Catégorie : Livres
Le brigadier Frédéric par Erckmann-Chatrian

Fiche de Le brigadier Frédéric
Titre : Le brigadier Frédéric
Auteur : Emile Erckmann et Alexandre Chatrian
Date de parution : 1886
Editeur : BNF
Première page de Le brigadier Frédéric
« Quand j’étais brigadier forestier à la Steinbach, me dit le père Frédéric, et que j’avais l’inspection du plus beau triage de tout l’arrondissement de Saverne, une jolie maisonnette sous bois, le jardin et le verger derrière, pleins de pommiers, de poiriers et de pruniers où pendaient les fruits en automne ; avec cela quatre bons arpents de prairie le long de la rivière ; que la grand’mère Anne, malgré ses quatre-vingts ans, filait encore derrière le poêle et pouvait rendre des services à la maison ; que ma femme et ma fille surveillaient le ménage, l’étable et la culture de notre bien ; et que les semaines, les mois et les années se passaient dans la tranquillité comme un seul jour… Si dans ce temps-là quelqu’un était venu me dire : — « Tenez, brigadier Frédéric, voyez cette grande vallée d’Alsace jusqu’aux rives du Rhin : ces centaines de villages entourés de récoltes en tous genres, tabac, houblon, garance, chanvre, lin, blé, orge, avoine, où passe le vent comme sur la mer ; ces hautes cheminées de fabriques qui fument dans les airs ; ces moulins et ces scieries ; ces coteaux chargés de vignes ; ces grands bois de hêtres et de sapins, les plus beaux de France pour les constructions de marine ; ces vieux châteaux en ruines depuis des siècles à la cîme des montagnes ; ces forteresses de Neuf-Brisach, de Schlestadt, de Phalsbourg, de Bitche, qui défendent les défilés des Vosges…. »
Extrait de : Erckmann-Chatrian. « Le Brigadier Frédéric. »
Le bourgmestre en bouteille par Erckmann-Chatrian

Fiche de Le bourgmestre en bouteille
Titre : Le bourgmestre en bouteille
Auteur : Emile Erckmann et Alexandre Chatrian
Date de parution : 1856
Editeur : Bibliothèque numérique romande
Première page de Le bourgmestre en bouteille
« J’ai toujours professé une haute estime et même une sorte de vénération pour le noble vin du Rhin ; il pétille comme le champagne, il réchauffe comme le bourgogne, il lénifie le gosier comme le bordeaux, il embrase l’imagination comme les liqueurs d’Espagne, il nous rend tendres comme le lacryma-christi ; enfin, par-dessus tout, il fait rêver, il déroule à nos yeux le vaste champ de la fantaisie.
En 1846, vers la fin de l’automne, je m’étais décidé à faire un pèlerinage au Johannisberg. Monté sur une pauvre haridelle aux flancs creux, j’avais disposé deux cruches de fer-blanc dans ses vastes cavités intercostales, et je voyageais à petites journées. »
Extrait de : Erckmann-Chatrian. « Le Bourgmestre en Bouteille. »
Le blocus par Erckmann-Chatrian

Fiche de Le blocus
Titre : Le blocus
Auteur : Emile Erckmann et Alexandre Chatrian
Date de parution : 1867
Editeur : Bibebook
Première page de Le blocus
« Puisque tu veux connaître le blocus de Phalsbourg en 1814, me dit le père Moïse, de la rue des Juifs, je vais tout te raconter en détail.
Je demeurais alors dans la petite maison qui fait le coin à droite de la halle ; j’avais mon commerce de fer à la livre, en bas sous la voûte, et je restais au-dessus avec ma femme Sorlé[1] et mon petit Sâfel, l’enfant de ma vieillesse.
Mes deux autres garçons, Itzig et Frômel, étaient déjà partis pour l’Amérique, et ma fille Zeffen était mariée avec Baruch, le marchand de cuir, à Saverne.
Outre mon commerce de fer, je trafiquais aussi de vieux souliers, du vieux linge, et de tous ces vieux habits que les conscrits vendent en arrivant à leur dépôt, lorsqu’ils reçoivent des effets militaires. Les marchands ambulants me rachetaient les vieilles chemises pour en faire du papier, et le reste, je le vendais aux paysans. »
Extrait de : Erckmann-Chatrian. « Le Blocus. »
La guerre par Erckmann-Chatrian

