Auteur/autrice : CH91
Passage par Lois McMaster Bujold

Fiche de Passage
Titre : Passage (Tome 3 sur 4 – Le couteau du partage)
Auteur : Lois McMaster Bujold
Date de parution : 2008
Traduction :
Editeur : Bragelonne
Première page de Passage
« Dag chevauchait paisiblement, l’esprit uniquement occupé par la perspective d’un déjeuner à la ferme des Prébleu, probablement suivi d’une sieste, quand la flèche passa en sifflant devant son visage.
Pris de panique, il tendit son bras droit et arracha sa femme de sa selle. Il tomba sur la gauche, les entraînant tous deux à l’abri derrière leurs chevaux; il ouvrit grand son InnéSens encore balbutiant – toujours pas plus d’une centaine de pas, bon sang! – et tiraillé entre des pensées concernant Faon, le couteau à sa ceinture, l’arc débandé dans son dos et combien et où sont-ils? Le tout occulté par la soudaine douleur qui le foudroya quand il reçut leurs deux poids sur sa jambe convalescente. Dans son cri, « Étincelle, reste derrière moi ! » se transforma en « Argh ! » quand sa jambe plia sous lui. La jument de Faon s’emballa. Son cheval, Tête de Cuivre, broncha et tira sur les rênes toujours enroulées autour du crochet qui remplaçait la main gauche de Dag; il ne parvint à rester debout que grâce à cela et au soutien de Faon installée sous son bras, une fois son
équilibre retrouvé.
— Dag ! glapit Faon, ployant sous son poids.
Dag se redressa, renonçant à se tortiller pour attraper son arc, quand il identifia enfin la source de l’attaque – pas à l’aide de son InnéSens, mais avec ses yeux et ses oreilles. Son beau-frère, Brin Prébleu, se précipitait dans la cour de la vieille écurie, agitant un arc dans les airs.
— Oh, pardon ! Désolé ! leur cria-t-il. »
Extrait de : L. McMaster Bujold. « Passage – Le couteau du partage. »
Héritage par Lois McMaster Bujold

Fiche de Héritage
Titre : Héritage (Tome 2 sur 4 – Le couteau du partage)
Auteur : Lois McMaster Bujold
Date de parution : 2007
Traduction :
Editeur : Bragelonne
Première page de Héritage
« La cérémonie s’était achevée deux heures auparavant, mais Dag en était encore grisé. Les extrémités lestées du bracelet de mariage noué autour de son bras dansaient en cadence avec le trot cossard de son cheval. En selle à ses côtés, Faon – ma jeune épouse, voilà de quoi faire tourner la tête d’un homme – lui rendit son sourire, le regard joyeux.
Ma fermière d’épouse. Ce mariage n’aurait pas dû être possible. Il y aurait des conséquences.
Il y avait eu des problèmes avant, il y en aurait encore après. Mais pas aujourd’hui. À cet instant précis, à la lumière du plus bel après-midi d’été qu’il ait jamais connu, il ne ressentait qu’une joie infinie.
Une fois la première dizaine de kilomètres derrière eux, Dag constata que sa compagne avait tout aussi envie que lui d’échapper au dénouement de la fête. Ils traversèrent le dernier village sur la route du fleuve en direction du nord, après quoi le chemin que prirent les deux voyageurs se transforma en une sorte de sentier plein d’ornières. Au fur et à mesure qu’ils avançaient, les fermes se firent moins nombreuses, isolées les unes des autres par des zones boisées de plus en plus vastes. »
Extrait de : L. McMaster Bujold. « Héritage – Le couteau du partage. »
Ensorcellement par Lois McMaster Bujold

