Catégorie : Livres

 

L’insoumis par Carol Berg

Fiche de L’insoumis

Titre : L’insoumis (tome 2 sur 3 – Les livres des Rai-Kirah)
Auteur : Carol Berg
Date de parution : 2001
Traduction : S. Delloye
Editeur : Bragelonne

Première page de L’insoumis

« Verdonne était une belle jeune fille des bois, une mortelle qui attira le regard et conquit le cœur du dieu qui régnait sur les forêts de la terre. Le seigneur de la forêt prit Verdonne pour femme, et elle lui donna un fils, un bel enfant en parfaite santé, nommé Valdis. Et les mortels qui vivaient au pays des arbres se réjouirent de l’alliance de l’une des leurs avec les dieux.
L’histoire de Verdonne et Valdis, comme elle fut contée aux Premiers Ezzariens quand ils arrivèrent au pays des arbres.

 
Je ne suis pas Prophète. Ce qui va se passer, maintenant que j’ai réalisé l’impensable, je ne saurai le dire. Je crois… J’espère… que ce sera la plénitude. Pendant seize longues années, j’ai cru que je deviendrais fou – quand j’étais esclave et que je croyais avoir perdu pour toujours la vie que j’aimais. Mais j’en suis venu à penser que les dieux nous jouent des tours. C’est seulement lorsque j’eus retrouvé la raison et la sécurité que mon monde commença à s’écrouler, et, une fois engagé sur la voie de ma propre désintégration, je ne pus trouver aucun moyen de m’arrêter. »

Extrait de : C Berg. « L’Insoumis – Les livres des Rai-Kirah. »

L’esclave par Carol Berg

Fiche de L’esclave

Titre : L’esclave (tome 1 sur 3 – Les livres des Rai-Kirah)
Auteur : Carol Berg
Date de parution : 2000
Traduction : E. Vonarburg
Editeur : Bragelonne

Première page de L’esclave

« Selon les prophètes ezzariens, les dieux livrent leurs combats dans les âmes humaines et si ce champ de bataille déplaît aux déités, elles le transforment à leur gré. Je le crois. J’ai vu l’un de ces affrontements, et l’une de ces métamorphoses, telle qu’elle ne peut procéder que de la volonté des dieux. Ce n’était pas mon âme qui était impliquée – Verdonne et Valdis soient loués, comme tout autre dieu qui pourrait m’entendre narrer cette histoire – mais je ne suis plus celui que j’étais avant d’en être témoin.

Le prince héritier Aleksander, Palatin d’Azhakstan et de Suzain, prêtre d’Athos, souverain de Basran, Thryce, et Manganar, destiné à monter sur le Trône du Lion et à régner sur l’Empire derzhi, était peut-être le jeune homme le plus grossier, le plus arrogant et le moins charitable de tous les déserts d’Azhakstan. Dès notre première rencontre, c’est ce que j’ai pensé de lui, même si l’on peut estimer que je n’étais pas impartial. Lorsqu’on se tient sur l’estrade d’un marché d’esclave, nu, dans un vent assez froid pour geler les fesses d’un démon, on ne peut guère se faire un avis impartial. »

Extrait de : C. Berg. « L’Esclave – Les livres des Rai-Kirah. »

Waterloo par Erckmann-Chatrian

Fiche de Waterloo

Titre : Waterloo
Auteur : Emile Erckmann et Alexandre Chatrian
Date de parution : 1865
Editeur : BNF

Première page de Waterloo

« Je n’ai jamais rien vu d’aussi joyeux que le retour de Louis XVIII en 1814. C’était au printemps, quand les haies, les jardins et les vergers refleurissent. On avait eu tant de misères depuis des années, on avait craint tant de fois d’être pris par la conscription et de ne plus revenir, on était si las de toutes ces batailles, de toute cette gloire, de tous ces canons enlevés, de tous ces Te Deum, qu’on ne pensait plus qu’à vivre en paix, à jouir du repos, à tâcher d’acquérir un peu d’aisance et
d’élever honnêtement sa famille par le travail et la bonne conduite.
Oui, tout le monde était content, excepté les vieux soldats et les maîtres d’armes. Je me rappelle que, le 3 mai, quand l’ordre arriva de monter le drapeau blanc sur l’église, toute la ville en tremblait, à cause des soldats de la garnison, et qu’il fallut donner six louis à Nicolas Passauf, le couvreur, pour accomplir cette action courageuse. On le voyait de toutes les rues avec son drapeau de soie blanche, la fleur de lis au bout, et de toutes les fenêtres des deux casernes les canonniers de marine tiraient sur lui. Passauf planta le drapeau tout de même, et descendit ensuite se cacher dans la grange des Trois-Maisons, pendant que les marins le cherchaient en ville pour le massacrer. »

Extrait de : Erckmann-Chatrian. « Waterloo. »

Un chef de chantier à l’isthme de Suez par Erckmann-Chatrian

Fiche de Un chef de chantier à l’isthme de Suez

Titre : Un chef de chantier à l’isthme de Suez
Auteur : Emile Erckmann et Alexandre Chatrian
Date de parution :
Editeur : Bibebook

Première page de Un chef de chantier à l’isthme de Suez

« Lorsque j’étais employé au canal de Suez, en 1865 et les années suivantes, me dit mon ami Goguel, j’avais l’habitude de me lever une ou deux heures avant le travail, pour respirer la fraîcheur du matin et voir si tout était en ordre dans nos environs.

