Catégorie : Livres
Histoire d’un conscrit de 1813 par Erckmann-Chatrian

Fiche de Histoire d’un conscrit de 1813
Titre : Histoire d’un conscrit de 1813
Auteur : Emile Erckmann et Alexandre Chatrian
Date de parution : 1864
Editeur : Bibebook
Première page de Histoire d’un conscrit de 1813
« Ceux qui n’ont pas vu la gloire de l’Empereur Napoléon dans les années 1810, 1811 et 1812 ne sauront jamais à quel degré de puissance peut monter un homme.
Quand il traversait la Champagne, la Lorraine ou l’Alsace, les gens, au milieu de la moisson ou des vendanges, abandonnaient tout pour courir à sa rencontre ; il en arrivait de huit et dix lieues ; les femmes, les enfants, les vieillards se précipitaient sur sa route en levant les mains, et criant : Vive l’Empereur ! vive l’Empereur ! On aurait cru que c’était Dieu ; qu’il faisait respirer le monde, et que si par malheur il mourait, tout serait fini. Quelques anciens de la République qui hochaient la tête et se permettaient de dire, entre deux vins, que l’Empereur pouvait tomber, passaient pour des fous. Cela paraissait contre nature, et même on n’y pensait jamais.
Moi, j’étais en apprentissage, depuis 1804, chez le vieil horloger Melchior Goulden, à Phalsbourg. Comme je paraissais faible et que je boitais un peu, ma mère avait voulu me faire apprendre un métier plus doux que ceux de notre village ; car, au Dagsberg, on ne trouve que des bûcherons, des charbonniers et des schlitteurs. M. Goulden m’aimait bien. Nous demeurions au premier étage de la grande maison qui fait le coin en face du Bœuf-Rouge, près de la porte de France. »
Extrait de : Erckmann-Chatrian. « Histoire d’un conscrit de 1813. »
Contes tome 3 par Erckmann-Chatrian

Fiche de Contes tome 3
Titre : Contes tome 3
Auteur : Emile Erckmann et Alexandre Chatrian
Date de parution :
Editeur : Bibebook
Sommaire de Contes tome 3 :
- La lunette de Hans Schnaps
- Le tisserand de la Steinbach
- Pourquoi Hunebourg ne fut pas rendu
- Hugues le Loup
- Le combat d’ours
- Le rêve d’Aloïus
- Les bohémiens d’Alsace sous la révolution
- Le coquillage de l’oncle Bernard
Première page de La lunette de Hans Schnaps
« J’ai connu dans le temps, à Mayence, un honnête pharmacien nommé Hans Schnaps. La porte de son officine s’ouvrait sur le Thiermack ; elle était surmontée d’une guivre en guise d’enseigne ; le caducée de Mercure et le serpentaire d’Esculape en ornaient les panneaux. Quant à Hans Schnaps, au lieu de rester dans sa boutique, il se promenait dans les rues, une grande lunette sous le bras, et laissait le soin de ses drogues à deux garçons apothicaires.
C’était un singulier original, le nez long, les yeux gris, la lèvre moqueuse. À voir son large feutre, sa casaque de bure rougeâtre, sa barbe taillée en pointe, vous l’eussiez pris pour un artiste flamand.
Je le rencontrais quelquefois à la taverne du Pot de Tabac, sur le Zeil ; nous faisions ensemble notre partie deyoucker, nous causions de la pluie et du beau temps. Schnaps n’éprouvait pas le besoin de me faire connaître ses occupations, je ne voyais pas la nécessité de l’initier aux miennes, et, dans le fait, cela nous importait fort peu. »
Extrait de : Erckmann-Chatrian. « Contes III. »
Contes tome 2 par Erckmann-Chatrian

