Catégorie : Livres
Rêves d’acier par Glen Cook
Fiche de Rêves d’acier
Titre : Rêves d’acier (Tome 5 sur 10 – La compagnie noire)
Auteur : Glen Cook
Date de parution : 1990
Traduction : A. Robert
Editeur : J’ai lu
Première page de Rêves d’acier
« Bien des mois se sont écoulés. Bien des événements ont eu lieu dont beaucoup me sont sortis de la mémoire. Des détails insignifiants me restent quand des faits importants m’échappent. Pour certains je m’en remets au ouï-dire, pour d’autres à ma seule intuition. Combien de fois mes témoins se sont-ils laissé abuser ?
Il ne m’était pas venu à l’esprit, jusqu’à ce que je traverse cette période d’inactivité forcée, qu’une tradition importante était négligée : plus personne ne consignait l’histoire de la Compagnie. J’ai hésité. Il me paraissait présomptueux de prendre la plume. Je n’ai pas d’expérience. Je ne suis pas historienne et moins encore écrivain. Certainement, je n’ai pas le regard de Toubib, ni son oreille ou son esprit.
Alors je me contenterai de rapporter les faits tels qu’en mon souvenir. J’espère que mon rôle en son sein et l’empreinte qu’elle a laissée sur moi ne coloreront pas trop cette histoire.
Voici, avec cette réserve, en addition aux annales de la Compagnie noire et dans la tradition des annalistes qui m’ont précédée, le livre de Madame.
Madame, annaliste, capitaine. »
Extrait de : G. Cook. « Rêves d’Acier – La compagnie noire. »
Jeux d’ombres par Glen Cook

Fiche de Jeux d’ombres
Titre : Jeux d’ombres (Tome 4 sur 10 – La compagnie noire)
Auteur : Glen Cook
Date de parution : 1989
Traduction : A. Robert
Editeur : L’Atalante
Première page de Jeux d’ombres
« Nous sommes restés tous les sept au carrefour à regarder la poussière s’élever sur la route de l’est. Même Qu’un-Œil et Gobelin, d’ordinaire incapables de se tenir, se sont laissé gagner par la solennité du moment. La jument d’Otto a henni. Il a posé une main sur ses naseaux et, de l’autre, lui a flatté l’encolure pour la calmer. Ce fut un point d’orgue, le jalon émotionnel de toute une époque.
Et puis la poussière est retombée. Ils étaient partis. Des oiseaux se sont mis à pépier tant nous demeurions silencieux. J’ai pris un vieux carnet dans une de mes sacoches et je me suis assis sur le chemin. D’une main tremblante, j’ai écrit : C’est la fin. Nous nous sommes séparés. Silence, Chérie et les frères Torque ont pris la route de Seigneurie. La Compagnie noire est dissoute.
Pourtant je continuerai à tenir ces annales, ne serait-ce que par la force d’une habitude enracinée par vingt-cinq ans de pratique. Et, qui sait ? peut-être ceux à qui je dois les ramener trouveront-ils quelque intérêt à ces notes. Le cœur ne bat plus mais des spasmes agitent encore les membres. La Compagnie est morte de fait, mais son nom survit. »
Extrait de : G. Cook. « Jeux d’ombres – La compagnie noire. »
La pointe d’argent par Glen Cook

Fiche de La pointe d’argent
Titre : La pointe d’argent (Tome 6 sur 10 – La compagnie noire)
Auteur : Glen Cook
Date de parution : 1989
Traduction : A. Robert
Editeur : L’Atalante
Première page de La pointe d’argent
« Le présent journal est l’idée de Corbeau, mais quelque chose me dit qu’il n’en sera pas trop fier si jamais il met le nez dedans parce que, pour le plus gros, je vais raconter la vérité. Même s’il est mon meilleur pote.
À chacun ses pieds d’argile. Les siens remontent jusqu’aux roubignoles et peut-être plus haut. Mais c’est un type bien, même s’il se comporte comme un cinglé à tendance homicide et suicidaire la moitié du temps. Si Corbeau décide qu’il est ton pote, alors tu as un pote à vie, qui le prouvera au besoin en jouant du couteau.
Mon nom est Casier. Philodendron Casier. La faute à ’man. Je n’en ai jamais parlé à Corbeau. C’est pour ça que je me suis engagé dans l’armée. Pour fuir des ramasseurs de patates foutus de coller un prénom pareil à un mouflet. J’avais sept sœurs et quatre frères la dernière fois que j’ai fait le compte. Tous portaient le nom d’une saloperie de fleur.
Pour une fille, Iris ou Rose, ça passe, pas vrai ? Mais j’ai un frère qui s’appelle Violette et un autre Pétunia. Qui faut-il être pour faire ça à ses gosses ? Où sont donc les Victor, les Martial ?
Ramasseurs de patates. »
Extrait de : G. Cook. « La pointe d’argent – La compagnie noire. »
La rose blanche par Glen Cook