Le campement du Sérapéum, – où se trouvaient nos chantiers, – situé sur l’emplacement de l’antique temple de Sérapis ruiné depuis deux mille ans, se composait alors de cinq maisonnettes recouvertes de béton, de la cantine, grande baraque en briques, d’une vingtaine d’autres baraques plus petites, pour loger les ouvriers, et du village arabe, formé d’un monceau de huttes sur le bord de l’embranchement qui nous amenait l’eau potable du canal d’eau douce, éloigné d’environ deux kilomètres.

Quant aux ruines de Sérapis, c’étaient quelques briques qu’on déterrait de loin en loin ; un vieux pot cassé, un tesson de cruche ou d’autres choses du même genre, que les amateurs admiraient comme des reliques, et qui ne valaient pas une pipe de tabac. »

Extrait de : Erckmann-Chatrian. « Un chef de chantier à l’isthme de Suez – Une campagne en Kabylie. »

Madame Thérèse ou les volontaires de 92 par Erckmann-Chatrian

Fiche de Madame Thérèse ou les volontaires de 92

Titre : Madame Thérèse ou les volontaires de 92
Auteur : Emile Erckmann et Alexandre Chatrian
Date de parution :
Editeur : Bibebook

Première page de Madame Thérèse ou les volontaires de 92

« Nous vivions dans une paix profonde au village d’Anstatt, au milieu des Vosges allemandes, mon oncle le Dr Jacob Wagner, sa vieille servante Lisbeth et moi. Depuis la mort de sa sœur Christine, l’oncle Jacob m’avait recueilli chez lui.

J’approchais de mes dix ans ; j’étais blond, rose et frais comme un chérubin. J’avais un bonnet de coton, une petite veste de velours brun, provenant d’une ancienne culotte de mon oncle, des pantalons de toile grise et des sabots garnis au-dessus d’un flocon de laine. On m’appelait le petit Fritzel au village, et chaque soir, en rentrant de ses courses, l’oncle Jacob me faisait asseoir sur ses genoux pour m’apprendre à lire en français dans l’Histoire naturelle de M. de Buffon. »

Extrait de : Erckmann-Chartrian. « Madame Thérèse ou Les Volontaires de 92 – Pourquoi Hunebourg ne fut pas rendu. »

Les deux frères par Erckmann-Chatrian

Fiche de Les deux frères

Titre : Les deux frères
Auteur : Emile Erckmann et Alexandre Chatrian
Date de parution : 1871
Editeur : Bibebook

Première page de Les deux frères

« A quelques lieues au-dessus de la Maladrie, en remontant la Sarre, vous trouvez, dans une gorge paisible des Vosges, le petit village des Chaumes. Une centaine de maisonnettes hautes, basses, couvertes de bardeaux ou de vieilles tuiles grises, bordent la rivière. De loin en loin un petit pont la traverse, avec ses deux perches où les enfants se penchent pour regarder le fourmillement des ablettes au soleil, autour d’un vermisseau, le mouvement des grandes herbes appelées queues de chat, et le passage des canards qui remontent le courant, en allongeant derrière eux leurs larges pattes jaunes. Ils sont là durant des heures, les cheveux ébouriffés, le pantalon et la veste déchirés, le petit sac d’école à sa ficelle sur la hanche, car le village a son école, mais jamais ils ne se pressent d’y aller. Puis c’est une femme qui passe en jupon, les pieds nus, le cuveau de sapin sur la tête, rempli de linge : Marie-Jeanne ou Catherinette vont au lavoir. Après cela des bœufs et des chèvres défilent ; le vieux Minique, sa pioche sur l’épaule et la tête penchée, va détourner l’eau sur son pré ; M. le curé, la soutane relevée et son tricorne à la main, se dépêche d’aller dire la messe ; ainsi de suite !

Tout cela se voit de loin, dans la grande prairie verdoyante, au milieu des palissades et des haies vives des jardinets, où pend la lessive des ménages. »

Extrait de : Erckmann-Chatrian. « Les deux frères. »

Les années de collège de Maître Nablot par Erckmann-Chatrian

Fiche de Les années de collège de Maître Nablot

Titre : Les années de collège de Maître Nablot
Auteur : Emile Erckmann et Alexandre Chatrian
Date de parution : 1874
Editeur : Bibebook

Première page de Les années de collège de Maître Nablot

« En 1834, dit maître Nablot, sous le règne de Louis-Philippe, vivaient à Richepierre, en Alsace, sur la pente des Vosges, un honnête notaire, M. Didier Nablot, sa femme, Catherine, et leurs enfants : Jean-Paul, Jean-Jacques, Jean-Philippe, Marie-Reine et Marie-Louise.

