Catégorie : Livres
Thya par Estelle Faye

Fiche de Thya
Titre : Thya (tome 1 sur 3 – La voie des oracles)
Auteur : Estelle Faye
Date de parution : 2014
Editeur : Scrineo
Première page de Thya
« Le faune se dissimula vivement derrière un grand chêne. Dans le mouvement, une mèche de ses cheveux bruns bouclés passa devant ses yeux d’or. D’un geste nerveux, il la ramena derrière ses oreilles levées. La chasse approchait, les grognements des chiens portaient jusqu’aux rives de la Dorononia, dont les flots, à quelques pas des arbres, charriaient des éclats de soleil. Un printemps précoce recouvrait de vert tendre les forêts de Gaule. En ce début du cinquième siècle après Jésus-Christ, la vie, l’espoir semblaient renaître, après quelques années difficiles qui avaient ébranlé la puissance de Rome. Après des décennies d’invasion, les Huns avaient été repoussés jusqu’au-delà des lisses, les postes avancés qui marquaient les frontières de l’Empire. Le faune avait vu, enfin, les soldats quitter sa forêt, retourner dans leurs garnisons. Cependant, pour lui, la paix n’apportait ni soulagement, ni repos. »
Extrait de : E. Faye. « Thya – La Voie des Oracles. »
Les révoltés de Bohen par Estelle Faye

Fiche de Les révoltés de Bohen
Titre : Les révoltés de Bohen (tome 2 sur 2 – Bohen)
Auteur : Estelle Faye
Date de parution : 2019
Editeur : Editions Critic
Première page de Les révoltés de Bohen
« Que se passe-t-il après la victoire des héros ? Que devient le monde après la révolution, lorsque le tyran est tombé et que le peuple libre est entré sous les voûtes vertes du Palais d’Ambre ?
Je vous préviens d’emblée, je ne vais pas vous raconter l’histoire heureuse d’une jeune et farouche révolution bouleversant Bohen partout sur son passage. J’aurais bien aimé, pourtant. J’avais sept ans lorsque les insurgés ont renversé l’Empire, lorsqu’un vent de liberté et d’espoir a secoué jusqu’aux tréfonds de notre trop vieux monde. Lorsque je suis sortie pour la première fois de la prison dorée qui m’avait vue grandir et que j’ai découvert un horizon infiniment plus vaste que celui auquel ma naissance aurait dû me condamner.
J’avais sept ans et on parlait de liberté partout dans Bohen, les gens chantaient dans les rues de la capitale. Tout en nettoyant la boue des inondations et en enterrant les cadavres, le peuple acclamait ses nouveaux héros. Ils avaient l’air si jeunes, tous, et si heureux alors. Moi qui ai eu la chance de les côtoyer, je me souviens… »
Extrait de : E. Faye. « Les révoltés de Bohen. »
Les seigneurs de Bohen par Estelle Faye

Fiche de Les seigneurs de Bohen
Titre : Les seigneurs de Bohen (tome 1 sur 2 – Bohen)
Auteur : Estelle Faye
Date de parution : 2017
Editeur : Editions Critic
Première page de Les seigneurs de Bohen
« J’ai vu changer la face du monde. Je n’ai que très peu influencé le cours des évènements, mais, au fond, peut-être n’était-ce pas mon rôle. J’étais agent des Empereurs, des derniers Empereurs de Bohen.
Certains soirs, alors que le vent couche les longues herbes de la steppe et que le froid ankylose mes mains ridées, de ces soirs porteurs d’orage où le Vieux Stepovoï, sur son cheval maigre, les cheveux fous, réveille les esprits des anciens nomades, les souvenirs de ma longue vie me reviennent en mémoire, les images défilent sur la toile mouvante de la steppe, l’herbe gris-vert aux reflets d’argent. Malgré moi, je plisse les paupières, je scrute le crépuscule ; malgré moi, je guette un rayon vert à l’horizon. Un miroitement lointain du Palais d’Ambre Vert, de la citadelle des Empereurs. Même si le Palais n’existe plus.
J’ai passé tant de crépuscules, quand j’étais enfant, à attendre cet éclat vert. À rêver de partir, de quitter la steppe pour découvrir le vaste monde. Et le monde, alors, c’était l’Empire. »
Extrait de : E. Faye. « Les Seigneurs de Bohen. »
Des certitudes par Magali Villeneuve

