Catégorie : Livres
Conclave par Robert Harris

Fiche de Conclave
Titre : Conclave
Auteur : Robert Harris
Date de parution : 2016
Traduction : N. Zimmermann
Editeur : Plon
Première page de Conclave
« Le cardinal Lomeli quitta son appartement du palais du Saint-Office peu avant 2 heures du matin et traversa d’un pas rapide les cloîtres sombres du Vatican vers les appartements du pape.
Il priait : Ô Seigneur, il lui reste tant à faire alors que mon utilité à Ton service est terminée. Il est aimé alors que je suis dans l’oubli. Épargne-le, Seigneur. Épargne-le, Prends-moi plutôt que lui.
Il remonta péniblement la côte pavée vers la place Sainte-Marthe. Il faisait encore doux et brumeux à Rome et pourtant le cardinal y détectait déjà la première fraîcheur de l’automne. Il bruinait. Le préfet de la Maison pontificale avait semblé dans un tel état de panique, au téléphone, que Lomeli s’attendait à trouver une scène de totale confusion. En réalité, la place était particulièrement déserte, à l’exception d’une ambulance solitaire garée à distante discrète, qui se découpait contre le flanc méridional illuminé de Saint-Pierre. Le plafonnier était allumé, les essuie-glaces balayaient le pare-brise, et le cardinal parvint à distinguer le visage du chauffeur et d’un brancardier. Le chauffeur parlait dans un téléphone portable, et l’évidence s’imposa soudain à Lomeli : ils ne sont pas venus conduire un malade à l’hôpital, ils sont venus chercher un corps. »
Extrait de : R. Harris. « Conclave. »
Archange par Robert Harris

Fiche de Archange
Titre : Archange
Auteur : Robert Harris
Date de parution : 1998
Traduction : N. Zimmermann
Editeur : Plon
Première page de Archange
« Il y a très longtemps – tu n’étais même pas né, mon garçon – un garde du corps fumait, à une heure avancée de la nuit, une cigarette sur la terrasse côté jardin d’une grande maison de Moscou. Il faisait très froid cette nuit-là, il n’y avait ni lune ni étoiles, et l’homme fumait surtout pour se réchauffer, ses grandes mains de garçon de ferme enroulées autour du tube de carton incandescent de la papirossa géorgienne.
Le garde du corps s’appelait Papou Guerassimovitch Rapava. Il avait vingt-cinq ans et était originaire de Mingrélie, sur la côte nord-est de la mer Noire. Quant à la maison en question, le terme de « forteresse » lui aurait mieux convenu. Il s’agissait d’une demeure tsariste qui occupait la moitié d’un pâté de maisons dans le quartier diplomatique, non loin de la Moskova. Quelque part dans l’obscurité glacée, au fond du jardin cerné de murs, il y avait une cerisaie, puis, au-delà, une rue large – Sadovaïa-Koudrinskaïa – et, encore au-delà, le zoo de Moscou.
Il n’y avait pas de circulation. Quand tout était calme, comme maintenant, et que le vent soufflait dans la bonne direction, on entendait les loups encagés hurler dans le lointain. »
Extrait de : R. Harris. « Archange. »
Dictator par Robert Harris

Fiche de Dictator
Titre : Dictator (tome 3 sur 3 – Cicéron)
Auteur : Robert Harris
Date de parution : 2015
Traduction : N. Zimmermann
Editeur : Plon
Première page de Dictator
« Je me rappelle les clameurs des trompettes guerrières de César qui nous poursuivaient à travers les champs obscurs du Latium – leurs plaintes à la fois sinistres et impatientes, évocatrices de bêtes en rut. Lorsqu’elles s’étaient tues, seuls avaient subsisté le crissement de nos semelles sur la route gelée et notre respiration haletante.
Il ne suffisait pas aux dieux immortels que Cicéron se fît cracher dessus et vilipender par ses concitoyens ; il ne leur suffisait pas qu’il fût chassé du foyer et de l’autel de sa famille et de ses ancêtres au cœur de la nuit ; il ne leur suffisait pas non plus, alors même qu’il fuyait Rome à pied, qu’il pût se retourner et assister à l’incendie de sa maison. À tous ces tourments, ils jugèrent nécessaire d’ajouter un raffinement supplémentaire : qu’il fût forcé d’entendre l’armée de son ennemi lever le camp sur le Champ de Mars. »
Extrait de : R. Harris. « Dictator – Cicéron. »
Conspirata par Robert Harris

