Catégorie : Livres
Le chant des cavalières par Jeanne Mariem Corrèze

Fiche de Le chant des cavalières
Titre : Le chant des cavalières
Auteur : Jeanne Mariem Corrèze
Date de parution : 2020
Editeur : Les moutons électriques
Première page de Le chant des cavalières
« Tout au long de sa vie mouvementée de cavalière, Acquilon de Nordeau s’était demandé ce qu’il resterait de son empreinte dans le monde une fois la poussière des combats retombée. Arpenterait-on, comme elle-même à l’instant, ses quartiers de Matriarche ? Ses héritières feraient-elles le tour du propriétaire, cataloguant ses possessions, effleurant les boiseries fatiguées des meubles, caressant les tapisseries poussiéreuses ? S’arrêteraient-elles devant la fenêtre de sa chambre, celle qui surplombait la cour et permettait, en se tordant le cou, d’apercevoir le quartier des novices, le verger séculaire, la demeure de l’herboriste ? Lui préféreraient-elles celle qui s’ouvrait sur la vallée en contrebas, les villages égrainés sur le dos des collines, le cours sinueux de la Vouivre à travers la plaine ? Lors de sa prise de fonction, elle avait fait renouveler les tomettes écarlates du sol, mais l’usure de toutes ses allées et venues avait patiné leur lustre. Il en allait de même pour le matelas du grand lit de sa chambre : chaque nuit passée entre ses draps avait creusé dans le mitan un profond sillon. Ces traces-là seraient les premières à s’effacer sous le passage d’autres vies que la sienne. »
Extrait de : J.M Corrèze. « Le Chant des cavalières. »
L’inondation par Gérard Delteil

Fiche de L’inondation
Titre : L’inondation
Auteur : Gérard Delteil
Date de parution : 2004
Editeur : L’Archipel
Première page de L’inondation
« Un éclair zèbre le ciel. L’explosion fait vibrer les vitres. Julien Bompart court à sa fenêtre, essuie la buée. Le déluge inonde les carreaux. Nuit noire. Seules quelques taches lumineuses se découpent dans les masses sombres des maisons voisines. Il ouvre la croisée. Une rafale lui fouette le visage. Il referme aussitôt, luttant contre la tornade, à l’instant même où, brutalement, le rugissement des sirènes déferle sur le village.
— Qu’est-ce qui se passe ? C’est la foudre ? demande son épouse.
— Ce sont les sirènes d’alarme. Je vais téléphoner à la mairie.
— Penses-tu ! À cette heure, il n’y a plus personne.
— Alors, je vais appeler la gendarmerie.
« Gendarmerie nationale. Toutes nos lignes sont actuellement occupées… »
Les lampes électriques vacillent. La pièce est plongée dans l’obscurité. Le hurlement des sirènes s’amplifie. La lumière revient, clignote.
— Le commissariat ne répond pas non plus !
— Ne bouge pas. Je fonce chez les voisins.
Julien Bompart enfile un vieil imperméable sur la salopette qu’il n’a pas quittée depuis son retour du travail. Son équipe termine à 19 h 30. À l’instant où il ouvre sa porte, il perçoit, malgré le vacarme infernal, un bruit différent de celui de la pluie. Une sorte de ronflement sourd. »
Extrait de : G. Delteil. « L’inondation. »
KZ retour vers l’enfer par Gérard Delteil

Fiche de KZ retour vers l’enfer
Titre : KZ retour vers l’enfer
Auteur : Gérard Delteil
Date de parution : 1987
Editeur : Editions Métailié
Première page de KZ retour vers l’enfer
« Idées noires… mer rouge ! » disait l’affiche.
Et les idées, ces types-là les avaient vraiment très noires. Si noires qu’ils avaient couvert de croix gammées cette publicité pour les plages israéliennes.
Ils étaient trois. Accoutrés en skinhead du samedi soir, trois crânes rasés, avec tout l’attirail : treillis bariolés, ceinturons, rangers. Un grand dégingandé avec des oreilles décollées et un menton en galoche, un rondouillard hilare, et un petit tout maigre avec des joues creuses qui semblait le plus mauvais.
Le trio faisait face à un bonhomme en pardessus trop grand et trop large. Sur le coup je le pris pour un clochard. Le bonhomme retroussait sa manche pour leur montrer quelque chose, sur son avant-bras. À l’instant où j’arrivai à la hauteur du groupe, le maigrichon empoigna le vieux par son col.
— Hitler ne vous a pas tous cramés, c’est bien dommage, dit-il à haute voix. »
Extrait de : G. Delteil. « KZ, retour vers l’enfer. »
Hors-jeu par Gérard Delteil

