en une sorte de brume stagnante affreusement humide. La moindre déclivité du terrain était emplie de ce coton sale que le vent semblait avoir le plus grand mal à éparpiller.
De temps à autre une voiture passait en rugissant, creusant un trou dans la muraille élastique de l’air, et Daniel se sentait repoussé sur le bas-côté, giflé par ce qui semblait être l’onde de choc d’une explosion invisible. À présent il marchait en crispant les omoplates, appréhendant le moment où surgirait un nouveau véhicule lancé à pleine vitesse. Empaqueté dans son vieil imperméable, il se faisait l’effet d’une cible alléchante pour automobiliste fou. »

Extrait de : S. Brussolo. « Le Murmure des loups. »

Le masque d’argile par Serge Brussolo

Fiche de Le masque d’argile

Titre : Le masque d’argile
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 2008
Editeur : Le livre de poche

Première page de Le masque d’argile

« Dans les ruines de Pompéi, on pouvait encore contempler, au début du siècle dernier, une étrange peinture presque effacée. Les guides évitaient de la montrer aux touristes car, pour la voir, il fallait accepter de remonter à quatre pattes le long d’un couloir à demi effondré. Là, au creux d’une cubicula jadis occupée par une prostituée aux cheveux teints en rouge, un obscur artiste s’est appliqué, en des temps anciens, à dessiner avec un grand luxe de détails un paysage désertique où se déplace une sorte de monstre fabuleux sur lequel il convient de s’attarder.

La fresque, peinte à la cire, représente une scène curieuse, sur le sens de laquelle les spécialistes de l’Antiquité gréco-latine se sont perdus en conjectures. On peut la décrire succinctement comme suit : une silhouette monstrueuse court entre les dunes aplaties, à la lisière d’un désert. À contre-jour, dans la lumière rouge du soleil mourant, on a l’impression de voir se dandiner un géant à quatre bras, et dont la poitrine supporterait de pesantes mamelles malmenées par le rythme de la course. L’être mesure six coudées de haut, et chacun de ses pas laisse une empreinte profonde dans le sable. »

Extrait de : S. Brussolo. « Le Masque d’argile. »

Joël Houssin

Présentation de Joël Houssin :

Joël Houssin, né le 29 août 1953 à Paris et mort le 23 mars 2022 à Massy, est une figure majeure de la littérature de genre en France, ayant marqué aussi bien la science-fiction que le roman policier et l’écriture scénaristique.

Un pilier de la science-fiction française

Joël Houssin commence sa carrière littéraire dans les années 1970 par la science-fiction. Son style, souvent sombre, urbain et empreint d’une esthétique « rock », lui vaut rapidement la reconnaissance de ses pairs. Il reçoit le grand prix de l’Imaginaire à deux reprises : une première fois en 1986 pour Les Vautours, puis en 1992 pour Le Temps du twist. Entre-temps, il décroche le prestigieux prix Apollo en 1990 pour son roman Argentine.

Outre ses propres romans, il participe à l’aventure des collections populaires du Fleuve Noir et contribue, sous le pseudonyme collectif de Zeb Chillicothe, à la série de science-fiction post-apocalyptique JAG.

Le créateur du « Dobermann »

En 1981, Joël Houssin se tourne vers le polar avec la création d’un personnage qui deviendra culte : le Dobermann. Chef d’une bande de braqueurs ultra-violents, ce personnage est le héros d’une longue série de romans publiés dans la collection « Spécial Police » du Fleuve Noir.

Cette saga rencontre un immense succès et sera adaptée au cinéma en 1997 par Jan Kounen, avec Vincent Cassel dans le rôle-titre. Houssin signe lui-même le scénario de cette adaptation, qui marquera le paysage du cinéma de genre français par son esthétique nerveuse et provocatrice.

