Catégorie : Livres

 

L’émissaire par Pierre Pevel

Fiche de L’émissaire

Titre : L’émissaire (tome 5 sur 5 – Haut-Royaume)
Auteur : Pierre Pevel
Date de parution : 2021
Editeur : Bragelonne

Première page de L’émissaire

« Darha’Kàn avait répondu à l’appel de ses frères, Os’vhehir et Vor’Ohrta. Dominant les ruines d’un amphithéâtre creusé à flanc de colline, les trois Dragons Infernaux toisaient Serk’Arn, le Dragon de la Destruction, dont le spectre s’inclinait devant eux, en bas des gradins de vieille pierre, tête basse et paupières closes, immobile, les ailes largement écartées et touchant le sol.
— Pourquoi cette assemblée ? demanda Darha’Kàn.
Ses yeux d’obsidienne étaient parcourus de veinures dont s’échappaient – comme d’autant de fissures – des fumées d’Obscure pourpres. Il était plus grand et plus massif que ses frères, mais partageait avec eux les mêmes écailles tranchantes, les mêmes ailes membraneuses et la même crête osseuse sur l’échine. Par droit d’aînesse, il parlait le premier et le dernier, décidait quand les deux autres restaient incertains, imposait parfois sa volonté. Car Darha’Kàn ne dépassait pas seulement ses frères en âge, mais aussi en puissance. Dragon d’Obscure, il dominait le plus profond et le plus redoutable des Royaumes Infernaux.
— Serk’Arn nous demande audience, répondit Vor’Ohrta.
C’était le Dragon d’Oubli et de ses yeux noirs et luisants s’élevaient des rubans laiteux et vaporeux. Son royaume était le second des Enfers. »

Extrait de : P. Pevel. « L’Émissaire – Haut-Royaume. »

L’adversaire par Pierre Pevel

Fiche de L’adversaire

Titre : L’adversaire (tome 4 sur 5 – Haut-Royaume)
Auteur : Pierre Pevel
Date de parution : 2020
Editeur : Bragelonne

Première page de L’adversaire

« La vieille femme préparait son repas quand quelqu’un frappa à la porte. Elle n’attendait pas de visite mais ce n’était jamais pour rien qu’on venait trouver la mère Iloucha dans sa cabane, là-haut, par-delà le col du Chien Noir. En se détournant du feu, elle remarqua qu’elle avait déjà posé deux écuelles sur la table. Sans y penser. Elle ne chercha pas à comprendre – à quoi bon essayer d’expliquer ce qui ne peut l’être ?

Elle ouvrit sa porte, une bourrasque entra et les premiers mots de l’inconnu furent :

— L’hospitalité pour mon compagnon et moi-même ?

La vieille sut au premier regard qu’elle ne l’oublierait jamais.

Avec ses vêtements élimés, sa cape rapiécée, son bâton de marche et sa besace sur l’épaule, il aurait pu passer pour un vagabond ou pour l’un de ces pèlerins en route vers le mausolée du premier Haut-Roi et qui se serait égaré. Pour autant, ce voyageur n’était pas un voyageur ordinaire et la mère Iloucha était certaine qu’il n’avait certainement pas perdu son chemin. Il était grand, avec d’épais cheveux blancs, une barbe courte et des yeux d’un bleu délavé. Mais surtout, une force émanait de lui : elle lui venait de sa stature et de son regard, et aussi de quelque chose de si puissant qu’il ne pouvait le contenir tout à fait.

