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Le syndrome des baleines par Ayerdhal

Fiche de Le syndrome des baleines
Titre : Le syndrome des baleines (Tome 1 sur 2 – Le chant du Drille)
Auteur : Ayerdhal
Date de parution : 1992
Editeur : Fleuve noir
Première page de Le syndrome des baleines
« D’abord, le ciel est magenta, uniformément, avec pour tout décor la piécette pourpre de la naine aurorale quand, pour quelques heures, elle règne, seule et timorée, sur le monde. Depuis qu’elle s’est levée, aux pieds des arbres et des roches se devinent des flaques d’ombre d’ombres, plus éthérées encore que celles des lunes qui déchirent la nuit. Tout paraît sépia ou, comme l’eau, d’un violet très sombre, et l’œil doit s’adapter avant de distinguer les bistres, les ocre-rouille, les brique et toutes les confusions brunâtres aux dominantes de chaque couleur primitive. L’air est vibrant d’émois pépiés, d’appétits gazouillants, de bourdonnements et de caquètements affairés, d’un million de sons qui se fondent ou se heurtent dans un chœur allègre et léger.
C’est l’instant quotidien du Chant du Drille.
L’atmosphère est à la balade, le regard pèlerin, et soudain l’on s’arrête, le cœur se ralentit sensiblement, l’esprit ne demande qu’à s’asseoir sur cette souche moussue et l’on prend enfin conscience d’une mélodie cristalline et syncopée. C’est un soprano limpide qui s’envole au-delà des tympans humains et les silences de ces ultrasons brisent le Chant d’une arythmie dont le cerveau s’abreuve jusqu’à l’ivresse. Une deuxième voix s’insinue dans les aigus, sur un autre thème, selon une autre mesure, comme s’il n’existait aucune relation musicale entre les deux ménestrels. D’autres timbres jaillissent, d’autres harmoniques viennent se confondre et donnent à l’air la consistance des songes. Un compositeur, soit-il de génie, s’en arracherait l’imaginaire ! Le Chant du Drille est un délire d’individualités sonores dont chaque mélodie est délicieuse et entière, et dont le tout est le plus cohérent des univers musicaux. »
Extrait de : Ayerdhal. « Le syndrome des baleines – Le chant du Drille. »
Ely, l’esprit-miroir par Ayerdhal

Fiche de Ely, l’esprit-miroir
Titre : Ely, l’esprit-miroir (Tome 4 sur 4 – La bohême et l’ivraie)
Auteur : Ayerdhal
Date de parution : 1990
Editeur : Fleuve noir
Première page de Ely, l’esprit-miroir
« Cette fois, Ylvain jouait seul ; c’était sa décision, sa colère et sa partie, il avait préparé son action froidement et il l’accomplissait froidement. Pour commencer, il avait écarté ses amis et les avait placés sous la protection d’Ely. Personne sur Terre ne savait où ils étaient, personne ne pouvait les localiser, parce qu’il avait contraint sous faisceaux une équipe d’informaticiens à shunter tout ce qui concernait leur situation dans l’Ordinateur Central.
Ylvain s’était promené une semaine entière sans cesser de projeter des hallucinations ; en une semaine, il avait fait disparaître tous ses proches, un véritable hôpital mobile, deux navettes spatiales, plusieurs agraves et de quoi défendre une forteresse. Il avait agi seul, ne confiant à Ely que le rôle de cerbère. Ely avait protesté, puis râlé, puis elle s’était rendue à la raison d’Ylvain. Elle avait de toute façon fort à faire avec leurs blessés et, même si Lovak officiait comme infirmier et Jed comme assistant technique, elle ne manquait pas d’occupations. Son tour viendrait… »
Extrait de : Ayerdhal. « Ely l’Esprit-Miroir – La bohême et l’ivraie. »
La Naïa, hors limites par Ayerdhal

