Auteur/autrice : CH91
Boneshaker par Cherie Priest

Fiche de Boneshaker
Titre : Boneshaker (tome 1 sur 6 – Le siècle mécanique)
Auteur : Cherie Priest
Date de parution : 2009
Traduction : A. Bousteau
Editeur : Panini
Première page de Boneshaker
« ELLE L’APERÇUT ET s’arrêta à quelques pas de l’escalier.
— Je suis désolé, s’excusa-t-il très vite, je ne voulais pas vous faire peur.
Enveloppée dans un triste manteau noir, la femme resta impassible.
— Que voulez-vous ?
Il avait préparé un discours, qu’il avait oublié.
— Parler. Avec vous. Je voudrais parler avec vous.
Briar Wilkes ferma les yeux, aussi fort que possible. Lorsqu’elle les rouvrit, elle demanda :
— C’est à propos de Zeke ? Qu’est-ce qu’il a fait, cette fois ?
— Non, non, ça n’a rien à voir avec lui, insista-t-il. Madame, j’espérais que nous pourrions parler de votre père.
Ses épaules se détendirent et elle secoua la tête.
— Logique. Je le jure devant Dieu, tous les hommes dans ma vie, ils… »
Extrait de : C. Priest. « Boneshaker – Le siècle mécanique. »
Building par Michel Honaker

Fiche de Building
Titre : Building
Auteur : Michel Honaker
Date de parution : 1987
Editeur : Fleuve noir
Première page de Building
« Lon Guerny s’extirpa du fouillis de draps jaunis et maculés d’auréoles nuageuses avec un grognement d’agacement. Il dut battre plusieurs fois des paupières pour discipliner sa rétine que la lumière crue inondant le réduit indisposait. Progressivement, le ballet des lucioles noires cessa devant ses yeux et le décor de son compartiment émergea de la brume des somnifères qu’il avait avalés la veille. Assis au bord du lit en fer, il laissa son regard s’accrocher ici et là autour de lui, au hasard des empilements hétéroclites et des posters élimés, histoire de reprendre contact avec la réalité.
Et quelle réalité ! Le dateur électronique officiel qui trônait au-dessus de la porte s’acharnait à prétendre que le 43 avril tombait un dimanche et qu’au quatrième top, il pourrait bien être 29 heures ! Évidemment, Lon Guerny n’en croyait pas un mot. Le dateur était de plus en plus sujet à ce type de dérèglement et Guerny pas assez philosophe pour extraire de ses fréquents dérapages ce qu’ils pouvaient contenir d’humour involontaire. Heureusement qu’il disposait d’un dateur personnel autoalimenté, comme tous les bons employés du bureau. Mais à la limite, il ne s’en servait jamais. »
Extrait de : M. Honaker. « Building. »
La forteresse des oracles par Michel Honaker

Fiche de La forteresse des oracles
Titre : La forteresse des oracles (Tome 2 sur 2 – Les survivants de Troie)
Auteur : Michel Honaker
Date de parution : 2008
Editeur : Flammarion
Première page de La forteresse des oracles
« L’aube était venue, sombre et tourmentée. Le brouillard dérivait en filaments paresseux sur la plaine. Surgie de nulle part, une bande de corbeaux déploya ses ailes charbonneuses et décrivit de larges cercles dans le ciel. Énée les suivit un instant des yeux ; ils fuyaient probablement un danger tapi derrière la lisière de la forêt. Déjà, les collines bruissaient de la cadence imposante d’une armée en marche. Des chevaux hennirent dans le lointain, invisibles. Le Troyen perçut le trépignement de ses propres troupes derrière lui et le froissement impatient de leurs boucliers. Ils formaient une ligne disparate adossée à une digue d’épieux. Qui étaient-ils ? La plupart lui étaient inconnus. Cette terre elle-même, comment se nommait-elle ? Cette rivière et ce maigre village ?
Ce n’était pas Troie, car Troie n’était plus que cendres… »
Extrait de : M. Honaker. « La Forteresse des Oracles – Les survivants de Troie. »
Le prince sans couronne par Michel Honaker

