Catégorie : Livres
Les animaux funèbres par Serge Brussolo

Fiche de Les animaux funèbres
Titre : Les animaux funèbres (Tome 1 sur 2 – Les animaux funèbres)
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1987
Editeur : Fleuve noir
Première page de Les animaux funèbres
« — Yeye… Eja. Yemanja… Mère des poissons et mère des eaux. Yeye… Eja.
Le halètement montait dans le brouillard de poussière au-dessus des toits du bidonville, véritable psalmodie de machine à vapeur purgeant son trop-plein d’énergie par mille soupapes.
— Yeye… Eja…
Le lieutenant Corco ferma les yeux et se cramponna au volant poisseux comme si la voiture de patrouille allait soudain disparaître, engloutie par le fleuve de goudron amolli coulant entre les deux rives de l’avenue San Emilio.
La psalmodie s’échappant de l’église spirite pénétrait en lui par tous ses orifices naturels et enflait sous sa calotte crânienne à la manière d’une montgolfière. Son cerveau n’était déjà plus qu’une boule de chewing-gum mille fois mâché, un de ces gros chewing-gums américains bleuâtres qui vous emplissent un peu plus la bouche à chaque mastication et semblent gonfler sur votre langue tel un levain plastifié, comme si on les avait secrètement programmés pour décupler leur volume, obstruer votre gorge et vous condamner à l’étouffement. »
Extrait de : S. Brussolo. « Les animaux funèbres. »
Le suaire écarlate par Serge Brussolo
Fiche de Le suaire écarlate
Titre : Le suaire écarlate (Tome 2 sur 2 – La fille de l’archer)
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 2014
Editeur : I2N
Première page de Le suaire écarlate
« Elle se nomme Catherine, elle a quatorze ans et des cheveux aussi frisés que la laine des moutons qu’elle a l’habitude de mener paître sur la colline des Averneaux.
Elle s’est débarrassée de ses sandales pour goûter la joie de marcher pieds nus dans l’herbe fraîche. Sa vie est faite d’une addition de plaisirs simples. Elle a tôt appris qu’il fallait s’en contenter car l’existence des humbles est brève, souvent interrompue par le passage capricieux d’une épidémie ou le surgissement furieux d’une troupe armée qui viole, saccage et tue. Elle a vite compris combien il était vain de faire de grands projets. Mieux vaut vivre dans l’instant et se réjouir de n’avoir pas encore la gorge tranchée. Elle n’a plus d’illusions ; l’année dernière, elle a vu ce que les soldats avaient laissé de Montauvert, le village voisin, au terme d’une ripaille de trois jours et trois nuits. Elle a aidé sa mère et sa sœur à laver les corps des femmes éventrées, et ceux des bébés empalés sur des piques. Elle a elle-même enveloppé dans un suaire sa grande amie, Ninette, qui avait partagé ses jeux de petite fille. Ninette, qui plantait dans la terre de minuscules fanions jaunes pour attirer les lutins. Ninette, qui aurait tellement voulu être une fée… »
Extrait de : S. Brussolo. « Le Suaire écarlate – La fille de l’archer. »
La fille de l’archer par Serge Brussolo
Fiche de La fille de l’archer
Titre : La fille de l’archer (Tome 1 sur 2 – La fille de l’archer)
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 2012
Editeur : Fleuve noir
Première page de La fille de l’archer
« La foire est un trou punais, un lieu où l’on peut à son aise, et selon la terminologie des édiles, lascher ses eaues et aysemens…
La foire bourgeonne au pied des remparts, agglutinant ses tentes aux vives couleurs. Le vacarme est effrayant, les odeurs se font lourdes. La dernière averse a changé le sol en un champ boueux où les badauds piétinent allégrement, crottant chausses, brodequins et pigaches. Les dames, elles, essayent de sauvegarder leurs robes en empruntant les chemins de planches disposés au long des baraques. Les goinfres, gavés de gaufres et de cidre, connaissent les affres de la colique et se soulagent à l’abri de paravents de joncs tressés, ou derrière une tente. Leurs excréments vivifient le fumet ambiant ; qu’importe ! tout à l’heure on lâchera les cochons éboueurs qui s’engraisseront de ces déchets.
