Catégorie : Livres

 

Le premier livre des merveilles par Nathaniel Hawthorne

Fiche de Le premier livre des merveilles

Titre : Le premier livre des merveilles
Auteur : Nathaniel Hawthorne
Date de parution : 1852
Traduction : F. Revuz
Editeur : Le livre de poche

Sommaire de Le premier livre des merveilles

  • Les trois pommes d’or
  • La cruche miraculeuse
  • Le paradis des enfants
  • La main d’or
  • La Gorgone
  • La Chimère

Première page de Les trois pommes d’or

« Avez-vous jamais entendu parler des pommes d’or du jardin des Hespérides1 ? Ah, ces pommes, on se les arracherait à prix d’or si l’on pouvait encore en trouver dans nos vergers ! Mais il n’existe plus un seul de ces fruits merveilleux sur aucun arbre au monde, plus une seule de ces graines d’où naissaient les pommes d’or. Même dans les temps anciens, avant que le jardin des Hespérides disparaisse sous les mauvaises herbes, beaucoup de gens doutaient qu’il pût exister des arbres donnant des pommes d’or. Tous en avaient entendu parler, mais personne ne se souvenait en avoir vu. Cela n’empêchait pas les enfants d’ouvrir grand leurs oreilles quand on leur racontait l’histoire des pommes d’or, ni de former aussitôt le plan de partir à leur recherche quand ils seraient grands. C’est ainsi qu’une foule de jeunes hommes, qui voulaient prouver leur bravoure, se mettaient en route pour le jardin des Hespérides. Beaucoup ne revinrent jamais et aucun ne rapporta de pommes. Rien d’étonnant à cela quand on sait qu’un dragon à cent têtes vivait sous l’arbre aux pommes d’or, et que cinquante d’entre elles ne relâchaient jamais leur surveillance tandis que dormaient les cinquante autres têtes. Si l’on me demande mon avis, cela ne valait guère la peine de courir un si grand danger pour quelques pommes d’or. Si elles avaient été sucrées, douces et juteuses, alors cela aurait eu un peu de sens d’essayer d’en rapporter au moins une, malgré le dragon à cent têtes.  »

Extrait de : N. Hawthorne. « Le premier livre des merveilles – Récits mythologiques.  »

La légende des sexes par Edmond Haraucourt

Fiche de La légende des sexes

Titre : La légende des sexes : poëmes hystériques
Auteur : Edmond Haraucourt
Date de parution : 1882
Editeur :

Première page de La légende des sexes

« L’HYMNE DES NOYÉS

La Seine se déploie en frémissements vagues
Où le reflet du gaz agite un rouge éclair,
Tandis qu’un courant fuit dans la fuite des vagues,
Plus opaque et pourtant plus clair;
Il glisse, lourd comme une lave,
Sur le flanc des piliers qu’il lave,
Et voici qu’un hymne humble et grave
Monte dans l’air.
«Nous sommes les noyés des grandes nuits lascives,
Les doux inachevés, les chauds et courts destins ;
Nous sommes le flot blanc des races convulsives
Qui jaillit des soirs aux matins :
Nous ruisselons comme des fleuves,
Fils de nonnes et fils de veuves,
Fils de vierges prudemment neuves,
Fils de catins. »

Extrait de : E. Haraucourt. « La Légende des sexes: Poëmes hystériques. »

Amis par Edmond Haraucourt

Fiche de Amis

Titre : Amis
Auteur : Edmond Haraucourt
Date de parution : 1887
Editeur : G. Charpentier & Cie

Première page de Amis

« Il y a des jours où un homme d’esprit discuterait pendant une heure sur la peine de mort.
Georges Desreynes était dans ses phases d’éloquence ; mais pas un sot à qui parler ! Ce messie arriva.
—Vous dérange ? Tant pis : j’entre. C’est pressé.
Le jeune Parisien, alors penché vers la table, se retourna ; puis, mettant sur sa face un sourire de
supériorité bienveillante, il tendit la main au visiteur.
—Eh ! qu’avez-vous donc, cher ami ?
—Bonjour ! Votre domestique m’a dit que monsieur achevait ses malles. Trahison ! M’abandonnez !
Le clubiste se jeta sur un fauteuil, croisa ses jambes et se mit à taper, du bout de la canne, la pointe aiguë de ses bottines vernies.
Desreynes était revenu vers la table; et, toujours debout, le dos tourné, il continuait à remuer des
lettres amoncelées autour du large encrier de bronze. »

