Catégorie : Livres
Expédition épouvante par Benoît Becker
Fiche de Expédition épouvante
Titre : Expédition épouvante
Auteur : Benoît Becker
Date de parution : 1954
Editeur : Fleuve noir
Première page de Expédition épouvante
« Monica écoutait.
En cette fin d’octobre, le vent tournoyait follement dans le grand parc qui entourait la maison et, par instants, chassait la pluie contre les persiennes closes. Du clocher du village, qui se trouve dans la vallée, dix heures avaient sonné, puis onze heures. Bientôt la vieille cloche dominerait encore une fois le vent et le ruissellement de la pluie, et les douze coups de minuit monteraient vers la grande maison de la colline où Monica était seule.
Elle déposa son livre sur ses genoux et resta immobile à regarder vaguement devant elle.
La lumière qui tombait de la lampe de cuivre posée sur le guéridon à côté d’elle l’éclairait en plein, mais, hors du cercle de clarté jaune dans lequel elle se trouvait, le vaste salon n’était qu’ombre. Au fond, près de la grande porte-fenêtre qui donnait sur le parc, l’ébène du piano à queue luisait d’un insolite éclat. Sur ce piano, un grand cadre d’argent était posé. Un cadre d’argent où se trouvait une photographie indistincte. Par moments, il semblait à Monica qu’une lueur étroite se glissait hors des yeux de la photo pour se poser sur elle, et alors elle relevait les yeux. »
Extrait de : B. Becker. « Expédition épouvante. »
Frankenstein Tomes 5 et 6 par Benoît Becker

Fiche de Frankenstein Tomes 5 et 6
Titre : Frankenstein Tomes 5 et 6
Auteur : Benoît Becker
Date de parution : 2016
Editeur : French pulp
Sommaire de Frankenstein Tomes 5 et 6
- Frankenstein rôde
- La cave de Frankenstein
Première page de Frankenstein rôde
« Son pied-bot le faisait souffrir. La même douleur lancinante qui traversait sa chair tordue à chaque cahot, par temps d’orage ; l’impression qu’un hameçon ou un bout de fil de fer barbelé planté dans ce pied bossu montait jusqu’à la cheville et redescendait, dix fois, vingt fois, cent fois, inlassablement.
Wou-Ling avait l’habitude de cette souffrance, une habitude vieille de plus de cinquante ans, comme lui. Toute sa vie, le Chinois avait trimbalé avec lui cette infirmité plus grotesque que tragique, ce pied-bot démesuré emprisonné dans une chaussure orthopédique noire que Wou-Ling avait fabriquée lui-même.
Toute une vie à traîner la patte comme un boulet.
Et ce soir, il pleuvait, à torrents. Un orage brutal et violent ravageait les pentes de la Forêt-Noire. Le vent se déchaînait parmi les sapins et les chênes qui craquaient et s’illuminaient tout à coup, troupes squelettiques et vibrantes, quand les frappait la foudre. Les éclairs se suivaient à de courtes distances et les roulements du tonnerre, longuement répercutés et amplifiés par l’écho des monts, semblaient n’appartenir qu’à un seul grondement. »
Extrait de : B. Becker. « Frankenstein Tomes 5 et 6. »
Frankenstein Tomes 3 et 4 par Benoît Becker