Une carrière prolifique à la télévision

À partir des années 1990, l’auteur s’éloigne progressivement de l’édition pour se consacrer à l’écriture de scénarios pour la télévision. Il devient l’un des scénaristes les plus sollicités pour les grandes séries policières françaises, travaillant notamment sur Commissaire Moulin ou Les Bœuf-carottes, série qu’il a créée.

Il ne délaisse pas pour autant ses racines fantastiques, comme en témoigne la création de la série David Nolande (2006) pour France 2, qui mêle enquête et prémonitions surnaturelles, ou encore la mini-série Éternelle (2009).

Fin de carrière

Après plusieurs années de silence littéraire, Joël Houssin revient en librairie en 2012 avec Loco (éditions Ring), une réécriture radicale de son premier roman, Locomotive rictus.

Écrivain au style percutant et visionnaire, Joël Houssin laisse derrière lui une œuvre protéiforme qui a su jeter des ponts entre la littérature populaire et la culture visuelle contemporaine.

Livres de Joël Houssin :

Dobermann :

  • Le Dobermann américain
  • Les crocs du Dobermann
  • Le Dobermann et le Phénix
  • La nuit du Dobermann
  • Le Dobermann et les rastas
  • Plus noir qu’un dobermann
  • A la santé du Dobermann
  • L’ombre du Dobermann
  • Le Dobermann et le Cobra
  • Chassez le Dobermann
  • Le Dobermann et les balourds
  • Du suif pour le Dobermann
  • Faites pas pleurer le Dobermann !
  • Dobermann bastringue
  • Dix de der
  • Bille en tête
  • Comme un rat
  • Roulez jeunesse !
  • Bras de fer

Gore :

  • L’autoroute du massacre
  • L’écho des suppliciés

SCUM :

  • La variole rouge
  • Le soleil ne se lève plus sur Tokyo
  • Opération Satan
  • Pour qui ricanent les hyènes
  • Mourir à Palerme
  • Dans le ventre de la bête …

Angel felina
Argentine
Banlieues rouges
Blue
City
Game over
Le champion des mondes
Le chasseur
Le pronostiqueur
Le temps du twist
Les vautours
Lilith
Locomotive rictus
Masques de clown
Voyeur

Pour en savoir plus sur Joël Houssin :

La page Wikipédia sur J. Houssin
La page Noosfere sur J. Houssin
La page isfdb de J. Houssin

Le livre du grand secret par Serge Brussolo

Fiche de Le livre du grand secret

Titre : Le livre du grand secret
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1999
Editeur : J’ai lu

Première page de Le livre du grand secret

« Pendant le trajet en autocar, Purcell Forbes fit un rêve curieux, presque prémonitoire. Les éléments récurrents qui le charpentaient provenaient de la lecture en édition de poche d’un livre à succès écrit par son grand-père, Darian Forbes, à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Il y avait plus de dix ans qu’on ne trouvait plus les romans de Darian Forbes ailleurs que dans les bibliothèques publiques, et pourtant, dans cette gare routière minable, sur ce tourniquet garni de paperbacks brûlés par le soleil, un exemplaire d’Immersion périscopique, un texte jadis couronné par le Booker Price, se racornissait comme une momie de papier oubliée depuis le début des sixties. Purcell choisit d’y voir un signe du destin.
Avant de grimper dans le Greyhound, il acheta donc au kiosque de San Pascualito le livre craquant, écaillé, dont l’illustration de couverture avait été mangée par la lumière au point de devenir indiscernable. L’ouvrage était si desséché que la reliure se cassa en deux quand il voulut en relire les premiers mots. »

Extrait de : S. Brussolo. « Le Livre du grand secret. »

Le hasard et la nuit par Serge Brussolo

Fiche de Le hasard et la nuit

Titre : Le hasard et la nuit
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 2020
Editeur : Editions H&O