Fiche de Hors-jeu
Titre : Hors-jeu
Auteur : Gérard Delteil
Date de parution : 1987
Editeur : Fleuve noir
Première page de Hors-jeu
« Une boule d’une blancheur aveuglante fusa dans le ciel sombre, parut demeurer suspendue dans l’espace, se divisa en une multitude de scintillements orangés qui redescendirent lentement vers le sol. Le paysage ravagé prit des teintes étranges puis fut à nouveau plongé dans l’obscurité. Des tirs croisés de missiles suivirent. Les fusées explosaient dans un grondement assourdissant, soulevant des gerbes de roche pulvérisée, creusant de gigantesques cratères.
Le dos collé à la paroi d’acier de l’abri souterrain, le capitaine Cochrane conservait les yeux fixés sur son poignet. Sous les coups de boutoir, le cube de métal qui les protégeait, lui et ses hommes, vibrait, la lumière vacillait, mais l’officier ne cessait d’observer les chiffres et les lettres qui défilaient sur son terminal-bracelet. Pas un muscle de son visage ne bougeait.
Cochrane était un homme de trente ans, grand et large d’épaules, aux traits harmonieux. Il possédait un menton énergique fendu par une fossette, un nez droit, un regard clair où se lisait sa froide détermination. Sous son casque de plastique moulé descendant bas sur la nuque, il coiffait sa courte crinière noire en arrière, soigneusement lissée sur son crâne selon les usages des militaires centauriens. »
Extrait de : G. Delteil. « Hors-jeu. »
Nous rêvions juste de liberté par Henri Loevenbruck

Fiche de Nous rêvions juste de liberté
Titre : Nous rêvions juste de liberté
Auteur : Henri Loevenbruck
Date de parution : 2015
Editeur : Flammarion
Première page de Nous rêvions juste de liberté
« Nous avions à peine vingt ans et nous rêvions juste de liberté. »
Voilà, au mot près, la seule phrase que j’ai été foutu de prononcer devant le juge, quand ça a été mon tour de parler. Je m’en faisais une belle image, moi, de la liberté. Un truc sacré, presque, un truc dont on fait des statues. J’ai pensé que ça lui parlerait.
Plus le temps passe, plus j’ai l’impression de voir nos libertés s’abîmer, comme un buisson auquel on fait rien que de couper les branches, « pour son bien ». J’ai le sentiment que, chaque jour, une nouvelle loi sort du chapeau d’un magicien drôlement sadique pour réglementer encore un peu plus nos toutes petites vies et mettre des sens interdits partout sur nos chemins. Quand je pense aux histoires que me racontait Papy Galo sur son enfance, des belles histoires de gosses aux genoux écorchés rouges, je me dis que ça pourrait plus arriver aujourd’hui, parce qu’il est devenu interdit de faire ci, interdit de faire ça, interdit d’aller ici, interdit d’aller là. Le passé, c’est comme un paradis perdu où tout était permis, tout était possible, et puis maintenant, plus rien. »
Extrait de : H. Loevenbruck. « Nous rêvions juste de liberté. »
Les disparus de Blackmore par Henri Loevenbruck

Fiche de Les disparus de Blackmore
Titre : Les disparus de Blackmore
Auteur : Henri Loevenbruck
Date de parution : 2023
Editeur : XO Editions
Première page de Les disparus de Blackmore
« C’est en voyant se dessiner, à travers le brouillard, les contours de l’île de Blackmore que, au soir du samedi 24 octobre 1925, Lorraine Chapelle entendit pour la première fois ce son si singulier qui allait la hanter des jours durant. WI-IH-ISH… Les gens d’ici l’appelaient le murmure des brumes. Il résonnait en toute saison dès que le vent se levait de la Manche pour se faufiler entre les blocs de granite de l’île, produisant ce sifflement sinistre, comme autant de plaintes échappées des bouches torturées de mille fantômes. WI-IH-ISH… Lancinant, obsédant, il semblait ne jamais s’éteindre. Il n’y avait guère que le bruit d’un orage pour le faire oublier un instant.
— Devriez pas rester su’l’pont, mam’zelle, la mer est mauvaise ! La passe est dangereuse, ça va secouer !
Le matelot du SS Courrier – le gros bateau à vapeur qui, deux fois la semaine, et pour quatre shillings, faisait la liaison entre Guernesey et Blackmore en un peu moins de deux heures – soupira en baissant les yeux vers les petites chaussures salomé à talons de la frêle passagère. »
Extrait de : H. Loevenbruck. « Les disparus de Blackmore. »
Le testament des siècles par Henri Loevenbruck