Fiche de Conspirata
Titre : Conspirata (tome 2 sur 3 – Cicéron)
Auteur : Robert Harris
Date de parution : 2009
Traduction : N. Zimmermann
Editeur : Plon
Première page de Conspirata
« Deux jours avant que Marcus Tullius Cicéron ne prenne ses fonctions de consul romain, on tira du Tibre, non loin des hangars à bateaux de la flotte de guerre républicaine, le corps d’un enfant.
Une telle découverte, aussi tragique fût-elle, n’aurait pas en temps normal justifié l’attention d’un consul désigné. Cependant, ce petit cadavre avait quelque chose de tellement monstrueux, de tellement menaçant pour la paix civile, que C. Octavius, le magistrat chargé de maintenir l’ordre dans la cité, envoya un message à Cicéron lui demandant de venir sur-le-champ.
Cicéron hésita d’abord à s’y rendre, prétextant une surcharge de travail. En tant que candidat consulaire qui avait obtenu le plus de voix, c’était à lui qu’incombait de présider la séance d’ouverture du sénat, et il était en train de rédiger son discours inaugural. Je savais néanmoins que ce n’était pas la seule raison. La mort le mettait toujours profondément mal à l’aise. »
Extrait de : R. Harris. « Conspirata – Cicéron. »
Imperium par Robert Harris

Fiche de Imperium
Titre : Imperium (tome 1 sur 3 – Cicéron)
Auteur : Robert Harris
Date de parution : 2006
Traduction : N. Zimmermann
Editeur : Plon
Première page de Imperium
« Mon nom est Tiron. Pendant trente-six ans, j’ai été le secrétaire particulier de l’homme d’État romain Cicéron. Au début, cela s’est révélé excitant, puis surprenant, puis difficile et, enfin, extrêmement dangereux. Pendant toutes ces années, je crois qu’il a passé plus de temps avec moi qu’avec quiconque, y compris sa famille. J’ai assisté à ses entretiens privés et porté ses messages confidentiels. J’ai consigné par écrit ses discours, ses lettres, ses œuvres littéraires, même ses poèmes – un tel flot de mots que j’ai dû inventer un système d’écriture abrégée afin de pouvoir le suivre, système qui est toujours utilisé pour retranscrire les délibérations du Sénat et pour lequel on m’a récemment accordé une modeste pension. Celle-ci, ajoutée à divers legs et à la générosité de quelques amis, me suffit pour vivre ma retraite. Je n’ai pas de gros besoins. Les vieux vivent d’air pur, et je suis très vieux – près de cent ans, du moins c’est ce qu’on me dit. »
Extrait de : R. Harris. « Imperium – Cicéron. »
Le rouge et le rose par Michel-Antoine Burnier

Fiche de Le rouge et le rose
Titre : Le rouge et le rose
Auteur : Michel-Antoine Burnier
Date de parution : 2011
Editeur : Editions de la martinière
Première page de Le rouge et le rose
« Socialisme : en France, c’est un philosophe ami de George Sand, Pierre Leroux, qui invente le mot dans les années 1830. Pour lui, cela signifie une nouvelle religion communautaire inspirée de Moïse, de Bouddha et de Jésus. Il s’agit de supprimer le règne de l’argent dans la société, d’adoucir la condition ouvrière et d’encourager la solidarité humaine.
Ces idées, le comte de Saint-Simon les a déjà exposées avec beaucoup plus de rigueur depuis une dizaine d’années. On appelle donc sa doctrine socialisme ou saint-simonisme, ou Nouveau Christianisme. Il veut écarter du pouvoir les nobles, les magistrats et les prêtres qui gouvernent encore la société au début du XIXe siècle, réconcilier les patrons et les ouvriers, développer la justice dans l’industrie, la banque et le commerce, organiser des fêtes au milieu du travail et supprimer l’héritage.
Saint-Simon est mort en 1825. Son héritier spirituel, Prosper Enfantin, décide de démontrer ce socialisme par l’exemple en le modifiant quelque peu. C’est un polytechnicien, ingénieur des chemins de fer à une époque où les locomotives font peur ou font rire. En juin 1832, avec quarante disciples, Enfantin s’enferme dans une grande maison à Ménilmontant. »
Extrait de : M-A Burnier. « Le Rouge et le Rose. »
Il est midi dans le siècle par Michel-Antoine Burnier et Léon Mercadet

Fiche de Il est midi dans le siècle
Titre : Il est midi dans le siècle
Auteur : Michel-Antoine Burnier et Léon Mercadet
Date de parution : 2013
Editeur : Robert Laffont
Première page de Il est midi dans le siècle
« Uchronie : « Utopie appliquée à l’Histoire, l’Histoire refaite logiquement telle qu’elle aurait pu être. » (Le Grand Larousse du XXe siècle)
Que se serait-il passé si…
Napoléon avait gagné à Waterloo,
Charles Martel avait perdu la bataille de Poitiers contre les Sarrasins,
Nafissatou Diallo n’était pas entrée dans la suite 2806 de Dominique Strauss-Kahn au Sofitel de New York,
les Allemands avaient gagné la guerre de 1914,
Jeanne d’Arc n’avait pas entendu les voix,
François Ier avait été élu empereur romain-germanique en 1519 à la place de Charles Quint (cela se joue de peu),
les Soviétiques avaient récupéré von Braun avant les Américains,
Antoine et Cléopâtre avaient coulé la flotte d’Auguste à Actium, déplaçant le centre du monde de Rome à Alexandrie en abandonnant la Gaule aux invasions barbares,
et si Lénine, regagnant la Russie depuis son exil suisse le 9 avril 1917, était mort dans un accident de train ?
L’uchronie, c’est de la science-fiction dans le passé. »
Extrait de : M-A Burnier + L. Mercadet. « Il est midi dans le siècle. »
Les cités disparues par Annalee Newitz