Première page de Le hasard et la nuit

« C’est encore le même cauchemar. Encore et toujours. Un souvenir vu et revu au cours des années.
La ville est là, empilement de taudis bâtis sur des ruines. Ordures gigognes dont le cœur n’est plus que cendre. Empilement branlant qu’un prochain séisme éparpillera au moindre éternuement tellurique…
Julia a dix ans, elle court à perdre haleine. Ses épaules, à force de heurter les parois du couloir trop étroit, sont à vif, mais elle n’éprouve aucune douleur, la peur est plus forte. À travers les bourdonnements que le sang vrille dans ses tympans, elle capte les hurlements de P’pa et de M’man lancés à ses trousses. La voix de sa mère, d’abord :
— Reviens ! C’est pour ton bien, tu le sais…
Puis celle du père :
— C’est un grand honneur qu’on nous fait ! Tu es assez grande pour le comprendre. Tu vas attirer la honte sur notre famille ! Tu veux qu’on se fasse lapider, c’est ça !
Julia n’écoute pas. À bout de souffle, elle puise dans ses réserves d’énergie. Elle sait que la ville et son dédale peuvent la sauver pourvu qu’on lui accorde le temps de s’y perdre. »

Extrait de : S. Brussolo. « Le hasard et la nuit. »

Le cycle angoisse 1 par Serge Brussolo

Fiche de Le cycle angoisse 1

Titre : Le cycle angoisse 1
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1996
Editeur : Editions du rocher

Sommaire de Le cycle angoisse 1

  • Cauchemar à louer
  • La meute
  • Krucifix

Première page de Cauchemar à louer

« C’était l’une de ces journées où tout va de mal en pis ; où les images qui vous entourent semblent une extension des cauchemars de la nuit, une sorte d’épanchement de l’imaginaire dans le réel. La pluie noyait le paysage, encadrant la route de rideaux liquides ininterrompus derrière lesquels les maisons n’étaient plus que des ombres fuyantes. Le père de David conduisait, les dents serrées, les mains crispées sur le volant. Le bruit de l’averse dominait celui de l’autoradio, écrasant la musique sous son martèlement humide. M’man, elle, demeurait silencieuse, tendue. Elle n’avait qu’une confiance limitée dans les talents de conducteur de son mari, de plus elle n’ignorait pas qu’il avait bu en cachette avant de partir.

Elle l’avait vu s’isoler dans la remise du jardin, là où il cachait la bonbonne d’eau-de-vie de pomme. Lorsqu’il en était ressorti, il avait une seconde titubé dans l’allée des citrouilles – dont certaines portaient encore les cicatrices de la dernière fête d’Halloween ! – et n’avait retrouvé son équilibre qu’en s’accrochant à la corde à linge. »

Extrait de : S. Brussolo. « Le cycle angoisse 1. »

Le chien de minuit par Serge Brussolo

Fiche de Le chien de minuit

Titre : Le chien de minuit
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1994
Editeur : Le livre de poche

Première page de Le chien de minuit

« Il se nommait Jedediah Wayne Paulson, mais depuis dix ans il se faisait appeler Bambata N’Koula Bassaï, parce qu’on lui avait dit qu’en dialecte (lequel ?) cela signifiait Le guerrier de la nuit. Il était noir, il avait vingt-trois ans, ce qui était déjà vieux pour un enfant des rues et des slums.

Pour l’heure ses mains tremblaient et il n’avait pas plus de force qu’un enfant. Au cours des dernières minutes, il avait bel et bien cru qu’il allait lâcher prise, tout près du but. Il s’était injurié mentalement, espérant que la colère infuserait dans ses veines quelques gouttes d’adrénaline supplémentaires, juste de quoi lui permettre d’atteindre le sommet du mur de brique. Des images effrayantes avaient commencé à déferler dans sa tête, et ses sensations s’étaient bizarrement amplifiées, comme chaque fois qu’il prenait de la dope. Soudain, il s’était vu, minuscule araignée humaine accrochée en pleine nuit sur la façade d’un brownstone de quarante étages et grimpant à mains nues, sans le secours d’aucune corde. »

Extrait de : S. Brussolo. « Le chien de minuit. »

