Catégorie : Livres
Autres contes des bords du Rhin par Erckmann-Chatrian

Fiche de Autres contes des bords du Rhin
Titre : Autres contes des bords du Rhin
Auteur : Emile Erckmann et Alexandre Chatrian
Date de parution : 1862
Editeur : Bibliothèque numérique romande
Sommaire de Autres contes des bords du Rhin :
- Myrtille
- Mon illustre ami Selsam
- La pêche miraculeuse
- La reine des abeilles
- Le talion
- Le blanc et le noir
- La voleuse d’enfants
- Le cabaliste Hans Weinland
Première page de Mon illustre ami Selsam
« Dans la soirée du 19 septembre 1855, j’allai voir mon ancien camarade d’université, l’illustre docteur Adrien Selsam, professeur de pathologie générale, chef de clinique, accoucheur de la grande-duchesse, etc., etc.
Je le trouvai seul dans son magnifique salon de la rue Bergstrasse, le coude sur une petite table de marbre noir, et les yeux plongés dans un globe de cristal, qui me parut contenir une eau de roche parfaitement limpide.
Malgré les rayons pourpres du crépuscule, entrant par trois hautes fenêtres ouvertes sur les jardins du palais, la figure maigre de mon ami Selsam, son nez en lame de rasoir et son menton en galoche, empruntaient au globe des teintes blafardes effrayantes : on eût dit une tête de mort récemment coupée, et le liséré rouge de sa robe de chambre complétait l’illusion. »
Extrait de : Erckmann-Chatrian. « Autres contes des bords du Rhin. »
Contes des bords du Rhin par Erckmann-Chatrian

Fiche de Contes des bords du Rhin
Titre : Contes des bords du Rhin
Auteur : Emile Erckmann et Alexandre Chatrian
Date de parution : 1862
Editeur : BNF
Sommaire de Contes des bords du Rhin :
- Myrtille
- Mon illustre ami Selsam
- La pêche miraculeuse
- Le trésor du vieux seigneur
- La reine des abeilles
- Le talion
- Le blanc et le noir
- La voleuse d’enfants
- Le cabaliste Hans Weinland
Première page de Myrtille
« Tout au bout du village de Dosenheim, en Alsace, à cinquante pas au-dessus du sentier sablonneux qui mène au bois, s’élève une jolie maisonnette entourée d’arbres fruitiers, la toiture plate chargée de grosses pierres, le pignon sur la vallée.
Quelques volées de pigeons tourbillonnent autour, des poules se promènent le long des haies, un coq se perche sur le petit mur de son jardin et sonne le réveil ou la retraite dans les échos du Falberg ; un escalier à rampe de bois, où pend la lessive, monte au premier étage, et deux rameaux de vigne grimpent
à la façade el vont s’épanouir jusque sous le toit.
Si vous gravissez l’escalier, vous découvrez, au fond de la petite allée, la cuisine avec ses plats fleuronnés, ses soupières rebondies ; si vous ouvrez la porte à droite, vous entrez dans la grande salle aux vieux meubles de chêne, au plafond rayé de poutres brunes, à l’antique horloge de Nuremberg qui bat la cadence.
Une femme de trente-cinq ans, la taille serrée dans un long corset de taffetas noir, la tête surmontée de la toque de velours aux grands rubans tremblotants, file et rêve. »
Extrait de : Erckmann-Chatrian. « Contes des bords du Rhin. »
Némésis par Philip Roth