Fiche de Les cités disparues
Titre : Les cités disparues
Auteur : Annalee Newitz
Date de parution : 2021
Traduction : M-F de Paloméra
Editeur : Calmann Lévy
Première page de Les cités disparues
« J’ai entamé mon périple vers l’une des plus anciennes villes du monde en sautant dans un bus climatisé à Konya, métropole animée de la Turquie centrale forte de deux millions d’habitants. La matinée s’annonçait limpide et d’une chaleur étouffante tandis que nous quittions la ville, durement secoués par les cahots de la route, laissant derrière nous des magasins qui vous vendent de tout – cela va d’œufs fraîchement pondus aux ordinateurs Apple. Les tours résidentielles étincelantes firent bientôt place aux champs, mais nous ne quittions pas la civilisation pour autant. Nous avons longé des camps de Bédouins alignés en bon ordre au bord de la route, puis zigzagué à travers de petites agglomérations dont presque tous les pâtés de maisons comptaient des bâtiments en construction. Trois quarts d’heure plus tard, le bus s’immobilisa sur une petite aire de stationnement couverte de gravier. Des cabanes en bois et des bâtiments bas et allongés entouraient une cour plaisante où se pressaient des tables de pique-nique protégées par des auvents en toile. On se serait cru dans un centre de retraite spirituelle, ou alors une petite école. »
Extrait de : A. Newitz. « Les Cités disparues. »
Gold & Bones par Guy-Roger Duvert

Fiche de Gold & Bones
Titre : Gold & Bones
Auteur : Guy-Roger Duvert
Date de parution : 2025
Editeur : Library of Congress
Première page de Gold & Bones
« L’homme courait. Autour de lui, une jungle étouffante, qui laissait à peine percer le bleu du ciel. Les lianes, multiples, serpentaient entre des troncs immenses, autant d’obstacles dans une course effrénée. Une humidité poisseuse et chaude régnait, maîtresse des lieux. L’homme fuyait. Ses vêtements déchirés laissaient voir la plaie béante qu’il avait à l’épaule. Le sang dégoulinait sur son torse à moitié nu. La transpiration perlait sur son visage déformé par la peur. L’homme criait. Mais personne n’était là pour répondre à ses suppliques.
Il tomba. Péniblement, il essaya de se relever. Du bruit sur sa gauche attira son attention. Les fourrés bougèrent. Sur sa droite. Puis un peu plus loin. D’un seul élan, il se releva et reprit sa course. Au loin, il apercevait la côte et pouvait même discerner son objectif : un navire. Sa seule chance de salut. Mais la présence approchait. Elle s’approchait de plus en plus. Il commença à dévaler une colline, se dirigeant toujours en ligne droite vers la mer. Mais il rechuta. »
Extrait de : G.-R. Duvert. « Gold & Bones. »
Les joyaux de la couronne par Walter Jon Williams

Fiche de Les joyaux de la couronne
Titre : Les joyaux de la couronne
Auteur : Walter Jon Williams
Date de parution : 1987
Traduction : P-P Durastanti
Editeur : Rivages
Première page de Les joyaux de la couronne
« Dans ses chaussons de cuir souple, Drake Maijstral gagna sans un bruit le centre de la salle de bal. C’était son métier que d’avoir le pied léger, sur Péleng comme ailleurs.
Là, les idéogrammes « Longue vie » et « Bienvenue aux voyageurs » flottaient sous le haut plafond. Le scintillement de ces holos, baignant la salle d’une vive clarté, permettait avant tout d’offrir l’éclairage idéal aux médiaglobes qui voguaient au-dessus du public pour le filmer. Dans l’assistance, chacun, humain ou pas, réagissait à cette brillance inaccoutumée selon son caractère ou la raison de sa présence. On se fondait dans l’ombre et on murmurait, tourné vers le mur. On paradait sous un globe ou, porté par un champ agrav, on s’élevait à sa rencontre dans l’espoir qu’il condescende à vous interviewer. On se promenait en pleine lumière, mais, timide, on rougissait. On tâchait de paraître normal, et on finissait par se demander ce qu’était la normalité, surtout dans de telles circonstances. »
Extrait de : W.J Williams. « Les Joyaux de la Couronne. »