Étiquette : Fleuve noir

 

La machine maîtresse par Christopher Stork

Fiche de La machine maîtresse

Titre : La machine maîtresse
Auteur : Christopher Stork
Date de parution : 1982
Editeur : Fleuve noir

Première page de La machine maîtresse

« Nuit du 30 au 31 août 2012

Je suis le plus malheureux des hommes. Pas seulement des hommes de ce temps mais des hommes de tous les temps. La tragédie que je vis n’a pas d’équivalent dans l’Histoire, ni même dans les mythes et les légendes de l’humanité. Pygmalion, Prométhée, Faust n’ont pas vécu un drame comparable à celui dans lequel je me débats depuis des mois.

Le temps de prendre une décision approche et, plus il approche, plus je suis indécis. Au point d’avoir envie de me donner la mort rien que pour échapper à l’échéance. Pandora doit-elle vivre et moi dois-je vivre avec elle ? Mais à quel prix ! Ou bien dois-je la rendre à ceux qui l’ont conçue ? Mais se laissera-t-elle faire ? Et eux, qu’en feront-ils ? Ne vont-ils pas détruire ce qu’elle est devenue avec moi, ne vont-ils pas… la tuer ? Rien que d’écrire ces quatre lettres sur ma page me révolte, me bouleverse, m’arrache des larmes, ces larmes que je verse si facilement depuis quelque temps. »

Extrait de : C. Stork. « La machine maîtresse. »

La femme invisible par Christopher Stork

Fiche de La femme invisible

Titre : La femme invisible
Auteur : Christopher Stork
Date de parution : 1981
Editeur : Fleuve noir

Première page de La femme invisible

« Carole Gray regarda ses mains et poussa un soupir de découragement. Décidément, rien n’y faisait, ni les crèmes, ni les lotions, ni les soins de la manucure. Ses doigts, rongés par les acides et les divers produits qu’elle manipulait dans son laboratoire, étaient rêches et râpeux. « Comme une langue de chat, disait Michael en riant, et il y a des moments où ce n’est pas du tout désagréable. » « Des mains de lavandière, oui ! songea Carole en débouchant son flacon de vernis à ongles avec un haussement d’épaules. Et encore ! Une lavandière au moins a les mains propres ! Moi, avec ces taches brunes ou vertes, j’ai l’air d’avoir une maladie de peau ! Je me demande bien pourquoi je me donne la peine de mettre ce vernis… Et pourquoi, d’ailleurs, je me donne la peine de sortir ce soir… Ces Malcolm sont horriblement ennuyeux… »
Elle faillit reboucher le flacon, puis interrompit son geste et se regarda dans la glace de sa coiffeuse. »

Extrait de : C. Stork. « La femme invisible. »

La dernière syllabe du temps par Christopher Stork

Fiche de La dernière syllabe du temps

Titre : La dernière syllabe du temps
Auteur : Christopher Stork
Date de parution : 1983
Editeur : Fleuve noir

Première page de La dernière syllabe du temps

« La pièce était deux fois plus longue que large et totalement démunie de fenêtres. Elle aurait ressemblé assez exactement à l’intérieur d’un bunker ou d’une casemate si ses murs et son plafond n’avaient été recouverts de curieux bourrelets cylindriques qui avaient un peu l’apparence de colonnes cannelées, coupées en deux dans le sens de la hauteur.

Le général Bruce Bean passa la main sur un des bourrelets et le sentit céder sous la pression. Il se tourna vers l’homme en blouse blanche qui se tenait à côté de lui.

— Qu’est-ce que c’est que ce rembourrage ? demanda-t-il à mi-voix.

— Un revêtement absorbant, mon général, répondit l’homme en blouse blanche ; un composé d’amiante, de coton de verre et de mousse en polystyrène expansé. Il est à la fois flexible et poreux, ce qui veut dire qu’il absorbe aussi bien les fréquences graves que les aiguës et évite de ce fait tout danger de réverbération. Vous avez certainement remarqué que nos voix n’ont ici aucun effet d’écho et que… »

Extrait de : C. Stork. « La dernière syllabe du temps. »

L’usage de l’ascenseur est interdit aux enfants de moins de quatorze ans non accompagnés par Christopher Stork

Fiche de L’usage de l’ascenseur est interdit aux enfants de moins de quatorze ans non accompagnés

Titre : L’usage de l’ascenseur est interdit aux enfants de moins de quatorze ans non accompagnés
Auteur : Christopher Stork
Date de parution : 1980
Editeur : Fleuve noir

Première page de L’usage de l’ascenseur est interdit aux enfants de moins de quatorze ans non accompagnés

