Catégorie : Livres

 

La dernière lame par Estelle Faye

Fiche de La dernière lame

Titre : La dernière lame
Auteur : Estelle Faye
Date de parution : 2012
Editeur : Le pré aux clercs

Première page de La dernière lame

« Julian ab Népenthès titubait sous l’averse, sur le chemin boueux qui suivait la Côte de Jade, entre les moulins à marée. Son corps entier hurlait de douleur. Le contact de l’eau avivait la morsure de ses tatouages. Les mots inscrits à l’encre noire, très récents, recouvraient jusqu’au moindre pouce de sa peau. Des filets de sang coulaient au coin des lettres, vite lavés par la pluie. Tous les alphabets du monde, ou presque, se mêlaient sur cet épiderme martyr : runes keltes, caractères latium, abjad, kwanjis…

L’homme manqua de déraper dans la boue, oscilla quelques secondes comme un marin ivre. Le crachin détrempait son pagne jaune, noué à la façon des M’Hongs. Un vêtement courant dans l’Archipel de Jade. Mais celui qui le portait était de toute évidence un Occidental. Un navigateur sans navire, perdu loin de ses eaux d’origine. Le dernier descendant de l’impressionnante dynastie Népenthès, réduit à un morceau de chair souffrante. Combien de lieues, encore, le séparaient de Pho Duc ? Aucune ville ne se dessinait à l’horizon. Aussi loin que portait son regard, s’étalaient seulement les moulins à marée. »

Extrait de : E. Faye. « La dernière lame. »

La dernière amazone par Estelle Faye

Fiche de La dernière amazone

Titre : La dernière amazone
Auteur : Estelle Faye
Date de parution : 2023
Editeur : Rageot

Première page de La dernière amazone

« Je n’ai jamais voulu être une héroïne. Le mot même ressemble sur moi à un costume mal ajusté, une armure brinquebalante et trop large, archaïque et guère plus pratique au combat que dans la vie quotidienne.

Je n’ai jamais voulu vivre une légende. Je ne sais que trop bien ce qu’il advient des femmes dans les mythes. Et, en règle générale, aux mortels qui attirent l’attention des monstres et des dieux.

J’ignore si j’étais vraiment satisfaite de mon sort, avant, quand je me débrouillais tant bien que mal dans les ruelles du Pirée, le port d’Athènes. Je n’ai jamais eu l’occasion d’y réfléchir, pour être honnête. Mais au moins, personne ne se préoccupait de mon existence, à part ma grand-mère, quelques marins sur les quais, quelques figures de la pègre, des habitués des tavernes, et une poignée de commerçants peu regardants sur la légalité… Ah, et un peu trop de gardes de la cité à mon goût, mais la plupart du temps je réussissais à les éviter… »

Extrait de : E. Faye. « La dernière Amazone. »

L’ile au manoir par Estelle Faye

Fiche de L’ile au manoir

Titre : L’ile au manoir
Auteur : Estelle Faye
Date de parution : 2018
Editeur : Scrineo

Première page de L’ile au manoir

« Adam n’arrivait pas à dormir. Le plâtre à sa cheville le démangeait, il n’arrêtait pas de le gratter. La lumière de la lune entrait par la fenêtre, si blanche qu’on y voyait presque comme en plein jour. Ses parents avaient laissé le volet entrouvert avant de partir pour la soirée. Adam hésita à appeler Jess, la baby-sitter, pour le fermer. Finalement il décida de se débrouiller tout seul.

Il en avait assez de demander tout le temps de l’aide, depuis son accident. Il attrapa sa béquille près du lit, se mit debout et clopina jusqu’à la fenêtre. Le vent sifflait au-dehors, se glissait entre les vitres et apportait jusque dans la chambre une odeur d’algue et de sel. La mer clapotait en bas, sur la plage au pied des falaises. Adam ouvrit la fenêtre d’une main, frissonna lorsque le froid entra dans sa chambre. Luttant contre le vent, il se pencha pour attraper le volet. C’est à ce moment-là qu’il la vit. »

Extrait de : E. Faye. « L’ile au manoir. »

L’arpenteuse de rêves par Estelle Faye

Fiche de L’arpenteuse de rêves

Titre : L’arpenteuse de rêves
Auteur : Estelle Faye
Date de parution : 2021
Editeur : Rageot