Fiche de Némésis
Titre : Némésis (tome 4 sur 4 – Némésis)
Auteur : Philip Roth
Date de parution : 2010
Traduction : M-C Pasquier
Editeur : Gallimard
Première page de Némésis
« Le premier cas de polio, cet été-là, se déclara début juin, tout de suite après Memorial Day, dans un quartier italien pauvre à l’autre bout de la ville. Dans le quartier juif de Weequahic, au sud-ouest, nous n’avions entendu parler de rien, et nous n’avions pas non plus entendu parler de la douzaine de cas qui s’étaient déclarés ici ou là, sporadiquement, dans presque tous les quartiers de Newark sauf le nôtre. Ce n’est que le 4 juillet, quand il avait déjà été fait état de quarante cas dans la ville, que parut à la une du journal du soir un article intitulé « Le directeur de la Santé met en garde les parents contre la polio », dans lequel on citait le docteur William Kittell, directeur du service de la santé, qui demandait aux parents de surveiller leurs enfants de près et de contacter un médecin si l’un d’eux présentait des symptômes tels que mal de tête, mal de gorge, nausées, torticolis, douleurs articulaires, ou fièvre. »
Extrait de : P. Roth. « Némésis. »
Le rabaissement par Philip Roth

Fiche de Le rabaissement
Titre : Le rabaissement (tome 3 sur 4 – Némésis)
Auteur : Philip Roth
Date de parution : 2009
Traduction : M-C Pasquier
Editeur : Gallimard
Première page de Le rabaissement
« Il avait perdu sa magie. L’élan n’était plus là. Au théâtre, il n’avait jamais connu l’échec, ce qu’il faisait avait toujours été solide, abouti. Et puis il s’était produit cette chose terrible : il s’était soudain retrouvé incapable de jouer. Monter sur scène était devenu un calvaire. Au lieu d’être certain qu’il allait être extraordinaire, il savait qu’il allait à l’échec. Cela se produisit trois fois de suite et, à la troisième, cela n’intéressait plus personne, personne n’était venu. Il n’arrivait plus à atteindre le public. Son talent était mort.
Bien sûr, si on en a eu, il vous reste toujours quelque chose que personne d’autre ne possède. Je serai toujours différent de tous les autres, se rassurait Axler, parce que je suis qui je suis. J’ai cela en moi, et les gens s’en souviendront toujours. Mais le charisme qui avait été le sien, toute son originalité, ses singularités, ses traits distinctifs, tout ce qui avait fonctionné pour Falstaff, Peer Gynt et Oncle Vania, et qui avait valu à Simon Axler d’être reconnu comme le dernier des meilleurs comédiens américains du répertoire classique, rien de tout cela ne marchait plus, quel que fût le rôle. »
Extrait de : P. Roth. « Le rabaissement. »
Indignation par Philip Roth

Fiche de Indignation
Titre : Indignation (tome 2 sur 4 – Némésis)
Auteur : Philip Roth
Date de parution : 2008
Traduction : M-C Pasquier
Editeur : Gallimard
Première page de Indignation
« Deux mois et demi environ après que les divisions bien entraînées de la Corée du Nord, armées par les Soviétiques et les communistes chinois, eurent traversé le 38e parallèle et pénétré en Corée du Sud le 25 juin 1950, et qu’eut débuté le calvaire de la guerre de Corée, je devins étudiant à Robert Treat, un petit collège universitaire du centre de Newark, qui portait le nom du fondateur de la ville au XVIIe siècle. J’étais le premier membre de notre famille à faire des études supérieures. Aucun de mes cousins n’avait été au-delà du lycée, et ni mon père ni ses trois frères n’avaient terminé l’école primaire. « Je travaille pour gagner de l’argent », m’avait dit mon père, « depuis l’âge de dix ans. »
C’était un boucher de quartier pour qui j’avais fait les livraisons à bicyclette durant toute ma scolarité, sauf pendant la saison de base-ball et les après-midi où je devais participer aux concours interscolaires en tant que membre de l’équipe des débatteurs. Disons qu’à partir du jour où j’ai quitté la boucherie — j’y avais travaillé pour lui soixante heures par semaine, entre la fin de mes études secondaires, en janvier, et la rentrée universitaire en septembre —, oui, disons qu’à partir du jour où j’ai commencé à suivre mes cours à Robert Treat, mon père a vécu dans la crainte de me voir mourir. »
Extrait de : P. Roth. « Indignation – Némésis. »
Un homme par Philip Roth