Fiche de Ensorcellement
Titre : Ensorcellement (Tome 1 sur 4 – Le couteau du partage)
Auteur : Lois McMaster Bujold
Date de parution : 2006
Traduction : J. Lopez
Editeur : Bragelonne
Première page de Ensorcellement
« Faon arriva à la maison au puits un peu avant midi. La bâtisse ressemblait plus à une ferme qu’à une auberge et se dressait au bord de la route en ligne droite sur laquelle Faon avançait péniblement depuis deux jours. La cour, ouverte aux voyageurs, était délimitée par de vieux bâtiments en rondins disposés en demi-cercle, au milieu duquel se trouvait le puits couvert promis. Pour dissiper le moindre doute, quelqu’un avait accroché à l’un des poteaux un panneau représentant le puits et avait inscrit au-dessous la liste des produits en vente à la ferme, ainsi que leur prix. Chaque ligne minutieusement écrite était accompagnée d’un petit dessin et de rangées de cercles colorés figurant les pièces de monnaie nécessaires à leur achat, pour ceux qui ne savaient déchiffrer ni les mots ni les nombres. La mère de Faon lui avait appris à lire, à compter et aussi à tenir les comptes, ainsi que de nombreuses autres choses utiles à une maîtresse de maison. Elle fronça les sourcils en pensant tout à coup : Si je suis si intelligente, alors qu’est-ce que je fais dans ce pétrin ?
Elle serra les dents et plongea la main dans la poche de sa jupe à la recherche de sa bourse. Elle n’était pas lourde, mais il y avait bien de quoi s’acheter du pain. »
Extrait de : L. McMaster Bujold. « Le Couteau Du Partage – Ensorcellement. »
La chasse sacrée par Lois McMaster Bujold

Fiche de La chasse sacrée
Titre : La chasse sacrée (Tome 3 sur 3 – Chalion)
Auteur : Lois McMaster Bujold
Date de parution : 2005
Traduction : M. Fazi
Editeur : Bragelonne
Première page de La chasse sacrée
« Le prince était mort.
Comme le roi ne l’était pas, aucun des hommes perchés au-dessus de la porte du château n’osait afficher d’inconvenante réjouissance. Tout au plus un soulagement furtif. Lequel s’évanouit lorsqu’ils regardèrent la troupe de cavaliers d’Ingrey franchir la porte voûtée, dans un cliquetis de sabots, pour pénétrer dans la cour étroite. Ils le reconnaissaient – et comprenaient par conséquent qui l’envoyait.
Dans la grisaille humide de ce matin d’automne, la sueur d’Ingrey lui poissait la peau sous son pourpoint de cuir. Le froid semblait s’accumuler dans la cour pavée, canalisé par les murs blanchis à la chaux. Un courrier légèrement armé avait porté la nouvelle, franchissant en deux jours à peine la distance entre le château de la Hure, ici même, où le prince était décédé, et le palais du roi sacré à Gîtelevant. Ingrey et ses hommes, bien que plus lourdement chargés, n’avaient guère mis plus longtemps à parcourir le trajet du retour. »
Extrait de : L. McMaster Bujold. « Cycle de Chalion – La Chasse Sacrée. »
Paladin des âmes par Lois McMaster Bujold

Fiche de Paladin des âmes
Titre : Paladin des âmes (Tome 2 sur 3 – Chalion)
Auteur : Lois McMaster Bujold
Date de parution : 2003
Traduction : M. Fazi
Editeur : Bragelonne
Première page de Paladin des âmes
« Engourdie d’épuisement, Ista se pencha entre les créneaux surmontant la tour-porte, sentant le contact rêche de la pierre sous ses mains pâles, et regarda la queue du cortège funéraire franchir la porte du château au-dessous d’elle. Les sabots des chevaux raclaient les vieux pavés, et la voûte du portail renvoyait les adieux en écho. Parmi les derniers à partir se trouvaient son frère à la mine solennelle, le provincar de Baocia, ainsi que sa famille et sa suite, deux bonnes semaines après la fin des rites et cérémonies funéraires menés par les divins.
Dy Baocia s’entretenait toujours calmement avec le gardien du château, ser dy Ferrej, qui marchait à la hauteur de son étrier, son visage grave levé vers le provincar en selle, écoutant sans aucun doute le torrent final d’instructions. Le fidèle dy Ferrej, qui avait servi la défunte provincara douairière tout au long des vingt dernières années de sa longue résidence à Valenda. Les clés du château et du donjon étincelaient à la ceinture qui ceignait sa taille épaisse. Les clés de la mère d’Ista, que celle-ci avait rassemblées et gardées, avant de les remettre à son frère aîné ainsi que tous les papiers, inventaires et instructions qu’entraîne la mort d’une grande dame. Au moment de les rendre, il en avait confié la garde non pas à sa sœur, mais au brave, vieux et honnête dy Ferrej. Les clés permettant de bloquer tout danger à l’extérieur… Ou d’enfermer Ista à l’intérieur.
Seulement par habitude, vous savez. Je ne suis plus folle, en réalité.
Ce n’était pas comme si elle avait désiré les clés de sa mère, ni l’existence qui allait de pair avec elles. Ista savait à peine ce qu’elle désirait. Mais elle savait ce qu’elle redoutait : être enfermée dans un lieu étroit et sombre par les gens qui l’aimaient. Un ennemi peut baisser sa garde, fatigué par sa tâche, et tourner le dos ; mais l’amour ne faiblit jamais. Les doigts d’Ista frottaient nerveusement la pierre. »
Extrait de : L. McMaster Bujold. « Cycle de Chalion – Paladin des âmes. »
Le fléau de Chalion par Lois McMaster Bujold

