Catégorie : Livres

 

Le fléau de Chalion par Lois McMaster Bujold

Fiche de Le fléau de Chalion

Titre : Le fléau de Chalion (Tome 1 sur 3 – Chalion)
Auteur : Lois McMaster Bujold
Date de parution : 2001
Traduction : M. Fazi
Editeur : Bragelonne

Première page de Le fléau de Chalion

« Cazaril entendit les cavaliers sur la route bien avant de les voir. Il regarda par-dessus son épaule. Derrière lui, le sentier usé serpentait autour de la butte qui tenait lieu de colline dans ces plaines venteuses, avant de replonger dans la gadoue hivernale du sol pauvre de Baocia. À ses pieds, un ruisselet trop petit et irrégulier pour mériter un pont ou un caniveau dégouttait sur le sentier depuis les pâtures rasées par les moutons un peu plus haut. Le fracas des sabots, le cliquetis et le grincement des harnais, le tintement des cloches et l’écho de voix insouciantes s’approchaient à un rythme trop rapide pour appartenir à un fermier prudent suivi d’une escorte, ou à des muletiers parcimonieux menant leurs bêtes de charge.

Le cortège contourna la butte au trot : une douzaine d’hommes allant deux par deux, arborant la panoplie complète de leur ordre. Mais ce n’étaient pas des bandits. Cazaril soupira, puis avala sa salive pour calmer son estomac perturbé. Non qu’il puisse offrir davantage aux bandits qu’un peu d’exercice. Il se traîna un peu à l’écart du sentier et se tourna pour les regarder passer. »

Extrait de : L. McMaster Bujold. « Cycle de Chalion – Le fléau de Chalion. »

Nouveau Sisyphe – Justice à Miramar – L’assemblée des femmes par Robert Merle

Fiche de Nouveau Sisyphe – Justice à Miramar – L’assemblée des femmes

Titre : Nouveau Sisyphe – Justice à Miramar – L’assemblée des femmes
Auteur : Robert Merle
Date de parution : 1957
Editeur : Gallimard

Sommaire de Nouveau Sisyphe – Justice à Miramar – L’assemblée des femmes :

  • Nouveau Sisyphe
  • Justice à Miramar
  • L’assemblée des femmes (d’après Aristophane)

Première page de Nouveau Sisyphe

« La scène représente la cour d’une maison de pêcheur à Corinthe. Au fond et au centre, des marches donnent accès à un remblai où chemine le sentier qui conduit à Corinthe. De l’autre côté du remblai, invisible pour le spectateur, la mer. Devant la porte de la maison, à droite, des filets bleus, des paniers d’un jaune safran, des filins, des avirons peints en rouge vif, un escabeau. Tout à fait à gauche de la scène, à côté d’un if, une grande dalle plate, posée sur deux grosses pierres, sert de banc. Tout, sous le soleil, est si vivement coloré, que l’ensemble, bien que fort simple, produit presque l’effet du luxe.Au lever du rideau, Cynara est assise sur les marches, en train de réparer les filets. Elle est svelte, presque gracile, et son teint très foncé, mais non pas noir, révèle une race étrangère. Arion est à peine plus âgé. Il est debout en haut des marches, sur le remblai. 

ARION. – Quelle douceur sur la mer, Cynara… Derrière Corinthe, derrière les monts d’Arcadie, le soleil s’enfonce, plat comme le disque d’un athlète. Les pêcheurs affalent leurs voiles. »

Extrait de : R. Merle. « Nouveau Sisyphe – Justice à Miramar – L’Assemblée des femmes (d’après Aristophane). »

Flamineo – Sisyphe et la mort – Les Sonderling par Robert Merle

Fiche de Flamineo – Sisyphe et la mort – Les Sonderling

Titre : Flamineo – Sisyphe et la mort – Les Sonderling
Auteur : Robert Merle
Date de parution : 1950
Editeur : Gallimard

Sommaire de Flamineo – Sisyphe et la mort – Les Sonderling :

  • Flamineo
  • Sisyphe et la mort
  • Les Sonderling

Première page de Flamineo

« La maison de Camillo à Rome. Quand le rideau se lève, Camillo et Vittoria sont debout en haut des marches, face au public. Le duc de Brachiano, en bas des marches, prend congé d’eux. Il tourne à demi le dos au public. A sa gauche, un serviteur, porteur d’une torche. A l’avant-scène à droite, Flamineo immobile dans l’ombre. La scène est obscure, sauf la partie éclairée par la torche. Au fond, une large fenêtre s’ouvre sur la nuit. 

