Auteur/autrice : CH91

 

Le boucanier du roi par Raymond E. Feist

Fiche de Le boucanier du roi

Titre : Le boucanier du roi (Tome 2 sur 2 – L’entre deux guerres – Les chroniques de Krondor)
Auteur : Raymond E. Feist
Date de parution : 1992
Traduction : I. Pernot
Editeur : Bragelonne

Première page de Le boucanier du roi

« Ghuda s’étira.

Une voix de femme s’éleva dans la pièce derrière lui.

— Sortez d’ici !

L’ancien mercenaire, assis sur une chaise sous le porche de son auberge, posa les pieds sur la balustrade. Derrière lui, la sérénade recommençait, comme tous les soirs. A Elarial, les riches voyageurs descendaient dans les grands hôtels ou dans les palaces qui bordaient les plages au sable d’argent. L’auberge du Heaume Cabossé devait se contenter de satisfaire les besoins d’une clientèle plus fruste : conducteurs de chariots, mercenaires, fermiers venus porter leur récolte en ville et soldats de la campagne.

— Dois-je appeler le guet ? s’écria la femme à l’intérieur de la salle commune.

Ghuda était un homme d’une forte carrure, mais il n’avait pas pris une once de graisse depuis qu’il était en retraite, car la gestion d’une auberge n’était pas une tâche de tout repos. Ses armes étaient toujours parfaitement aiguisées, car il avait été plus d’une fois obligé de jeter l’un ou l’autre de ses clients dehors. »

Extrait de : R.E Feist. « Le boucanier du roi – L’entre deux guerres – Les chroniques de Krondor. »

Prince de sang par Raymond E. Feist

Fiche de Prince de sang

Titre : Prince de sang (Tome 1 sur 2 – L’entre deux guerres – Les chroniques de Krondor)
Auteur : Raymond E. Feist
Date de parution : 1989
Traduction : I. Pernot
Editeur : Bragelonne

Première page de Prince de sang

« Le calme régnait dans l’auberge.

Les murs noircis de suie absorbaient la lumière de la lanterne et ne renvoyaient que peu de clarté. Le feu qui se mourait dans l’âtre n’offrait guère de chaleur et encore moins de gaieté, à en juger par l’attitude de ceux qui avaient choisi de s’asseoir devant lui. Contrairement à la plupart des établissements de cet acabit, l’auberge était lugubre. Des hommes assis dans des recoins obscurs discutaient à voix basse, et il valait mieux ne pas surprendre leur conversation si l’on n’était pas concerné. Un grognement approbateur, en réponse à une proposition murmurée, ou le rire amer d’une femme à la vertu négociable étaient les seuls sons qui brisaient le silence. La plupart des clients du Docker Endormi n’avaient d’yeux que pour le jeu. »

Extrait de : R.E Feist. « Prince de sang – L’entre deux guerres – Les chroniques de Krondor. »

Terre errante par Liu Cixin

Fiche de Terre errante

Titre : Terre errante
Auteur : Liu Cixin
Date de parution : 2000
Traduction : G. Gaffric
Editeur : Actes Sud

Première page Terre errante

« Je n’avais jamais vu la nuit. Je n’avais jamais vu les étoiles. Je n’avais jamais vu le printemps, ni l’automne, ni l’hiver.
Je suis né à la fin de l’Ère du freinage. La Terre venait tout juste d’arrêter de tourner.
Quarante-deux années avaient été nécessaires pour interrompre la rotation de la planète, soit trois de plus que dans le plan initial dressé par le gouvernement de la Coalition. Ma mère m’a raconté comment elle avait contemplé en famille le dernier crépuscule. Le soleil était descendu, lentement, comme s’il avait décidé de faire halte sur la ligne de l’horizon. Trois jours et trois nuits s’étaient écoulés avant qu’il disparaisse enfin. Bien entendu, à compter de cet instant, il n’y a plus eu ni “jour” ni “nuit”. Pendant longtemps – une décennie environ –, l’hémisphère Est a été enveloppé dans un crépuscule permanent, car le soleil n’avait pas totalement sombré derrière l’horizon : la moitié du ciel visible était encore inondée de sa lueur. C’est durant cet interminable âge crépusculaire que je suis venu au monde. »

Extrait de : L. Cixin. « Terre errante. »

L’ère de la supernova par Liu Cixin

Fiche de L’ère de la supernova

Titre : L’ère de la supernova
Auteur : Liu Cixin
Date de parution : 2003
Traduction : G. Gaffric
Editeur : Actes Sud

Première page L’ère de la supernova

« En ce temps-là, la Terre était un astre dans le ciel.

En ce temps-là, Pékin était une ville sur la Terre.