Fiche de Le fléau de Chalion
Titre : Le fléau de Chalion (Tome 1 sur 3 – Chalion)
Auteur : Lois McMaster Bujold
Date de parution : 2001
Traduction : M. Fazi
Editeur : Bragelonne
Première page de Le fléau de Chalion
« Cazaril entendit les cavaliers sur la route bien avant de les voir. Il regarda par-dessus son épaule. Derrière lui, le sentier usé serpentait autour de la butte qui tenait lieu de colline dans ces plaines venteuses, avant de replonger dans la gadoue hivernale du sol pauvre de Baocia. À ses pieds, un ruisselet trop petit et irrégulier pour mériter un pont ou un caniveau dégouttait sur le sentier depuis les pâtures rasées par les moutons un peu plus haut. Le fracas des sabots, le cliquetis et le grincement des harnais, le tintement des cloches et l’écho de voix insouciantes s’approchaient à un rythme trop rapide pour appartenir à un fermier prudent suivi d’une escorte, ou à des muletiers parcimonieux menant leurs bêtes de charge.
Le cortège contourna la butte au trot : une douzaine d’hommes allant deux par deux, arborant la panoplie complète de leur ordre. Mais ce n’étaient pas des bandits. Cazaril soupira, puis avala sa salive pour calmer son estomac perturbé. Non qu’il puisse offrir davantage aux bandits qu’un peu d’exercice. Il se traîna un peu à l’écart du sentier et se tourna pour les regarder passer. »
Extrait de : L. McMaster Bujold. « Cycle de Chalion – Le fléau de Chalion. »
Nouveau Sisyphe – Justice à Miramar – L’assemblée des femmes par Robert Merle

Fiche de Nouveau Sisyphe – Justice à Miramar – L’assemblée des femmes
Titre : Nouveau Sisyphe – Justice à Miramar – L’assemblée des femmes
Auteur : Robert Merle
Date de parution : 1957
Editeur : Gallimard
Sommaire de Nouveau Sisyphe – Justice à Miramar – L’assemblée des femmes :
- Nouveau Sisyphe
- Justice à Miramar
- L’assemblée des femmes (d’après Aristophane)
Première page de Nouveau Sisyphe
« La scène représente la cour d’une maison de pêcheur à Corinthe. Au fond et au centre, des marches donnent accès à un remblai où chemine le sentier qui conduit à Corinthe. De l’autre côté du remblai, invisible pour le spectateur, la mer. Devant la porte de la maison, à droite, des filets bleus, des paniers d’un jaune safran, des filins, des avirons peints en rouge vif, un escabeau. Tout à fait à gauche de la scène, à côté d’un if, une grande dalle plate, posée sur deux grosses pierres, sert de banc. Tout, sous le soleil, est si vivement coloré, que l’ensemble, bien que fort simple, produit presque l’effet du luxe.Au lever du rideau, Cynara est assise sur les marches, en train de réparer les filets. Elle est svelte, presque gracile, et son teint très foncé, mais non pas noir, révèle une race étrangère. Arion est à peine plus âgé. Il est debout en haut des marches, sur le remblai.
ARION. – Quelle douceur sur la mer, Cynara… Derrière Corinthe, derrière les monts d’Arcadie, le soleil s’enfonce, plat comme le disque d’un athlète. Les pêcheurs affalent leurs voiles. »
Extrait de : R. Merle. « Nouveau Sisyphe – Justice à Miramar – L’Assemblée des femmes (d’après Aristophane). »
Flamineo – Sisyphe et la mort – Les Sonderling par Robert Merle

