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Un tour en Arkadie par Francine Pelletier

Fiche de Un tour en Arkadie

Titre : Un tour en Arkadie
Auteur : Francine Pelletier
Date de parution : 2009
Editeur : Editions Alire

Première page de Un tour en Arkadie

« Il y aurait un temple, avait indiqué Christane ; le temple d’Artémis.

Frédérique ignorait quelle secte se livrait à l’adoration de cette déesse, mais, apercevant plus haut un petit édifice au fronton soutenu par des colonnes, elle s’engagea dans le sentier escarpé. La montagne s’élevait à une hauteur vertigineuse ; son sommet était couronné de nuages et son pied noyé de brume. Une végétation maigre s’accrochait à ses flancs, une herbe rêche qui poussait de peine et de misère entre les rochers couverts de mousse. Au loin, Frédérique percevait des tintements de clochettes et des chevrotements en provenance d’un troupeau. Le berger, lui, demeurait invisible ; il ne semblait pas y avoir âme qui vive dans les parages. Ce n’était décidément pas une mise en scène très élaborée, et encore moins un endroit fréquenté. Sans doute était-ce la raison pour laquelle le « client » avait choisi ce lieu de rendez-vous. »

Extrait de : F. Pelletier. « Un tour en Arkadie. »

Si l’oiseau meurt par Francine Pelletier

Fiche de Si l’oiseau meurt

Titre : Si l’oiseau meurt
Auteur : Francine Pelletier
Date de parution : 2007
Editeur : Editions Alire

Première page de Si l’oiseau meurt

« Avec la conscience revint le désir.

À moins que ce ne fût le contraire, le désir provoquant l’étincelle, le mouvement vers la lumière ? Plus tard, il se questionnerait à ce propos, quand il aurait recouvré son intégrité, quand l’existence chez les Laganière ressemblerait à un rêve lointain. Sur le moment, ce fut une gêne, un vague malaise. Dans la simplicité de l’affection qu’il portait à Marthe, soudain émergea une chose encore indéfinie, et qui pourtant était mal. Un frémissement dans son corps, le durcissement de son membre. Le désir.

Ses longues jambes étendues devant lui, son torse à demi tourné vers Paul, il manipulait un jouet, l’un de ces cubes en bois peints sur lesquels étaient gravées les lettres de l’alphabet.

Paul lui prit le cube, le posa par terre entre eux.

— Regarde : m-a-n-u, Manu. C’est ton nom, ça. »

Extrait de : F. Pelletier. « Si l’oiseau meurt. »

Les jours de l’ombre par Francine Pelletier

Fiche de Les jours de l’ombre

Titre : Les jours de l’ombre
Auteur : Francine Pelletier
Date de parution : 2004
Editeur : Editions Alire

Première page de Les jours de l’ombre

« Le jour où l’œil commença à lui pousser, Sha’Ema sut qu’elle devait partir, quitter le village avant de jeter le déshonneur sur sa famille, son clan.

Il ne s’agissait encore que d’une toute petite bosse sous le sein gauche, un léger renflement sensible au toucher que Sha’Ema tâtait avec douceur devant le miroir de sa chambre. Avec un geste caressant pour ses seins, elle se redressa et contempla sa propre image. La bosse n’était pas encore très visible, mais Ema savait que cela ne tarderait pas à enfler, que la mince ligne d’une paupière s’y dessinerait… Car elle avait déjà vu un œil pareil. Dans le dos de sa mère. Le toucher innocent d’une enfant, une question naïve – « Qu’est-ce que tu as là, maman ? » –, et cette pâleur soudaine sur le visage de sa mère… Oui, Ema connaissait.

Quelques jours après, sa mère était partie. On avait trouvé son corps au fond d’un ravin, avec celui d’Ap’Éli. Au village, on avait conclu à la chute malencontreuse de deux amants – comme si Ap’Éli, un berger expérimenté, pouvait perdre pied dans les montagnes ; comme si Sha’Nima ne portait pas à son mari et à ses enfants un amour absolu. »

Extrait de : F. Pelletier. « Les jours de l’ombre. »

Le rendez-vous du désert par Francine Pelletier

Fiche de Le rendez-vous du désert

Titre : Le rendez-vous du désert
Auteur : Francine Pelletier
Date de parution : 1987
Editeur : Editions Paulines

Première page de Le rendez-vous du désert

« Coril s’efforçait de respirer avec lenteur. L’air qui s’engouffrait dans ses poumons lui brûlait la gorge au passage. La jeune fille en était toute desséchée en dedans, comme une outre vide restée trop longtemps au soleil. Elle aurait bien voulu défaire le turban qui enveloppait sa tête, ou retirer son grand manteau.

