Catégorie : Livres
Sa majesté des clones par Jean-Pierre Hubert

Fiche de Sa majesté des clones
Titre : Sa majesté des clones
Auteur : Jean-Pierre Hubert
Date de parution : 2002
Editeur : Mango
Première page de Sa majesté des clones
« Souris avait décidé de quitter le dortoir des petits peu avant l’extinction des feux. À neuf ans passés, il avait le droit de prolonger sa soirée jusqu’à dix heures dans la salle de jeux située dans l’aile nord de la station orbitale Mentor. Pour lui, c’était un véritable soulagement, car le gazouillis de ses jeunes compagnons de chambrée le fatiguait. Les pleurs et les disputes puériles des trois Canaris, le babil incessant de la bavarde Pelote lui portaient sur les nerfs à la longue.
« Vivement que je vieillisse ! L’année prochaine, je dormirai avec les grands ! » songeait-il en longeant la coursive externe qui menait à la salle de jeux.
Ses mag-boots résonnaient dans le couloir désert de l’aile septentrionale. Dans l’espace, les notions d’orientation sud-nord et est-ouest n’avaient guère de sens, mais tout le monde s’était habitué à appliquer à la station-école Mentor la vieille rose des vents de l’antique navigation terrestre. »
Extrait de : J-P Hubert. « Sa majesté des clones. »
Planète à trois temps par Jean-Pierre Hubert

Fiche de Planète à trois temps
Titre : Planète à trois temps
Auteur : Jean-Pierre Hubert
Date de parution : 1975
Editeur : Opta
Première page de Planète à trois temps
« L’Astareth était immobile dans l’espace infiniment aplati. Il n’avait plus de forme précise mais il gardait une cohérence suffisante pour ne pas disperser ses atomes dans l’univers subluminique où il étirait sa trajectoire. Sans bouger, il parcourait en quelques heures des distances que la lumière ne faisait que grignoter au fil des siècles.
Mais la tolérance était limitée. À partir d’un certain seuil, la matière se dissolvait dans le néant, fatiguée de son intangibilité. Le réintégrateur du vaisseau devait véritablement recréer la masse organisée qu’il avait lancée dans l’inexistence.
Solann, étendu sur la couchette centrale de l’auditorium, était le seul occupant humain de la nef à mesurer le terrible danger qui guettait l’Astareth. Rien dans son attitude ne trahissait la tension intolérable que la situation imposait à ses nerfs. Ses yeux voyageaient fébrilement entre les rivets luisants du plafond, traçant sur un échiquier improvisé une carte céleste toute relative. »
Extrait de : J-P Hubert. « Planète à trois temps. »
Ombromanies par Jean-Pierre Hubert

Fiche de Ombromanies
Titre : Ombromanies
Auteur : Jean-Pierre Hubert
Date de parution : 1985
Editeur : Denoël
Première page de Ombromanies
« Comme par défi, Hejne avait lancé son immense cerf-volant octocellulaire dans le vent qui coulait des dunes. L’engin métallique, après un instant d’hésitation, avait déployé ses ailes argentées dans un froissement joyeux et s’était élancé vers la mer pour avaler tout l’espace visible jusqu’à l’horizon muré par la haute falaise de brume qui partait de la pointe orientale de la baie. Ainsi soutenu par le courant d’air régulier qui venait des hautes terres, l’engin paraissait capable de s’éloigner indéfiniment de la zone de l’Académie.
Hejne riait d’excitation en courant sur la longue plage noire. Son corps ne sentait pas l’effort mais uniquement l’aiguillon du jeu. Par moments l’oiseau captif transmettait au filin des soubresauts de bête rétive qui étiraient les muscles de son bras et le déséquilibraient dans sa course. Le vent soufflait légèrement en oblique si bien que de manœuvre en manœuvre, il était amené à s’éloigner des bâtiments de l’école. »
Extrait de : J-P Hubert. « Ombromanies. »
Mort à l’étouffée par Jean-Pierre Hubert