Il y a le cracheur de feu, l’équilibriste, le jongleur, l’homme qui s’enfonce des épingles dans les joues sans cesser de sourire, l’enfant araignée aux membres tordus qu’on peut replier dans un panier d’osier où il tient à peine plus de place qu’un chaton. »
Extrait de S. Brussolo. « La Fille de l’Archer – La Fille de l’Archer. »
Les rivages incertains par Serge Brussolo

Fiche de Les rivages incertains
Titre : Les rivages incertains (Tome 2 sur 2 – La fille aux cheveux rouges)
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 2006
Editeur : J’ai lu
Première page de Les rivages incertains
« Il y aurait un mois, ce soir, qu’ils avaient quitté Londres. Quatre semaines d’une navigation interrompue par de brèves escales ; la plus importante ayant eu lieu à Cuba. Quatre semaines d’angoisse et d’insomnie, passées à scruter l’océan ; car la mort était là, cachée sous le gris des vagues, invisible. Amy, chaque fois qu’elle s’accoudait au bastingage, la sentait rôder à dix encablures. À côté d’elle, Sharon, devinant ses angoisses, plissait les yeux pour sonder les flots.
— La mer, disait la fillette, ça ressemble à une peau d’éléphant.
Ce n’était pas faux. Par calme plat, les lames se muaient en une multitude de rides superficielles, de plis, de sillons. Amy, elle, avait l’impression de contempler une plaine d’asphalte infinie, une piste d’atterrissage désespérément vide attendant le retour d’une escadrille fantôme à jamais égarée dans les brumes du Walhalla.
Elle avait conscience de se laisser submerger par ses fantasmes, mais le voyage, interminable, favorisait les dérives mentales. »
Extrait de : S. Brussolo. « Les rivages incertains – La fille aux cheveux rouges. »
Le chemin de cendre par Serge Brussolo
Fiche de Le chemin de cendre
Titre : Le chemin de cendre (Tome 1 sur 2 – La fille aux cheveux rouges)
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 2006
Editeur : J’ai lu
Première page de Le chemin de cendre
« Le 22 juin 1940, la France capitule devant le déferlement allemand qui la submerge de toutes parts. C’est la consternation, personne n’avait imaginé cela ! L’Angleterre se retrouve seule, isolée, mais, dans un premier temps, va se réjouir, voire s’enorgueillir de cet isolement. No more bloody allies ! proclament les graffitis. Au vrai, les Anglais ont toujours ressenti comme un fardeau l’obligation de composer avec les Français. Ils sont soulagés de n’avoir, désormais, à ne compter que sur eux-mêmes. Ils sont convaincus qu’ils se débrouilleront mieux en ayant les mains libres.
On a certes beaucoup écrit sur cette période que la propagande britannique s’est appliquée à embellir. Pendant longtemps on a tressé des couronnes, élevé des statues, entonné des panégyriques… Aujourd’hui, les historiens sont plus circonspects ; sous l’image d’Épinal ils commencent à discerner une réalité plus triviale, moins chevaleresque. »
Extrait de : S. Brussolo. « Le Chemin de cendre – La fille aux cheveux rouges. »
L’armure de vengeance par Serge Brussolo
Fiche de L’armure de vengeance
Titre : L’armure de vengeance (Tome 2 sur 2 – Jehan de Montpéril)
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1998
Editeur : Editions du masque
Première page de L’armure de vengeance
« C’était l’une de ces nuits où la porte des enfers semble s’entrebâiller. L’une de ces nuits maudites où se déchaînent les puissances des ténèbres, où hommes et femmes doivent s’abstenir de copuler s’ils ne veulent point engendrer quelque enfant difforme portant sur sa physionomie l’empreinte du Malin. C’était l’une de ces nuits où tout bon chrétien sent qu’il est prudent de ne point se hasarder hors du halo d’un cierge de cire bénite.