BRACHIANO. – Les heures que j’ai passées dans ta maison m’ont été douces, Camillo. Et plus douce encore, la voix de Vittoria. Vous chanterez encore pour moi, Vittoria ?

CAMILLO. – Je remercie Votre Seigneurie de l’honneur fait à ma maison.

BRACHIANO. – Chanterez-vous encore pour moi, Vittoria ?

CAMILLO. – Désirez-vous, Monseigneur, que deux de mes serviteurs accompagnent votre carrosse ? Les rues de Rome ne sont pas sûres. »

Extrait de : R. Merle. « Flamineo – Sisyphe et la mort – Les Sonderling. »

Derrière la vitre par Robert Merle

Fiche de Derrière la vitre

Titre : Derrière la vitre
Auteur : Robert Merle
Date de parution : 1970
Editeur : Gallimard

Première page de Derrière la vitre

« À l’endroit même où s’élève aujourd’hui l’église de Nanterre, les jeunes filles, au Moyen Âge, venaient de la capitale supplier l’ombre de Geneviève de dissiper les premiers symptômes des maternités imprudentes. La protectrice de Lutèce, étendant sa protection sur ces Parisiennes, exauçait parfois leurs prières. Au fil des siècles, cependant, la sainte perdit peu à peu son pouvoir, ou son esprit de compassion. Les pèlerinages cessèrent, le matérialisme prévalut. Et bientôt les Parisiens ne vinrent plus à Nanterre que pour goûter sa charcuterie, ses gâteaux et ses vins.
Maigre prospérité. Bien qu’il pût se vanter, sous Louis-Philippe, d’avoir vu passer, poussif et crachotant, le premier chemin de fer de France, le petit bourg somnolait. Ses pompiers restaient chez eux, se chauffant à leur propre feu. Les commerçants gagnaient petit, la passion politique tombait au plus bas, les filles étaient vertueuses, et plus que tout autre, la rosière, élue chaque année par le Conseil municipal avec l’approbation du curé. »

Extrait de : R. Merle. « Derrière la vitre. »

Outredune par Hugh Howey

Fiche de Outredune

Titre : Outredune (Tome 2 sur 2 – Outresable)
Auteur : Hugh Howey
Date de parution : 2022
Traduction : T. Arson
Editeur : Actes Sud

Première page de Outredune

« Vic se rappelait la première fois qu’elle avait désiré tuer quelqu’un. Et pas en manière de plaisanterie comme le font les enfants quand ils disent “Je vais te tuer !” à un camarade qui leur a fait un tort quelconque, mais sur un mode mûrement réfléchi, planifié, qui débouche sur la décision finale de prendre une vie. D’y mettre un terme définitif.

C’est une chose qui vous change, lorsque vous découvrez cette ligne tracée dans le sable. Et elle vous change davantage dès que vous la franchissez.

Les hommes qui la plaquaient au sol dans le bordel de sa mère allumèrent une braise chez Vic, et elle ne culpabilisa pas de ce qui s’ensuivit. Tout comme elle ne culpabiliserait pas pour cette ville peuplée de monstres qui avaient torturé les siens depuis plus longtemps que quiconque pouvait s’en souvenir.