Moi, Jean-Paul, j’étais l’aîné de la famille, et je devais, en cette qualité, succéder un jour à l’étude de notre père.

Ce bon temps de la jeunesse me revient dans toute sa fraîcheur : je vois notre vieille maison à l’entrée du village ; sa cour, entourée de hangars, de granges, d’écuries ; son fumier, où se promenaient les poules ; sa large toiture plate, où tourbillonnaient les pigeons, et nous autres enfants, le nez en l’air, jetant de hauts cris, pour chasser les moineaux qui venaient piller le grain dans le colombier. »

Extrait de : Erckmann-Chatrian. « Les années de collège de maître Nablot. »

Le trésor du vieux seigneur par Erckmann-Chatrian

Fiche de Le trésor du vieux seigneur

Titre : Le trésor du vieux seigneur
Auteur : Emile Erckmann et Alexandre Chatrian
Date de parution : 1862
Editeur : Bibliothèque numérique romande

Première page de Le trésor du vieux seigneur

« Une nuit du mois de septembre 1828, le digne et respectable libraire Furbach, de la rue Neuhauser, à Munich, s’éveilla tout étonné d’entendre marcher dans la mansarde au-dessus de sa chambre : on allait, on venait, on se lamentait ; une des lucarnes en tabatière de la mansarde s’ouvrit, et de longs soupirs s’exhalèrent dans le silence.
En ce moment, la chapelle des jésuites sonnait une heure, et sous la chambre de M. Furbach, les chevaux piétinaient dans leur écurie.
La mansarde était occupée par le cocher Nicklausse, un grand gaillard du Pitcherland, sec, nerveux, fort habile à conduire les chevaux, ayant même fait quelques études au séminaire de Marienthal ; mais d’un esprit simple et superstitieux, à ce point qu’il portait une petite croix de bronze sous sa chemise et la baisait matin et soir, quoiqu’il eût passé trente ans. »

Extrait de : Erckmann-Chatrian. « Le Trésor du vieux Seigneur. »

Révolution par Christopher John Sansom

Fiche de Révolution

Titre : Révolution (tome 7 sur 7 – Matthew Shardlake)
Auteur : Christopher John Sansom
Date de parution : 2018
Traduction : G-M Sarotte
Editeur : Belfond

Première page de Révolution

« JE ME TROUVAIS dans mon cabinet d’avocat à Lincoln’s Inn lorsque le messager dépêché par messire Parry vint me prier de l’aller voir de toute urgence. Que se passait-il donc ? C’était le trésorier de lady Élisabeth – le responsable des finances de sa maisonnée – et je travaillais sous ses ordres depuis le jour où, deux ans plus tôt, j’avais été recommandé à Élisabeth par la reine Catherine Parr, après la mort du roi Henri. L’ancien roi avait laissé d’énormes revenus – trois mille livres par an – à chacune de ses deux filles, dans le but qu’elles les consacrent à l’achat de propriétés foncières. Somerset, le lord protecteur, avait décidé de laisser Marie choisir la première parmi ce qu’il y avait de disponible sur le marché, même si son propre radicalisme protestant s’opposait totalement au conservatisme religieux de Marie, laquelle, en tant que fille aînée d’Henri, hériterait du trône si quelque chose arrivait au jeune roi Édouard. Le bien-être de Marie comptait également pour son cousin Charles, souverain du Saint Empire romain, avec qui Somerset devait rester en bons termes. »

Extrait de : C-J Sansom. « Révolution – Matthew Shardlake. »

L’apparition par Lucie Delarue-Mardrus

Fiche de L’apparition

Titre : L’apparition
Auteur : Lucie Delarue-Mardrus
Date de parution : 1921
Editeur : J. Ferenczi Editeur

Première page de L’apparition

« Laurent Carmin entr’ouvrit la porte de la salle à manger et vit sa mère en discussion avec un de ses fermiers.

Maître Casimir voulait des réparations locatives. Mᵐᵉ Carmin répondait qu’il n’y avait pas urgence. Laurent referma la porte.

De telles démarches se renouvelaient, au château, de la part des herbagers; mais ils repartaient presque toujours sans obtenir satisfaction, car Mᵐᵉ Carmin était Normande comme eux, et bien plus forte qu’eux.

On l’admire pour cela dans le pays, et aussi pour ses biens, qui sont nombreux, espacés les uns des autres, des grands et des petits, fermes et manoirs, pressoirs, herbages et bois-taillis.

—A qui cela appartient-il?

Réponse presque toujours la même:

—Est à Mâme Carmin.

Il y a de ces marquises de Carabas en Normandie, car les traditions de l’ancien temps n’y ont guère souffert du renversement des rois. »

Extrait de : L. Delarue-Mardrus. « L’apparition. »