Fiche de Un homme
Titre : Un homme (tome 1 sur 4 – Némésis)
Auteur : Philip Roth
Date de parution : 2006
Traduction : J. Kamoun
Editeur : Gallimard
Première page de Un homme
« Autour de la tombe, dans le cimetière délabré, il y avait d’anciens collègues de l’agence de publicité new-yorkaise, qui rappelèrent son énergie et son originalité et dirent à sa fille, Nancy, tout le plaisir qu’ils avaient eu à travailler avec lui. Il y avait aussi des gens venus de Starfish Beach, le village de retraités sur la côte du New Jersey, où il s’était installé en 2001 à Thanksgiving, ces gens âgés auxquels, hier encore, il donnait des cours de peinture. Et puis il y avait ses deux fils, Randy et Lonny, quadragénaires nés d’un premier mariage houleux, deux fils « du côté de leur mère » et qui, l’ayant plus souvent entendu traîné dans la boue que porté au pinacle, n’étaient venus que par devoir. Son frère aîné Howie et sa belle-sœur étaient arrivés de Californie la veille, et puis il y avait l’une de ses trois ex-femmes, la deuxième, Phoebe, la mère de Nancy, une grande femme émaciée aux cheveux blancs, dont le bras droit pendait, inerte, à son flanc. »
Extrait de : P. Roth. « Un homme – Némésis. »
La bête qui meurt par Philip Roth

Fiche de La bête qui meurt
Titre : La bête qui meurt (tome 3 sur 3 – David Kepesh)
Auteur : Philip Roth
Date de parution : 2001
Traduction : J. Kamoun
Editeur : Gallimard
Première page de La bête qui meurt
« Je l’ai connue il y a huit ans ; elle suivait mes cours. Je n’enseigne plus à plein temps, et d’ailleurs, à vrai dire, je n’enseigne plus la littérature du tout, puisqu’il y a maintenant plusieurs années que je ne donne qu’un seul cours, un grand séminaire de troisième cycle sur la critique appliquée. J’ai beaucoup de succès auprès des étudiantes, pour deux raisons. D’abord parce que c’est un sujet dont la séduction à la fois intellectuelle et journalistique est irrésistible, ensuite parce qu’elles m’ont entendu faire de la critique littéraire à la radio publique et qu’elles m’ont vu parler de culture sur la Chaîne Treize. Ces quinze dernières années, être critique culturel à la télévision m’a valu une certaine notoriété locale, et c’est la raison du succès de mon cours. Au début, je ne me doutais pas qu’un passage hebdomadaire de dix minutes à la télévision pouvait les impressionner à ce point. Mais de fait, elles ne résistent pas à la célébrité, pour dérisoire que soit la mienne.
Or moi, je suis sensible à la beauté féminine, tu le sais. Chacun ses faiblesses : telle est la mienne… Je vois cette beauté, et elle me rend aveugle à tout le reste. Dès que ces filles viennent à mon premier cours, je sais presque tout de suite laquelle sera pour moi. Mark Twain a écrit une nouvelle où le héros, poursuivi par un taureau, se réfugie dans un arbre. »
Extrait de : P. Roth. « La Bête qui meurt – David Kepesh. »
Professeur de désir par Philip Roth

