Catégorie : Livres
Le chagrin du roi mort par Jean-Claude Mourlevat

Fiche de Le chagrin du roi mort
Titre : Le chagrin du roi mort
Auteur : Jean-Claude Mourlevat
Date de parution : 2009
Editeur : Gallimard
Première page de Le chagrin du roi mort
« — Es-tu bien sûr, Aleksander, que tu veux piétiner dans la neige glacée pendant des heures, te geler les pieds et les doigts, te faire bousculer par des adultes et revenir déçu parce que tu n’auras rien pu voir ? En es-tu bien sûr ?
— J’en suis sûr, maman, et puis Brisco vient avec moi. Hein, que tu viens avec moi, Brisco ?
Il faisait encore sombre chez les Johansson. Le jour se levait tout juste et filtrait par les petits carreaux embués de la fenêtre. Assis côte à côte à la longue table commune, les deux enfants ébouriffés, les yeux encore encombrés de sommeil, se tenaient exactement dans la même attitude : les épaules rentrées dans le cou, les mains enserrant le bol rempli de lait fumant. La mère, debout près du fourneau, les observa, amusée une fois de plus par leur façon de s’imiter l’un l’autre sans le vouloir. »
Extrait de : J-C Mourlevat. « Le chagrin du roi mort. »
La troisième vengeance de Robert Poutifard par Jean-Claude Mourlevat

Fiche de La troisième vengeance de Robert Poutifard
Titre : La troisième vengeance de Robert Poutifard
Auteur : Jean-Claude Mourlevat
Date de parution : 2004
Editeur : Gallimard
Première page de La troisième vengeance de Robert Poutifard
« Le 29 juin 1999 à 16 h 45, on donna une fête bien sympathique dans la salle des maîtres de la vieille école des Tilleuls. Robert Poutifard, maître des CM, prenait sa retraite et ses collègues tinrent absolument à lui offrir un pot et un cadeau d’adieu.
Le premier à prendre la parole fut le directeur, M. Gendre, un petit homme sec et sévère. Il tapa dans ses mains pour obtenir le silence et commença ainsi :
– Cher Robert, permettez que je vous appelle Robert, votre nom restera à jamais lié à notre école puisque vous y avez passé… trente-sept années scolaires !
– En effet, murmura Poutifard entre ses dents afin que personne ne puisse l’entendre, trente-sept années de cauchemar…
– Vous n’avez jamais songé à partir, jamais songé à nous quitter…
– Oh si ! Tous les soirs, figurez-vous, tous les soirs depuis trente-sept ans…
– Les anciens de l’établissement se rappellent encore le jeune enseignant dynamique et novateur qui, dès son arrivée…
– avait envie de repartir, acheva muettement Poutifard. »
Extrait de : J-C Mourlevat. « La Troisième Vengeance de Robert Poutifard. »
La balafre par Jean-Claude Mourlevat

Fiche de La balafre
Titre : La balafre
Auteur : Jean-Claude Mourlevat
Date de parution : 1998
Editeur : Pocket
Première page de La balafre
« Nous avons quitté pour cause de déménagement notre ville de S… le 21 août 1991, l’année de mes treize ans.
Il était cinq heures du matin et on venait de passer la nuit à entasser dans un Master de location une partie de nos meubles ainsi qu’une montagne de cartons.
— Tu dormiras demain dans le camion, avait dit mon père en me voyant bâiller au milieu de la nuit, puis un peu plus tard, pris de pitié : Allez, va te reposer un peu, je finirai tout seul.
Je m’étais effondré tout habillé sur mon lit et à quatre heures et demie il était venu me secouer. Il avait bu un café et moi un chocolat, sans faire de bruit (maman qui dormait encore nous rejoindrait l’après-midi en voiture) et on avait sauté dans le camion.
En même temps qu’il faisait tourner la clef de contact il avait dit :
— Ne fais pas cette tête. Dans dix mois on sera de retour. La maison ne va pas s’envoler. »
Extrait de : J-C Mourlevat. « La Balafre. »
L’homme qui ne possédait rien par Jean-Claude Mourlevat