— Dans les Égides, l’hospitalité, c’est sacré, répondit la vieille. Malheur à celui qui la refuse et malheur à celui qui en abuse. »

Extrait de : P. Pevel. « L’Adversaire – Haut-Royaume. »

Le roi par Pierre Pevel

Fiche de Le roi

Titre : Le roi (tome 3 sur 5 – Haut-Royaume)
Auteur : Pierre Pevel
Date de parution : 2018
Editeur : Bragelonne

Première page de Le roi

« La table était un large anneau de pierre. Elle semblait perdue dans des ténèbres infinies, une colonne de lumière pâle tombant sur la sphère qui flottait en son centre et, piquetée de constellations et d’astres solitaires, figurait les cieux d’Imélorie.
— Trois étoiles rouges convergent vers la constellation du Royaume aux Cinq Couronnes, dit le Premier Gardien.
Il avait convoqué l’Assemblée d’Ir’kans.
Aussi étaient-ils neuf à la table de pierre – neuf dont on ne distinguait que la tête et les épaules, et que coiffaient de larges et profondes capuches grises.
— Toutes annoncent la guerre, dit le Quatrième.
— Leur course s’est hâtée, dit la Sixième.
Comme la Neuvième, rien – sinon sa voix féminine – ne la distinguait des sept autres.
— Elle s’est hâtée alors que l’étoile du Vieux Roi disparaissait, dit le Deuxième.
— Ainsi s’est accomplie sa destinée, dit le Septième.
— Erreur, corrigea sèchement le Troisième.
Le Troisième et le Septième Gardien s’étaient souvent opposés. Leur inimitié était connue. Dernièrement, le Septième s’était imposé à l’Assemblée, mais il avait eu assez d’humilité ou d’intelligence pour ne pas évincer le Premier. »

Extrait de : P. Pevel. « Le Roi – Haut-Royaume. »

L’héritier par Pierre Pevel

Fiche de L’héritier

Titre : L’héritier (tome 2 sur 5 – Haut-Royaume)
Auteur : Pierre Pevel
Date de parution : 2014
Editeur : Bragelonne

Première page de L’héritier

« Ce jour serait celui des obsèques d’un héros.

Un ciel minéral, gris et lourd comme l’ardoise, couvrait les Monts Égides. Une pluie d’hiver tombait sur la Citadelle. Fine et pénétrante, on la voyait à peine mais elle faisait briller le pavé et glaçait jusqu’à l’os. Le cortège funèbre allait d’un pas lent, par des rues vides aux portes closes et aux fenêtres aveugles. La vieille forteresse semblait déserte, morte, abandonnée sous l’averse dans son écrin de falaises nues. Aux remparts, les bannières arborant les cinq couronnes du Haut-Royaume pendaient, détrempées et ternes. Des corbeaux aux ailes luisantes s’étaient posés sur les plus hautes tours. Attentifs, ils observaient. Le prince Aldéran de Langre ouvrait la marche, monté sur un cheval dont les sabots troublaient des flaques d’encre. Derrière lui, un chariot tiré par quatre chevaux transportait un cercueil d’ébène recouvert d’un étendard empesé de pluie. Venait ensuite une escorte de cavaliers plongés dans un silence absolu. »

Extrait de : P. Pevel. « L’Héritier – Haut-Royaume. »

Le chevalier par Pierre Pevel

Fiche de Le chevalier

Titre : Le chevalier (tome 1 sur 5 – Haut-Royaume)
Auteur : Pierre Pevel
Date de parution : 2013
Editeur : Bragelonne

Première page de Le chevalier

« Une lune cendre s’était levée sur la capitale des duchés de Sarme et Vallence. Elle se reflétait à la surface d’une lagune dont les eaux noires et basses étaient traversées de salamandres luminescentes. C’était l’été. La Grande Nébuleuse emplissait le ciel. La nuit était chaude, étouffante, envahie par l’odeur de vase qui montait des canaux et empuantissait jusqu’aux plus sombres et discrètes venelles des vieux quartiers d’Alencia. Une lanterne brûlait au fond de l’une de ces ruelles. Entourée d’un ballet d’insectes, elle éclairait une porte à laquelle Lorn Askariàn frappa d’un poing ganté de cuir. Ignorant qu’il paierait bientôt le prix de sa loyauté, il venait secourir un homme dont la vie lui semblait valoir plus que la sienne.