Fiche de Flamineo – Sisyphe et la mort – Les Sonderling
Titre : Flamineo – Sisyphe et la mort – Les Sonderling
Auteur : Robert Merle
Date de parution : 1950
Editeur : Gallimard
Sommaire de Flamineo – Sisyphe et la mort – Les Sonderling :
- Flamineo
- Sisyphe et la mort
- Les Sonderling
Première page de Flamineo
« La maison de Camillo à Rome. Quand le rideau se lève, Camillo et Vittoria sont debout en haut des marches, face au public. Le duc de Brachiano, en bas des marches, prend congé d’eux. Il tourne à demi le dos au public. A sa gauche, un serviteur, porteur d’une torche. A l’avant-scène à droite, Flamineo immobile dans l’ombre. La scène est obscure, sauf la partie éclairée par la torche. Au fond, une large fenêtre s’ouvre sur la nuit.
BRACHIANO. – Les heures que j’ai passées dans ta maison m’ont été douces, Camillo. Et plus douce encore, la voix de Vittoria. Vous chanterez encore pour moi, Vittoria ?
CAMILLO. – Je remercie Votre Seigneurie de l’honneur fait à ma maison.
BRACHIANO. – Chanterez-vous encore pour moi, Vittoria ?
CAMILLO. – Désirez-vous, Monseigneur, que deux de mes serviteurs accompagnent votre carrosse ? Les rues de Rome ne sont pas sûres. »
Extrait de : R. Merle. « Flamineo – Sisyphe et la mort – Les Sonderling. »
Derrière la vitre par Robert Merle

Fiche de Derrière la vitre
Titre : Derrière la vitre
Auteur : Robert Merle
Date de parution : 1970
Editeur : Gallimard
Première page de Derrière la vitre
« À l’endroit même où s’élève aujourd’hui l’église de Nanterre, les jeunes filles, au Moyen Âge, venaient de la capitale supplier l’ombre de Geneviève de dissiper les premiers symptômes des maternités imprudentes. La protectrice de Lutèce, étendant sa protection sur ces Parisiennes, exauçait parfois leurs prières. Au fil des siècles, cependant, la sainte perdit peu à peu son pouvoir, ou son esprit de compassion. Les pèlerinages cessèrent, le matérialisme prévalut. Et bientôt les Parisiens ne vinrent plus à Nanterre que pour goûter sa charcuterie, ses gâteaux et ses vins.
Maigre prospérité. Bien qu’il pût se vanter, sous Louis-Philippe, d’avoir vu passer, poussif et crachotant, le premier chemin de fer de France, le petit bourg somnolait. Ses pompiers restaient chez eux, se chauffant à leur propre feu. Les commerçants gagnaient petit, la passion politique tombait au plus bas, les filles étaient vertueuses, et plus que tout autre, la rosière, élue chaque année par le Conseil municipal avec l’approbation du curé. »
Extrait de : R. Merle. « Derrière la vitre. »
Outredune par Hugh Howey

Fiche de Outredune
Titre : Outredune (Tome 2 sur 2 – Outresable)
Auteur : Hugh Howey
Date de parution : 2022
Traduction : T. Arson
Editeur : Actes Sud
Première page de Outredune
« Vic se rappelait la première fois qu’elle avait désiré tuer quelqu’un. Et pas en manière de plaisanterie comme le font les enfants quand ils disent “Je vais te tuer !” à un camarade qui leur a fait un tort quelconque, mais sur un mode mûrement réfléchi, planifié, qui débouche sur la décision finale de prendre une vie. D’y mettre un terme définitif.
C’est une chose qui vous change, lorsque vous découvrez cette ligne tracée dans le sable. Et elle vous change davantage dès que vous la franchissez.
Les hommes qui la plaquaient au sol dans le bordel de sa mère allumèrent une braise chez Vic, et elle ne culpabilisa pas de ce qui s’ensuivit. Tout comme elle ne culpabiliserait pas pour cette ville peuplée de monstres qui avaient torturé les siens depuis plus longtemps que quiconque pouvait s’en souvenir.
Elle avait accompli un long voyage afin de se venger des hommes qui avaient rasé Springston, qui avaient abattu le grand mur, là où elle avait passé son enfance. »
Extrait de : H. Howey. « Outredune – Outresable. »