Catégorie : Livres

 

Les garçons sous la pluie par Pat Cadigan

Fiche de Les garçons sous la pluie

Titre : Les garçons sous la pluie
Auteur : Pat Cadigan
Date de parution : 1993
Traduction : P.-P. Durastanti
Editeur : Denoël

Sommaire de Les garçons sous la pluie :

  • Le temps de la poupée
  • L’étang
  • Dans le noir
  • Résurrections, prix raisonnables
  • Le pouvoir du nom
  • Un pacte avec Dieu
  • Une nouvelle vie
  • Les garçons sous la pluie
  • Vivre et mourir un peu

Première page de Le temps de la poupée

« Je n’ai pas l’habitude de hurler, mais je hurle. Fort. Longtemps. Quand j’ai fini, et comme il ne se passe rien, je recommence, encore plus fort et encore plus longtemps. Il ne se passe toujours rien. Rien n’a changé. Dans le berceau, à la place de Rowena, il y a une jolie poupée en plastique, les quatre fers en l’air, la bouche en cœur autour du petit trou destiné à accueillir un biberon de poupée. Je ne la touche pas, de peur d’effacer les empreintes du ravisseur qui l’a échangée contre ma Rowena. J’ai assez de présence d’esprit pour penser à cela, même si je continue de hurler.

Je regarde la fenêtre. Ouverte. C’est moi qui l’ai ouverte ce matin. Si le kidnappeur est entré par là, il a pris soin de remettre le store en place en partant. Je sors à reculons, d’un pas lent. La pièce, que j’ai décorée petit à petit au long de ma grossesse, est agréable, sans la douceur écœurante d’une nursery. Une fois dans le couloir, je cours vers l’escalier. »

Extrait de : P. Cadigan. « Les garçons sous la pluie. »

Alita par Pat Cadigan

Fiche de Alita

Titre : Alita : battle angel
Auteur : Pat Cadigan
Date de parution : 2019
Traduction : C. Rosson
Editeur : Pika roman

Première page de Alita

« La ville flottante de Zalem n’était jamais aussi belle qu’au coucher du soleil – de l’avis général, du moins. Enfin… ce que la plupart des gens tenaient pour l’avis général. À dire vrai, Zalem était éblouissante à toute heure du jour ou de la nuit, suspendue entre les nuages comme par un tour de magie fabuleux. On aurait pu croire à un royaume mythique – celui du prêtre Jean, Thulé, Camelot ou l’El Dorado, qui sait ? –, à ceci près que tous les habitants d’Iron City savaient la situer. Ils n’avaient qu’à regarder vers le ciel pour la découvrir : un cercle parfait de sept kilomètres de diamètre, surmonté de ses toits comme par une couronne, omniprésent, hors de portée.
Trois autres choses seulement étaient certaines aux yeux de la population du sol : 1) l’usine de leur cité avait pour unique fonction de fournir Zalem en aliments et produits manufacturés grâce à d’immenses tubes qui formaient des espèces de pattes d’araignées sur le bâtiment ; 2) aucun voyageur ne pouvait se rendre à Zalem ; 3) il était défendu de passer sous le centre exact de la ville flottante, au risque d’être enseveli sous la masse de déchets qui s’évacuaient sans prévenir par le large orifice découpé dans la base du disque. »

Extrait de : P. Cadigan. « Alita: Battle Angel. »

Alien 3 par Pat Cadigan

Fiche de Alien 3

Titre : Alien 3
Auteur : Pat Cadigan
Date de parution : 2021
Traduction : N. Ivorra
Editeur : Bragelonne

Première page de Alien 3

« L’Homo sapiens contempla les étoiles pendant près de trois cents millénaires avant de parvenir à décoller de sa planète d’origine en direction de ces innombrables points de lumière. Il fallut bien moins de temps pour que le voyage interstellaire devienne aussi banal que le trajet quotidien en voiture des générations précédentes.
À cette époque, l’humanité avait vécu bien des changements, mais certaines choses restaient immuables : sa curiosité insatiable, alliée à un esprit de compétition et à une obsession territoriale qui avaient provoqué tant de conflits. Dès leur premier contact avec d’autres espèces intelligentes, les humains constatèrent avec amertume que leur civilisation avait encore beaucoup à apprendre sur le voyage spatial, notamment en matière de distances.
Les Terriens raisonnaient en termes de miles ou de kilomètres. Dans l’espace, cependant, les distances étaient si vastes qu’on les mesurait en vitesse-lumière, depuis la seconde-lumière jusqu’à l’année-lumière. L’humanité s’était vite rendu compte que les modèles d’organisation qui avaient guidé le développement de la civilisation terrienne n’étaient plus pertinents à une telle échelle. »

Extrait de : P. Cadigan. « Alien 3. »

Schismatrice + par Bruce Sterling

Fiche de Schismatrice +

Titre : Schismatrice +
Auteur : Bruce Sterling
Date de parution : 1985
Traduction : W. Desmond, J. Bonnefoy
Editeur : Gallimard

Sommaire de Schismatrice + :

  • La schismatrice
  • L’essaim
  • Rose l’Aragne
  • La reine des cigales
  • Jardins engloutis
  • Vingt évocations

Première page de La schismatrice

« Des appareils volants peints de couleurs vives sillonnaient le cœur du monde. Debout au milieu des herbes qui lui montaient jusqu’aux genoux, Lindsay, les yeux levés, les suivait du regard.

