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Made, concerto pour Salmen et Bohême par Ayerdhal

Fiche de Made, concerto pour Salmen et Bohême

Titre : Made, concerto pour Salmen et Bohême (Tome 2 sur 4 – La bohême et l’ivraie)
Auteur : Ayerdhal
Date de parution : 1990
Editeur : Fleuve noir

Première page de Made, concerto pour Salmen et Bohême

« Neuf jours qu’ils étaient revenus sur Chimë ! Neuf jours, et le Conseil ne se réunissait que maintenant ! Elle avait déjà attendu trois jours avant qu’Ennieh la reçût, en coup de vent et en dilettante : une demi-heure à l’écouter d’une oreille distraite, à l’interrompre tous les vingt mots et à répéter : « Nous verrons cela au Conseil. » Et là, dans la salle des maes, elle était obligée d’attendre encore son tour, contrainte de subir la bêtise bêlante des conseillers, la stupidité de Lagedt et la sénilité d’Anadar, et encore la bêtise d’un maes ou d’un autre. Dix fois qu’elle demandait la parole, dix fois qu’Ennieh ignorait le signal du tableau d’interventions pour la donner à d’autres. Elle ne comprenait pas, elle ne comprenait plus ; que s’était-il produit, que s’était-il abattu sur Chimë pour que l’Institut s’enlisât tout à coup dans cette torpeur bureaucrate et inepte ? Qu’était-il arrivé à Ennieh ? Se pouvait-il qu’Ylvain, par sa seule démonstration, chamboulât à ce point l’école et des siècles de bon fonctionnement ? »

Extrait de : Ayerdhal. « Made, concerto pour Salmen et Bohème – La bohême et l’ivraie. »

Ylvain, rêve de vie par Ayerdhal

Fiche de Ylvain, rêve de vie

Titre : Ylvain, rêve de vie (Tome 1 sur 4 – La bohême et l’ivraie)
Auteur : Ayerdhal
Date de parution : 1990
Editeur : Fleuve noir

Première page de Ylvain, rêve de vie

« La pierre était fraîche sous la soie du saroual, délicieusement fraîche. Elle se jouait de la tiédeur de son corps et de la brûlure du soleil, comme si elle refusait d’afficher une température qui ne fût pas la sienne ; été comme hiver, elle maintenait ses dix-huit degrés ; les ondes de chaleur stagnaient à quelques centimètres de sa rugosité, la glace n’y avait aucune prise. La pierre de Myve traversait les siècles de sa seule obstination à n’être qu’elle ; il fallait la conserver des semaines entières au zéro kelvin ou des heures au cœur d’une étoile pour que, d’une seule déflagration, elle volât en atomes. La pierre de Myve était vivante ; on pouvait la sculpter, la façonner, la tailler, la recouvrir, la broyer, on pouvait la tuer, mais jamais courber son isothermie.

Assis sur une dalle de Myve, adossé contre un mur de Myve, face aux feux d’un après-midi torride, le jeune homme goûtait l’indépendance de ses rêves, des rêves de Myve. L’idée d’être aussi inflexible que la pierre lui procurait la satisfaction d’attendre là, sans regards impatients vers cette porte qui ne coulissait pas. Il attendait, l’esprit au repos, seulement conscient d’être le dernier à attendre. »

Extrait de : Ayerdhal. « Ylvain, rêve de vie – La bohême et l’ivraie. »

Sexomorphoses par Ayerdhal

Fiche de Sexomorphoses

Titre : Sexomorphoses (Tome 2 sur 2 – Cycle du Daym)
Auteur : Ayerdhal
Date de parution : 1994
Editeur : J’ai lu

Première page de Sexomorphoses

« C’était une pièce vide : un seul mur circulaire courant entre le sol et le plafond – bruts de béton, blancs – pour, de ses deux extrémités, rejoindre la porte. Ni fenêtre, ni digit, ni poussière, ni éclairage, il y avait juste un champ gravifique au centre et, dans la bulle d’impesanteur qu’il entretenait, un corps parfaitement nu. Il s’agissait d’un corps de femme, une belle femme suspendue allongée, bras et jambes ouverts, ballants, ses longs cheveux blonds dégoulinant sans mouvement de son crâne rejeté en arrière. Elle avait les yeux clos, elle respirait à peine. Inerte, plus molle que souple, elle flottait physiquement entre bas et haut, elle ondoyait entre somnolence et concentration.