Fiche de La Naïa, hors limites
Titre : La Naïa, hors limites (Tome 3 sur 4 – La bohême et l’ivraie)
Auteur : Ayerdhal
Date de parution : 1990
Editeur : Fleuve noir
Première page de La Naïa, hors limites
« Dix-huit jours qu’ils étaient là, dix-huit jours, et la situation était devenue incontournable… Non : elle avait toujours été incontournable, c’était lui qui s’était réfugié dans l’espoir d’une issue facile et sereine. Mais cette fois, même lui était à bout de confiance. Il n’existait qu’une solution, qu’un choix et, de bien des façons, c’était la guerre… ouverte. Pourquoi avait-il autant de mal à l’admettre ? Il avait toujours su que cela finirait ainsi, ou commencerait… Et Made avait toujours eu raison, et tout le monde le savait, et il allait la laisser faire… « Enfin ! dirait-elle.
Une dernière fois, pour se laisser une chance de ne pas plonger tout de suite, Ylvain ressassa les événements de ces dernières semaines.
*
Il y avait eu l’atterrissage et, déjà, cela s’annonçait mal : on avait parqué leur astronef dans un recoin de l’astroport, entre de petits appareils militaires, près de la caserne.
— C’est pas bon ! avait commenté Djian Dju Yoon.
Djian savait de quoi il parlait : avant de travailler en indépendant, il avait servi comme astropilote dans la garde homéocrate. »
Extrait de : Ayerdhal. « la Naïa, hors limites – La bohême et l’ivraie. »
Made, concerto pour Salmen et Bohême par Ayerdhal

Fiche de Made, concerto pour Salmen et Bohême
Titre : Made, concerto pour Salmen et Bohême (Tome 2 sur 4 – La bohême et l’ivraie)
Auteur : Ayerdhal
Date de parution : 1990
Editeur : Fleuve noir
Première page de Made, concerto pour Salmen et Bohême
« Neuf jours qu’ils étaient revenus sur Chimë ! Neuf jours, et le Conseil ne se réunissait que maintenant ! Elle avait déjà attendu trois jours avant qu’Ennieh la reçût, en coup de vent et en dilettante : une demi-heure à l’écouter d’une oreille distraite, à l’interrompre tous les vingt mots et à répéter : « Nous verrons cela au Conseil. » Et là, dans la salle des maes, elle était obligée d’attendre encore son tour, contrainte de subir la bêtise bêlante des conseillers, la stupidité de Lagedt et la sénilité d’Anadar, et encore la bêtise d’un maes ou d’un autre. Dix fois qu’elle demandait la parole, dix fois qu’Ennieh ignorait le signal du tableau d’interventions pour la donner à d’autres. Elle ne comprenait pas, elle ne comprenait plus ; que s’était-il produit, que s’était-il abattu sur Chimë pour que l’Institut s’enlisât tout à coup dans cette torpeur bureaucrate et inepte ? Qu’était-il arrivé à Ennieh ? Se pouvait-il qu’Ylvain, par sa seule démonstration, chamboulât à ce point l’école et des siècles de bon fonctionnement ? »
Extrait de : Ayerdhal. « Made, concerto pour Salmen et Bohème – La bohême et l’ivraie. »
Ylvain, rêve de vie par Ayerdhal

Fiche de Ylvain, rêve de vie
Titre : Ylvain, rêve de vie (Tome 1 sur 4 – La bohême et l’ivraie)
Auteur : Ayerdhal
Date de parution : 1990
Editeur : Fleuve noir
Première page de Ylvain, rêve de vie
« La pierre était fraîche sous la soie du saroual, délicieusement fraîche. Elle se jouait de la tiédeur de son corps et de la brûlure du soleil, comme si elle refusait d’afficher une température qui ne fût pas la sienne ; été comme hiver, elle maintenait ses dix-huit degrés ; les ondes de chaleur stagnaient à quelques centimètres de sa rugosité, la glace n’y avait aucune prise. La pierre de Myve traversait les siècles de sa seule obstination à n’être qu’elle ; il fallait la conserver des semaines entières au zéro kelvin ou des heures au cœur d’une étoile pour que, d’une seule déflagration, elle volât en atomes. La pierre de Myve était vivante ; on pouvait la sculpter, la façonner, la tailler, la recouvrir, la broyer, on pouvait la tuer, mais jamais courber son isothermie.
Assis sur une dalle de Myve, adossé contre un mur de Myve, face aux feux d’un après-midi torride, le jeune homme goûtait l’indépendance de ses rêves, des rêves de Myve. L’idée d’être aussi inflexible que la pierre lui procurait la satisfaction d’attendre là, sans regards impatients vers cette porte qui ne coulissait pas. Il attendait, l’esprit au repos, seulement conscient d’être le dernier à attendre. »
Extrait de : Ayerdhal. « Ylvain, rêve de vie – La bohême et l’ivraie. »
Sexomorphoses par Ayerdhal