Fiche de Professeur de désir
Titre : Professeur de désir (tome 2 sur 3 – David Kepesh)
Auteur : Philip Roth
Date de parution : 1977
Traduction : H. Robillot
Editeur : Gallimard
Première page de Professeur de désir
« La tentation me vient, tout d’abord, d’évoquer le personnage remarquable d’Herbie Bratasky, directeur, chef d’orchestre, chanteur de charme, comique et maître des cérémonies de l’hôtel montagnard tenu par ma famille. Quand il n’est pas moulé dans son maillot de bain élastique d’athlète qu’il arbore pour diriger les leçons de rumba sur le bord de la piscine, il est sapé comme un prince, en général avec son blazer deux tons crème et carmin et son large pantalon jaune canari dont les jambes se rétrécissent pour lui enserrer les chevilles au-dessus de ses chaussures blanches à perforations de gandin. Dans sa poche est toujours disponible une plaquette de chewing-gum Black Jack, tandis qu’il en savoure une autre avec ce lent mouvement de mastication insolente au fond de ce que ma mère appelle la « trappe » d’Herbie. Sous l’étroite ceinture super-chic en crocodile et la courbe de la chaîne d’or tenant ses clefs, un genou s’agite à l’intérieur de son pantalon, Herbie battant la mesure au rythme de ces tambours qu’il entend seul résonner dans ce Congo qu’est son cerveau. »
Extrait de : P. Roth. « Professeur De Désir – David Kepesh. »
Le sein par Philip Roth

Fiche de Le sein
Titre : Le sein (tome 1 sur 3 – David Kepesh)
Auteur : Philip Roth
Date de parution : 1972
Traduction :
Editeur : Gallimard
Première page de Le sein
« Cela commença étrangement. Mais aurait-il pu en être autrement, de quelque manière que cela eût commencé ? On a pu dire, bien sûr, que tout sous le soleil commence « étrangement » et finit « étrangement », et que tout est « étrange » : une rose parfaite est « étrange », une rose imparfaite ne l’est pas moins, et la rose qui a une beauté ordinaire de rose et pousse dans le jardin de votre voisin l’est aussi. Je n’ignore pas que, dans une certaine perspective, tout apparaît terrifiant et mystérieux. Placez-vous au point de vue de l’éternité ; tenez compte, si vous en êtes capable, de l’oubli, et tout ce qui est devient prodigieux. Néanmoins, je voudrais porter à votre connaissance, en toute humilité, que certaines choses sont plus prodigieuses que d’autres, et que je suis l’une de ces choses.
Cela commença étrangement – par un léger fourmillement sporadique dans l’aine. Pendant la première semaine, je me retirais plusieurs fois par jour dans les toilettes des hommes, adjacentes à mon bureau, dans le bâtiment des Lettres, pour baisser mon pantalon ; mais en m’examinant, je ne voyais rien qui sortît de l’ordinaire, si minutieuses que fussent mes recherches. »
Extrait de : P. Roth. « Le sein – David Kepesh. »
Sous le caducée par Ward Moore

Fiche de Sous le caducée
Titre : Sous le caducée
Auteur : Ward Moore
Date de parution : 1978
Traduction : E.C.L. Meistermann
Editeur : Le livre de poche
Première page de Sous le caducée
« APRÈS avoir peiné dans la dernière rampe, le petit train cliquetant qui ne transportait plus que deux passagers exhala ses miasmes de mazout brûlé gris dans l’air clair et tranquille de la campagne déserte en
s’arrêtant au terminus.
« Ça doit être ça, dit le gamin en bondissant dans le soleil de ce milieu d’après-midi. La voie ne va pas plus loin. Mais où est Shelby ? »
L’homme débarqua sur le quai de la gare un tout petit peu plus calmement. Il avait quarante-deux ans, en paraissait trente-cinq, il avait un corps bien bâti et bien entretenu, et il ne se trouvait qu’un soupçon d’argent dans sa chevelure brun foncé et sa barbe encore plus foncée. « Du calme, Jode, mit-il en garde son compagnon âgé de dix ans. Pas de noms, souviens-toi. Oublie tout de suite que je t’ai appelé par le tien et évitons tous deux de prononcer le sien ; trop de gens le connaissent. Tant qu’on sera à Orthohaven, il faudra qu’on rase les murs, comme on disait au XXe siècle. »
Extrait de : W. Moore. « Sous le caducée. »