Fiche de Le prince sans couronne
Titre : Le prince sans couronne (Tome 1 sur 2 – Les survivants de Troie)
Auteur : Michel Honaker
Date de parution : 2008
Editeur : Flammarion
Première page de Le prince sans couronne
« Très tôt chaque matin, Ascagne quittait la maison de ses parents pour gagner les remparts de la cité. Les cheveux au vent et l’arc en bandoulière, il avait coutume de courir sur les chemins de ronde – mais peut-être, ce matin-là, se pressa-t-il plus que de coutume. Son rêve étrange de la nuit le poursuivait encore, et il lui tardait de voir s’il se réaliserait. Après ces jours de tempête de sable, le silence était retombé sur Troie, la cité meurtrie. La canicule martelait déjà les remparts ébréchés, et l’adolescent se pencha par-dessus le parapet lézardé pour scruter la plaine que blanchissaient les brumes oubliées par la nuit. Le champ de bataille grêlé de ferrailles s’étendait jusqu’à la côte, îlot de terre labourée par les roues des chars et les sandales des fantassins. Ascagne n’avait pas connu le temps où cette plaine inégale barrée de brèves falaises se noircissait de caravanes en provenance d’Orient, surchargées de trésors que l’on hissait à bord de puissantes galères dans le port tout proche. »
Extrait de : M. Honaker. « Le Prince sans couronne – Les survivants de Troie. »
La sorcière du marais par Michel Honaker

Fiche de La sorcière du marais
Titre : La sorcière du marais (Tome 5 sur 5 – Rocambole)
Auteur : Michel Honaker
Date de parution : 2005
Editeur : Gallimard
Première page de La sorcière du marais
« Les monts Tcherski sont l’enfer sur terre et seuls des démons peuvent y habiter. » Tel était le dicton populaire qui circulait dans cette région chaotique de la Russie, meurtrie par le vent et la glace, où la température avoisinait les – 50° au creux de l’hiver. Il disait vrai. Ces démons existaient : c’étaient ces bagnards qui piochaient inlassablement les rives d’un affluent de la rivière Iana. Étaient-ils encore humains, ces pauvres hères qui harcelaient la roche avec de la tourbe jusqu’aux genoux ? Ils plantaient leurs crocs de métal du geste las et répétitif de ceux qui ont oublié le temps, pliant sous les assauts du blizzard. Cette cuvette excavée au cœur de la montagne ressemblait à une fourmilière, traversée par des entrelacs de gouttières en bois dressées sur des pilotis. Les cailloux extraits du torrent étaient acheminés vers de larges tamis en partie immergés dans le courant. Un parfum âcre de produit chimique flottait dans les airs et un mot courait sur les lèvres et expliquait tout : l’or. »
Extrait de : M. Honaker. « Rocambole et la Sorcière du Marais. »
Le diable de Montrouge par Michel Honaker

Fiche de Le diable de Montrouge
Titre : Le diable de Montrouge (Tome 4 sur 5 – Rocambole)
Auteur : Michel Honaker
Date de parution : 2005
Editeur : Gallimard
Première page de Le diable de Montrouge
« À peine le dernier accord de la sonate des adieux de Beethoven eut-il été plaqué sous les lambris du salon de lady Avesham, que les applaudissements de l’assistance fusèrent comme une salve d’artillerie. Sous les vivats, Artémis Coulonges s’écarta à regret du piano, encore pénétrée par la musique qu’elle venait d’interpréter, et se levant de son tabouret, esquissa une révérence modeste.
Un élégant à barbiche joua des coudes pour gagner le premier rang de ce beau monde conquis et clamer ses « bravo » avec un enthousiasme dévot. La jeune fille frêle le remarqua sans doute car elle le gratifia lui et lui seul d’un sourire complice. Il en redoubla de cris et de trépignements si la chose était possible.
Lady Avesham en personne, une vieille Anglaise distinguée, quitta sa chaise pour donner l’accolade à la belle.
— Quel merveilleux récital, lui glissa-t-elle. Ne faites pas attendre l’Amérique, mon enfant, et n’écoutez pas ces insatiables, sans quoi vous manquerez votre navire. Partez vite ! »
Extrait de : M. Honaker. « Rocambole et le Diable de Montrouge. »
Le pacte de sang par Michel Honaker

Fiche de Le pacte de sang
Titre : Le pacte de sang (Tome 3 sur 5 – Rocambole)
Auteur : Michel Honaker
Date de parution : 2004
Editeur : Gallimard
Première page de Le pacte de sang
« — Père, quand arriverons-nous à la frontière ?
Tiré de ses préoccupations, Karol Milewsky considéra son fils avec tendresse.
— Bientôt, mon enfant !
Andrej était un bel adolescent de quinze ans aux traits réguliers et francs, au menton volontaire et au regard encore innocent. Il était le portrait de sa défunte mère. Le grand poète polonais se demanda encore par quelle folie il avait entraîné son fils unique dans cette dangereuse aventure. Chaque fois que cette question lui venait à l’esprit, la réponse s’imposait, implacable : s’il avait laissé Andrej derrière lui à Varsovie, ses ennemis l’auraient probablement capturé pour exercer sur lui le plus monstrueux des chantages.
Milewsky soupira. Le deuil récent de sa femme autant que le sort misérable de ses compatriotes l’avaient prématurément vieilli. À quarante-cinq ans, il n’était plus qu’un vieillard aux joues creuses encadrées de longs cheveux gris, et ses petits yeux noirs reflétaient une expression morose et fataliste. »
Extrait de : M. Honaker. « Rocambole et le Pacte de Sang. »
Les marionnettes de la mort par Michel Honaker