Elle avait accompli un long voyage afin de se venger des hommes qui avaient rasé Springston, qui avaient abattu le grand mur, là où elle avait passé son enfance. »

Extrait de : H. Howey. « Outredune – Outresable. »

L’île perdue par Max Brooks

Fiche de L’île perdue

Titre : L’île perdue (Minecraft)
Auteur : Max Brooks
Date de parution : 2017
Traduction : P. Touboul
Editeur : Castelmore

Première page de L’île perdue

« Je me noie !
Je me réveillai sous l’eau, très loin sous l’eau, et ce fut la première chose qui me vint à l’esprit. Le froid. Les ténèbres. Où donc était la surface ? Je me débattis dans tous les sens, cherchant à remonter. Je tournai, virai, et finis par la voir : une lueur. Faible, pâle et lointaine.
Instinctivement, je me précipitai dans cette direction, et je remarquai vite que l’eau, autour de moi, s’éclaircissait. Ça devait être la surface, le soleil.
Mais comment le soleil pouvait-il être… carré ? J’étais forcément victime d’une hallucination. Peut-être une illusion provoquée par l’eau.
Peu importe ! Combien me reste-t-il d’air dans les poumons ? Je dois y arriver. Nage !
Mes poumons se gonflèrent et de petites bulles s’échappèrent entre mes lèvres, s’élevant devant moi vers la lumière, au loin. Je battis l’eau des bras et des jambes, comme un animal pris dans un filet. Maintenant, je le voyais : un plafond fait de reflets ondulants, qui se rapprochait à chacun de mes mouvements désespérés. Plus proche, mais encore si loin. Mon corps me faisait souffrir, mes poumons brûlaient. »

Extrait de : M. Brooks. « L’île perdue – Minecraft. »

Rhino par Dominique Douay

Fiche de Rhino

Titre : Rhino
Auteur : Dominique Douay
Date de parution : 1985
Editeur : Fleuve noir

Première page de Rhino

« Hautes de cent mètres et plus, les portes de bronze s’écartèrent en silence, glissant sur leurs rails parfaitement huilés. Massée au pied de la colline, la foule retenait son souffle. L’air était frais ; le petit matin achevait de tisser ses écharpes de brume au hasard des bâtisses. Bientôt, le soleil se lèverait et il ferait grand jour.
— Les voilà ! cria quelqu’un.
Mais ce n’était qu’un voile de brouillard qui jouait avec l’ombre. D’ailleurs, les lourds vantaux n’étaient encore qu’à moitié ouverts.
Puis, couvrant la houle de murmures que cette exclamation avait fait naître, s’éleva un bourdonnement semblable à celui produit par des milliers et des milliers de ruches.
— Ils se réveillent !
Excitée, la foule se pressait contre la grille qui protégeait les flancs du tertre.
Le bourdonnement enfla encore. À présent, même les cris ne parvenaient plus à se faire entendre. »

Extrait de : D. Douay. « Rhino. »

Le principe de l’oeuf par Dominique Douay

Fiche de Le principe de l’oeuf

Titre : Le principe de l’oeuf
Auteur : Dominique Douay
Date de parution : 1980
Editeur : Calmann-Lévy

Première page de Le principe de l’oeuf

« JE crois bien, souffla l’homme d’une voix sourde. Puis il se tut, mordilla sa lèvre inférieure d’un air préoccupé. À l’endroit où le tissu était en contact avec le cuir chevelu, une large bande d’humidité ceignait l’informe chapeau de toile censé le protéger du soleil. Ce porc n’en finira donc pas de transpirer, pensa vaguement Magloire. Placé un peu en retrait, il suivait avec une fascination teintée de dégoût le cours sinueux des gouttes de sueur qui prenaient naissance sur le front, s’amassaient ensuite le long des arcades sourcilières et des ailes du nez, se rejoignaient enfin à la pointe du menton où elles demeuraient un instant en attente, sans doute retenues par quelque poil oublié par la lame du rasoir. Transpire, mon vieux, transpire, ça te fera peut-être perdre quelques kilos de graisse.
« Cette fois, je crois bien que nous tenons le bon numéro », dit l’homme, plus fort. Il tourna un bref instant sa face congestionnée vers Magloire. « Vous voyez ? » Un signe du menton vers le petit écran gris sale sur lequel un minuscule point lumineux s’était matérialisé, animé de pulsations dans lesquelles Magloire, l’espace d’une seconde, crut reconnaître une sorte de respiration. »

