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L’adieu au Connemara par Hervé Jaouen

Fiche de L’adieu au Connemara
Titre : L’adieu au Connemara
Auteur : Hervé Jaouen
Date de parution : 2003
Editeur : Presses de la cité
Première page de L’adieu au Connemara
« Comme il avait perdu l’espoir qu’un seul d’entre eux survive, Sean Maloney usa ses dernières forces à creuser leurs tombes à tous sur le chemin du lac, dans le petit cimetière d’Inishconga, en face de l’îlot du même nom. Courbé sur sa houe, à l’intérieur de l’enclos cerné d’ifs, sous un rejet de frêne, de Kathleen, sa femme, Sean Maloney creusa, creusa la fosse. Jour après jour, alors que ses bras et ses jambes faiblissaient, de chacun de leurs six enfants Sean Maloney creusa, creusa le trou. Épuisé, il creusa le sien, en espérant bien succomber le dernier. Comme il n’y aurait plus personne pour l’ensevelir, il n’attendait du Très-Haut que la grâce ultime de lui accorder la force de ramper sous la bruyère jusqu’à sa douve où il s’aplatirait comme un crapaud pour rendre l’âme, recroquevillé sur lui-même comme tous les morts de faim. »
Extrait de : H. Jaouen. « L’adieu au Connemara. »
Hôpital souterrain par Hervé Jaouen

Fiche de Hôpital souterrain
Titre : Hôpital souterrain
Auteur : Hervé Jaouen
Date de parution : 1990
Editeur : Gallimard
Première page de Hôpital souterrain
« Du plus loin qu’il se souvînt, l’angoisse était présente, changeante, protéiforme – parfois colombe apprivoisée qui se niche au creux de la poitrine et respire faiblement ; tantôt cafard qui ronge, lime ses pattes les unes contre les autres, écrivant une musique aux aigus métalliques ; souvent fleur vénéneuse éclose le soir et fanée au matin ; toujours livre impénétrable dont les pages de papier bible s’envolent au moindre souffle et desquelles s’échappent, ainsi que des moucherons, des hiéroglyphes en grappes, angoisses illisibles.
Oui, du plus loin qu’il se souvînt, il avait craint que ces angoisses des matins et des soirs ne se réunissent un jour jusqu’à former une boule qui l’étoufferait.
Et dès que sa fille vint au monde, il craignit pour sa vie.
Il avait craint l’accident à la sortie de l’école, l’empoisonnement, la strangulation, la noyade et autres peurs somme toute normales et banales d’un père fou d’amour, mais jamais il n’aurait imaginé, du fond du puits de ses terreurs nocturnes, qu’Angeline eût pu disparaître sans laisser de traces. »
Extrait de : H. Jaouen. « Hôpital souterrain. »
Histoire d’ombres par Hervé Jaouen

Fiche de Histoire d’ombres
Titre : Histoire d’ombres
Auteur : Hervé Jaouen
Date de parution : 2004
Editeur : Denoël
Première page de Histoire d’ombres
« Juin 1984, Pierrelégier (Suisse).
Je ne m’appelle plus Ralph Bakchine.
J’ai changé d’identité et c’est drôle de le dire.
De l’écrire…
Aujourd’hui, c’est presque un anniversaire : voilà un an que je vis en Suisse, avec Jeanne. Jeanne et sa sœur. Mais la sœur n’est que l’ombre de Jeanne et elle n’a aucune importance dans cette histoire.
Je les aide à tenir le Café-restaurant de la Poste. Je suis devenu barman, pizzaïolo, plongeur, homme à tout faire.
Jeanne est une fille étrange, je parlerai d’elle plus tard.
Si j’ai entrepris de terminer ce journal, de mettre un point final à cette histoire, c’est pour que nul n’ignore la vérité.
Que je ne laisse rien dans l’ombre, après moi. »
Extrait de : H. Jaouen. « Histoire d’ombres. »
Gwaz-Ru par Hervé Jaouen