Fiche de Sexomorphoses
Titre : Sexomorphoses (Tome 2 sur 2 – Cycle du Daym)
Auteur : Ayerdhal
Date de parution : 1994
Editeur : J’ai lu
Première page de Sexomorphoses
« C’était une pièce vide : un seul mur circulaire courant entre le sol et le plafond – bruts de béton, blancs – pour, de ses deux extrémités, rejoindre la porte. Ni fenêtre, ni digit, ni poussière, ni éclairage, il y avait juste un champ gravifique au centre et, dans la bulle d’impesanteur qu’il entretenait, un corps parfaitement nu. Il s’agissait d’un corps de femme, une belle femme suspendue allongée, bras et jambes ouverts, ballants, ses longs cheveux blonds dégoulinant sans mouvement de son crâne rejeté en arrière. Elle avait les yeux clos, elle respirait à peine. Inerte, plus molle que souple, elle flottait physiquement entre bas et haut, elle ondoyait entre somnolence et concentration.
D’une seule déferlante, cette vague cérébrale se communiqua à tout l’épiderme, le hérissant d’un bout à l’autre d’aiguilles invisibles, comme si les nerfs eux-mêmes se déchargeaient de leur électricité, mais il ne pouvait pas s’agir d’un potentiel interne tant il était faramineux. Une étoile n’eût pu communiquer ou absorber une telle énergie ; le corps se tendit simplement d’une élongation crispée et la tête se redressa, les paupières béantes, les yeux exorbités, plus bleus et striés d’acier qu’ils ne l’avaient jamais été. »
Extrait de : Ayerdhal. « Sexomorphoses – Cycle du Daym. »
L’histrion par Ayerdhal

Fiche de L’histrion
Titre : L’histrion (Tome 1 sur 2 – Cycle du Daym)
Auteur : Ayerdhal
Date de parution : 1993
Editeur : J’ai lu
Première page de L’histrion
« Il ou elle s’appelait Aimlin, ou Aimline, cela se prononçait de la même façon. Il-ou-elle était hermaphrodite sexomorphe et ne le revendiquait plus depuis longtemps : il-ou-elle avait passé l’âge des provocations, sans avoir gagné en maturité. En fait, il-ou-elle était mûr-e depuis longtemps, depuis les premières vexations, depuis la constatation que certaines différences se paient chèrement. Et si Aimline taisait maintenant sa très délicate particularité, c’était qu’il-ou-elle avait fait le tour des humiliations et celui des revanches et que, tout bien pesé, l’amertume des unes était plus prononcée que le miel des autres.
Très vite, Aimlin avait dû partager sa vie en deux. Il y avait les lieux et les gens qui le connaissaient femme et ceux qui le vivaient au masculin. Il n’y avait d’ailleurs plus beaucoup d’endroits où l’on se souvenait d’elle : cela faisait deux ans qu’il n’avait pas changé de sexe. Vers la fin de l’adolescence, les sexomorphoses étaient devenues de plus en plus douloureuses et déséquilibrantes, jusqu’à lui être insupportables. Une dernière année, elle avait vécu dans son corps de naïade, puis elle s’était faite il et il demeurait homme, c’était plus facile dans les milieux où il évoluait. De toute façon, quelle que fût sa sexuation, il-ou-elle n’aimait pas beaucoup les mâles. »
Extrait de : Ayerdhal. « L’histrion – Cycle du Daym. »
L’oeil du Spad par Ayerdhal