Aussi fragiles que des cerfs-volants, les ultra-légers propulsés par des pédales plongeaient et s’élevaient tour à tour dans la zone en apesanteur, loin au-dessus de sa tête. Au-delà des appareils, à l’opposé du monde cylindrique, le paysage incurvé brillait de tout l’éclat de ses champs de blé doré et de coton tachetés de vert.

De la main, Lindsay se protégea les yeux de la lumière solaire intense en provenance de l’une des longues fenêtres du monde. Un appareil, sur les ailes duquel était imprimé un élégant motif de plumes, bleues sur la toile blanche, traversa la bande lumineuse et dériva en silence au-dessus de lui. Il aperçut les longs cheveux de la pilote, tandis qu’elle appuyait sur les pédales pour entamer sa remontée. Lindsay savait qu’elle l’avait vu. Il aurait voulu crier, gesticuler frénétiquement, mais on le surveillait. »

Extrait de : B. Sterling. « Schismatrice +. »

Mozart en verres miroirs par Bruce Sterling

Fiche de Mozart en verres miroirs

Titre : Mozart en verres miroirs
Auteur : Bruce Sterling
Date de parution : 1986
Traduction : M. Albaret
Editeur : Gallimard

Sommaire de Mozart en verres miroirs :

  • Le continuum Gernsback par W. Gibson
  • Des yeux de serpent par T. Maddox
  • Rock toujours par P. Cadigan
  • Les mésaventures de Houdini par R. Rucker
  • Les 400 par M. Laidlaw
  • Solstice par J. P. Kelly
  • Petra par G. Bear
  • Le jour où des voix humaines nous éveilleront par L. Shiner
  • Freezone par J. Shirley
  • Pierre vit par P. di Filippo
  • Etoile rouge, orbite gelée par B. Sterling & W. Gibson
  • Mozart en verres miroirs par B. Sterling & L. Shiner

Les mailles du réseau par Bruce Sterling

Fiche de Les mailles du réseau

Titre : Les mailles du réseau
Auteur : Bruce Sterling
Date de parution : 1988
Traduction : J. Bonnefoy
Editeur : Gallimard

Première page de Les mailles du réseau

« La mer étale frémissait sans un bruit, potage ardoise assaisonné de boue tiède. Des crevettiers chalutaient à l’horizon.
Des pilotis se dressaient par grappes, doigts noircis, à quelques mètres dans le ressac nonchalant. Jadis, les cabanons de plage de Galveston étaient posés sur ces béquilles tachées de goudron. À présent, les bigorneaux s’y accrochaient, les mouettes tournoyaient dans leur voisinage en piaillant. C’était un beau générateur d’ouragans, ce calme golfe du Mexique.
Laura consulta sa distance et son temps d’un bref coup d’œil vers le bas. À la pointe de ses chaussures, des afficheurs verts clignotaient au rythme de ses foulées, comptant le kilométrage. Laura pressa le pas. Les ombres matinales la balayaient comme un stroboscope tandis qu’elle courait.
Quand elle eut fini de longer les derniers pilotis, elle avisa sa maison, tout au bout de la plage. Elle sourit, sa fatigue se volatilisa dans une bouffée d’énergie. »

Extrait de : B. Sterling. « Les mailles du réseau. »

Le gamin artificiel par Bruce Sterling

Fiche de Le gamin artificiel

Titre : Le gamin artificiel
Auteur : Bruce Sterling
Date de parution : 1980
Traduction : L. Carissimo
Editeur : Denoël

Première page de Le gamin artificiel

« Rêverie brille de tous ses feux ; un lumineux halo atmosphérique nimbe le bord de la planète. Ses mers immenses et peu profondes scintillent ; dans les déchirures des nuages disséminés les grands atolls de corail qui constituent ses continents apparaissent en brun, vert et blanc. Au-dessus de Telset, la cité insulaire où je vis, la caméra plonge dans un ciel dégagé ; j’ai pris soin de consulter les satellites météo avant d’enregistrer la bande. L’effet produit est hypnotique et serein ; puis la caméra accélère sa descente et le quadrillage des rues de ma ville grossit, elle se rapproche pour isoler un bloc, une rue, un individu, moi, et mon image enfle pour remplir l’écran. La bande sonore annonce :
« Mesdames et messieurs, le Gamin Artificiel. Cette bande est produite par M. Richer Money Manies et le Gamin Artificiel. Copyright 499 A.C.R. par le Gamin Artificiel pour les Entreprises Cognitifs dissonants, Rêverie. »