Fiche de La rose blanche
Titre : La rose blanche (Tome 3 sur 10 – La compagnie noire)
Auteur : Glen Cook
Date de parution : 1985
Traduction : A. Robert
Editeur : L’Atalante
Première page de La rose blanche
« L’air calme du désert avait la limpidité d’une lentille. Les cavaliers paraissaient figés dans le temps, ils se déplaçaient sans se rapprocher. Nous les avons comptés à tour de rôle. Je n’arrivais pas à trouver deux fois le même chiffre.
Un souffle a tourbillonné dans le corail, agité les feuilles du Vieil Arbre Ancêtre. Elles ont tinté les unes contre les autres pour participer au chant carillonnant du vent. Au nord, la lueur d’un éclair transmuant a profilé l’horizon comme le choc lointain de dieux en guerre.
Du sable a crissé sous une semelle. Je me suis retourné. Silence était planté bouche bée devant un menhir parlant. Il venait d’apparaître depuis quelques secondes à peine et lui avait fichu la trouille. Sournois, ces cailloux. Ils adorent les blagues.
« Il y a des étrangers dans la plaine », a-t-il dit.
J’ai sursauté. Il a ricané. Les menhirs ont un rire des plus sardoniques, à la limite du conte à dormir debout. Je me suis glissé dans son ombre en grognant.
« Ça cogne dehors, a-t-il dit, avant d’ajouter : C’est Qu’un-Œil et Gobelin, de retour de Tanneur. »
Extrait de : G. Cook. « La rose blanche – La compagnie noire. »
Le château noir par Glen Cook
Fiche de Le château noir
Titre : Le château noir (Tome 2 sur 10 – La compagnie noire)
Auteur : Glen Cook
Date de parution : 1984
Traduction : P. Couton
Editeur : J’ai lu
Première page de Le château noir
« Tous les hommes naissent condamnés, disent les sages. Tous tètent le sein de la mort.
Tous s’inclinent devant ce monarque silencieux. Ce souverain des ténèbres lève un doigt. Une plume volette et se pose à terre. Nulle raison dans son chant. Les bons partent jeunes. Les mauvais prospèrent. Il règne sur les seigneurs du chaos. Son souffle apaise toutes les âmes.
Nous avons découvert une ville autrefois dédiée à son culte, mais elle est si vieille aujourd’hui qu’elle a perdu le souvenir de cette consécration. Le sombre prestige de sa divinité s’est érodé, tous l’ont oubliée sauf ceux qui sont restés dans son ombre. Mais Génépi a dû affronter une menace plus immédiate, un spectre d’hier s’infiltrant dans le présent depuis une éminence surplombant la ville. Voilà pourquoi la Compagnie noire a fait route vers cette ville, au-delà des frontières de l’Empire de la Dame… Mais ceci n’est pas le début. Au début, nous étions loin. Seuls deux vieux amis et une poignée d’hommes que nous devions rencontrer par la suite se trouvaient nez à nez avec le péril. »
Extrait de : G. Cook. « Le Château Noir – La compagnie noire. »
La compagnie noire par Glen Cook
Fiche de La compagnie noire
Titre : La compagnie noire (Tome 1 sur 10 – La compagnie noire)
Auteur : Glen Cook
Date de parution : 1984
Traduction : P. Couton
Editeur : J’ai lu
Première page de La compagnie noire
« Les prodiges et les présages n’ont pas manqué, s’il faut en croire Qu’un-Œil. C’est de notre faute si nous les avons mal interprétés. Le handicap de Qu’un-Œil ne diminue en rien son talent merveilleux de visionnaire a posteriori.
La foudre était tombée d’un ciel dégagé sur la Colline nécropolitaine. Un seul éclair avait frappé la plaque de bronze qui scellait la tombe des forvalakas et aboli pour moitié le sortilège de réclusion. Il avait plu des pierres. Des statues avaient saigné. Des prêtres de plusieurs temples avaient signalé des victimes sacrificielles sans cœur ni foie. L’une d’elles s’était échappée après qu’on lui avait ouvert les entrailles et n’avait jamais été rattrapée. À la caserne de la Fourche, cantonnement des cohortes urbaines, l’image de Teux s’était complètement retournée. Neuf soirs d’affilée, dix vautours noirs avaient volé en cercle autour du Bastion. Puis l’un d’eux avait expulsé l’aigle qui occupait le sommet de la tour de Papier.
Les astrologues avaient refusé toute interprétation, craignant pour leur vie. Un devin fou avait parcouru les rues en annonçant la fin imminente du monde. Au Bastion, non seulement l’aigle avait pris le large, mais le lierre des remparts extérieurs s’était flétri pour céder le terrain à une plante grimpante, noire d’aspect, sauf à la lumière intense du soleil.
Mais c’est tous les ans la même chose. Les imbéciles voient des présages dans n’importe quoi, après coup. »
Extrait de : G. Cook. « La Compagnie Noire. »
Au Japon spectral par Lafcadio Hearn