Fiche de L’homme qui ne possédait rien
Titre : L’homme qui ne possédait rien
Auteur : Jean-Claude Mourlevat
Date de parution : 2002
Editeur : Editions Thierry Magnier
Première page de L’homme qui ne possédait rien
« Il y avait dans une oasis du désert un homme qui ne possédait rien. Le soir, il s’asseyait sur la dune et regardait les étoiles monter dans le ciel. Il faisait couler le sable entre ses doigts et se disait :
« Un jour, je serai sable moi-même. En attendant, profitons de l’air qui entre dans mes poumons quand je respire ; profitons de cette eau fraîche qui coule dans ma gorge ; et profitons de cette poignée de dattes si douces et si sucrées. »
Extrait de : J-C Mourlevat. « L’homme qui ne possédait rien. »
L’homme qui levait les pierres par Jean-Claude Mourlevat

Fiche de L’homme qui levait les pierres
Titre : L’homme qui levait les pierres
Auteur : Jean-Claude Mourlevat
Date de parution : 2004
Editeur : Editions Thierry Magnier
Première page de L’homme qui levait les pierres
« Il y avait dans le Sud un homme qui levait les pierres et, chaque dimanche, sur la place du village, il faisait admirer sa force prodigieuse.
— Est-ce que c’est l’homme le plus fort du monde ? demandaient les enfants.
Et les pères répondaient, mais sans rire, et avec ce vrai sérieux qu’ont les adultes quand ils parlent entre eux :
— Oui, mon garçon, je pense que notre Ruper Oaza est l’homme le plus fort du monde.
Les gens venaient de très loin pour le voir. Dès le matin, des familles entières s’installaient sur les gradins de bois, leur casse-croûte à la main. Elles y passaient la journée à attendre. Pour les faire patienter, on leur chantait, en chœur et dans la langue du pays, la chanson de Ruper. Elle disait que Ruper était plus puissant que le sanglier et plus souple que le chevreuil, qu’il était capable de soulever une église et de la reposer plus loin. »
Extrait de : J-C Mourlevat. « L’homme qui levait les pierres. »
L’homme à l’oreille coupée par Jean-Claude Mourlevat

Fiche de L’homme à l’oreille coupée
Titre : L’homme à l’oreille coupée
Auteur : Jean-Claude Mourlevat
Date de parution : 2003
Editeur : Editions Thierry Magnier
Première page de L’homme à l’oreille coupée
« Il y avait dans un port de la Norvège un très vieil homme à qui manquait une oreille.
Comment l’as-tu perdue ? lui demandait-on dans l’auberge où il venait s’enivrer chaque soir, et il répondait volontiers :
« Oh, ça remonte à loin ! disait-il, j’étais encore un petit garçon… J’avais neuf ans à peine, alors voyez ! Un cirque ambulant est passé dans notre village. Ça ne coûtait pas très cher, mais nous étions pauvres et mes parents ne pouvaient pas me payer l’entrée. Alors, le soir de la représentation, j’y suis allé en cachette.
Je me suis faufilé sous la toile du chapiteau, ni vu ni connu, et j’ai pris place dans les gradins. C’était plein à craquer. La musique assourdissante, l’odeur forte des animaux, tout ça : j’étais comme ivre. Il y a eu les chevaux qui tournaient, puis les acrobates-voltigeurs, puis les petits caniches dressés. J’en restais la bouche ouverte. »
Extrait de : J-C Mourlevat. « L’homme à l’oreille coupée. »
L’enfant Océan par Jean-Claude Mourlevat

Fiche de L’enfant Océan
Titre : L’enfant Océan
Auteur : Jean-Claude Mourlevat
Date de parution : 1999
Editeur : Pocket
Première page de L’enfant Océan
« Je suis une des dernières personnes qui ont vu Yann Doutreleau vivant. Enfin je crois. Il était posé à côté de moi dans la voiture. Je dis bien « posé », pas assis. Ses jambes trop courtes étaient étendues à plat sur le siège et pointaient vers l’avant, raides comme des bâtons, les deux pieds désignant la boîte à gants. La ceinture de sécurité flottait autour de sa poitrine. J’aurais pu le mettre à l’arrière dans le siège-auto mais je n’avais pas osé. On aurait dit une grande poupée. C’était en novembre dernier. Vous vous rappelez cette semaine de pluie qu’on a eue au début du mois ? Ce temps de chien ? Il tombait des cordes et c’est moi qui l’ai ramené chez lui ce matin-là. Je ne l’ai jamais revu depuis.
Mes essuie-glaces sont à peu près aussi efficaces que des baguettes de tambour et je roulais à trente à l’heure, pas plus, sur la départementale. Si j’avais su que c’était la dernière fois, je l’aurais regardé davantage. Trop tard. »
Extrait de : J-C Mourlevat. « L’enfant Ocean. »
Jefferson par Jean-Claude Mourlevat