D’une seule déferlante, cette vague cérébrale se communiqua à tout l’épiderme, le hérissant d’un bout à l’autre d’aiguilles invisibles, comme si les nerfs eux-mêmes se déchargeaient de leur électricité, mais il ne pouvait pas s’agir d’un potentiel interne tant il était faramineux. Une étoile n’eût pu communiquer ou absorber une telle énergie ; le corps se tendit simplement d’une élongation crispée et la tête se redressa, les paupières béantes, les yeux exorbités, plus bleus et striés d’acier qu’ils ne l’avaient jamais été. »

Extrait de : Ayerdhal. « Sexomorphoses – Cycle du Daym. »

L’histrion par Ayerdhal

Fiche de L’histrion

Titre : L’histrion (Tome 1 sur 2 – Cycle du Daym)
Auteur : Ayerdhal
Date de parution : 1993
Editeur : J’ai lu

Première page de L’histrion

« Il ou elle s’appelait Aimlin, ou Aimline, cela se prononçait de la même façon. Il-ou-elle était hermaphrodite sexomorphe et ne le revendiquait plus depuis longtemps : il-ou-elle avait passé l’âge des provocations, sans avoir gagné en maturité. En fait, il-ou-elle était mûr-e depuis longtemps, depuis les premières vexations, depuis la constatation que certaines différences se paient chèrement. Et si Aimline taisait maintenant sa très délicate particularité, c’était qu’il-ou-elle avait fait le tour des humiliations et celui des revanches et que, tout bien pesé, l’amertume des unes était plus prononcée que le miel des autres.

Très vite, Aimlin avait dû partager sa vie en deux. Il y avait les lieux et les gens qui le connaissaient femme et ceux qui le vivaient au masculin. Il n’y avait d’ailleurs plus beaucoup d’endroits où l’on se souvenait d’elle : cela faisait deux ans qu’il n’avait pas changé de sexe. Vers la fin de l’adolescence, les sexomorphoses étaient devenues de plus en plus douloureuses et déséquilibrantes, jusqu’à lui être insupportables. Une dernière année, elle avait vécu dans son corps de naïade, puis elle s’était faite il et il demeurait homme, c’était plus facile dans les milieux où il évoluait. De toute façon, quelle que fût sa sexuation, il-ou-elle n’aimait pas beaucoup les mâles. »

Extrait de : Ayerdhal. « L’histrion – Cycle du Daym. »

L’oeil du Spad par Ayerdhal

Fiche de L’oeil du Spad

Titre : L’oeil du Spad (Tome 4 sur 4 – Cybione)
Auteur : Ayerdhal
Date de parution : 2003
Editeur : Au diable Vauvert

Première page de L’oeil du Spad

« Vous m’avez demandé de raconter ? Je raconte.

Elle est là : à deux cents mètres de moi, légèrement en contrebas, assise sur un reste de couverture isolante que zieutent deux zonards plus sales que blêmes, défoncés. Elle est là, avachie sur son bout de tissu, le dos rond, la sébile tendue au hasard vers une obole qu’aucun passant ne lui offrira, parce que ce n’est pas l’heure, pas la bonne vague, seulement le flux du troupeau qui transite des bureaux à ses foyers. Elle a le teint cireux, la peau craquelée, le regard rouge et vitreux, les cheveux blancs et secs, la lèvre bleue de froid. Elle est vieille, mais pas tellement en âge. Elle est vieille d’une vieillesse qui se compte en heures de mendicité, en journées trop longues de mauvaises faims, en nuits interminables d’inconfort. Elle est une guenille fripée fagotée de hardes puantes, et les zonards la guettent comme le chien surveille l’assiette du chat, espérant que le maître tourne le dos. Ils tiennent l’affaire de la soirée : un demi-mètre carré de toile isolante dont ils tireront cinq, peut-être dix stellars, une ou deux doses de tue-rêves glauque. »

Extrait de : Ayerdhal. « L’Oeil du Spad – Cybione. »

Keelsom, Jahnaïc par Ayerdhal

Fiche de Keelsom, Jahnaïc

Titre : Keelsom, Jahnaïc (Tome 3 sur 4 – Cybione)
Auteur : Ayerdhal
Date de parution : 2001
Editeur : Au diable Vauvert