Fiche de Contes tome 2
Titre : Contes tome 2
Auteur : Emile Erckmann et Alexandre Chatrian
Date de parution :
Editeur : Bibebook
Sommaire de Contes tome 2 :
- Entre deux vins
- Le violon du pendu
- La pêche miraculeuse
- L’esquisse mystérieuse
- La voleuse d’enfants
- Les trois âmes
- L’araignée-crabe
- L’héritage de l’oncle Christian
- Gretchen
- La montre du doyen
- Le rêve de mon cousin Elof
- Hans Storkus
- Les fiancés de Grinderwald
Première page de Entre deux vins
« Pendant la messe de minuit de l’an 1847, à Phalsbourg, le petit greffier de la justice de paix, Conrad Spitz et moi, nous vidions notre troisième bol de punch au café Schweitzer, près de la porte d’Allemagne. Tout le monde était à l’église. La veuve Schweitzer, avant de partir, avait éteint les quinquets ; la chandelle, placée entre Spitz et moi, éclairait vaguement un angle du billard, notre bol et nos verres : le reste se perdait dans l’ombre. La servante Grédel chantait à voix basse dans la cuisine, et nous venions d’entendre une chaise tomber au milieu du silence.
En ce moment, le petit greffier se prit à dire :
« Comment se fait-il, mon cher monsieur Vanderbach, qu’à cette heure indue, sans nous être dérangés de notre place au café Schweitzer, nous nous trouvions transportés chez Holbein, le tisserand, au coin de la halle aux grains et des vieilles boucheries ? »
Ces paroles m’étonnèrent. Je regardai autour de moi, et je reconnus qu’en effet nous étions assis dans une petite chambre tellement basse, que les poutres enfumées du plafond nous touchaient presque la tête. Les petites vitres à mailles de plomb étaient ensevelies sous la neige. »
Extrait de : Erckmann-Chatrian. « Contes II. »
Contes tome 1 par Erckmann-Chatrian

Fiche de Contes tome 1
Titre : Contes tome 1
Auteur : Emile Erckmann et Alexandre Chatrian
Date de parution :
Editeur : Bibebook
Sommaire de Contes tome 1 :
- L’oreille de la chouette
- Crispinus ou l’histoire interrompue
- Le bourgmestre en bouteille
- Le cabaliste Hans Weinland
- Le bouc d’Israël
- Une nuit dans les bois
- La reine des abeilles
- Messire Tempus
- Le requiem du corbeau
- L’oeil invisible
- Le chant de la Tonne
- La tresse noire
- Le blanc et le noir
Première page de L’oreille de la chouette
« Le 29 juillet 1835, Kasper Bœck, berger du petit village d’Hirschwiller, son large feutre incliné sur le dos, sa besace de toile filandreuse le long des reins, et son grand chien à poil fauve sur les talons, se présentait, vers neuf heures du soir, chez M. le bourgmestre Pétrus Mauerer, lequel venait de terminer son souper, et prenait un petit verre de kirschwasser pour faciliter sa digestion.
Ce bourgmestre, grand, sec, la lèvre supérieure couverte d’une large moustache grise, avait jadis servi dans les armées de l’archiduc Charles ; il était d’humeur goguenarde, et gouvernait le village, comme on dit, au doigt et à la baguette.
— Monsieur le bourgmestre, s’écria le berger tout ému.
Mais Pétrus Mauerer, sans attendre la fin de son discours, fronçant le sourcil, lui dit :
— Kasper Bœck, commence par ôter ton chapeau, fais sortir ton chien de la chambre, et puis parle clairement, intelligiblement, sans bégayer, afin que je te comprenne.
Sur ce, le bourgmestre, debout près de la table, vida tranquillement son petit verre, et huma ses grosses moustaches grises avec indifférence.
Kasper fit sortir son chien et revint le chapeau bas. »
Extrait de : Erckmann-Chatrian. « Contes I. »
Le déchronologue par Stéphane Beauverger