« On n’a jamais su au juste quand les gosses s’étaient posés. Après coup, bien sûr, des gens ont prétendu les avoir repérés dès le début. Si c’est vrai, on se demande ce qu’ils attendaient pour prévenir les autres. Moi, je crois que personne ne s’est rendu compte de quoi que ce soit jusqu’au moment où les gosses sont devenus si nombreux et si puissants qu’il n’y avait plus rien à faire.
On ne sait pas non plus d’où ils venaient ni comment ils sont arrivés. Là encore, il y a eu des savants et des spécialistes en tout genre pour lancer des tas d’idées sur la question. Certains ont même prétendu avoir trouvé des traces de l’atterrissage des gosses, généralement dans des coins comme le Sahara ou le Kalahari. Moi, je veux bien, mais, franchement, qu’est-ce que ça change ? Les gosses sont venus puis ils sont repartis après avoir foutu toute la planète en l’air. Qu’ils soient allés sur Sirius, Bételgeuse ou Alpha du Centaure, qu’est-ce que ça peut nous faire ? »

Extrait de : C. Stork. « L’usage de l’ascenseur est interdit aux enfants de moins de quatorze ans non accompagnés. »

L’ordre établi par Christopher Stork

Fiche de L’ordre établi

Titre : L’ordre établi
Auteur : Christopher Stork
Date de parution : 1979
Editeur : Fleuve noir

Première page de L’ordre établi

« Sur plus d’un kilomètre, le terrain rocailleux avait été rasé, retourné par les bulldozers puis passé au lance-flammes, ce qui donnait au sol un aspect bitumeux. La route qui le traversait paraissait très blanche par contraste, ainsi que les bâtiments du Centre d’Aide Médicale Extérieure qui s’étendaient à l’horizon. Au-delà, une quadruple rangée de barbelés électrifiés s’allongeait à perte de vue, surmontée de place en place par la silhouette des miradors dressés contre le ciel gris.
Comme chaque fois qu’il apercevait le Centre, York se sentit pris d’un vague malaise. Le paysage n’avait pourtant rien d’inhabituel. C’était pareil tout autour de la ville. Pas mal de gens en faisaient même un but de promenade, le dimanche, en famille, et pendant toute son enfance, York y était venu avec les siens sans rien éprouver de particulier. Puis, un jour – il devait avoir treize ou quatorze ans, c’était juste avant qu’il n’attrape cette maladie dont il avait failli mourir – quelque chose l’avait désagréablement frappé dans ce spectacle. Comme si ces baraques, ces barbelés, ces miradors lui rappelaient un mauvais souvenir. »

Extrait de : C. Stork. « L’ordre établi. »

L’envers vaut l’endroit par Christopher Stork

Fiche de L’envers vaut l’endroit

Titre : L’envers vaut l’endroit
Auteur : Christopher Stork
Date de parution : 1984
Editeur : Fleuve noir

Première page de L’envers vaut l’endroit

« Rueisnom el eriaterces lareneg ed l’ U.N.O.,

Ej suov eirp ed erdnerp ettec erttel sert ua xueires. Nos ecnatropmi tse emrone ruop suov emmoc ruop suon…

Je vous demande infiniment nodrap… je veux dire : pardon. Sans m’en rendre compte, je m’adressais à vous dans notre langue. Je recommence donc :

Monsieur le secrétaire général de l’O.N.U.,

Je vous prie de prendre cette lettre très au sérieux. Son importance est énorme pour vous comme pour nous. Elle concerne en effet la survie d’une partie de l’humanité et, si j’ose ainsi m’exprimer, la surmort d’une autre. C’est au nom de celle-ci que je vous écris.

Qui sommes-nous ? Autant vous le dire tout de suite, ce sera chose faite : nous sommes les morts, les morts qui se trouvent parmi vous, sous une forme et dans des conditions évidemment très différentes des vôtres, mais qui n’en existent pas moins et commencent à subir, de façon inquiétante, le contrecoup des activités incohérentes des vivants. »

Extrait de : C. Stork. « L’envers vaut l’endroit. »

L’enfant de l’espace par Christopher Stork

Fiche de L’enfant de l’espace

Titre : L’enfant de l’espace
Auteur : Christopher Stork
Date de parution : 1985
Editeur : Fleuve noir