Fiche de Frankenstein Tomes 3 et 4
Titre : Frankenstein Tomes 3 et 4
Auteur : Benoît Becker
Date de parution : 2016
Editeur : French pulp
Sommaire de Frankenstein Tomes 3 et 4
- La nuit de Frankenstein
- Le sceau de Frankenstein
Première page de La nuit de Frankenstein
« À petits coups de pelle, suant et soufflant malgré la fraîcheur de l’air du matin qui s’engouffrait en tourbillons rapides dans la vallée, Hellmut Schleger achevait de creuser dans la neige un passage qui libérerait l’entrée de sa demeure. L’hiver, c’était là une besogne presque quotidienne. Schleger avait enlevé sa jaquette noire de pasteur, desserré le faux col qui ne quittait jamais son cou, sauf pendant la nuit, et retroussé jusqu’aux coudes les manches de sa chemise empesée. Le vernis de ses souliers se couvrait de neige qui fondait au premier soleil de la matinée. Il y avait près d’une semaine qu’on n’avait pas vu ce soleil.
Hellmut Schleger, le pasteur du petit village de Gottwôhl, dans les Alpes suisses, était un petit homme sec et nerveux, perpétuellement agité, même en chaire, et qui ne retrouvait un semblant de tranquillité que dans la pénombre de sa bibliothèque, bien qu’à ces heures de retraite, son esprit vagabondât encore en tous sens et échafaudât d’étranges projets qui ressemblaient à des chimères. »
Extrait de : B. Becker. « Frankenstein Tomes 3 et 4. »
Frankenstein Tomes 1 et 2 par Benoît Becker

Fiche de Frankenstein Tomes 1 et 2
Titre : Frankenstein Tomes 1 et 2
Auteur : Benoît Becker
Date de parution : 2016
Editeur : French pulp
Sommaire de Frankenstein Tomes 1 et 2
- La tour de Frankenstein
- Le pas de Frankenstein
Première page de La tour de Frankenstein
« Tous ces clabaudages me donneraient froid dans le dos, si je les écoutais. » songea Helen en sortant de la mercerie, son sac sous le bras.
Pour se protéger des souffles d’air frais qui tournoyaient au dehors, elle serra autour de sa gorge le col de son mantelet, et se dépêcha vers l’extrémité du village.
Kanderley, de part et d’autre de la grand-route, étirait une double haie de maisons basses et grises, aux toits de chaume, aux fenêtres étroites et pour la plupart fermées. Les plus riches de ces maisons se trouvaient flanquées de jardins minuscules et déserts où poussaient à l’abandon quelques fleurs rabougries.
Deux ou trois silhouettes se pressaient dans la rue principale, une rue mal pavée où la terre apparaissait par endroits, et la jeune fille avançait d’un pas vif, presque sautillant. D’une main, elle relevait hardiment le bas de sa robe claire pour franchir les flaques d’eau et de boue. Elle n’était pas très grande, mais se tenait fièrement cambrée pour ne pas perdre un pouce de sa taille.
« Quel pays sinistre, songea-t-elle avec une pointe d’amusement. A-t-on idée de venir passer des vacances dans un trou pareil ! »
Extrait de : B. Becker. « Frankenstein Tomes 1 et 2. »
Vue en coupe d’une ville malade par Serge Brussolo

Fiche de Vue en coupe d’une ville malade
Titre : Vue en coupe d’une ville malade
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1980
Editeur : Denoël
Sommaire de Vue en coupe d’une ville malade
- Vue en coupe d’une ville malade
- La mouche et l’araignée
- La sixième colonne
- Comme un miroir mort
- Soleil de soufre
- … de l’érèbe et de la nuit
- Mémorial in vivo
- Off
- Anamorphose ou les liens du sang
- Funnyway
Première page de Vue en coupe d’une ville malade
« L’enseigne du motel s’alluma brusquement sur l’autoroute, jetant un flot de lumière colorée à l’intérieur du bungalow plongé dans l’obscurité. Georges s’étendit sur le lit ouvert, entre les valises prêtes à être bouclées, la tête tournée vers le cadre lumineux de la salle de bains. Le souffle rauque d’Henna lui parvint, amplifié par la caisse de résonance de la baignoire. Il n’eut aucune peine à se l’imaginer : nue ou simplement vêtue d’un tee-shirt sérigraphié au sigle de l’école, les mains soudées au carrelage saupoudré de sciure, rythmant de son souffle sa centième traction. S’épiant d’un œil sans indulgence dans la glace carrée qu’elle avait l’habitude d’orienter au ras du sol pour mieux déceler toute éventuelle faiblesse. La sueur devait sourdre de ses cheveux en brosse jaune paille, inonder les méplats de son visage, charger ses sourcils de gouttelettes brillantes. À moins que le goût salé poissant en ce moment ses lèvres ne fût plus celui des larmes que celui de la sueur… »
Extrait de : S. Brussolo. « Vue en coupe d’une ville malade. »
Traque-la-mort par Serge Brussolo