Fiche de Mort à l’étouffée
Titre : Mort à l’étouffée
Auteur : Jean-Pierre Hubert
Date de parution : 1978
Editeur : Kesselring éditeur
Première page de Mort à l’étouffée
« L’échafaud profilait sa silhouette d’insecte vorace sur le mur du Centre de Classement. La foule habituelle engendrait un bourdonnement tenace où pointaient quelques rires de femmes. Les espaces délimités à la craie étaient soigneusement remplis selon les figures dessinées par le Coryphée…
Le demi-croissant indistinct des Devenants portant encore leurs masques d’humanité, le damier bien ordonné des Défenseurs armés, les rangées successives des Fonctionnaires au Classement, disposés par échelon, grade, ancienneté et département, la masse comprimée des Utilitaires ne disposant que d’une étroite fenêtre de vision sur la place et enfin au centre géométrique de l’ensemble humain ainsi réparti : le Confessionnal noir frappé aux armes du Coryphée. »
Extrait de : J-P Hubert. « Mort à l’étouffée. »
Les sonneurs noirs par Jean-Pierre Hubert

Fiche de Les sonneurs noirs
Titre : Les sonneurs noirs
Auteur : Jean-Pierre Hubert
Date de parution : 2004
Editeur : Mango
Première page de Les sonneurs noirs
« Après la grande catastrophe écologique et climatique qui faillit anéantir l’humanité, seules dix-huit technopoles sur la planète réussirent à éviter une régression dramatique de la civilisation : ce sont les franches-villes, gouvernées par des Éveillés qui éditèrent de sévères « lois de précaution » interdisant les sciences, les technologies et les connaissances jugées, directement ou indirectement, responsables du désastre.
Au nom de principes écologiques et pacifistes détournés de leur cause généreuse s’installa alors un ordre nouveau préservant les privilèges de quelques nantis et censurant tout ce qui le dérange.
Au nombre des arts estimés mauvais, et donc indésirables, figure comme souvent dans pareil cas le plus innocent et plus universel d’entre eux : la musique.
Ceci est l’histoire d’un jeune musicien nommé Joz Talit. »
Extrait de : J-P Hubert. « Les sonneurs noirs. »
Les faiseurs d’orage par Jean-Pierre Hubert

Fiche de Les faiseurs d’orage
Titre : Les faiseurs d’orage
Auteur : Jean-Pierre Hubert
Date de parution : 1984
Editeur : Denoël
Première page de Les faiseurs d’orage
« Lieb-Geist remarqua la présence de son poursuivant au troisième niveau de l’Immeuble-Montagne. Le détecteur qu’elle portait à son poignet était formel. Une onde d’hostilité très nette l’enveloppait et se précisait à mesure qu’elle s’efforçait d’éviter tout contact.
Elle poussa un soupir. À d’autres moments, elle pouvait se laisser prendre au jeu mais, présentement, elle comptait passer quelques heures paresseuses sur le flanc ouest de l’immeuble à contempler l’activité lointaine de la ceinture de volcans et la lente progression des courants au sein du magma qui ceinturait l’île de Kérat comme un océan de feu.
« C’est peut-être Néosis. Je me suis opposée à elle lors du dernier conseil », se dit-elle pleine d’espoir. »
Extrait de : J.P Hubert. « Les Faiseurs d’orages. »
Les cendres de Ligna par Jean-Pierre Hubert

Fiche de Les cendres de Ligna
Titre : Les cendres de Ligna
Auteur : Jean-Pierre Hubert
Date de parution : 2000
Editeur : Mango
Première page de Les cendres de Ligna
« Une agréable odeur de sciure de bois doux flottait dans l’atelier. C’était toujours ainsi après la découpe au laser. Sommairement débités, les bouts de bois de ginnka attendaient leur ultime préparation à la scie manuelle que Maître Harvinn exigeait de ses élèves. La fraîcheur de l’aube se prêtait à ce genre d’effort. Mais bientôt, le petit soleil blanc que les colons de la planète Ligna appelaient respectueusement Chalumeau enflammerait le ciel. Il fallait se mettre à l’ouvrage sans tarder.
Contrairement aux trois autres apprentis, aux yeux encore bouffis de sommeil et qui s’agitaient devant les établis, Jona ne se sentait pas à l’aise dans ce travail. Maître Harvinn avait beau lui expliquer que le ginnka devait être manipulé avec doigté, comme s’il s’agissait d’une matière vivante, elle ne comprenait pas pourquoi il fallait passer par cette pénible séance de façonnage avec un outil primitif mordant aussi mal dans cette essence dure. »
Extrait de : J-P Hubert. « Les cendres de Ligna. »
Le champ du rêveur par Jean-Pierre Hubert