Première page de Keelsom, Jahnaïc

« L’aéro quitte le drome gouvernemental à neuf heures douze (heure solaire). Il contourne largement Keelsom, la capitale planétaire, pour prendre la direction du sud, rejoignant la côte qu’il longe sur plus de cent kilomètres avant de franchir le bras de mer séparant les deux plus grosses îles de l’archipel. C’est un appareil bâtard issu du croisement entre un agrave collectif et une navette de transport, dont le système de propulsion est lui-même le fruit de greffes douteuses mal identifiables, indubitablement bruyant et polluant, qui peine à maintenir une vitesse acceptable. Outre le pilote et son second, il emporte trente-six passagers, dont un vice-ministre, ses trois assistants, un conseiller technique, leurs gardes du corps, un bataillon d’élite de l’armée, Elyia Nahm et son guide officiel, pompeusement qualifié d’agent de relations extérieures. Devant eux, un aéro plus léger et beaucoup plus maniable sert de poisson-pilote. Derrière, deux chasseurs rapides assurent la sécurité du convoi. »

Extrait de : Ayerdhal. « Keelsom Jahnaïc – Cybione

Polytan par Ayerdhal

Fiche de Polytan

Titre : Polytan (Tome 2 sur 4 – Cybione)
Auteur : Ayerdhal
Date de parution : 1994
Editeur : J’ai lu

Première page de Polytan

« Depuis le temps qu’elle connaissait Saryll (93 ans !), Elyia n’aurait pas dû avoir encore à s’étonner, mais c’était
plus fort que les liens qu’ils avaient entretenus – ces piètres années d’amour subjugué, celles infâmes de dépendance servile et leurs décennies de haine –, il réussissait toujours à surprendre l’innocence dont elle se croyait défaite.

« Bran de bran ! se morigénait-elle. Après autant de morts, comment puis-je être aussi conne ? »

Elle était morte des dizaines de fois pour lui, et à peine moins par lui. Pas directement, bien sûr – il ne l’avait probablement tuée qu’une fois, la première –, mais de la même façon qu’elle travaillait pour son Agence, elle mourait de ses Spads, ces chiens de garde invisibles qui ne savaient que garder Elyia Nahm au service d’Ender. Qu’à la fin d’une mission, elle fasse mine de ne pas revenir et un Spad la frappait, de dos, pour lui faire réintégrer sa cuve Phénix d’un voyage définitif. C’était facile, incontournable, il suffisait que sa vie s’efface pour que l’ansible, dont un génie malade avait doté ses cellules de culture, avertisse le biosynthétiseur de mettre en route une autre Elyia, identique, parfaite, amnésique de tout ce que sa mort avait emporté. »

Extrait de : Ayerdhal. « Polytan – Cybione. »

Cybione par Ayerdhal

Fiche de Cybione

Titre : Cybione (Tome 1 sur 4 – Cybione)
Auteur : Ayerdhal
Date de parution : 1992
Editeur : Fleuve noir

Première page de Cybione

« Évidemment, chaque fois qu’on la réveillait, c’était pour lui refiler un boulot dont personne ne pouvait se charger… Il y avait longtemps qu’on ne se contentait plus de ses beaux yeux – pourtant quels yeux ! – et, au fond, c’était mieux comme ça. Elle se les serait crevés rien que pour voir leurs têtes ! Quoiqu’une fois aveugle…

Bref, passait encore d’être réveillée, mais pour aller bosser ! D’autant que son job ne lui excitait plus les papilles depuis longtemps…

— Debout, Elyia ! Il y a un chiotte qui commence à puer du côté de Fomalhaut !

Charmant, non ?… Et pas la peine de répliquer qu’un plombier semblait plus qualifié pour résoudre un problème d’une telle gravité ; on en avait déjà expédié trois. Le premier était tombé dans la lunette, le second s’était amputé les testicules en rabattant le couvercle un peu vite, le troisième avait été dissous par la diarrhée chlorhydrique d’un Soulfa dipsomane pendant qu’il inspectait le siphon en apnée…

Ender avait ses traditions : à partir de trois accidents, Elyia devenait la plus qualifiée pour arpenter les égouts
récalcitrants. »

Extrait de : Ayerdhal. « Cybione. »

Marc « Ayerdhal » Soulier

Présentation de Marc « Ayerdhal » Soulier :

Marc Soulier, qui offrit à la République des lettres ses plus belles pages sous le singulier pseudonyme d’Ayerdhal, vit le jour au cœur de l’hiver de l’année 1959 dans la vénérable cité des Gaules, à Lyon. Figure frondeuse et éminemment engagée, cet artisan d’une littérature de conjecture audacieuse s’est imposé comme l’une des plumes les plus acérées de l’anticipation francophone, portant haut les couleurs d’une science-fiction farouchement politique et sociale.