Fiche de Traque-la-mort
Titre : Traque-la-mort
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1982
Editeur : J. C. Lattès
Première page de Traque-la-mort
« La constellation de l’Aveugle venait d’allumer son étoile majeure, Uta la blanche, dont les pulsations irrégulières propres aux variables explosives pouvaient — dans des périodes de grande brillance — brûler la rétine de quiconque tentait de la fixer plus de quelques minutes. Pendant cinq nuits sa lumière crèverait le ciel noir du désert, attisée par les émissions éruptives ou les déflagrations. Boule de feu liquide en perpétuelle turbulence dont l’éclat blême donnait aux hommes et aux choses un étrange aspect fantomatique.
Lisiah jura et ses mains gantées de blanc se serrèrent sur le volant. Le camion progressait régulièrement, indifférent au vent de sable qui crépitait sur le cube de tôle blindé formé par la cabine. De part et d’autre des flancs noircis par la fumée d’explosions anciennes, les chenillettes ronronnaient, avalant la route dans un mouvement de déglutition ponctué de cliquetis gourmands.
Avec son pare-brise réduit à une étroite fente, les lignes d’épais boulons quadrillant sa surface, le mastodonte évoquait davantage l’image d’un char d’assaut que celle d’un semi-remorque. »
Extrait de : S. Brussolo. « Traque-la-mort. »
Trajets et itinéraires de l’oubli par Serge Brussolo

Fiche de Trajets et itinéraires de l’oubli
Titre : Trajets et itinéraires de l’oubli
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1981
Editeur : Gallimard
Première page de Trajets et itinéraires de l’oubli
« Georges aurait voulu porter des œillères. Deux plaques de cuir ou de métal harnachées de chaque côté de ses joues et limitant son champ de vision à un étroit chemin juste assez large pour ses pieds. Chaque fois qu’il abordait l’escalier monumental du musée, il aurait aimé amputer son regard de toute perspective, de toute échappée, pouvoir le réduire à cet itinéraire étriqué qui le conduisait du parking jusqu’au hall d’entrée, les yeux fixés sur le cuir mal ciré de ses chaussures. Le bâtiment éveillait en lui une nausée indéfinissable proche de l’agoraphobie. Une ivresse malsaine, plutôt un vertige, né de l’alignement parallèle des degrés, de leur blancheur aveuglante sous le soleil. Parfois il avait la certitude que l’escalier, tel un accordéon immaculé, allait se déformer sous ses pas, gonfler, rouler, se distendre en une cacophonie monstrueuse qu’il serait seul à entendre et qui le jetterait là, au beau milieu du trottoir après que les marches – devenues brusquement molles – auraient charrié son corps comme celui d’un noyé ballotté par les vagues. »
Extrait de : S. Brussolo. « Trajets et itinéraires de l’oubli. »
Tambours de guerre par Serge Brussolo
Fiche de Tambours de guerre
Titre : Tambours de guerre
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 2015
Editeur : Editions du Masque
Première page de Tambours de guerre
« Naomi rêve souvent du feu…
Dans la première partie du cauchemar, si elle ne le voit pas encore, elle flaire néanmoins son odeur âcre. Cette puanteur si particulière de peinture et de vernis brûlés. Elle se voit, au bout de la rue encombrée de camions et de taxis coincés par la barrière de sécurité des pompiers.
Elle voit les combattants du feu du NYFD, avec leur casque énorme, leur veste jaune. Ils portent un masque respiratoire à cause des émanations toxiques.
La nuit d’hiver pèse sur la ville ; dans une semaine ce sera Noël. Des poupées gonflables à l’effigie de Santa Claus trônent aux carrefours ou se balancent, pendues aux balcons. Naomi n’a jamais aimé ce personnage de légende. Petite, déjà, il lui faisait peur, avec sa barbe, sa face rubiconde. Elle lui trouvait une trogne de violeur et de pillard viking. C’est idiot, elle en a conscience, mais elle n’y peut rien.
Elle sait déjà que, désormais, le barbu en houppelande couleur sang restera associé à l’incendie, comme si… Comme s’il s’en réjouissait, ou pire : comme s’il en était l’auteur. Elle imagine sa hotte remplie de bidons d’essence et d’allumettes. »
Extrait de : S. Brussolo. « Tambours de guerre. »
Sommeil de sang par Serge Brussolo