Fiche de Les marionnettes de la mort
Titre : Les marionnettes de la mort (Tome 2 sur 5 – Rocambole)
Auteur : Michel Honaker
Date de parution : 2003
Editeur : Gallimard
Première page de Les marionnettes de la mort
« La diligence talonnée par l’orage émergea de la forêt comme si elle avait le diable à ses trousses. Le cocher donnait du fouet sans relâche, engoncé dans ses longs vêtements de cuir, le visage abrité sous l’auvent d’un antique tricorne. Les quatre chevaux soulevaient des gerbes de boue et la voiture brinquebalait en tous sens sur cette route détrempée.
L’unique passager pressa son gros nez sur la vitre vérolée de pluie et s’effraya des nuages noirs qui avaient enseveli le ciel de cette fin d’après-midi. Marius Aubain était un marchand de bétail qui revenait des foires du Nord où il avait vendu son cheptel à bon prix. Il s’en retournait à présent vers son Berry natal, fortune faite, et n’entendait pas musarder en chemin. Toutefois, le grondement insistant de l’orage commençait à le convaincre qu’une halte serait la bienvenue. Aussi cogna-t-il au plafond avec le pommeau de sa canne pour attirer l’attention du conducteur. Celui-ci ouvrit la lucarne de séparation, laissant deviner un nez long et osseux, une bouche petite mais ferme, mais non pas le visage en son entier, abandonné à l’ombre du feutre. »
Extrait de : M. Honaker. « Rocambole et les marionnettes de la mort. »
Le spectre de Kerloven par Michel Honaker

Fiche de Le spectre de Kerloven
Titre : Le spectre de Kerloven (Tome 1 sur 5 – Rocambole)
Auteur : Michel Honaker
Date de parution : 2002
Editeur : Gallimard
Première page de Le spectre de Kerloven
« — Tout le monde dort ! Paix et silence ! Allons, endormez-vous !
La voix de sœur Lucie – que les enfants surnommaient en cachette « la Luciole » – s’éteignit dans les couloirs lugubres de l’orphelinat pour filles de l’Enfant-Roi. Chaque soir, la sévère religieuse faisait ainsi le tour des dortoirs pour s’assurer que le calme régnait, silhouette inquiétante surmontée d’une cornette aux allures de galion. D’ordinaire, aucune des pensionnaires n’osait plus remuer un cil après son passage… Ce soir-là pourtant, dès que la Luciole eut disparu, une téméraire rejeta vivement ses draps rugueux et se pelotonna au pied de son lit.
Fauvette avait à peine treize ans – elle n’en savait trop rien elle-même. Son corps trop maigre flottait dans sa chemise de toile grossière et n’avait pas grandi comme il aurait dû par la faute des privations. Ses grands yeux vifs, un brin effrontés, mangeaient son visage étréci aux joues mal lavées. Elle ramena ses longs cheveux raides couleur noisette dans son cou, puis prenant son élan, courut se mettre à l’abri dans l’ombre d’un pilier. Elle attendit là un instant pour s’assurer que personne ne l’avait vue. »
Extrait de : M. Honaker. « Rocambole et le spectre de Kerloven. »
La guerre des dieux par Michel Honaker

Fiche de La guerre des dieux
Titre : La guerre des dieux (Tome 4 sur 4 – Odyssée)
Auteur : Michel Honaker
Date de parution : 2007
Editeur : Flammarion
Première page de La guerre des dieux
« Les cavaliers arrivaient par le sud, sanglés dans leurs cuirasses lustrées que surmontaient de glorieux casques à cimier blanc. Ils franchirent au galop la rivière Altios dont les rives étaient encore engluées par la neige hivernale. À leur approche, une volée de perdrix effarouchées s’enfuit à tire-d’aile en direction du village aux maisons de pierre, qui flanquait le cours d’eau. En apparence, c’était bien la seule population que recelait cet endroit pourtant réputé pour ses troupeaux et ses pâtures, ses artisans habiles et sa joie de vivre.
À la tête de ses hommes, le général Gordios s’enfonça dans la ruelle boueuse qui veinait le bourg, considérant avec suspicion les portes béantes, les marmites abandonnées au-dessus des feux dépéris et les corvées de linge inachevées, autant d’indices de la panique qui paraissait avoir brutalement saisi les habitants. »
Extrait de : M. Honaker. « La guerre des dieux – Odyssée. »