Extrait de : E. Haraucourt. « Amis. »

L’envers du décor par Gudule

Fiche de L’envers du décor

Titre : L’envers du décor
Auteur : A. « Gudule » Liger-Belair
Date de parution : 1996
Editeur : Le livre de poche

Première page de L’envers du décor

«  Pousse-toi, crétin ! » s’exclame Cédric, en bousculant Sylvain qui marche devant lui.
Sous le choc, Sylvain vacille puis se retourne, furieux :
« Toi, mon pote, tu recommences ça, je t’explose la tête ! »
Ces chamailleries, assorties de gestes éloquents, ne sont pas du goût de Mme Lenoir, la prof de français. Fendant le rang, elle fonce sur les trublions :
« Vous deux, vous choisissez : ou vous vous tenez tranquilles, ou vous n’assistez pas à l’émission ! »
À chaque sortie, c’est pareil : elle a beau se décarcasser pour trouver des activités passionnantes à cette Cinquième de malheur, il faut toujours que l’un ou l’autre élève rue dans les brancards. Visites de musées, spectacles, découvertes de sites, enquêtes en milieu professionnel se soldent toujours par une catastrophe : un accident, de la bagarre, des dégâts divers. À vous dégoûter de les emmener quelque part !
« La prochaine fois, je m’en tiendrai au programme, ronchonne-t-elle. Grammaire, conjugaison, dictées, un point c’est tout. Ça vous apprendra à…
— Oh non, m’dame ! l’interrompt Latifa. Nous, on n’y peut rien si ces gogols se tapent dessus. Y a pas de raison qu’on soit punis à leur place !  »

Extrait de : Gudule. « L’envers du décor. »

Impasse du nord par Gudule

Fiche de Impasse du nord

Titre : Impasse du nord
Auteur : A. « Gudule » Liger-Belair
Date de parution : 2003
Editeur : Le livre de poche

Première page de Impasse du nord

« La porte claque. Le caniche dresse les oreilles, pointe la truffe puis se précipite, donnant tous les signes d’une joie éperdue. Il était en attente – en stand-by, pourrait-on presque dire – et, brusquement, s’anime. Revit. Par la grâce du bruit magique.
Car ce bruit annonce le retour de Lilas. La boule de poils s’abat dans les jambes de la jeune fille. Une langue impatiente investit ses chevilles. L’animal jappe à perdre haleine.
« Arrête, Tutti-frutti ! »
Dressé sur ses pattes arrière, il s’attaque à présent aux mollets que découvre un jean replié sous les genoux et dont les revers montent jusqu’à mi-cuisse.
« Arrête, je te dis ! »
En temps normal, Lilas le prendrait dans ses bras, le couvrirait de baisers. Mais pas aujourd’hui. Aujourd’hui, elle est à cran. Il y a des soirs comme ça. Un contrôle de maths et Capu qui s’est fait larguer, c’est beaucoup dans une seule journée.
«  Elle a chialé tout l’après-midi, tu te rends compte ? Je ne savais plus quoi faire… Romain, c’était l’homme de sa vie, soi-disant. Tu parles ! Je connais le scénario par cœur : dans un jour ou deux, elle va flasher sur un autre mec, et rebelote jusqu’au chagrin d’amour suivant ! »
Tutti-frutti, ayant déversé son trop-plein d’affection, s’assied et écoute très attentivement. »

Extrait de : Gudule. « Impasse du Nord. »

L’immigré par Gudule

Fiche de L’immigré

Titre : L’immigré
Auteur : A. « Gudule » Liger-Belair
Date de parution : 1992
Editeur : Le livre de poche