Dans la porte, le panneau d’un guichet coulissa.

Parce que sa capuche cachait le haut de son visage, Lorn releva la tête et laissa voir ses yeux. Il attendit, la main posée sur le pommeau de l’épée, silhouette sombre et immobile dans la lueur incertaine.

Le guichet claqua et la porte s’ouvrit. »

Extrait de : P. Pevel. « Le Chevalier – Haut-Royaume. »

In memoriam par Pierre Jacq

Fiche de In memoriam

Titre : In memoriam (tome 4 sur 4 – Chroniques des Sept cités)
Auteur : Pierre Jacq
Date de parution : 1998
Editeur : Asmodée

Première page de In memoriam

« L’aube n’allait plus tarder.
Par la fenêtre, légèrement en retrait pour ne pas risquer d’être aperçu de l’extérieur, Elmio voyait l’horizon se teinter d’un mince filet rosâtre. Il fallait porter le regard assez loin, jusqu’à la crête des collines avoisinantes, au-delà de l’étendue chaotique de toits accolés, mêlée confuse et figée dont émergeaient par endroits des tours sombres et des clochers étroits.
Anciennement, la bâtisse où Elmio se trouvait était une maison de maître, dans un quartier jadis bourgeois. Ici comme presque partout ailleurs dans Bejofa, la misère l’avait emporté. Les constructions alentour témoignaient d’un même passé prospère, d’une vie paisible, quand Samarande et Bejofa ne faisaient qu’une seule et splendide cité, de part et d’autre des eaux lentes du fleuve Sahar. Deux siècles plus tôt, les édiles avaient accordé à Bejofa le statut de cité franche. Il s’agissait pour eux d’amoindrir l’influence du Prince en permettant à un nouveau gouverneur de siéger au Conseil de la Principauté. »

Extrait de : P. Jacq. « In memoriam – Chroniques des Sept cités. »

Le prix du sang par Pierre Jacq

Fiche de Le prix du sang

Titre : Le prix du sang (tome 3 sur 4 – Chroniques des Sept cités)
Auteur : Pierre Jacq
Date de parution : 1997
Editeur : Asmodée

Première page de Le prix du sang

« Dans le silence de la chapelle des Pères Oubliés, Sakcha, parfaitement immobile, regardait le cadavre et refusait d’y croire. C’était pourtant bien Narubio qui gisait devant lui, sur le ventre. De sa nuque dépassait l’empennage d’un carreau d’arbalète dont le fer aigu saillait sous sa pomme d’Adam. Son crâne chauve, rond et blanc, reposait au milieu d’une flaque pourpre, poisseuse qui s’étalait lentement sur la pierre.

Pendant de longues secondes, le sang-mêlé fixa le corps de son ami. Enfin, il releva la tête. Ses pupilles félines n’étaient plus que deux traits d’ombre lorsqu’il trouva le regard de celle qui lui faisait face.

Fey Mejoka semblait avoir trente ans. Elle était grande, mince, portait un pantalon de cuir et un pourpoint noir largement ouvert sur une chemise de mauvaise toile. Une rapière au fourreau pendait le long de sa cuisse. Ses cheveux noirs tombaient bas sur ses reins, une lourde mèche cachait son œil gauche – un œil mort. »

Extrait de : P. Jacq. « Le prix du sang – Chroniques des Sept cités. »

La voie du sang par Pierre Jacq

Fiche de La voie du sang

Titre : La voie du sang (tome 2 sur 4 – Chroniques des Sept cités)
Auteur : Pierre Jacq
Date de parution : 1996
Editeur : Asmodée