Au milieu de l’océan de lumières de cette ville, il y avait une école et, dans cette école, une salle de classe et, dans la salle de classe, des élèves participaient à une cérémonie de remise
des diplômes. Comme inévitablement en ce genre d’occasion, les enfants parlaient de leurs rêves de futur.

— Moi, je veux être général ! lança Lü Gang, un gamin chétif, mais qui dégageait une sensation naturelle de puissance, rare chez les enfants de cet âge.

— Nul ! commenta un enfant. Il n’y aura bientôt plus de guerre sur la planète. Tu ne ferais rien d’autre que diriger des exercices.

— Moi, je veux devenir médecin ! fit d’une voix fluette une jeune fille nommée Lin Sha, provoquant aussitôt une salve de rires moqueurs. »

Extrait de : L. Cixin. « L’ère de la supernova. »

Des dinosaures et des fourmis par Liu Cixin

Fiche de Des dinosaures et des fourmis

Titre : Des dinosaures et des fourmis
Auteur : Liu Cixin
Date de parution : 2003
Traduction : G. Gaffric
Editeur : Actes Sud

Première page Des dinosaures et des fourmis

« Si l’on condensait toute l’histoire de la Terre en une journée, une heure équivaudrait à deux cents millions d’années, une minute à trois millions trois cent mille ans et une seconde à cinquante-cinq mille.
La vie serait apparue à huit ou neuf heures du matin, quant à la civilisation humaine, elle n’aurait émergé qu’au dernier dixième de la dernière seconde de cette journée. Entre le mo­­ment où les philosophes ont dé­­battu pour la toute première fois sur les marches d’un temple de la Grèce antique, celui où les esclaves d’Égypte ont posé la première pierre de la grande pyramide de Khéops, celui où Confucius a offert son enseignement à son premier disciple dans une hutte de chaume à la lueur d’une bougie et celui où vous avez tourné la première page de ce livre, il ne se serait écoulé qu’un dixième de tic-tac de l’horloge.
Or que faisait la vie sur Terre pendant les heures ayant précédé ce dixième de seconde ? Les êtres vivants se con­tentaient-ils de nager, de courir, de se reproduire et de dormir ? »

Extrait de : L. Cixin. « Des dinosaures et des fourmis. »

Boule de foudre par Liu Cixin

Fiche de Boule de foudre

Titre : Boule de foudre
Auteur : Liu Cixin
Date de parution : 2018
Traduction : N. Giovanetti
Editeur : Actes Sud

Première page de Boule de foudre

« Ce jour-là, c’était mon anniversaire. Ce n’est que le soir, lorsque j’ai vu papa et maman allumer les bougies du gâteau d’anniversaire, et que nous nous sommes assis tous les trois autour de ces quatorze petites flammes, que je m’en suis souvenu.
C’était une nuit d’orage. L’univers entier semblait se réduire aux éclairs qui zébraient sans arrêt le ciel et à la petite pièce où nous nous tenions. Chaque fois que fulgurait la lumière bleue d’un éclair, à l’extérieur, les gouttes de pluie se figeaient brièvement dans une clarté absolue ; elles semblaient presque solides, tel un dense réseau de cristaux étincelants suspendu entre ciel et terre. Une idée m’est soudain venue à l’esprit : ce serait très amusant si le monde était toujours comme ça. En sortant de chez soi, on marcherait tous les jours à travers un nuage de cristaux, qui bruisseraient autour de nous avec un doux son de clochettes. Mais comment un univers aussi finement ciselé pourrait-il supporter la violence du tonnerre et des éclairs ?… Le monde que je voyais avait toujours été différent du monde que voyaient les autres. J’essayais toujours de le faire changer de forme dans mon esprit. À cet âge, c’était la seule chose que je savais vraiment sur moi-même. »

Extrait de : L. Cixin. « Boule de foudre. »

Avec ses yeux par Liu Cixin

Fiche de Avec ses yeux

Titre : Avec ses yeux
Auteur : Liu Cixin
Date de parution : 2011
Traduction : G. Gaffric
Editeur : Bélial

Première page de Avec ses yeux

« Après plus de deux mois de travail ininterrompu, j’étais harassé de fatigue. Aussi demandai-je au directeur du Centre de navigation aérospatiale de m’accorder deux jours de congé, histoire de m’aérer et de me changer les idées. Mon supérieur accepta, à la condition que je prenne une paire d’yeux avec moi. J’acquiesçai et il m’accompagna jusqu’à une petite pièce au bout d’un long corridor, là où les yeux étaient entreposés. Il n’en restait qu’une dizaine de paires.