Fiche de Le testament des siècles
Titre : Le testament des siècles
Auteur : Henri Loevenbruck
Date de parution : 2003
Editeur : Flammarion
Première page de Le testament des siècles
« Je n’avais pas revu mon père depuis onze ans le jour où un notaire m’appela pour m’annoncer qu’il était mort.
On ne sait jamais vraiment que dire dans ces moments-là et je sentais que le type au bout du fil était encore plus gêné que moi. Le silence qui s’installait n’avait plus rien à voir avec le décalage du son entre Paris et New York, ni avec le fait que cela devait bien faire quatre ou cinq ans que je n’avais pas dit un mot de français. Je ne savais simplement pas quoi dire.
Onze ans que je vivais à New York, sept que je travaillais comme scénariste pour la télévision et que les producteurs du cru se pâmaient devant la French Touch que j’avais apportée au Saturday Night Live, trois que ma série Sex Bot faisait un carton sur HBO parce que les spectateurs n’avaient pas l’habitude d’entendre parler si ouvertement de sexe à la télévision, et seulement un an que j’avais décidé d’arrêter de jouer les millionnaires désabusés qui claquent leurs dollars en coke et en restaurants de luxe parce qu’ils ne savent plus quoi faire des zéros qui s’accumulent au bout des chèques. »
Extrait de : H. Loevenbruck. « Le testament des siècles. »
Le syndrome Copernic par Henri Loevenbruck

Fiche de Le syndrome Copernic
Titre : Le syndrome Copernic
Auteur : Henri Loevenbruck
Date de parution : 2007
Editeur : Flammarion
Première page de Le syndrome Copernic
« Mon nom est Vigo Ravel, j’ai trente-six ans et je suis schizophrène. Du moins, c’est ce que j’ai toujours cru.
À l’âge de vingt ans – si je me le rappelle bien, car mes souvenirs ne remontent pas aussi loin et je dois me fier à ce que mes parents m’ont dit –, on a diagnostiqué chez moi des troubles psychiques symptomatiques d’une schizophrénie paranoïde aiguë. Perturbation de la mémoire à court et à long terme, dérangement de la pensée logique, et surtout, surtout, mon principal symptôme, dit « positif » : je souffre d’hallucinations auditives verbales.
Oui. J’entends des voix dans ma tête.
Des centaines de voix, différentes, nouvelles, proches ou lointaines. Tous les jours, partout, ici, maintenant. Comme des murmures venus de nulle part, des menaces, des insultes, des cris ou des sanglots, des voix surgies des grilles du métro, des voix flottant dans les bouches d’égout, grondant derrière les murs… Elles viennent au milieu de crises où ma vue se trouble et mon cerveau hurle de douleur. »
Extrait de : H. Loevenbruck. « Le syndrome Copernic. »
L’apothicaire par Henri Loevenbruck

Fiche de L’apothicaire
Titre : L’apothicaire
Auteur : Henri Loevenbruck
Date de parution : 2011
Editeur : Flammarion
Première page de L’apothicaire
« Il vécut à Paris en l’an 1313 un homme sans famille qui allait du nom d’Andreas Saint-Loup, mais que d’aucuns appelaient l’Apothicaire et, quand on le désignait ainsi, nul n’ignorait qu’il s’agissait de celui-là bien qu’il y eût de nombreux autres hommes exerçant la profession dans la capitale, car il était à la fois le plus illustre et le plus mystérieux des préparateurs de potions, onguents, drogues et remèdes que l’on pût trouver dans la ville et peut-être même dans le pays tout entier.
Des divers adjectifs qui pouvaient qualifier l’homme, s’il n’eût fallu en retenir qu’un, on eût aisément dit de lui qu’il était sibyllin, en ce sens que ses paroles comme ses actes étaient aussi obscurs, mystérieux et impénétrables que ceux des oracles de l’Antiquité, et son passé, au reste, demeurait pour tout Paris une véritable énigme, même pour l’abbé Boucel, l’homme qui l’avait trouvé, recueilli et élevé non loin de là, dans l’abbaye de Saint-Magloire, et dont nous aurons l’occasion de reparler plus tard. »
Extrait de : H. Loevenbruck. « L’Apothicaire. »
J’irai tuer pour vous par Henri Loevenbruck

Fiche de J’irai tuer pour vous
Titre : J’irai tuer pour vous
Auteur : Henri Loevenbruck
Date de parution : 2018
Editeur : Flammarion
Première page de J’irai tuer pour vous
« Quand Marc Masson sortit de la Land Rover noire, à quelques pas à peine de l’entrée du camp militaire, il sentit aussitôt la tension explosive qui régnait sur toute la zone. De nombreux civils entouraient le camp, certains brandissant des pancartes avec des slogans accusateurs, d’autres visiblement prêts à en découdre avec l’armée. Il fallait s’attendre, à tout moment, à ce qu’une fusillade éclate. Marc grimaça. La plus petite étincelle mettrait le feu aux poudres, et ils n’étaient que deux pour protéger leur client britannique. Une opération calée dans l’urgence, à la dernière minute. Il avait horreur de ça.
Dans la longue avenue cabossée qui menait au camp de Monte Caseros, les véhicules blindés se croisaient sous un soleil de plomb au milieu de la foule. Au sud, les vertes plaines parsemées de palmiers, d’arbres fruitiers, semblaient tenir la ville à distance. »
Extrait de : H. Loevenbruck. « J’irai tuer pour vous. »