Fiche de La guerre
Titre : La guerre
Auteur : Emile Erckmann et Alexandre Chatrian
Date de parution : 1866
Editeur : Bibebook
Première page de La guerre
« La grande place d’Alexandrie. A gauche, la boutique du fripier Zampieri, encombrée de manteaux, de chaussures, de vêtements. A droite, un café. Au fond, la cathédrale Saint-Laurent. Les fenêtres, les balcons autour de la place regorgent de monde. La foule encombre les marches et les porches de la cathédrale, où se chante le Te Deum. L’orgue, par instants, se fait entendre au-dessus des voix innombrables. Les banderoles, les drapeaux, les bannières aux couleurs de la Russie, flottent partout. Un régiment de cosaques traverse la place ; le fripier Zampieri et sa fille Marietta déploient des vêtements à l’étalage. »
Extrait de : Erckmann-Chatrian. « La Guerre. »
L’invasion ou le fou Yégof par Erckmann-Chatrian

Fiche de L’invasion ou le fou Yégof
Titre : L’invasion ou le fou Yégof
Auteur : Emile Erckmann et Alexandre Chatrian
Date de parution : 1862
Editeur : Bibebook
Première page de L’invasion ou le fou Yégof
« Si vous tenez à connaître l’histoire de la grande invasion de 1814, telle que me l’a racontée le vieux chasseur Frantz du Hengst, il faut vous transporter au village des Charmes, dans les Vosges. Une trentaine de maisonnettes couvertes de bardeaux et de joubarbe vert sombre se suivent à la file le long de la Sarre, vous en apercevez les pignons tapissés de lierre et de chèvrefeuilles flétris, – car l’hiver approche, – les ruchers fermés avec des bouchons de paille, les petits jardins, les palissades, les bouts de haie qui les séparent les unes des autres.
À gauche, sur une haute montagne, s’élèvent les ruines de l’antique château de Falkenstein, détruit, il y a deux cents ans, par les Suédois. Ce n’est plus qu’un amas de décombres hérissés de ronces ; un vieux chemin de schlitte1, aux échelons vermoulus, y monte à travers les sapins. À droite, sur la côte, on aperçoit la ferme du Bois-de-Chênes : une large construction avec granges, écuries, et hangars, la toiture plate chargée de grosses pierres, pour résister aux vents du nord. Quelques vaches se promènent dans les bruyères, quelques chèvres dans les rochers. »
Extrait de : Erckmann-Chatrian. « L’Invasion ou le Fou Yégof. »
L’ami Fritz par Erckmann-Chatrian

Fiche de L’ami Fritz
Titre : L’ami Fritz
Auteur : Emile Erckmann et Alexandre Chatrian
Date de parution : 1865
Editeur : BNF
Première page de L’ami Fritz
« Lorsque Zacharias Kobus, juge de paix à Hunebourg, mourut en 1832, son fils Fritz Kobus, se voyant à la tête d’une belle maison sur la place des Acacias, d’une bonne ferme dans la vallée de Meisenthâl, et de pas mal d’écus placés sur solides hypothèques, essuya ses larmes, et se dit avec l’Ecclésiaste :
Vanité des vanités, tout est vanité ! Quel avantage a l’homme des travaux qu’il fait sur la terre ? Une génération passe et l’autre vient ; le soleil se lève et se couche aujourd’hui comme hier ; le vent souffle au nord, puis il souffle au midi ; les fleuves vont à la mer, et la mer n’en est pas remplie ; toutes choses travaillent plus que l’homme ne saurait dire ; l’œil n’est jamais rassasié de voir, ni l’oreille d’entendre ; on oublie les choses passées, on oubliera celles qui viennent : – le mieux est de ne rien faire… pour n’avoir rien à se reprocher !
C’est ainsi que raisonna Fritz Kobus en ce jour. »
Extrait de : Erckmann-Chatrian. « L’Ami Fritz. »
Variations énigmatiques par Eric-Emmanuel Schmitt