Fiche de L’oeil du Spad
Titre : L’oeil du Spad (Tome 4 sur 4 – Cybione)
Auteur : Ayerdhal
Date de parution : 2003
Editeur : Au diable Vauvert
Première page de L’oeil du Spad
« Vous m’avez demandé de raconter ? Je raconte.
Elle est là : à deux cents mètres de moi, légèrement en contrebas, assise sur un reste de couverture isolante que zieutent deux zonards plus sales que blêmes, défoncés. Elle est là, avachie sur son bout de tissu, le dos rond, la sébile tendue au hasard vers une obole qu’aucun passant ne lui offrira, parce que ce n’est pas l’heure, pas la bonne vague, seulement le flux du troupeau qui transite des bureaux à ses foyers. Elle a le teint cireux, la peau craquelée, le regard rouge et vitreux, les cheveux blancs et secs, la lèvre bleue de froid. Elle est vieille, mais pas tellement en âge. Elle est vieille d’une vieillesse qui se compte en heures de mendicité, en journées trop longues de mauvaises faims, en nuits interminables d’inconfort. Elle est une guenille fripée fagotée de hardes puantes, et les zonards la guettent comme le chien surveille l’assiette du chat, espérant que le maître tourne le dos. Ils tiennent l’affaire de la soirée : un demi-mètre carré de toile isolante dont ils tireront cinq, peut-être dix stellars, une ou deux doses de tue-rêves glauque. »
Extrait de : Ayerdhal. « L’Oeil du Spad – Cybione. »
Keelsom, Jahnaïc par Ayerdhal

Fiche de Keelsom, Jahnaïc
Titre : Keelsom, Jahnaïc (Tome 3 sur 4 – Cybione)
Auteur : Ayerdhal
Date de parution : 2001
Editeur : Au diable Vauvert
Première page de Keelsom, Jahnaïc
« L’aéro quitte le drome gouvernemental à neuf heures douze (heure solaire). Il contourne largement Keelsom, la capitale planétaire, pour prendre la direction du sud, rejoignant la côte qu’il longe sur plus de cent kilomètres avant de franchir le bras de mer séparant les deux plus grosses îles de l’archipel. C’est un appareil bâtard issu du croisement entre un agrave collectif et une navette de transport, dont le système de propulsion est lui-même le fruit de greffes douteuses mal identifiables, indubitablement bruyant et polluant, qui peine à maintenir une vitesse acceptable. Outre le pilote et son second, il emporte trente-six passagers, dont un vice-ministre, ses trois assistants, un conseiller technique, leurs gardes du corps, un bataillon d’élite de l’armée, Elyia Nahm et son guide officiel, pompeusement qualifié d’agent de relations extérieures. Devant eux, un aéro plus léger et beaucoup plus maniable sert de poisson-pilote. Derrière, deux chasseurs rapides assurent la sécurité du convoi. »
Extrait de : Ayerdhal. « Keelsom Jahnaïc – Cybione
Polytan par Ayerdhal

Fiche de Polytan
Titre : Polytan (Tome 2 sur 4 – Cybione)
Auteur : Ayerdhal
Date de parution : 1994
Editeur : J’ai lu
Première page de Polytan
« Depuis le temps qu’elle connaissait Saryll (93 ans !), Elyia n’aurait pas dû avoir encore à s’étonner, mais c’était
plus fort que les liens qu’ils avaient entretenus – ces piètres années d’amour subjugué, celles infâmes de dépendance servile et leurs décennies de haine –, il réussissait toujours à surprendre l’innocence dont elle se croyait défaite.
« Bran de bran ! se morigénait-elle. Après autant de morts, comment puis-je être aussi conne ? »
Elle était morte des dizaines de fois pour lui, et à peine moins par lui. Pas directement, bien sûr – il ne l’avait probablement tuée qu’une fois, la première –, mais de la même façon qu’elle travaillait pour son Agence, elle mourait de ses Spads, ces chiens de garde invisibles qui ne savaient que garder Elyia Nahm au service d’Ender. Qu’à la fin d’une mission, elle fasse mine de ne pas revenir et un Spad la frappait, de dos, pour lui faire réintégrer sa cuve Phénix d’un voyage définitif. C’était facile, incontournable, il suffisait que sa vie s’efface pour que l’ansible, dont un génie malade avait doté ses cellules de culture, avertisse le biosynthétiseur de mettre en route une autre Elyia, identique, parfaite, amnésique de tout ce que sa mort avait emporté. »
Extrait de : Ayerdhal. « Polytan – Cybione. »