Extrait de : D. Douay. « Le Principe de l’œuf. »

Le monde est un théâtre par Dominique Douay

Fiche de Le monde est un théâtre

Titre : Le monde est un théâtre
Auteur : Dominique Douay
Date de parution : 1982
Editeur : Denoël

Sommaire de Le monde est un théâtre :

  • Pleins feux sur l’acteur
    • Voyez mes mains, voyez mon corps
    • La fin de l’hiver
  • Mise en valeur du décor
    • Le théâtre domestique
    • Appelez-moi…
  • Mise en valeur de la machinerie
    • La transformation
  • Prise en compte d’une mise en scène dynamique
    • Le jouet des événements
    • Dori et la suite
  • Cumul des propositions précédentes
    • Cochise d’AméNord Dix
  • Pour une a-théâtralité du monde
    • Le cours du temps
    • Chronique du dépotoir

Première page de Voyez mes mains, voyez mon corps

« Le Groupe s’était égaré. Depuis de nombreux jours déjà, les Dix ne consultaient plus que la boussole. La carte n’était plus d’aucune utilité, dans ce paysage uniformément constitué de montagnes en croupes et de vallons où seuls la plupart du temps de minuscules ruisseaux faisaient croire à la vie. Ils se dirigeaient vers l’ouest : vers l’endroit où la carte trop souvent pliée et dépliée était devenue illisible.
Passé le col, franchies les dernières hêtraies, ils parvinrent ce jour-là à un entablement rocheux surplombant de quelques centaines de mètres une autoroute. À cette distance, le double ruban de béton paraissait intact malgré les amas de tôles enchevêtrées qui le ponctuaient irrégulièrement. Plus loin, un autre ruban, gris celui-là… ou plutôt non : gris, or, rouge orangé, presque vert, toutes couleurs tour à tour mêlées ou sublimées selon l’angle formé par les rayons réfléchis du soleil.
« Une rivière ! » Puis, quelques secondes plus tard, le regard ayant suivi son tracé : « Un village ! Un pont !  »

Extrait de : D. Douay. « Le Monde est un théâtre. »

Persistance de la vision par John Varley

Fiche de Persistance de la vision

Titre : Persistance de la vision
Auteur : John Varley
Date de parution : 1978
Traduction : M. Deutsch
Editeur : Denoël

Sommaire de Persistance de la vision :

  • Dans le chaudron
  • Dansez, chantez
  • Trou de mémoire
  • Les yeux de la nuit

Première page de Dans le chaudron

« Il ne faut jamais rien acheter d’occasion dans les banques d’organes. Un bon conseil : si vous voulez faire un tour sur Vénus, attendez d’être arrivé sur Vénus pour vous équiper.

Je regrette de ne pas avoir attendu, mais, alors que je faisais du lèche-vitrines à Copratès quelques semaines avant mon départ en vacances, le hasard voulut que je tombe sur cette petite boutique et je me suis laissé persuader d’acheter un œil infra à un prix très avantageux. J’aurais dû commencer par me demander ce qu’un œil infra fabriquait sur Mars.

Réfléchissez un peu : sur Mars, personne ne met d’œil infra. Si l’on veut voir la nuit, il est beaucoup plus économique de se payer un nyctascope que l’on peut ôter quand le soleil se lève. Par conséquent, si cet œil avait échoué là, c’était qu’il avait été acheté à un touriste arrivant de Vénus. Et allez donc savoir depuis combien de temps il moisissait dans ce bocal quand le petit vieux à la langue si bien pendue m’a fait son boniment, soi-disant que cet œil avait appartenu à une adorable institutrice d’âge canonique qui n’avait jamais… Je vous fais grâce de la suite. »

Extrait de : J. Varley. « Persistance de la vision. »