Première page de La voie du sang

« Afar, le premier, pénétra dans la ruelle. Il était petit, mince et allait courbé tel un pisteur. Il avait le teint mat du peuple effarat auquel appartenait sa mère, une authentique fille du désert, qu’un oncle peu scrupuleux avait vendue jadis à un marchand de passage. Sous ses guenilles, le métis tenait ferme la poignée d’une dague restée au fourreau. Car s’il ne connaissait rien de la lointaine patrie de ses ancêtres maternels, il savait quel danger il y avait à s’aventurer dès la nuit tombée dans les quartiers pauvres de Samarande. Afar avait beau être un voleur, cela ne changeait rien à l’affaire. Seul le dernier des bourgeois croyait encore que les truands ne détroussaient pas leurs confrères.
Sous le ciel bouché par de lourds nuages nocturnes, la venelle obscure et silencieuse semblait déserte. En de telles circonstances, Afar savait que ses sens ne lui étaient pas d’un grand secours : dans le noir, un bon larron à l’affût devient invisible et sait ne pas se faire entendre. »

Extrait de : P. Jacq. « La voie du sang – Chroniques des Sept cités. »

Premiers sangs par Pierre Jacq

Fiche de Premiers sangs

Titre : Premiers sangs (tome 1 sur 4 – Chroniques des Sept cités)
Auteur : Pierre Jacq
Date de parution : 1996
Editeur : Asmodée

Première page de Premiers sangs

« C’était une claire nuit d’été.

Les deux hommes, aussi silencieux que possible, avançaient à pas souples et rapides. L’un et l’autre semblaient parfaitement rompus à cet exercice délicat qui consiste à conjuguer vitesse et discrétion. En d’autres circonstances, et en d’autres lieux, on aurait pu les prendre pour des chasseurs en quête d’un gibier furtif. Mais ici, dans un des quartiers les plus luxueux de Samarande, ils ne pouvaient être que des voleurs.

L’un des deux hommes dépassait d’une bonne tête l’autre, qui n’était pourtant pas petit. Il se nommait Erlbir, avait la peau mate et portait le turban traditionnel du peuple khaler. Un lourd cimeterre, de ceux que l’on manie à deux mains, pendait à sa ceinture. Le second personnage, moins puissant mais plus agile que son compagnon, avait la peau blanche des hommes de souche umélorienne. Ses cheveux étaient noirs et courts. Mais ce que l’on remarquait chez lui était ses yeux, des yeux de chat, hérités d’un lointain ancêtre qui n’était pas humain. »

Extrait de : P. Jacq. « Premiers sangs – Chroniques des Sept cités. »

Le vengeur par Carol Berg

Fiche de Le vengeur

Titre : Le vengeur (tome 3 sur 3 – Les livres des Rai-Kirah)
Auteur : Carol Berg
Date de parution : 2002
Traduction : S. Delloye
Editeur : Bragelonne

Première page de Le vengeur

« Je vivais au pays des démons lorsque j’en vins à croire pour la première fois que les légendes divines des Ezzariens étaient vraies. Ezzarien moi-même, j’avais entendu, depuis le berceau, des histoires sur Verdonne et son fils Valdis, et ma foi en leur pertinence avait crû et décrû à mesure que je cheminais dans la vie. Mais, après avoir survécu à seize ans d’esclavage et retrouvé mon existence, j’avais découvert la marque indéniable des dieux. J’avais vu la féadnach, la lumière du destin, inscrite sur l’âme d’un prince derzhi arrogant, ce qui m’avait indiqué que l’héritier du plus brutal des empires
était destiné à transformer le monde. À côté d’un tel prodige, comment pouvais-je douter de mon soupçon grandissant que j’avais un rôle à jouer dans l’histoire du Dieu Sans-Nom ?
— Vous savez planter, constata la femme derrière mon épaule. Vous êtes habile avec les semis.
Essuyant la sueur sur mon front du dos d’une main sale, je me décalai plus bas dans le rang récemment labouré et déplaçai le panier de pousses de rista. Même si l’air était encore frais en ce début de printemps, le soleil matinal sur mon dos était brûlant. »

Extrait de : C. Berg. « Les livres de Rai-Kirah – Le vengeur. »