Fiche de Variations énigmatiques
Titre : Variations énigmatiques
Auteur : Eric-Emmanuel Schmitt
Date de parution : 1996
Editeur : Albin Michel
Première page de Variations énigmatiques
« Le bureau d’Abel Znorko, prix Nobel de littérature. Il vit seul, retiré à Rösvannöy, une île située sur la mer de Norvège. Son bureau, baroque, fantasque, tout en livres et en bois, s’ouvre sur une terrasse qui laisse apercevoir les flots lointains.
Les heures viennent s’inscrire dans le ciel que brouillent de temps en temps nuages et nuées d’oiseaux sauvages. Cet après-midi est précisément celui où, après un jour boréal qui a duré six mois, doit advenir la nuit d’hiver qui assombrira les six prochains mois. Au milieu de l’entrevue, le crépuscule commencera à colorer l’horizon de ses embrasements violets.
Au lever de rideau, la pièce est vide. On entend les Variations énigmatiques d’Elgar sortir d’un appareil à musique.
Puis, au-dehors, retentissent deux coups de feu très distincts. Un bruit de pas rapides. Une course.
Erik Larsen entre en courant par la baie, essoufflé, et surtout effrayé. C’est un homme entre trente et quarante ans qui a gardé quelque chose de très vif et très doux lié à la jeunesse. »
Extrait de : E-E Schmitt. « Variations énigmatiques. »
Ulysse from Bagdad par Eric-Emmanuel Schmitt

Fiche de Ulysse from Bagdad
Titre : Ulysse from Bagdad
Auteur : Eric-Emmanuel Schmitt
Date de parution : 2008
Editeur : Albin Michel
Première page de Ulysse from Bagdad
« Je m’appelle Saad Saad, ce qui signifie en arabe Espoir Espoir et en anglais Triste Triste ; au fil des semaines, parfois d’une heure à la suivante, voire dans l’explosion d’une seconde, ma vérité glisse de l’arabe à l’anglais ; selon que je me sens optimiste ou misérable, je deviens Saad l’Espoir ou Saad le Triste.
À la loterie de la naissance, on tire de bons, de mauvais numéros. Quand on atterrit en Amérique, en Europe, au Japon, on se pose et c’est fini : on naît une fois pour toutes, nul besoin de recommencer. Tandis que lorsqu’on voit le jour en Afrique ou au Moyen-Orient…
Souvent je rêve d’avoir été avant d’être, je rêve que j’assiste aux minutes précédant ma conception : alors je corrige, je guide la roue qui brassait les cellules, les molécules, les gènes, je la dévie afin d’en modifier le résultat. Pas pour me rendre différent. Non. Juste éclore ailleurs. Autre ville, pays distinct. Même ventre certes, les entrailles de cette mère que j’adore, mais ventre qui me dépose sur un sol où je peux croître, et pas au fond d’un trou dont je dois, vingt ans plus tard, m’extirper. »
Extrait de : E-E Schmitt. « Ulysse from Bagdad. »
Théâtre d’E.-E. Schmitt par Eric-Emmanuel Schmitt

Fiche de Théâtre d’E.-E. Schmitt
Titre : Théâtre d’E.-E. Schmitt (volume 1)
Auteur : Eric-Emmanuel Schmitt
Date de parution : 1999
Editeur : Albin Michel
Sommaire de Théâtre d’E.-E. Schmitt :
- La nuit de Valognes
- Le visiteur
- Le bâillon
- L’école du diable
Quand je pense que Beethoven est mort alors que tant de crétins vivent… par Eric-Emmanuel Schmitt

Fiche de Quand je pense que Beethoven est mort alors que tant de crétins vivent…
Titre : Quand je pense que Beethoven est mort alors que tant de crétins vivent…
Auteur : Eric-Emmanuel Schmitt
Date de parution : 2010
Editeur : Albin Michel
Première page de Quand je pense que Beethoven est mort alors que tant de crétins vivent…
« Entre Beethoven et moi, ce fut une histoire brève mais forte.
Il apparut dans ma vie lorsque j’avais quinze ans puis la quitta quand j’atteignais les vingt. Pendant cette période, il s’installa, poussa les meubles, cala ses disques à côté de mon électrophone, empila ses partitions sur le piano droit, enseigna à mes doigts ses pages les plus passionnées, m’arracha des larmes avec ses symphonies et devint le maître de mes émotions, m’en insufflant de nouvelles, bouleversantes. Afin de marquer son territoire dans ma chambre d’adolescent, il introduisit, par l’entremise d’une tante qui revenait d’Allemagne, son buste en résine peinte, sculpture tourmentée qu’il me conseilla de placer sur ma table de nuit, sous le portrait de Mozart épinglé au mur. Ce fut la seule fois où je lui résistai ; par je ne sais quelle prudence – sans doute la crainte de ne pas m’endormir auprès de ce front où saillaient les tumultes du génie –, je laissai trôner son effigie dans l’ombre de la bibliothèque paternelle, à plusieurs murs de distance. »
Extrait de : E-E Schmitt. « Quand Je Pense Que Beethoven Est Mort Alors Que Tant De Crétins Vivent. »