Fiche de Gwaz-Ru
Titre : Gwaz-Ru
Auteur : Hervé Jaouen
Date de parution : 2013
Editeur : Presses de la cité
Première page de Gwaz-Ru
« À la grande surprise du jeune brigadier qui tenait le volant, la Juvaquatre de la gendarmerie de Quimper déboucha route de Bénodet, près du lieu-dit Moulin des Landes.
— Merde alors, dit-il, c’est la fin de la garenne.
— Ouais, tour nul, dit son supérieur, un maréchal des logis blanchi sous un képi lustré par quelque vingt ans de fidélité à des régimes antagoniques.
D’origine rurale, le chef maniait naturellement des tournures vernaculaires, parfois hermétiques à l’entendement du brigadier, un Brestois non bretonnant. Mais là, c’était clair. Tour nul : chou blanc. Ils étaient passés devant la ferme de Goarem-Treuz sans la voir. Pourtant, d’après la carte d’état-major, il n’y avait pas trente-six fermes le long de cette garenne qu’ils avaient parcourue d’un bout à l’autre, à partir de la route de Concarneau. »
Extrait de : H. Jaouen. « Gwaz-Ru. »
Flora des Embruns par Hervé Jaouen

Fiche de Flora des Embruns
Titre : Flora des Embruns
Auteur : Hervé Jaouen
Date de parution : 1991
Editeur : Presses de la cité
Première page de Flora des Embruns
« Jamais Grand-rue n’avait mieux mérité son nom. Elle était née au pont sur la Virgule – maigre ruisseau côtier qui prenait sa source dans les collines au-dessus de la palud pour se jeter dans l’aber et y perdre son identité au rythme des marées – en même temps que le moulin à mer construit sous le règne de Louis XIV, sa première borne. Sa seconde borne extrême avait été élevée un siècle plus tard : sur la grève, épaulée aux rochers, une digue où venaient accoster les sardiniers et les chalutiers à voiles couleur tabac. Les pêcheurs y vendaient leur marée à une poignée de commerçants et hôteliers venus des bourgs ruraux alentour. Bientôt l’on avait bâti des abris, des maisons de pêcheurs – une pièce en bas, une pièce en haut éclairée par une mansarde ou un chien assis –, et puis au gré des ventes de terrains et des bonnes fortunes de mer, les lèvres de l’aber s’étaient chaussées de dents disparates, blanches et bleu ardoise, jusqu’à former une ligne continue de l’océan au Moulin du Pont. »
Extrait de : H. Jaouen. « Flora des embruns. »
Fleur d’achélème par Hervé Jaouen

Fiche de Fleur d’achélème
Titre : Fleur d’achélème
Auteur : Hervé Jaouen
Date de parution : 2007
Editeur : Editions diabase
Première page de Fleur d’achélème
« C’est à l’occasion de son vingtième anniversaire, en 1966, que Bernard reçut la première lettre de Lucienne. Contrairement à l’indifférence qu’il feignit devant Marie-Claude, il fut flatté et amusé d’y lire sous l’autodérision une espèce de regret amoureux – sans doute Lucienne l’avait-elle aimé, et peut-être l’aimait-elle encore, après tout, ce qui serait assez drolatique. À vingt ans, il portait déjà un regard sans faiblesse sur le passé récent, et pourtant si lointain, de leur bande de copains.
Comme beaucoup de couples de leur génération, Marie-Claude et Bernard étaient entrés brutalement dans l’âge adulte. À force de faire l’amour à la sauvette dans des conditions et des postures rendant périlleuse la pratique du coït interrompu, ils avaient fabriqué un gosse. Ils ne le prirent pas comme une tuile. Puisqu’ils s’aimaient depuis leur quinzième printemps, quoi de plus naturel que de se marier à dix-neuf ans, quand on y gagne en plus son indépendance vis-à-vis du milieu familial ? »
Extrait de : H. Jaouen. « Fleur d’achélème. »
Eux autres, de Goarem-Treuz par Hervé Jaouen