Coril se tenait debout sur un rocher. Autour, il n’y avait que le désert. Des rochers acérés, comme celui sur lequel elle était juchée. Du sable, aussi. À ses pieds s’étendait un sentier. Il formait un creux dans le désert. De chaque côté, les rochers montaient en pente douce. En haut, à certains endroits, il y avait des monticules rectangulaires, recouverts de sable. Qu’est-ce que ça pouvait bien être ? Coril n’en savait rien. Elle n’était qu’une adolescente de quinze ans – enfin, de presque quinze ans – qui venait de quitter sa ferme natale. Elle avait marché dans le désert pendant toute la journée. Elle en était à la fois très fière et très fatiguée. »

Extrait de : F. Pelletier. « Le rendez-vous du désert. »

Les eaux de Jade par Francine Pelletier

Fiche de Les eaux de Jade

Titre : Les eaux de Jade (Tome 5 sur 5 – Les aventures d’Arialde)
Auteur : Francine Pelletier
Date de parution : 2000
Editeur : Médiaspaul

Première page de Les eaux de Jade

« Ce printemps-là, il avait plu en abondance, un véritable déluge qui semblait sans fin. L’eau ruisselant des montagnes et des collines formait des torrents dans les vallées, torrents qui couraient à leur tour gonfler les rivières. À Bourg-Paradis, on craignit les inondations pour la première fois dans l’histoire du village.

Bourg-Paradis était peuplé de chercheurs qui grognèrent à l’idée de voir leurs demeures, leurs laboratoires et, surtout, leurs travaux menacés par la crue printanière. Comment la Nature osait-elle s’en prendre à la Science ?
Les seuls à être ravis furent Mareuil, l’hydrographe, et l’agronome qui avait mis sur pied un plan d’ensemencement des terres inondables.

Toutefois, les plus malheureux furent sans conteste les enfants. Il n’y avait pas beaucoup d’enfants à Bourg-Paradis. »

Extrait de : F. Pelletier. « Les eaux de Jade – Les aventures d’Arialde. »

La saison de l’exil par Francine Pelletier

Fiche de La saison de l’exil

Titre : La saison de l’exil (Tome 4 sur 5 – Les aventures d’Arialde)
Auteur : Francine Pelletier
Date de parution : 1992
Editeur : Editions Paulines

Première page de La saison de l’exil

« Que peut bien fabriquer une ornithologue dans un endroit où il n’y a pas d’oiseau ni d’arbre, pas même le moindre atome d’oxygène ?

C’était la question que se posait Arialde Henke dans la navette qui amorçait sa descente vers Titan. Mains crispées aux accoudoirs de son fauteuil, la jeune femme fermait les yeux. De toute manière, il n’y avait rien à voir : pas de hublot, ni d’écran pour montrer aux passagers la surface où ils allaient se poser. Ce n’était pas nécessaire : Arialde avait vu suffisamment d’images de Titan pour savoir à quoi ressemblait sa destination.

Titan : pas même une planète, mais une lune de Saturne. Quant à elle, la planète géante n’était que rarement visible à partir de Titan, à cause des épais nuages de vapeur de méthane qui enveloppaient le satellite. De plus, un « smog », en haute atmosphère, dissimulait la surface de Titan aux yeux des voyageurs qui y arrivaient. Du fait de ce smog, Arialde savait que Titan serait apparu, sur les écrans, comme un globe d’un rouge brunâtre. »

Extrait de : F. Pelletier. « La saison de l’exil – Les aventures d’Arialde. »

Le septième écran par Francine Pelletier

Fiche de Le septième écran

Titre : Le septième écran (Tome 3 sur 5 – Les aventures d’Arialde)
Auteur : Francine Pelletier
Date de parution : 1992
Editeur : Editions Paulines

Première page de Le septième écran

« Quand on a toujours vécu au grand air, rien n’est plus exaspérant que de se retrouver enfermée dans une salle sans fenêtre, où se presse une foule tellement serrée qu’on ne peut esquisser le moindre mouvement sans écraser un pied ou heurter un dos. Quelle raison valable existait-il au monde pour accepter pareil calvaire ? Voilà la question que se posait avec amertume Arialde Henke, tandis qu’autour d’elle les congressistes joyeux s’agitaient bruyamment. Le brouhaha des voix rendait toute conversation indistincte. Au milieu de ce tumulte, une musique de fête devait jouer, mais il n’en restait rien d’audible. Quelle incroyable foire ! Arialde contemplait la foule avec incrédulité. À dix-neuf ans, la jeune femme avait quitté pour la première fois sa planète natale afin d’assister à ce congrès qui se tenait dans Agora, la station spatiale à proximité d’Arkadie. Ah ! Arkadie, c’était autre chose ! Arialde y avait grandi, dans son lointain village où l’on ne verrait jamais tant de monde. »

Extrait de : F. Pelletier. « Le septième écran – Les aventures d’Arialde. »