Première page de L’immigré

« Petit matin de fin d’automne. Dans le ciel blême, les vagues lueurs d’un jour qui tarde à se lever. Une bruine grasse alourdit l’atmosphère.
« On arrive », pense Roberto, en essuyant la vitre du wagon que son souffle a embuée.
Les premiers terrils apparaissent. Du moins, ce qu’il en reste : des monticules verdoyants aux formes érodées vallonnant le paysage ; de minuscules collines couvertes de gazon et d’arbustes, insolites verrues sur l’horizon plat.
SAINT-LÉONARD. Le train longe le quai d’une gare de campagne, freine dans un grincement d’essieux. Roberto se lève, descend sa valise du filet à bagages, enfile son pardessus. Le froid le saisit sur le marchepied ; il frissonne, relève son col de loutre. Une rafale de vent lui rabat le crachin en plein visage.
« Saleté de Nord ! » ronchonne-t-il en mettant pied à terre.
Il longe les bâtiments de brique sombre, les bacs à fleurs vides dont la terre fraîchement remuée a pompé l’humidité de l’air, les bancs destinés aux voyageurs. Leur peinture verte s’écaille par plaques ; au printemps prochain, on les rénovera sans doute, comme chaque année. Dans le hall d’entrée, une horloge sans aiguilles, muette depuis un demi-siècle, trône, inutile et familière, au-dessus du tableau horaire dont l’émail bleu se marbre de taches de rouille. Une odeur de tabac froid imprègne les murs de la salle d’attente, chargée d’impatience, de nervosité, de crainte… »

Extrait de : Gudule. « L’immigré. »

Le chien invisible par Johan Héliot et Alain Grousset

Fiche de Le chien invisible

Titre : Le chien invisible (Tome 2 sur 2 – Le passeur de fantômes)
Auteur : Johan Heliot et Alain Grousset
Date de parution : 2019
Editeur : Editions Auzou

Première page de Le chien invisible

« À l’ombre d’un grand chêne, Silène avait étalé une couverture écossaise. Malo avait aussitôt plongé dessus comme s’il effectuait un saut à la piscine.

— Arrête de faire l’idiot et aide-moi à sortir les affaires du panier.

Malo obéit et disposa les serviettes sur lesquelles il installa une multitude de sandwichs.

Puis il arrangea les boîtes renfermant différents légumes : radis, carottes, concombres…

Le panier devait avoir un fond sans fin, car vint le tour des boissons, des fruits et des pâtisseries. Incroyable que tout cela ait pu tenir à l’intérieur !

Malo était très heureux de ce pique-nique avec son amie Silène dans le parc municipal. Le soleil se donnait du mal pour qu’il fasse chaud, très chaud même. Mais cette chaleur était le signe que les grandes vacances approchaient. Encore une semaine, et plus d’école pendant deux mois !

Tous les jours, après les cours, Malo rejoignait le centre-ville, pénétrait dans la bouquinerie aux étagères débordantes d’ouvrages, saluait le père de Silène, toujours plongé dans un livre, puis grimpait jusqu’au grenier, leur repaire bien à eux. Là, il retrouvait Octave, l’arrière-arrière-grand-père de son amie, assis dans le fauteuil qu’il quittait rarement. »

Extrait de : J. Héliot et A. Grousset. « Le chien invisible – Le passeur de fantômes. »

L’élu par Johan Héliot et Alain Grousset

Fiche de L’élu

Titre : L’élu (Tome 1 sur 2 – Le passeur de fantômes)
Auteur : Johan Heliot et Alain Grousset
Date de parution : 2019
Editeur : Editions Auzou

Première page de L’élu

« — Nous sommes arrivés ! s’écria joyeusement le père de Malo en garant sa voiture derrière un gros camion de déménagement.

Le garçon tourna aussitôt la tête pour découvrir sa nouvelle maison. Elle s’élevait sur deux étages, tout en bois. Peinte d’un gris délavé, avec des volets un peu penchés, on pouvait la croire abandonnée depuis des années. Le jardin confirmait cette hypothèse, car il ressemblait à une jungle perdue en pleine ville.