Fiche de Eux autres, de Goarem-Treuz
Titre : Eux autres, de Goarem-Treuz
Auteur : Hervé Jaouen
Date de parution : 2014
Editeur : Presses de la cité
Première page de Eux autres, de Goarem-Treuz
« En Bretagne, un jour lointain, des endroits anonymes furent baptisés d’après une particularité du lieu ou de ses occupants, par exemple Kerbreudeur, la ferme des frères (sous-entendu, et supposé connu de tous : autrefois tenue par des frères célibataires) ; Kergluz, parce que le ruisseau voisin regorgeait de truites ; Ker Favglas, des terres ingrates où un fantaisiste tenta, et réussit peut-être, la culture des haricots verts. Plus amusant, en plein cœur de l’Argoat, un Kerholen, littéralement la ferme du sel, toponyme des plus énigmatiques (y aurait-il une mine de sel dans les environs ?), sauf si l’on sait qu’il fut inventé par des journaliers farceurs pour se moquer de leur patronne qui avait la mauvaise habitude de laisser tomber la salière dans la marmite du pot-au-feu. »
Extrait de : H. Jaouen. « Entre autres, de Goarem-Treuz. »
Dans l’oeil du schizo par Hervé Jaouen

Fiche de Dans l’oeil du schizo
Titre : Dans l’oeil du schizo
Auteur : Hervé Jaouen
Date de parution : 2012
Editeur : Presses de la cité
Première page de Dans l’oeil du schizo
« Cloîtré dans son bureau aménagé sous les combles de la villa familiale, le 13 février 2011 Jean-Luc Gouézec entama une correspondance des plus surprenantes de la part d’un jeune cadre supérieur chargé des risques industriels chez un courtier en assurances d’envergure nationale. »
Extrait de : H. Jaouen. « Dans l’oeil du schizo. »
Coup de chaleur par Hervé Jaouen

Fiche de Coup de chaleur
Titre : Coup de chaleur
Auteur : Hervé Jaouen
Date de parution : 1987
Editeur : Les éditions de la Chapelle
Première page de Coup de chaleur
« — Racaille ! dit le maire, et cette constatation lui arracha un sourire méprisant.
Il portait un costume blanc cassé, ample et confortable, qui dissimulait les faiblesses de l’âge d’un corps d’ancien sportif dont l’armature s’amollissait doucement. Un mètre quatre-vingt-dix, cent huit kilos. Une masse. Un marteau-pilon qui, trente ans plus tôt, clouait les adversaires sur les planches graisseuses des rings de catch à quatre. Au temps de sa gloire dérisoire n’avait-il pas adopté pour nom de scène le pseudonyme de Charles Martel ?
Pseudonyme doublement significatif : marteau/martel, bien entendu, mais aussi hommage rendu à son illustre prédécesseur qui avait arrêté les Arabes à Poitiers.
Et seulement à Poitiers. »
Extrait de : H. Jaouen. « Coup de chaleur. »
Connemara queen par Hervé Jaouen

Fiche de Connemara queen
Titre : Connemara queen
Auteur : Hervé Jaouen
Date de parution : 1990
Editeur : Denoël
Première page de Connemara queen
« Le car-ferry a fait machine arrière et les hélices ont brassé la vase du port de Rosslare. Accoudé au bastingage du pont supérieur, j’ai regardé ce limon bouillonner en nuages épais, et c’était comme si tout ce temps passé en Angleterre remontait à la surface, comme si se décollait une caille noire et puante du fond de la cuvette de Birmingham, cette fosse géante où la civilisation industrielle s’était soulagée sur ma tête pendant sept ans pour me punir d’avoir brisé les miroirs de mon âme.
J’ai pensé que dans ce marc de la mer une voyante aurait pu lire mon avenir. Une voyante ? À quoi bon. Je pouvais me tirer les cartes moi-même. Aussi sûrement que l’eau du port allait se décanter et la vase se reposer, j’allais épouser Claire, lui faire des enfants et vieillir sur cette terre d’Irlande que je n’aurais jamais dû quitter. Mon avenir était tracé au cordeau, depuis avant-hier. »
Extrait de : H. Jaouen. « Connemara Queen. »