Fiche de Jefferson
Titre : Jefferson
Auteur : Jean-Claude Mourlevat
Date de parution : 2018
Editeur : Gallimard
Première page de Jefferson
« Le jeune hérisson Jefferson Bouchard de La Poterie acheva de ranger son logis en chantonnant des petits pom… pompom… pompom… à la façon des gens qui sont de très bonne humeur. Quand tout fut parfaitement en ordre, la balayette époussetée à la fenêtre et la pelle à ordures raccrochée à son clou, il programma son four afin que ses pommes de terre à la crème soient cuites à point pour son retour. Puis il enfila son veston, le boutonna au milieu, notant par la même occasion que cela faisait des plis dans le tissu à cause de son petit bedon qui poussait vers l’avant. Il faudrait qu’il freine un peu sur les gâteaux secs.
Il s’aspergea de parfum Sous-bois, laça dans l’entrée ses chaussures parfaitement cirées en posant tour à tour son pied droit puis son pied gauche sur le tabouret prévu pour cela, attacha son sac à dos sur ses épaules et sortit. »
Extrait de : J-C Mourlevat. « Jefferson. »
Hannah par Jean-Claude Mourlevat

Fiche de Hannah
Titre : Hannah (tome 2 sur 2 – La rivière à l’envers)
Auteur : Jean-Claude Mourlevat
Date de parution : 2002
Editeur : Pocket
Première page de Hannah
« Je t’ai dit un jour, Tomek, qu’avant de pousser la porte de ta petite épicerie, j’avais connu bien des aventures incroyables. Et j’en ai connu de plus étonnantes encore tandis que tu dormais de ton long sommeil chez les Petits Parfumeurs, puis tandis que tu traversais l’océan. Tu m’as demandé souvent où j’étais pendant tout ce temps, ce que je faisais. Le moment est venu de te le raconter.
Mais avant de commencer l’histoire de mon grand voyage, je voudrais te dire que personne ne l’a jamais entendue de ma bouche et ne l’entendra jamais. À quoi bon ? On ne me croirait pas. On dirait que j’invente, que j’ai rêvé, que je suis folle, peut-être.
Toi seul me croiras, Tomek, après tout ce que nous avons vécu ensemble. »
Extrait de : J-C Mourlevat. « La rivière à l’envers – Hannah. »
Tomek par Jean-Claude Mourlevat

Fiche de Tomek
Titre : Tomek (tome 1 sur 2 – La rivière à l’envers)
Auteur : Jean-Claude Mourlevat
Date de parution : 2000
Editeur : Pocket
Première page de Tomek
« L’épicerie de Tomek était la dernière maison du village. C’était une petite boutique toute simple avec, au-dessus de la vitrine, l’inscription ÉPICERIE peinte en lettres bleues. Quand on poussait la porte, une clochette tintait joyeusement, ding ding, et Tomek se tenait devant vous, souriant dans son tablier gris d’épicier. C’était un garçon aux yeux rêveurs, assez grand pour son âge, plutôt osseux. Il ne servirait à rien de faire le détail des articles que Tomek vendait dans son épicerie. Un livre entier n’y suffirait pas, alors qu’un seul mot convient pour le dire, et ce mot c’est justement : « tout ». Tomek vendait « tout ». Entendons par là des choses utiles et raisonnables, comme les tapettes à mouches et l’élixir « Contrecoups » de l’abbé Perdrigeon, mais aussi et bien sûr des objets indispensables comme les bouillottes en caoutchouc et les couteaux à ours. »
Extrait de : J.C Mourlevat. « La rivière à l’envers – Tomek. »