Le château d’encre par Serge Brussolo

Fiche de Le château d’encre

Titre : Le château d’encre
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1988
Editeur : Denoël

Première page de Le château d’encre

« Chaque fois que j’essaye de la situer, les mêmes mots me montent aux lèvres : La maison se dressait à la sortie de la nuit…

Je regarde couler le flot sombre du fleuve. Au-dessus des berges s’élève le château d’encre. Drôle de nom pour une bicoque délabrée dont personne ne connaît plus en fait le ou les propriétaires. « Le château d’encre », cela sonne de manière un peu grotesque, comme l’appellation d’un palais appartenant depuis des lustres – des siècles – à quelque obscure famille transylvanienne ruinée. Mythes et fantasmes se mêlent à l’ombre de cette demeure à demi avalée par la berge, et qui s’enfonce un peu plus chaque année dans la vase.

Je me tiens en équilibre à la proue du bateau, comme on m’a recommandé de ne jamais le faire. Le château d’encre me domine, vautré dans sa bauge, dans son limon. Amas de planches et de cloisons déjà digéré, et qui paraît enveloppé par les sucs gastriques des eaux. »

Extrait de : S. Brussolo. « Le château d’encre. »

Le carnaval de fer par Serge Brussolo

Fiche de Le carnaval de fer

Titre : Le carnaval de fer
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1983
Editeur : Denoël

Première page de Le carnaval de fer

« Le train file dans la nuit. Et la locomotive creuse sa trouée dans l’épaisseur des ténèbres, dévorant les rails, crachant un panache de suie que le vent de la course rabat aussitôt sur son échine de wagons comme un voile de mariée sur le négatif d’une pellicule photographique.

Aucune lumière dans les voitures, aucune veilleuse dans les couloirs, rien qu’une dizaine de wagons aveugles où le moindre lumignon semble tabou. Un convoi obscur qui file dans l’obscurité, un curieux train fantôme aux passagers tâtonnants.

Dans le huitième compartiment de tête, assis dans le fauteuil réservé n°1234 (sens de la marche – côté vitre) il y a un homme. Un vieillard à peau grise engoncé dans un costume de confection trop grand pour lui. Sa glotte s’agite constamment sur le trajet de sa gorge à la chair grumeleuse et plissée. Ses mains tremblent sur ses cuisses maigres, comme deux bêtes racornies tavelées de jaune et de brun. Il s’appelle David, il se rend à la Cité des Oracles. Il a près de soixante-dix ans. »

Extrait de : S. Brussolo. « Le Carnaval de fer. »

La route obscure par Serge Brussolo

Fiche de La route obscure

Titre : La route obscure
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1993
Editeur : Le livre de poche

Première page de La route obscure

« Parfois, l’employé songeait que la muraille des consignes automatiques, avec ses alignements de petites portes carrées, toutes identiques, avait quelque chose de ces cimetières verticaux en usage dans certains pays. Un jour, en vacances, il avait visité un de ces funérariums où l’on rangeait les cercueils les uns au-dessus des autres, comme des caisses dans un entrepôt. Ça lui avait fait bizarre. Les morts avaient beau être chacun chez soi, et chaque niche fermée par une belle dalle de marbre, on ne pouvait s’empêcher de penser qu’on les avait stockés telles des marchandises en attente, et qu’un gros camion allait venir prendre d’une minute à l’autre pour les emmener vers un drôle de supermarché.

À cause de ce souvenir l’employé éprouvait toujours un pincement désagréable lorsqu’il longeait les consignes automatiques. Les portes, les portes avec leur numéro… Ça faisait penser également à des tiroirs de morgue. En plus petit bien sûr. Des petits tiroirs réfrigérés pour de petits cadavres. Des cadavres de nains ? Ou d’enfants ? Non, les enfants morts c’était une idée trop déprimante, il préférait encore les nains. Les nains, c’est jamais très beau, alors tant qu’à faire… »

Extrait de : S. Brussolo. « La Route obscure. »