Fiche de Au Japon spectral
Titre : Au Japon spectral
Auteur : Lafcadio Hearn
Date de parution : 1929
Traduction : M. Logé
Editeur : Mercure de France
Première page de Au Japon spectral
« …Et à l’heure du couchant ils parvinrent enfin au pied de la montagne. On n’y voyait aucun signe de vie, — ni trace d’eau ni de plante, — ni l’ombre d’un oiseau qui volait, rien que la désolation s’élevant vers la désolation. Et la cime se perdait dans le ciel.
Alors le Boddhisattva dit à son jeune compagnon : « Ce que vous avez demandé à connaître va vous être révélé. Mais le lieu de la vision est encore éloigné, et le chemin est rude. Suivez-moi et ne craignez rien. Car les forces nécessaires vous seront données ».
Le crépuscule tombait tandis qu’ils gravissaient la montagne. Il n’y avait ni chemin tracé, ni aucune sente révélant le passage d’autres êtres humains ; et le chemin montait par-dessus un entassement sans fin de fragments empilés qui roulaient ou se dérobaient sous les pas. Parfois une masse, délogée, allait se fracasser dans l’abîme avec des échos creux ; parfois la substance piétinée éclatait comme une coquille vide. Des étoiles pointèrent, scintillantes, puis l’obscurité se fit encore plus profonde. »
Extrait de : L. Hearn. « Au Japon spectral. »
Ma première journée en Orient par Lafcadio Hearn