Fiche de Des certitudes
Titre : Des certitudes (tome 2 sur 2 – La dernière Terre)
Auteur : Magali Villeneuve
Date de parution : 2013
Editeur : L’homme sans nom
Première page de Des certitudes
« Il m’arrive de te détester. Du reste, il est plus aisé de maudire. Je vivais en paix jusqu’à ce jour si lointain où je t’ai regardé t’éloigner pour la première fois. Par quel insécable lien as-tu emprisonné mon bras alors ? Dans quelle fissure de faiblesse profondément désavouée as-tu dissimulé une part de toi ? Je vivais en paix, je vivais ignorant. Je ne connaissais rien de ces brisants où je fus précipité par le cour de ta vie. Vois. Je t’inculpe encore… Mais à quoi bon m’en excuser maintenant, qui y prêterait oreille… Celle qui dort, là, derrière la porte voisine de la mienne ? Nous somme déjà si impuissant à nous atteindre sans nous écorcher l’un l’autre. Elle, enveloppe vide, moi, inapte à créer des passerelles entre les feux de mon esprit, les vides de mon cœur, et mon cœur à jamais glacé. N’ai-je donc rien appris, aurais-je déjà oublié, ou m’obstinerais-je à m’agripper aux restes de l’homme que j’étais quand bien même il serait coupable du moindre de mes maux ?
Mais si tu la voyais…
Il me semble que tu n’as jamais rien commis dont il n’ait pas découlé au moins une part de bon, ni effleuré la vie de quiconque sans y faire descendre un rai de lumière. Un tel pouvoir se doit d’être inné et n’échoit pas au hasard. La preuve, je ne le possède pas. »
Extrait de : M. Villeneuve. « La Dernière Terre – Des certitudes. »
L’enfant merehdian par Magali Villeneuve

Fiche de L’enfant merehdian
Titre : L’enfant merehdian (tome 1 sur 2 – La dernière Terre)
Auteur : Magali Villeneuve
Date de parution : 2012
Editeur : L’homme sans nom
Première page de L’enfant merehdian
« C’est un jour attendu depuis si longtemps. Mille éternités à craindre qu’il ne vienne jamais. De ces jours, quand, où que les regards se posent, le bonheur qu’ils rencontrent est sans limites. Un jour tel que l’horizon n’est plus assez vaste, ni les cœurs assez grands. L’air limpide n’est plus que musiques et échos d’allégresse.
Je ne connais pas tout cela, cette fête, cette légèreté d’âme. Je vois ces visages : chacun me renvoie un sourire qui me glace le cœur. Je le sens, d’ailleurs, sous ma main, au fond de ma poitrine, il me fait déjà bien souffrir.
Insidieuse malédiction, amenée sur moi par son plus angélique messager !
Chantons-nous pour cela ? Dansons-nous pour cela, buvons-nous à cela ? Quel irrationnel ordre des choses offre si généreuse rétribution pour l’iniquité de nos actes ?
Je regarde ma main gantée de noir, d’un noir aussi profond que celui des nuages que je sens s’amonceler dans les cieux de mes lendemains. Mon âme se lamente quand elle devrait célébrer et rire. Car, après tout, me voilà de retour. Ne l’avais-je si ardemment désiré ? Revenir de là-bas, nul ne pourrait le nier, est acte de bravoure… On me regarde comme un prodige, un miraculé. Mais ils ignorent que je n’ai eu d’autre combustible que mes rages, ni de plus hauts motifs que mes instincts les plus sombres. L’espoir de voir l’avènement d’un jour comme celui-ci n’a guère compté. Telle est la vérité.
Je regarde ma main gantée de noir et m’abîme dans ses profondeurs. »
Extrait de : M. Villeneuve. « La Dernière Terre – L’enfant merehdian. »
Le sacrificateur par Gilbert Picard