Jamais la forge n’avait brûlé avec autant de puissance ; le fond de la caverne était empli de cette lueur de brasier. Une palpitation rouge mêlée d’or qui teignait la roche. Le halètement des soufflets de cuir résonnait sous la voûte, respiration rauque, chuintante. La montagne prenait vie. La grotte du forgeron devenait la gueule d’un dragon oppressé, sa poitrine, ses poumons. Elle charriait un air chargé d’étincelles qu’il fallait se garder de respirer trop fort si l’on ne voulait pas se rôtir l’intérieur du corps. »
Extrait de : S. Brussolo. « L’armure de vengeance – Jehan de Montpéril. »
Le château des poisons par Serge Brussolo

Fiche de Le château des poisons
Titre : Le château des poisons (Tome 1 sur 2 – Jehan de Montpéril)
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1997
Editeur : Editions du masque
Première page de Le château des poisons
« Il rêvait souvent de la bataille. En ces temps-là, il portait un autre nom : Jehan.
Au cœur de la nuit, au cœur de la fièvre, surgissait alors la ligne des chevaux chargeant poitrail contre poitrail, le chanfrein de métal dont leur museau était couvert reflétant douloureusement la lumière du soleil.
Il se revoyait, seul, au milieu de la plaine, les mains crispées sur le manche de sa hache.
La peur lui faisait les paumes si moites qu’elles dérapaient sur le bois de la cognée, et il avait dû les frotter avec de la terre pour les assécher. La terre, cette bonne terre pour laquelle tant d’hommes étaient en train de verser leur sang.
Il avait toujours eu peur des chevaux de guerre car c’était là bêtes de seigneurs auxquelles, paysan, il n’était pas habitué, et jamais au grand jamais ils ne lui avaient paru aussi grands.
Plus que tout, il entendait le martèlement des sabots sous ses pieds. Le roulement montait dans ses chevilles, ses genoux, explosait dans son ventre comme pour le disloquer, faisant de lui un tambour humain à la peau frémissante. »
Extrait de : S. Brussolo. « Le château des poison – Jehan de Montpéril. »
La princesse sans mémoire par Serge Brussolo
Fiche de La princesse sans mémoire
Titre : La princesse sans mémoire (Tome 1 sur 1 – Elodie et le maître des rêves)
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 2004
Editeur : Plon
Première page de La princesse sans mémoire
« Décidément, Élodie ne comprenait rien à ce qui lui arrivait. D’abord, elle s’était penchée sur la baignoire pour prendre son bain… puis elle avait basculé dedans, aspirée par une force mystérieuse. Oui, basculé… comme on tombe à la mer en passant par-dessus le bastingage d’un bateau. Le plus curieux, c’était que cette fichue baignoire semblait dépourvue de fond !
« J’ai l’impression de sombrer dans un puits, songea l’adolescente en esquissant des mouvements de brasse. Ce n’est pas possible, aucune baignoire ne peut être aussi profonde ! »
Elle avait beau dire, elle n’en continuait pas moins de couler à pic dans une eau incroyablement bleue.
Elle se rappela soudain que ses parents lui avaient toujours interdit de prendre des bains. Sa mère, notamment, lui avait mille fois répété de se cantonner à l’usage de la douche pour sa toilette. Jusqu’à aujourd’hui, cette interdiction lui avait paru aussi bizarre qu’incompréhensible, et, tout à l’heure, en rentrant du collège, elle avait décidé de passer outre. Elle s’en repentait amèrement en cette minute.
Empêtrée dans son peignoir de bain en éponge rose elle avait du mal à nager. Plus elle descendait, plus l’eau devenait froide. »
Extrait de : S. Brussolo. « La princesse sans memoire – Elodie et le maître des rêves. »