Première page de L’enfant de l’espace

« Le capitaine Leslie Granger s’assit sur le bord de sa couchette, regarda sa montre et, avec un sourire moqueur, arracha un feuillet au calendrier fixé à la cloison, au-dessus de sa tête.
C’était une copie fidèle de ces vieux éphémérides du XXe siècle, un gros bloc-notes qui comportait autant de pages que de jours dans l’année. Chaque page donnait une date ainsi que quelques indications démodées : le nom d’un saint, l’heure du lever et du coucher du soleil, les phases de la lune et, au verso, un proverbe, un dicton ou une citation extraite de la Bible.
Granger retourna le feuillet, lut le texte qui s’y trouvait imprimé et se mit à rire.
— « Tout vient à point à qui sait attendre », murmura-t-il ; on n’aurait pu imaginer une formule qui convienne mieux à notre situation !
Depuis notre départ, qu’avons-nous fait d’autre qu’attendre? Et, aujourd’hui, 1er juillet 2015, nous attendons encore, nous attendons que s’écoulent les cent quatre-vingts jours qui nous séparent de la Terre… C’est seulement alors, je suppose, que, si j’en crois ce proverbe, tout nous viendra à point… Que pourra bien être ce « tout », je me le… »

Extrait de : C. Stork. « L’enfant de l’espace. »

L’article de la mort par Christopher Stork

Fiche de L’article de la mort

Titre : L’article de la mort
Auteur : Christopher Stork
Date de parution : 1983
Editeur : Fleuve noir

Première page de L’article de la mort

« — Chéri, dit une voix très douce, pleine de tendresse et de gaieté, il est temps que tu te réveilles si tu veux arriver à l’heure au studio.

Gray Lee souleva pesamment les paupières, jeta un regard vague sur le paysage qui s’étendait devant lui : une longue plage de sable blanc sur laquelle venaient s’écraser des vagues aux reflets argentés, à l’ombre de cocotiers dont les palmes couleur jade se balançaient doucement sous la brise. Il poussa un grognement dégoûté et referma les yeux.

— Gray chéri, répéta la voix, toujours aussi tendre et gaie, fais un effort, mon amour… Tiens ! Veux-tu que je te masse la tête ? Cela te met en pleine forme d’habitude.

Gray Lee sentit un frôlement sur son front, puis sur ses tempes. Avec un nouveau grognement agacé, il se retourna d’un coup de reins. La caresse se poursuivit, de plus en plus insistante. »

Extrait de : C. Stork. « L’article de la mort. »

L’an II de la mafia par Christopher Stork

Fiche de L’an II de la mafia

Titre : L’an II de la mafia
Auteur : Christopher Stork
Date de parution : 1982
Editeur : Fleuve noir

Première page de L’an II de la mafia

« Au très puissant, très noble et très redoutable Don Antenore Mascalzone, roi des rois, patron des patrons, capo dei capi, cette chronique de ses hauts faits, cette geste des exploits par lesquels il devint le maître du monde, son très humble, très respectueux et très obéissant serviteur, Fra Omero Scribacchino…
 
Ce doit être sur ce ton-là que le vieux schnoque s’attend à me voir rédiger le texte qu’il m’a commandé. Il se goure, le vioque, il berlure, le débris ! Que je sois son secrétaire, soit, son bouffon, passe encore, mais son chroniqueur, jamais ! Moi, le Froissart, le Commynes de cet emplâtre ? Ou alors, oui,mais à ma manière, à ma main. Et, puisque bouffon il y a, c’est en bouffon que je parlerai de ce qui n’est, après tout, qu’une énorme bouffonnerie : la Mafia régnant sur la planète, oui, messieurs-dames, voilà où nous en sommes en l’an de disgrâce 1998, ou plutôt, comme on le dit maintenant, en l’an Il, Anno Mafia. »

Extrait de : C. Stork. « L’An II de la mafia. »

Je souffre pour vous… par Christopher Stork

Fiche de Je souffre pour vous…

Titre : Je souffre pour vous…
Auteur : Christopher Stork
Date de parution : 1987
Editeur : Fleuve noir

Première page de Je souffre pour vous…

« Honky Tonk était un petit inventeur besogneux, avec tout ce que cela comporte d’obscur, d’ingrat et de peu rentable. Non qu’il manquât de talent ni même d’un zeste de génie, mais il souffrait incurablement d’une absence totale de sens pratique. Il inventait pour le plaisir, sans se préoccuper un instant de savoir si ses trouvailles intéresseraient quiconque à part lui. Et, de fait, elles ne retenaient l’attention de personne tant elles étaient saugrenues ou d’une utilité discutable.
  Qui, par exemple, achèterait un peigne à laser capable de couper les cheveux en quatre, qui, sauf un philosophe, et encore? Ou une fourchette électronique destinée à retirer la perle d’une huître sans blesser la chair de ce mollusque lamellibranche ? Ou un électrophone dont la platine tourne à l’envers, donnant ainsi, selon Honky Tonk « une version entièrement nouvelle d’une œuvre musicale trop connue » ? »

Extrait de : C. Stork. « Je souffre pour vous… »