Fiche de Le champ du rêveur
Titre : Le champ du rêveur
Auteur : Jean-Pierre Hubert
Date de parution : 1983
Editeur : Denoël
Première page de Le champ du rêveur
« Été 1947. Le petit matin blanc sous un ciel lavé de tout nuage pour l’éternité. Tannenburg se prépare à subir une de ces journées de chaleur continentale, sans un souffle d’air, avec le soleil cloué au-dessus de la plaine roussie. Dans les rues de la bourgade, des cases d’ombre géométriques tombent des façades épargnées par les bombardements. Des queues se forment portant bidons et marmots. Quelques tintements de fer-blanc, des pleurs étouffés. Les femmes sont silencieuses. Elles parlent peu. Elles attendent l’ouverture de la coopérative et leurs yeux sont encore embués de sommeil. La journée de travail sera longue, surtout avec le ventre creux… et cette chaleur sans joie…
Peter rêvasse dans la cour bétonnée du bloc 13. Sa mère est quelque part dans la bourgade devant un point d’alimentation. Ses deux sœurs jouent dans le potager miteux, juste derrière la potence métallique servant à taper les carpettes lors des nettoyages collectifs du lundi. »
Extrait de : J-P Hubert. « Le champ du rêveur. »
Je suis la Mort par Jean-Pierre Hubert

Fiche de Je suis la Mort
Titre : Je suis la Mort
Auteur : Jean-Pierre Hubert
Date de parution : 1998
Editeur : Fleuve noir
Première page de Je suis la Mort
« Un crépuscule crasseux s’installait sur la forêt d’immeubles du quartier d’affaires de la STAD. Aussi loin que portait le regard, les baies de verre fumé empilées en rayons de ruche reflétaient les lueurs charbonneuses du soleil couchant. Vers l’est, le fleuve traçait comme une coulée de mercure dans les zones déjà plongées dans l’obscurité des installations portuaires et une lune timide imposait sa présence dans le ciel brouillé.
Jonis Fall était au sommet de la tour Ubis, un grand machin d’acier et de fibre de carbone en forme de sabre de samouraï, tranchant le ciel sur plus de cinq cents mètres.
Pour accéder à la plate-forme technique du dernier niveau, il avait dû falsifier une carte d’accès, et rester dissimulé dans les toilettes du restaurant panoramique du 102e pendant une bonne partie de l’après-midi. »
Extrait de : J.P Hubert. « Je suis la Mort. »
Couples de scorpions par Jean-Pierre Hubert

Fiche de Couples de scorpions
Titre : Couples de scorpions
Auteur : Jean-Pierre Hubert
Date de parution : 1980
Editeur : Kesselring éditeur
Première page de Couples de scorpions
« Lorsque Pahine se sentit attaquée, elle poussa un cri strident, modulé qui réveilla aussitôt son compagnon. Péandre rêvait justement à de douces pénétrations dans une vaste maison ouverte cernée de végétation où des inconnues souriantes, reconstituées d’un passé écrasé, ouvraient les bras et les cuisses.
— Pahine ! appela-t-il d’une voix incertaine encore empâtée par le sommeil.
— Oh, Péandre ! Péandre !
— Oui, qu’y a-t-il ?
Il avait posé cette question mais il savait à quoi s’en tenir, il s’était déjà levé. Ses pieds nus glissèrent sur les dalles de marbre clair. La lumière de la mi-jour s’insinuait entre les plis des épaisses tentures qui fermaient le fond de la chambre.
Elle avait roulé sur le sol, empoignait son cou frêle des deux mains et agitait rythmiquement sa tête d’avant en arrière. Un filet de sang courait d’un trait bien net sur ses doigts serrés. Péandre eut un haut le cœur. Il s’agenouilla en tremblant, s’efforçant de dominer sa peur. »
Extrait de : J.P Hubert. « Couples de scorpions. »