Malo grimaça, donna un coup de coude à sa grande sœur qui ne s’était même pas aperçue qu’on était arrivé puisque, casque sur les oreilles, elle agitait sans cesse la tête, les yeux fermés.

— Quoi ? demanda-t-elle d’un air hargneux.

Trois ans les séparaient et, entre eux, la guerre était permanente. Pourtant, lorsque Malo lui montra leur nouvelle maison, Sophia le regarda avec affection, puis elle se mit un doigt dans la bouche, comme pour vomir. Elle aussi trouvait leur nouveau foyer pas terrible.

Ils rejoignirent les déménageurs qui avaient commencé à décharger le camion. Les parents oublièrent leurs enfants pour mieux diriger la distribution des meubles dans chaque pièce. »

Extrait de : J. Héliot et A. Grousset. « L’élu. »

Vers un ailleurs meilleur par Johan Héliot

Fiche de Vers un ailleurs meilleur

Titre : Vers un ailleurs meilleur
Auteur : Johan Heliot
Date de parution : 2022
Editeur : Seuil

Première page de Vers un ailleurs meilleur

« AU MOMENT OÙ LE ZÉRO !!! se met à clignoter sur mon permidentité, une alerte résonne dans les couloirs du lycée.
« Maya Tanner, présentez-vous sans attendre au Bureau de la Vie Scolaire et Citoyenne. Tout retard sera considéré comme un acte d’insoumission volontaire. Vous avez cinq minutes, citoyenne Tanner. »
Autour de moi, les autres élèves se décomposent. Certains s’écartent soudain, comme si j’étais porteuse d’un virus infectieux. D’autres, plus rares, m’adressent une grimace de connivence. Je n’ose pas imaginer les expressions sur mon propre visage : la stupeur, la colère, la panique, l’envie de tout casser et de tous les envoyer se faire voir…
La peur, aussi, bien sûr.
J’essaie de faire bonne figure. De crâner ouvertement, comme j’en ai l’habitude. Mais je me sens d’un coup si mal que je crains de m’effondrer…
Non, ça leur ferait trop plaisir !
Alors je me ressaisis et je prends la direction du Bureau de la Vie Scolaire et Citoyenne. »

Extrait de : J. Heliot. « Vers un ailleurs meilleur. »

Nouvelle ère par Johan Héliot

Fiche de Nouvelle ère

Titre : Nouvelle ère
Auteur : Johan Heliot
Date de parution : 2023
Editeur : Seuil

Première page de Nouvelle ère

« – LIS-MOI UNE HISTOIRE, s’te plaît, Eddy… J’arrive pas à me rendormir, chais pas pourquoi, j’ai plus envie…

Coup d’œil sur le portable en charge à portée de main : bientôt cinq heures du matin. Eddy émerge d’un rêve lointain, les yeux englués de sommeil. Sa petite sœur se dresse sur le tapis de jeu qui sépare leurs lits, au milieu de la chambre partagée dans le petit appartement familial. La lueur de la lune, filtrée à travers les stores, nimbe Zora d’un halo gris-bleu. Avec son pyjama licorne, on dirait une créature sortie tout droit d’un songe merveilleux.

– Allez, s’te plaît, insiste-t-elle, écarquillant en grand ses mirettes noisette.

Quand elle lui fait le coup des yeux manga, Eddy sait qu’il ne pourra pas résister. Même s’il préférerait replonger sous la couette, retrouver le néant douillet et le scénario dingo de son périple onirique. Il volait et, surtout, Malou était là, avec lui, accessible, prête à lui offrir ses lèvres – tout le contraire de la réalité, quoi…

Eddy aimerait vraiment retrouver ce monde à l’envers du quotidien, où il n’est plus le type le plus transparent du collège, celui que jamais Malou ne s’abaisserait à remarquer. »

Extrait de : J. Héliot. « Nouvelle ère. »