Fiche de Le déchronologue
Titre : Le déchronologue
Auteur : Stéphane Beauverger
Date de parution : 2009
Editeur : Gallimard
Première page de Le déchronologue
« Je suis le capitaine Henri Villon et je mourrai bientôt.
Non, ne ricanez pas en lisant cette sentencieuse présentation. N’est-ce pas l’ultime privilège d’un condamné d’annoncer son trépas comme il l’entend ? C’est mon droit. Et si vous ne me l’accordez pas, alors disons que je le prends. Quant à celles et ceux qui liront mon récit jusqu’au bout, j’espère qu’ils sauront pardonner un peu de mon impertinence et, à l’instant de refermer ces chroniques, m’accorder leur indulgence.
D’ici quelques minutes, une poignée d’heures tout au plus, les forces contre lesquelles je me suis battu en auront définitivement terminé avec moi et ceux qui m’ont suivi dans cette folle aventure. J’ai échoué et je vais mourir. Ma frégate n’est plus qu’une épave percée de part en part, aux ponts encombrés par les cris des mourants, aux coursives déjà noircies par les flammes. Ce n’est ni le premier bâtiment que je perds ni le premier naufrage que j’affronte, mais je sais que nul ne saurait survivre à la dévastation qui s’approche. Bientôt, pour témoigner de l’épopée de ce navire et de son équipage ne resteront que les pages de ce journal. »
Extrait de : S. Beauverger. « Le Déchronologue. »
Collisions par temps calme par Stéphane Beauverger

Fiche de Collisions par temps calme
Titre : Collisions par temps calme
Auteur : Stéphane Beauverger
Date de parution : 2021
Editeur : La volte
Première page de Collisions par temps calme
« Je déteste me lever tôt, mais j’en apprécie les avantages : dans la cuisine, l’odeur du café préparé pour moi seul et, pour moi seul, le silence. Puis le grincement de la porte du placard que je ne prends jamais le temps de réparer, l’infime résistance de ma tasse préférée sur son support, à l’instant de la saisir, parce que Kylian l’aura encore rangée sans l’essuyer. Le clignotement contradictoire des horloges, la mesquine volupté de choisir s’il est déjà 05 : 54 ou seulement 05 : 47, parce que je n’ai toujours pas synchronisé l’électroménager via le réseau domotique. La satisfaction d’entrouvrir la baie vitrée pour capter les premiers chants d’oiseaux guettant avec moi le soleil. L’observation des épeires raccommodant leurs pièges entre les montants de la balustrade. Autant de raisons pour mon cerveau d’ordonner à mes jambes de sortir du lit, à mon dos fatigué de se tordre assez pour me redresser, à l’étonnement de cesser : je suis debout dans le noir sans l’avoir vraiment souhaité. »
Extrait de : S. Beauverger. « Collisions par temps calme. »
Tromperie par Philip Roth

Fiche de Tromperie
Titre : Tromperie
Auteur : Philip Roth
Date de parution : 1990
Traduction : M. Rambaud
Editeur : Gallimard
Première page de Tromperie
« JE VAIS les mettre par écrit. Commence, toi.
– Quel nom lui donne-t-on ?
– Je ne sais pas. Quel nom allons-nous lui donner ?
– Questionnaire sur le Rêve de s’Enfuir Ensemble.
– Questionnaire sur le Rêve des Amants de s’Enfuir Ensemble.
– Questionnaire sur le Rêve des Amants Entre Deux Ages de s’Enfuir Ensemble.
– Tu n’es pas entre deux âges.
– Bien sûr que si.
– Je trouve que tu fais jeune.
– Oui ? Eh bien, il faudra sûrement en faire mention dans le questionnaire. Obligation pour les deux participants de répondre à tout.
– Commence.
– Quelle est la première chose qui en moi te porterait sur les nerfs ?
– Quand tu es dans un de tes mauvais jours, qu’est-ce que ça donne ? »
Extrait de : P. Roth. « Tromperie. »
Quand elle était gentille par Philip Roth