Avant de se consacrer corps et âme à l’écriture, ce jeune homme à l’esprit résolument libertaire connut mille vies, tâtant de divers labeurs avec la fougue de ceux qui refusent de se laisser entraver par les carcans d’une société par trop conformiste. C’est à l’aube de sa trentaine que son grand œuvre romanesque éclot véritablement, révélant aux amateurs d’évasion un univers d’une densité étourdissante. Dès ses premiers écrits, et plus particulièrement avec la vaste fresque de « La Bohème et l’Ivraie », Ayerdhal témoigna d’une maîtrise éclatante de l’opéra cosmique, ce genre d’ordinaire si prisé des auteurs d’outre-Atlantique, qu’il sut réinventer avec une élégance et une impertinence toutes françaises.

Animé par un indéfectible idéal humaniste et une profonde conscience des luttes populaires, notre prosateur n’eut de cesse, au travers de romans remarqués tels que « Demain, une oasis » ou l’étonnante « Balade choréïale », d’explorer les affres du pouvoir, les méfaits de l’impérialisme et les nécessités de l’écologie. Fuyant les froides démonstrations d’une anticipation purement technicienne, il privilégia toujours les sciences de l’homme, tissant des intrigues où la sociologie, la politique et la génétique viennent éclairer les tourments des sociétés futures. D’aucuns se rappelleront d’ailleurs avec admiration sa fructueuse collaboration avec son confrère Jean-Claude Dunyach pour le magistral ouvrage « Étoiles mourantes », maintes fois couronné de prestigieux lauriers.

Toutefois, brosser le portrait de cet homme d’exception serait incomplet sans évoquer son ardent militantisme au quotidien. Authentique syndicaliste de la plume, il fut l’infatigable héraut du collectif « Le Droit du Serf », bataillant avec une verve sans pareille et une noble obstination pour la dignité et les droits d’auteur de ses camarades écrivains, n’hésitant jamais à croiser le fer avec les grandes puissances éditoriales.

Hélas, ce créateur foisonnant et défenseur farouche des justes causes nous fut ravi bien trop tôt, à l’automne de l’année 2015, en la ville de Bruxelles, terrassé par une cruelle maladie. Par la noblesse de ses engagements et la flamboyance de sa prose, Ayerdhal aura démontré de manière éclatante que la littérature d’imagination, loin de n’être qu’un simple divertissement, constitue un formidable instrument d’émancipation et de réflexion sur les grands bouleversements de notre temps.

Livres de Marc « Ayerdhal » Soulier :

Cybione :

Cycle du Daym :

La bohème et l’ivraie :

Le chant du Drille :

Mytale :

Intégrales :

Balade choreïale (1994)
Bastards 1 (2014)
Bastards 2 (2014)
Demain, une oasis (1991)
Etoiles mourantes (1999)
Genèses (1996)
L’homme aux semelles de foudre (1999)
La troisième lame (2013)
Parleur ou les chroniques d’un rêve enclavé (1997)
Rainbow warriors (2013)
Résurgences (2010)
Scintillements (2016)
Transparences (2004)

Pour en savoir plus sur Marc « Ayerdhal » Soulier :

La page Wikipédia sur Ayerdhal
La page Noosfere sur Ayerdhal
La page isfdb de Ayerdhal

Étoiles mourantes par Jean-Claude Dunyach et Ayerdhal

Fiche de Étoiles mourantes

Titre : Étoiles mourantes
Auteur : Jean-Claude Dunyach et Ayerdhal
Date de parution : 1999
Editeur : J’ai lu

Première page de Étoiles mourantes

« L’AnimalVille jaillit du néant et se laissa dériver au milieu de la mer d’étoiles.

C’était une Ville si vieille qu’elle en oubliait de compter. Elle était déjà âgée lors de la découverte de l’Humanité ; ses plus anciens souvenirs dataient d’avant la déchirure, même s’il lui était difficile aujourd’hui de remonter aussi loin dans le labyrinthe de ses pensées. Son esprit partait en lambeaux et cela l’effrayait bien plus que le durcissement de ses chairs et la perte de sensibilité de ses quartiers périphériques, dont les rues desséchées se fendillaient de rides. La mort s’attaquait d’abord à la mémoire. Un jour, ceux de son espèce la découvriraient dans un repli de l’espace profond, les rues crevassées de plaies béantes, les dômes crevés. Elle ne répondrait ni aux signaux ni aux caresses, elle ne saurait plus rien.

Avant d’avoir consumé toute sa mémoire, il lui restait à achever l’ouvrage qu’elle avait entrepris des millénaires plus tôt, quand elle se souvenait encore d’œuvres réalisées collectivement, avec tout le Troupeau. »

Extrait de : J.C Dunyach + Ayerdhal. « Étoiles mourantes. »