Extrait de : B. Sterling. « Le gamin artificiel. »

Le feu sacré par Bruce Sterling

Fiche de Le feu sacré

Titre : Le feu sacré
Auteur : Bruce Sterling
Date de parution : 1996
Traduction : M. Ssossé
Editeur : Pocket

Première page de Le feu sacré

« Mia Ziemann cherchait à savoir ce qu’il convenait de porter pour assister à une agonie.
Le réseau lui conseilla simplicité et sobriété. Âgée de quatre-vingt-quatorze ans, Mia exerçait sa profession d’économiste de la santé en Californie. Quant au futur défunt, Martin Warshaw, il avait été son petit ami au lycée près de soixante-quatorze années auparavant. Mia s’attendait à entendre une sorte de bilan préparé d’avance. Il y aurait vraisemblablement quelque chose qui s’apparenterait à une espèce de legs. Au fil de la conversation, ils tenteraient de réaliser une mise en ordre rétrospective de l’existence de M. Warshaw, de manière à alimenter la sensation de sérénité et d’achèvement à laquelle chacun aspire à l’ultime chapitre de la vie. En revanche, à l’instant effectif de la mort, sa présence ne serait pas requise.

Les retrouvailles d’amants qui s’étaient séparés depuis longtemps, à l’occasion de l’agonie de l’un d’entre eux, constituaient un défi à l’étiquette, mais les mœurs de cette fin du vingt et unième siècle privilégiaient le lien social. »

Extrait de : B. Sterling. « Le feu sacré. »

La baleine des sables par Bruce Sterling

Fiche de La baleine des sables

Titre : La baleine des sables
Auteur : Bruce Sterling
Date de parution : 1977
Traduction : B. Martin
Editeur : Denoël

Première page de La baleine des sables

« Il existe toujours un vide dans nos vies, que certains comblent par l’art, d’autres par Dieu, quelques-uns par le savoir. Moi, je l’ai toujours rempli par la drogue.
Et c’est ainsi que je me suis retrouvé, sac de marin en main, prêt à partir pour une campagne de chasse à la baleine sur l’obscure planète Nullaqua.
La baleine des sables nullaquienne est l’unique source connue de la drogue appelée syncophine. À l’époque de mon voyage, l’exactitude du fait s’était de plus en plus répandue. Parce que j’en avais eu connaissance, moi, John Maisoneuve, je vivais au 488, rue de la Piété, à l’Ile-Haute, la plus grande ville de Nullaqua.
Pour nous qui l’habitions, notre bâtiment de métal à un seul étage s’appelait simplement la Maison Neuve. Nous formions un groupe bigarré, les seuls points communs entre nous étant d’une part nos origines non nullaquiennes, et d’autre part le charme de connaisseurs que nous trouvions à la Flamme, le nom donné à la syncophine par les initiés. Nous étions tous des êtres humains, ou du moins de remarquables succédanés. »

Extrait de : B. Sterling. « La baleine des sables. »

Gros temps par Bruce Sterling

Fiche de Gros temps

Titre : Gros temps
Auteur : Bruce Sterling
Date de parution : 1980
Traduction : J. Bonnefoy
Editeur : Denoël

Première page de Gros temps

« Les cybermachines surveillaient l’appartement et, dans la pénombre ménagée par les persiennes, leurs témoins de veille évoquaient les petits yeux rouges des chauves-souris. Elles étaient tapies dans des niches intégrées aux murs chaulés de blanc à la mexicaine : un ioniseur, un téléviseur, un détecteur de fumée, une escouade de détecteurs de mouvement. Un vaporisateur sifflait et bouillonnait doucement dans un coin, émettant de forts relents d’huile, de ginseng et d’eucalyptus.

Alex gisait étendu sur des oreillers à taie de soie, pieds et genoux cabossant les draps de coton amidonnés. Il avait l’impression que sa peau était de l’argile humide, grasse, moite, totalement inerte. Depuis le matin, il respirait avec son inhalateur de chevet, et il lui semblait désormais que ses doigts, pâles comme de la cire et tremblant légèrement, s’étaient fondus dans le néoprène noir du masque. Il envisagea un instant de raccrocher celui-ci sur le support en inox de la desserte de chevet. Il repoussa l’idée. Ce serait trop chiant de ne pas garder ce masque délicieux à portée de main. »

Extrait de : B. Sterling. « Gros temps. »