Fiche de Quand elle était gentille
Titre : Quand elle était gentille
Auteur : Philip Roth
Date de parution : 1966
Traduction : J. Rosenthal
Editeur : Gallimard
Première page de Quand elle était gentille
« Ne pas être riche, ne pas être célèbre, ne pas être puissant, ne pas même être heureux, mais être civilisé ; c’était le rêve de sa vie. Ce qu’étaient les qualités d’une pareille existence il n’aurait pu l’expliquer quand il avait quitté la maison ou plutôt la cabane de son père, dans les bois au nord de l’État ; son projet était de faire tout le voyage jusqu’à Chicago pour le découvrir. Il savait parfaitement ce qu’il ne voulait pas : c’était vivre comme un sauvage. Son père était un homme farouche et ignorant, qui avait été trappeur, puis bûcheron et, à la fin de sa vie, gardien dans les mines de fer. Sa mère était une femme qui trimait dur, avec un caractère d’esclave, incapable de concevoir qu’elle aurait envie d’autre chose que de ce qu’elle avait déjà ; ou alors, si elle n’était vraiment pas comme elle en avait l’air, elle avait le sentiment qu’il n’était pas prudent de parler de ses désirs devant son mari. »
Extrait de : P. Roth. « Quand Elle Était Gentille. »
Patrimoine par Philip Roth

Fiche de Patrimoine
Titre : Patrimoine
Auteur : Philip Roth
Date de parution : 1991
Traduction : M. Akar, M. Rambaud
Editeur : Gallimard
Première page de Patrimoine
« Mon père qui, au seuil de sa quatre-vingt-sixième année, n’y voyait pratiquement plus de l’œil droit, mais par ailleurs jouissait d’une santé phénoménale pour un homme de son âge, fut alors frappé par ce que le médecin de Floride diagnostiqua, à tort, comme la maladie de Bell, une infection virale entraînant la paralysie, généralement temporaire, de l’un des côtés du visage.
La paralysie se manifesta, sans le moindre signe avant-coureur, le lendemain de son arrivée par l’avion du New Jersey à West Palm Beach, où il était venu passer les mois d’hiver dans un meublé qu’il partageait avec une comptable à la retraite de soixante-dix ans, Lilian Beloff, Lilian qui, à Elizabeth, habitait au-dessus de chez lui et avec laquelle, un an après la mort de ma mère, survenue en 1981, il avait noué des relations sentimentales. »
Extrait de : P. Roth. « Patrimoine. »
Parlons travail par Philip Roth

Fiche de Parlons travail
Titre : Parlons travail
Auteur : Philip Roth
Date de parution : 2001
Traduction : J. Kamoun
Editeur : Gallimard
Première page de Parlons travail
« Primo Levi (1986)
Le vendredi de septembre 1986 où je suis arrivé à Turin pour reprendre une conversation engagée avec Primo Levi un après-midi à Londres, au printemps précédent, je lui ai demandé de me faire visiter l’usine de peinture qui l’avait d’abord employé comme chercheur, puis comme directeur, jusqu’à sa retraite. La société compte cinquante employés en tout, essentiellement des chimistes qui travaillent dans les laboratoires et des ouvriers qualifiés dans l’atelier proprement dit. Les machines de production, la rangée de cuves de stockage, les labos eux-mêmes, le produit fini dans ses conteneurs aussi grands qu’un homme, prêts à être expédiés, l’appareil de recyclage qui purifie les déchets, tout cela tient sur deux hectares, deux hectares et demi, à une dizaine de kilomètres de Turin. Le bruit des machines qui dessèchent la résine, qui mélangent les vernis et qui pompent les polluants n’atteint jamais un niveau de décibels alarmant, et l’odeur âcre qui règne dans la cour – Levi m’a dit qu’elle avait collé à ses vêtements deux ans après sa retraite – n’est nullement répugnante ; la décharge de trente mètres de long, pleine à ras bord d’une boue noire provenant des résidus de la dépollution, n’offre pas un spectacle insupportable. »
Extrait de : P. Roth. « Parlons travail. »