Première page de L’arpenteuse de rêves

« La cité s’étirait autour d’elle, immense et muette sous la lune, avec ses sentes sinueuses et ses lanternes de verre pourpre, ses parfums de jasmin et d’épices, et ce sable que le simoun, le vent du désert, poussait en volutes dans les rues. C’était une ville du Sud, du bord de l’océan de dunes, Cassandra en était certaine. Elle avait l’impression de la reconnaître. Pourtant elle n’y était jamais venue, de cela aussi elle était convaincue. Un crissement, plus loin dans la ruelle, la fit sursauter. Le souffle court, elle se plaqua derrière une colonne. Elle ne devait pas se laisser surprendre. Ici, dans cette cité mangée d’ombres, le danger pouvait surgir de n’importe où. Et l’enjeu de sa mission était trop important. Rien que d’y repenser, un mauvais pressentiment lui hérissa la nuque, malgré la tiédeur de la nuit. D’un geste nerveux, elle releva son capuchon sur ses longs cheveux gris, incongrus pour une adolescente de son âge. Un des trop nombreux traits qui la distinguaient des autres. Elle se rappela ce que Marcus lui avait dit, avant de l’envoyer dans le rêve. La porte au Serpent. Elle devait chercher la porte gravée d’un serpent. »

Extrait de : E. Faye. « L’Arpenteuse de rêves. »

Jardins par Estelle Faye

Fiche de Jardins

Titre : Jardins
Auteur : Estelle Faye
Date de parution : 2022
Editeur : ActuSF

Première page de Jardins

« Quand Lucas se réveilla, il était seul. Il mit un moment à s’en rendre compte. Encore groggy de son sommeil de stase, il se traîna vers le mess du vaisseau, grommela :
— Café…
La machine, encastrée dans la paroi, émit un gargouillis avant de relâcher un filet d’eau tiède, qui avait une couleur et un parfum douteux de reflux d’égout. Lucas soupira, ébouriffa d’une main ses cheveux châtains un peu gras.
— Théo ! appela-t-il.
Le nom résonna dans les couloirs vides, sans provoquer la moindre réaction. Lucas flanqua un léger coup de poing dans la coque espérant sans trop y croire que cela ranimerait l’appareil Théo était chargé du tour de garde avant lui. Pendant les trois dernières semaines, il aurait dû s’occuper de la maintenance, et surtout il n’était pas censé regagner sa capsule de stase avant d’avoir officiellement passé le relais à Lucas. La stase ralentissait le processus naturel de vieillissement, permettant ainsi aux astronautes de survivre aux longs voyages dans l’espace. »

Extrait de : E. Faye. « Jardins. »

Il était ma légende par Estelle Faye

Fiche de Il était ma légende

Titre : Il était ma légende
Auteur : Estelle Faye
Date de parution : 2022
Editeur : Nathan

Première page de Il était ma légende

« Je me souviens du jour où j’ai rencontré pour la première fois mon héros.
Je me souviens du jour où je l’ai trahi.
Je me souviens du jour où il est mort.
 
Je me souviens du jour où il est mort, son sang s’étoilait en rouge sur la neige, et des flocons s’accrochaient à ses longs cheveux qui viraient à nouveau au roux. Les sanglots de la pierre derrière nous se mêlaient au blizzard, la roche qui autrefois avait été vivante. Le scribe aux doigts tranchés, à genoux à côté du corps, tournait vers moi son visage blême et me suppliait :
– Tu ne diras jamais rien, n’est-ce pas ? Tu garderas le secret ? Le monde ne doit jamais savoir…
Et moi, sous le choc, en tremblant comme une feuille, au milieu des carcasses des démons d’ombre, je ne parvenais pas à articuler un mot. À côté de ce scribe qui ne pourrait plus écrire, j’avais l’impression que je ne savais plus parler.
– Tu ne diras jamais rien, n’est-ce pas ? »

Extrait de : E. Faye. « Il était ma légende. »

Hollywood monsters par Estelle Faye et Fabien Legeron

Fiche de Hollywood monsters

Titre : Hollywood monsters
Auteur : Estelle Faye et Fabien Legeron
Date de parution : 2022
Editeur : Gulf Stream éditeur

Première page de Hollywood monsters

« L’affiche s’étalait sur le fronton du cinéma, ses lettres rouge sang tranchant sur le dessin en noir et blanc. Elles proclamaient : L’Infernal Docteur des Carpates. Et, juste au-dessus : Feodor Varazslo saisissant ! À côté du titre, un visage monstrueux, dont la peau partait en lambeaux, fixait les passants de son regard immobile. Le dessinateur avait réussi à donner aux yeux d’encre un aspect incroyablement vivant, perçant. Les lèvres fines du monstre se plissaient en une moue cruelle. L’ensemble était si magnétique qu’il semblait pulser. Les clients qui faisaient la queue devant le cinéma y jetaient de temps à autre un coup d’œil. Ils frissonnaient par anticipation.
Les spectateurs étaient assez nombreux, un peu plus que d’habitude, à attendre devant ce petit cinéma terne, à la façade jaune. Le vent frais de février balayait la baie de San Francisco. Ici, à Sausalito, l’un de ces bourgs du mauvais côté de la Californie, il charriait dans les rues des poussières jaunâtres et des papiers gras. Une sirène de police hurlait, quelque part dans le lointain. Des coups de feu éclatèrent, un peu plus proches. Les spectateurs tressaillirent, mais sans quitter la file. Depuis le Volstead Act et le début de la Prohibition, les gangs avaient pris possession de la ville – de toutes les petites villes en fait. Ils s’en servaient aussi bien comme plaque tournante de leur trafic que comme théâtre de leurs affrontements. Les autres citoyens poursuivaient tant bien que mal leur vie dans ce contexte. »