Fiche de Le sacrificateur
Titre : Le sacrificateur
Auteur : Gilbert Picard
Date de parution : 1987
Editeur : Fleuve noir
Première page de Le sacrificateur
« Arrivé à Charolles, la capitale européenne de la viande, le poids lourd équipé pour le transport du bétail prit la route de Paray-le-Monial.
À la sortie de la ville, il traversa au ralenti une petite place dont les pavés inégalement usés dataient de la Révolution. Le chauffeur vint se garer devant les abattoirs Boulard et Fils dont les portes métalliques étaient grandes ouvertes.
Fernand Grury coupa le contact et passa la main sous son béret basque qu’il portait avec une pointe sur le devant, pour se gratter le cuir chevelu. Chaque fois qu’il conduisait ses bêtes au bourreau, il avait des démangeaisons dans la tête, comme si elle abritait plusieurs colonies de poux.
Sous la bâche du camion, les porcs, arrivés au bout de leur chemin, respiraient l’odeur du sang. Sentant leur mort prochaine, avant d’être découpés en côtelettes et en jambons, ils grognaient, usant leur groin contre les ridelles et tapaient du sabot peut-être en signe d’une vaine défense. »
Extrait de : G. Picard. « Le sacrificateur. »
Le négus rouge par Gilbert Picard

Fiche de Le négus rouge
Titre : Le négus rouge
Auteur : Gilbert Picard
Date de parution : 1987
Editeur : Fleuve noir
Première page de Le négus rouge
« La gare ressemble aux vénérables bâtiments construits au début du siècle par les Chemins de Fer français. Des briques rouges et un toit pointu. Sur la façade ocrée, au-dessus de la porte, l’horloge ronde est toujours en avance de deux minutes pour inciter les voyageurs à presser le pas. Sur le côté, le buffet, avec une entrée donnant sur la place et une sortie permettant l’accès direct aux quais.
On pourrait se croire à Saint-Pourçain-sur-Sioule ou à Étang-sur-Arroux ! Mais là s’arrêtent les comparaisons entre les paisibles gares des bourgades françaises et celle… d’Addis-Abeba.
De l’époque des chemins de fer franco-éthiopiens, il ne reste qu’une bâtisse et des contrats qui jaunissent dans les rayons des archives nationales. »
Extrait de : G. Picard. « Le Négus Rouge. »
Le miroir du passé par Gilbert Picard

Fiche de Le miroir du passé
Titre : Le miroir du passé
Auteur : Gilbert Picard
Date de parution : 1985
Editeur : Fleuve noir
Première page de Le miroir du passé
« Il se tenait devant le bar. En équilibre. Comme un funambule sur sa plate-forme entre ciel et terre. Avec un léger oscillement du corps. Presque imperceptible, mais régulier. Dans cette attitude familière, il gardait résolument les mains au fond des poches de son vieux veston avachi et dont le col s’ourlait d’une ligne noire au niveau de la nuque. Des mains noueuses, aux ongles rongés jusqu’à la lunule et sans cesse agitées par un tremblement nerveux et ininterrompu.
Le visage couperosé, les lèvres violacées et les yeux injectés de sang, Raoul Duroc, un habitué de la maison, apostropha le patron qui, à cette heure matinale, préparait des cafés à la chaîne pour les forains venus planter leur banc dans la rue voisine.
La petite ville bourgeoise de Rambouillet était en effervescence. Les camions du marché et ceux de la salle des ventes toute proche créaient de beaux embouteillages dans les rues. »
Extrait de : G. Picard. « Le miroir du passé. »