Le crime de l’enchanteresse par Francine Pelletier

Fiche de Le crime de l’enchanteresse

Titre : Le crime de l’enchanteresse (Tome 2 sur 5 – Les aventures d’Arialde)
Auteur : Francine Pelletier
Date de parution : 1989
Editeur : Editions Paulines

Première page de Le crime de l’enchanteresse

« Ce matin-là, Lisbelle Chatereau travaillait dans la mine comme à tous les jours. L’ouvrière se trouvait dans un boyau étroit et, sous sa commande, une haveuse avançait dans le vacarme de son moteur. Des éclats de pierre jaillissaient tout autour tandis que les lames de la machine attaquaient la paroi rocheuse. Le havage ne visait pas à creuser le roc : la machine striait la surface rocheuse pour faciliter l’abattage qui venait ensuite. D’autres machines suivaient plus loin derrière, dans le même conduit.

La haveuse couinait sous l’effort pour avancer régulièrement et Lisbelle devait interrompre fréquemment la progression de l’appareil pour en nettoyer les chenillettes engluées de boue.

Vêtue de sa combinaison bleue d’ouvrière-mineure, Lisbelle Chatereau guidait patiemment l’appareil. De son casque, la lampe projetait un rayon lumineux sur les parois de la mine. Parfois, une lueur brillait au passage de la lampe : un cristal emprisonné dans la roche. »

Extrait de : F. Pelletier. « Le crime de l’Enchanteresse – Les aventures d’Arialde. »

Mort sur le Redan par Francine Pelletier

Fiche de Mort sur le Redan

Titre : Mort sur le Redan (Tome 1 sur 5 – Les aventures d’Arialde)
Auteur : Francine Pelletier
Date de parution : 1988
Editeur : Editions Paulines

Première page de Mort sur le Redan

« Arialde Henke se trouvait sur une plateforme d’exploration. La jeune fille était petite et mince. En fait, son corps musclé n’avait rien de frêle. Elle se savait capable de traverser la rivière à la nage, s’il le fallait. Car Arialde avait l’habitude du grand air et sa peau brunie par le soleil avait presque la même couleur que ses cheveux.

Près d’elle, sur la plate-forme, se tenaient Ian Onieri et Luc Mareuil. Luc venait de la Terre alors que Ian, tout comme Arialde, était né ici sur la planète Arkadie. Les deux jeunes hommes travaillaient au service de l’hydrographie.

La plate-forme se déplaçait lentement au-dessus de la rivière. Ses suspenseurs troublaient à peine la surface de l’eau. Sur les rives, des arbres se courbaient jusqu’à toucher la surface, des buissons poussaient presque au milieu du courant. D’ailleurs, la région était marécageuse, ponctuée d’étangs où affleuraient de longues herbes. La rivière verdissait à cause de toute cette végétation et, sous le soleil matinal, elle prenait la couleur du jade. D’où son nom : la Jadière. »

Extrait de : F. Pelletier. « Mort sur le Redan – Les aventures d’Arialde. »

Issabel de Qohosaten par Francine Pelletier

Fiche de Issabel de Qohosaten

Titre : Issabel de Qohosaten (Tome 3 sur 3 – Le sable et l’acier)
Auteur : Francine Pelletier
Date de parution : 1998
Editeur : Editions Alire

Première page de Issabel de Qohosaten

« Elle avait été femme, autrefois. En témoignaient les seins flasques, bourses dérisoires qui pendaient sur sa poitrine dénudée.

Elle avait oublié jusqu’à son nom. Elle existait, pourtant, elle respirait. Immobile telle une pierre. Immobile, tenant une pierre. À bout de bras. Prête à frapper. Aux aguets. Car il faut rester aux aguets pour survivre dans la Désolation. Son pagne achevait de tomber en lambeaux sur ses cuisses maigres cuites par le soleil ardent, creusées de sillons par le vent et la poussière. Ses cuisses, ses bras, son visage – semblables aux angles des collines.

Sous le rocher, seul un frémissement signalait la présence du rongeur. Une proie. Un être vivant. Comme elle. Un être de chair et de sang – du sang dont elle s’abreuverait pour que le sien, son sang, coule encore dans ses veines.

Elle tressaillit soudain. Quittant le rocher où se terrait sa proie, son regard se leva vers le ciel. Il n’y avait rien, là-haut, que la grisaille infinie des nuages. Pourtant… Quelque chose était arrivé. Quelque chose… qu’elle n’avait pas senti depuis longtemps.

Troublée, elle reporta son regard vers le rocher. Le rongeur n’allait pas tarder à pointer son museau dans l’air tiédi du soir tombant. Alors, il s’agirait d’être plus vive que lui. Plus vivante que lui. »

Extrait de : F. Pelletier. « Issabel de Qohosaten – Le sable et l’acier. »