Le directeur me confia l’une d’entre elles, puis m’indiqua un immense écran mural afin de me présenter leur propriétaire. La jeune femme en question, semblant tout juste sortie de la faculté, me fixait d’un regard candide. Elle paraissait flotter dans son ample combinaison spatiale, et son air presque effaré témoignait manifestement de sa prise de conscience récente que l’espace n’avait rien du paradis romantique dont elle rêvait du temps où elle fréquentait les bibliothèques universitaires  ; elle faisait désormais face à l’infernale réalité du vide intersidéral. »

Extrait de : L. Cixin. « Avec ses yeux. »

La mort immortelle par Liu Cixin

Fiche de La mort immortelle

Titre : La mort immortelle (Tome 3 sur 3 – Le problème à trois corps)
Auteur : Liu Cixin
Date de parution : 2010
Traduction : G. Gaffric
Editeur : Actes Sud

Première page de La mort immortelle

« Rassemblant ses pensées, Constantin XI Paléologue repoussa devant lui la pile de cartes des défenses de la cité, il resserra sa robe violette et attendit en silence.
Il possédait un sens du temps très précis : les vibrations retentirent au moment attendu, comme si elles naissaient dans les profondeurs de la terre, sourdes, mais violentes. Les oscillations firent fredonner le candélabre d’argent. Une volute de poussière, attendant probablement depuis un millénaire accrochée au plafond du Grand Palais, se détacha et perla sur les flammes, explosant en étincelles. L’onde de choc était provoquée par un des boulets de granit de deux cents livres qui frappait les murs de Constantinople toutes les trois heures – le temps nécessaire aux Ottomans pour recharger le gigantesque canon imaginé par l’ingénieur Urbain. Ce que bombardait ce canon, c’étaient les murs les plus résistants du monde : bâtis sous le règne de Théodose II au ve siècle, ils n’avaient cessé d’être étendus et renforcés au fil du temps et constituaient aujourd’hui la principale défense des Byzantins contre leurs ennemis. Mais les boulets creusaient maintenant des trous dans ces remparts, comme si ces derniers étaient lentement grignotés par un géant informe. »

Extrait de : L. Cixin. « La mort immortelle – Le problème à trois corps. »

La forêt sombre par Liu Cixin

Fiche de La forêt sombre

Titre : La forêt sombre (Tome 2 sur 3 – Le problème à trois corps)
Auteur : Liu Cixin
Date de parution : 2008
Traduction : G. Gaffric
Editeur : Actes Sud

Première page de La forêt sombre

« La fourmi brune avait déjà oublié que ce lieu avait jadis été son foyer. Pour la Terre et pour les étoiles qui venaient tout juste de poindre dans le ciel vespéral, cette période n’avait été qu’une dérisoire parenthèse mais, pour la fourmi, cela frisait l’éternité. En ces temps reculés, son monde avait été renversé. La terre s’était envolée et, à sa place, avait surgi un gouffre vaste et profond, puis la terre était revenue dans un bruit de tonnerre et le gouffre avait disparu. À ce qui avait été l’une de ses extrémités se dressait maintenant une butte noire et solitaire. Ces événements se produisaient souvent sur cet immense territoire, la terre se volatilisait avant de faire son retour, des gouffres s’ouvraient avant d’être recouverts, puis s’ensuivait la naissance d’une butte solitaire, témoin visible de chaque nouvelle catastrophe. Sur le chemin du soleil couchant, la fourmi brune et ses centaines de sœurs escortaient la reine survivante à la recherche d’un lieu où fonder un nouvel empire. »

Extrait de : L. Cixin. « La forêt sombre – Le problème à trois corps. »

Le problème à trois corps par Liu Cixin

Fiche de Le problème à trois corps

Titre : Le problème à trois corps (Tome 1 sur 3 – Le problème à trois corps)
Auteur : Liu Cixin
Date de parution : 2006
Traduction : G. Gaffric
Editeur : Actes Sud

Première page de Le problème à trois corps

« L’assaut de l’Union rouge contre le quartier général de la brigade du 28 Avril durait depuis déjà deux jours. Tout autour de l’édifice, les drapeaux de la brigade claquaient au vent, telles des torches attendant d’être ravivées.

L’officier en chef de l’Union rouge était terriblement inquiet, non qu’il ait peur des miliciens en faction dans la tour – les deux cents et quelques hommes de la brigade du 28 Avril ne pesaient pas bien lourd face aux gardes rouges de l’Union, fondée au début de l’année 1966 et dont la puissance économique et militaire était sans rivale. Ce qu’il craignait, c’étaient les quelques dizaines de fours de métal en fusion entreposés à l’intérieur du bâtiment. Ceux-ci, reliés par des détonateurs électriques, étaient pleins à ras bord d’explosifs. Il ne pouvait les voir, mais il pouvait sentir leur présence magnétique. Un doigt sur un bouton et tous seraient réduits en cendres. »

Extrait de : L. Cixin. « Le problème à trois corps. »