Fiche de Sommeil de sang
Titre : Sommeil de sang
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1982
Editeur : Denoël
Première page de Sommeil de sang
« La montagne ne commença à saigner qu’à l’aube du troisième jour.
La veille, l’enfant avait bien entrevu le galop des chevaux-carapaces à travers les vibrations molles de l’air surchauffé mais il n’avait pas voulu y prêter véritablement attention, préférant se pelotonner au creux de la tente de toile blanche dans le fouillis des linges qui buvaient doucement sa sueur. Une voix à l’extérieur avait toutefois murmuré un groupe de syllabes gutturales que le gosse savait devoir traduire par « les pillards » ou « les brigands ». C’était sans importance, jamais les écumeurs des sables ne se hasardaient à grimper sur les montagnes vertes jaillissant du désert, bosses illogiques aux pentes raides couvertes d’une herbe drue, si fournie qu’en aucun endroit elle ne laissait voir le sol.
Tout de suite la nourrice s’était redressée sur les genoux, faisant trembler la monumentale architecture de ses cuisses graisseuses sur lesquelles venaient s’abattre en vagues successives les multiples bourrelets de son ventre à la peau brillante et tendue. »
Extrait de : S. Brussolo. « Sommeil de sang. »
Soleil de soufre par Serge Brussolo
Fiche de Soleil de soufre
Titre : Soleil de soufre et autres nouvelles
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1999
Editeur : Librio
Sommaire de Soleil de soufre
- Soleil de soufre
- Car ceci est de la chair et ceci est du sang
- La mouche et l’araignée
- Visite guidée
Première page de Soleil de soufre
« C’était comme un bûcher gigantesque érigé au centre de la plaine argileuse et grise. Une titanesque imbrication de fagots au sommet desquels la ville paraissait bizarrement posée en équilibre instable avec ses tours plus larges à la base qu’au sommet, ses donjons curieusement resserrés à la hauteur des créneaux, à tel point qu’on pouvait de loin fort bien les confondre avec ces cheminées d’usine qui semblent ne jamais devoir finir. Les fortifications entourant la cité présentaient la même allure de cône tronqué, et l’on avait à tout instant la sensation que les sentinelles arpentant les chemins de ronde allaient soudain basculer dans le vide pour glisser le long de ces murailles en pente vive, leurs casques arrachant des gerbes d’étincelles aux blocs noirs et luisants percés çà et là de l’ouverture filiforme des meurtrières. En s’approchant davantage on remarquait que les versants de la montagne où s’enracinait la ville étaient, dans leur totalité, recouverts par une multitude de troncs fraîchement abattus, émondés, scalpés ; réduits à l’état de grandes bûches anonymes, et constituant un enchevêtrement inextricable dont l’empilement venait buter sur les premières pierres des murailles encerclant la cité. »
Extrait de : S. Brussolo. « Soleil de soufre et autres nouvelles. »