Extrait de : E. Faye + F. Legeron. « Hollywood Monsters. »

Brouillard sur la baie par Estelle Faye

Fiche de Brouillard sur la baie

Titre : Brouillard sur la baie
Auteur : Estelle Faye
Date de parution : 2021
Editeur : Albin Michel

Sommaire de Brouillard sur la baie :

  • Bal de brume
  • Les anges tièdes

Première page de Bal de brume

« C’était mon premier bal d’Halloween, depuis que je vivais aux États-Unis. Alors que je traversais la forêt de Muir Woods, où les séquoias géants perçaient les nappes de fog telles les colonnes d’un temple immense et chamanique, un frisson d’excitation me dévala l’échine. Je portais le costume de Jack Sparrow, avec une perruque à dreadlocks qui me tenait chaud dans ce début d’automne, et un sabre très réaliste déniché dans les accessoires de l’école. Tina, elle, était en Magenta, la soubrette déjantée du Rocky Horror Picture Show. Peter courbait son grand corps dégingandé dans le pull iconique à rayures rouge et kaki de Freddy, les Griffes de la Nuit. Nous avions dû laisser la voiture à l’orée de Muir Woods. On n’accédait à la villa qu’à pied, ou en vélo, à la rigueur. À mesure que nous approchions, d’autres groupes comme le nôtre, déguisés et masqués, se devinaient dans la brume. Tous, nous convergions vers la villa sur la falaise, qui pour l’heure restait cachée par les arbres. Je n’y étais encore jamais venu, mais Tris m’avait déjà expliqué qu’elle surplombait le Pacifique, et que le brouillard, qui naissait de l’océan, y était plus dense que partout ailleurs. »

Extrait de : E. Faye. « Brouillard sur la baie. »

Aylus par Estelle Faye

Fiche de Aylus

Titre : Aylus (tome 3 sur 3 – La voie des oracles)
Auteur : Estelle Faye
Date de parution : 2016
Editeur : Scrineo

Première page de Aylus

« Thya la Jeune se réveilla en sursaut, moite de sueur. Elle se redressa en avalant une goulée d’air, crispa les doigts sur ses couvertures. Le contact rugueux la rasséréna. L’épaisse laine venait de la lointaine Bretagne, de cette île du Nord où des barbares Pictes aux visages peints tenaient encore en respect les légionnaires romains.
Thya la Jeune reprit son souffle. Son cœur battait la chamade. Elle s’efforça de se calmer. Dehors il pleuvait sur Rome. L’averse tombait en lanières froides, faisait déborder les égouts de Subure, noyait les berges du Tibre, et changeait en boue les jardins du Palatin, cette colline où s’étageaient les élégantes villas des sénateurs. Là où se trouvait la villa d’Aylus, la villa de l’Empereur. Celle où venait de se réveiller Thya.
La pluie crépitait sur le toit de tuiles, juste au-dessus de la chambre, et ce martèlement régulier l’apaisa peu à peu. Elle repoussa ses longs cheveux, leva les yeux vers le ciel, vers le plafond où étaient peintes des constellations, le Bouvier, Cassiopée, les Pléiades… »

Extrait de : E. Faye. « Aylus – La voie des oracles. »

Enoch par Estelle Faye

Fiche de Enoch

Titre : Enoch (tome 2 sur 3 – La voie des oracles)
Auteur : Estelle Faye
Date de parution : 2015
Editeur : Scrineo

Première page de Enoch

« Une chaleur orageuse écrasait la villa d’Aquitania. Dans la chambre de son père, debout dos à la fenêtre, Aedon transpirait à grosses gouttes. Les bras croisés devant son torse, sur sa tunique de soie jaune, il fixait d’un œil peu amène le lit où reposait Gnaeus Sertor. Le vieux général semblait avoir fondu comme une figure de cire. Une auréole jaunâtre s’étalait sur ses draps. Sa respiration rauque, irrégulière, montait haut sous le plafond clair. Ce bruit irritant sciait les nerfs d’Aedon. Depuis des jours, des semaines, le jeune patricien attendait que cela cesse. Que casse ce dernier fil de souffle qui rattachait Sertor à la vie.
Aedon aurait volontiers précipité la fin de son père. Par charité chrétienne, songea-t-il avec un rictus cynique. Mais le vieux général n’était jamais seul. Nuit et jour, ses anciens aides de camp se relayaient à son chevet. Et un médecin grec soupçonneux surveillait le peu d’aliments que le blessé avalait. »

Extrait de : E. Faye. « Enoch – La voie des oracles. »