Fiche de Ma première journée en Orient
Titre : Ma première journée en Orient
Auteur : Lafcadio Hearn
Date de parution : 1923
Traduction : M. Logé
Editeur : Gallimard
Sommaire de Ma première journée en Orient :
- Ma première journée en Orient
- Kizuki le sanctuaire le plus ancien du Japon
Première page de Ma première journée en Orient
« Ne manquez pas de noter vos premières impressions aussitôt que possible, m’avait dit avec bienveillance un professeur anglais que j’eus le plaisir de rencontrer peu après mon arrivée au Japon. Elles sont évanescentes, vous savez, elles ne vous reviendront jamais, et pourtant de toutes les sensations étranges que vous pourrez éprouver dans ce bizarre pays, vous n’en ressentirez aucune d’aussi charmante que celles-ci.J’essaie maintenant de les reproduire d’après des notes hâtives prises au moment même et je m’aperçois que ces impressions furent encore plus fugitives que charmantes ; quelque chose s’est évaporé de tous mes souvenirs, quelque chose d’impossible à rappeler. J’ai négligé le conseil amical, malgré toutes mes résolutions d’y obéir ; je ne pouvais, au cours de ces premières semaines, me résigner à demeurer enfermé chez moi à écrire, alors qu’il y avait encore tant à voir, à entendre et à sentir dans les voies baignées de soleil de la surprenante ville japonaise. Cependant, s’il m’était possible de ressusciter toutes les sensations perdues de ces expériences initiales, je doute que je pourrais les exprimer et les fixer par des paroles. Le premier charme du Japon est intangible et volatil comme un parfum.Il commença pour moi avec ma première promenade dans le kuruma qui m’emmena hors du quartier européen de Yokohama vers la ville japonaise. Et je note ici tout ce que je puis me rappeler. »
Extrait de : L. Hearn. « Ma première journée en Orient/Kizuki le sanctuaire le plus ancien du Japon. »
Youma par Lafcadio Hearn

Fiche de Youma
Titre : Youma
Auteur : Lafcadio Hearn
Date de parution : 1923
Traduction : M. Logé
Editeur : Bibliothèque numérique romande
Première page de Youma
« La da, aux premiers temps de la colonisation, tenait souvent une place importante dans les riches familles de la Martinique. La da était, en général, une négresse de la teinte la plus foncée, une capresse plutôt qu’une mestive. À son égard, le préjugé de la couleur n’existait pas. La da était esclave, mais jamais l’affranchie la plus belle, la plus cultivée, n’a joui d’une situation privilégiée comparable à celle de certaines das.
La da était aimée et respectée comme une mère : elle était à la fois la mère adoptive et la bonne d’enfant. Car l’enfant créole avait deux mères : l’aristocratique maman blanche qui lui donnait le jour – et la sombre mère esclave qui lui donnait tous ses soins, le dorlotait, le baignait, lui apprenait le doux et mélodieux parler des nègres, le promenait dans ses bras afin de lui montrer la belle nature tropicale, lui racontait le soir de merveilleuses histoires populaires, l’endormait aux sons de berceuses, et, en somme, se tenait nuit et jour prête à accomplir son moindre désir. »
Extrait de : L. Hearn. « Youma. »
L’artiste du beau par Nathaniel Hawthorne

Fiche de L’artiste du beau
Titre : L’artiste du beau
Auteur : Nathaniel Hawthorne
Date de parution : 1846
Traduction : A. Lefebvre
Editeur : Editions Allia
Première page de L’artiste du beau
« PASSANT dans la rue au bras de sa jolie fille, un homme âgé émergea de la pénombre du soir nuageux et pénétra dans le cercle de lumière que déversait sur le pavé la fenêtre d’une petite boutique. Il s’agissait d’une fenêtre en saillie ; et à l’intérieur, y était suspendu un assortiment de montres – en chrysocale, en argent, et une ou deux en or – tournant toutes le dos à la rue, comme si, de méchante humeur, elles rechignaient à donner l’heure aux passants. Dans la boutique, de profil par rapport à la vitrine, son pâle visage penché sur quelque mécanisme délicat placé sous le faisceau lumineux d’une lampe d’atelier, était assis un jeune homme.
– Que fait donc Owen Warland ? marmonna le vieux Peter Hovenden, lui-même horloger à la retraite et ancien maître d’apprentissage du jeune homme en question, dont la présente occupation l’intriguait. À quoi travaille-t-il ? Pas une seule fois en six mois je ne l’ai vu autant absorbé par son travail. Son habituelle folie passerait les bornes s’il s’était mis en tête de découvrir le Mouvement Perpétuel. Et pourtant, j’en sais assez sur mon métier pour savoir que ce n’est guère le mécanisme d’une montre qui l’accapare en ce moment.
– Peut-être, père, dit Annie sans montrer beaucoup d’intérêt pour le sujet, peut-être Owen invente-t-il un nouveau système d’horlogerie. Je suis sûre qu’il a assez d’ingéniosité pour cela. »
Extrait de : N. Hawthorne. « L’Artiste du beau. »