Étiquette : Fleuve noir
Ils étaient une fois… par Christopher Stork

Fiche de Ils étaient une fois…
Titre : Ils étaient une fois…
Auteur : Christopher Stork
Date de parution : 1986
Editeur : Fleuve noir
Première page de Ils étaient une fois…
« Ludovic Trin était un savant. Pas un de ces savants fous qui cherchent frénétiquement à mettre au point une arme absolue pour effacer toute trace de vie sur notre globe. Pas non plus un savant philanthrope penché sur ses éprouvettes avec l’espoir d’y trouver la liqueur d’immortalité ou la pilule du bonheur. Ni même un savant ambitieux, collectionnant les prix Nobel et les fauteuils d’académiciens. On aurait pu dire de Trin qu’il était un savant « pur », voué à ses seules recherches, sans se préoccuper un instant d’en tirer un profit quelconque, moral ou matériel.
Nanti d’une petite fortune grâce à des parents avisés et prévenants — prévenants au point d’être morts, tous deux, au moment précis où leur fils unique avait besoin d’argent pour mener à bien ses travaux — fuyant les hommes et leur cupidité, les femmes et leur séduction, Trin vivait seul avec un couple de domestiques, Cunégonde et Zéphyrin, dans un mas de Haute-Provence. »
Extrait de : C. Stork. « Ils étaient une fois… »
Il y a un temps fou… par Christopher Stork

Fiche de Il y a un temps fou…
Titre : Il y a un temps fou…
Auteur : Christopher Stork
Date de parution : 1980
Editeur : Fleuve noir
Première page de Il y a un temps fou…
« Ce qui m’arrive est tellement extraordinaire – et à certains égards tellement insensé – que je n’imagine pas comment j’oserais en parler à quelqu’un, même pas à Bertram et certainement pas à Paola. Je ne suis pas certain d’ailleurs d’arriver à en parler ici tant ma situation est aberrante et, au sens strict, indescriptible. D’autre part, je ne vois pas comment je pourrais supporter cette situation sans essayer d’y voir plus clair. Ces pages m’y aideront peut-être… Peut-être…
Tout a commencé il y a deux jours. J’étais rentré chez moi plus tôt que d’habitude parce qu’on avait fermé le labo, suite à la fissure découverte dans la chambre du synchrotron. Pour les techniciens, c’était une catastrophe, une expérience très prometteuse paraît-il, brutalement interrompue Pour nous, les laborantins, c’était plutôt une aubaine, un congé inespéré qui se prolongerait peut-être plusieurs jours.
J’avais d’abord pensé en profiter pour aller faire un tour au Jardin Anglais ou boire un verre à une terrasse, au soleil. Et puis j’y ai renoncé. Je me sentais fatigué. J’avais eu plusieurs services de nuit d’affilée au labo, ce qui faisait pas mal de sommeil en retard. Je suis donc allé directement chez moi et me suis mis devant la télé en me disant que ça m’endormirait encore plus vite. Ça n’a pas manqué. En plein milieu du discours de je ne sais plus quel homme politique, j’ai sombré. Jusque-là, rien que de normal. »
Extrait de : C. Stork. « Il y a un temps fou. »
Enjeu : le monde par Christopher Stork

Fiche de Enjeu : le monde
Titre : Enjeu : le monde
Auteur : Christopher Stork
Date de parution : 1979
Editeur : Fleuve noir
Première page de Enjeu : le monde
« Je viens de relire ces pages… et je n’arrive presque pas à concevoir que j’ai vécu ce qu’elles racontent. Tout cela me fait l’effet d’un rêve, tantôt terrifiant, tantôt exaltant, mais presque toujours incroyable. Si je n’avais la trace écrite de tout ce que j’ai vécu depuis la nuit du 21 au 22 mai dernier, je penserais que je suis folle…
Ai-je vraiment connu Aziluth et tout ce qu’il a apporté avec lui, ces vertiges, ces terreurs, ces extases, cette mutation prodigieuse ? Ai-je été, un jour, avant le 22 mai, cette petite idiote dont la pensée et le style m’ont fait honte ? Je dois le croire puisque c’est là, devant moi, noir sur blanc.
Mais, au fond, qu’importe ce que j’ai été ! Ce qui compte, c’est ce que je suis, ce que j’ai : Boris, mon ami, mon amant, Boris mon « frère » ; l’enfant que j’attends de lui ; notre vie difficile mais riche dans ce monde que nous essayons de remettre à l’endroit ; nos travaux quotidiens avec l’équipe des Analyseurs, plus solidement en place que jamais. »
Extrait de : C. Stork. « Enjeu : le monde. »
Dormir ? Rêver peut-être… par Christopher Stork

Fiche de Dormir ? Rêver peut-être…
Titre : Dormir ? Rêver peut-être…
Auteur : Christopher Stork
Date de parution : 1979
Editeur : Fleuve noir
Première page de Dormir ? Rêver peut-être…
« Marlin Dewitz regarda d’un air songeur les six pilules blanches qui se trouvaient devant lui sur la table, dans une soucoupe de verre, et, d’un revers de main, essuya son front où perlaient des gouttes de sueur. Ainsi, ça y était, il avait réussi ! Réussi ? Il eut une moue sarcastique. Réussi quoi ? Ce qu’il avait là, devant lui, il ne pourrait jamais en parler à personne et personne ne l’utiliserait. Ce produit de synthèse qui n’avait pas de nom et dont la formule chimique était si longue et si compliquée qu’il avait la nausée rien qu’à la regarder, était bien la chose la plus inutile qui fût sortie de ses éprouvettes. Aussi la plus dangereuse. Et pourtant la plus géniale.
Il feuilleta distraitement l’épais dossier posé à côté des pilules. Oui, génial, le mot n’était pas trop fort. Il lui avait fallu un véritable génie pour mener à bien ce travail en secret et en plus de ses tâches habituelles. Celles-ci en avaient souffert d’ailleurs et, un de ces jours, il pouvait s’attendre à avoir de sérieux ennuis avec son chef direct, le général Howang. »
Extrait de : C. Stork. « Dormir, Rêver peut-être. »
Don Quichotte II par Christopher Stork
Fiche de Don Quichotte II
Titre : Don Quichotte II
Auteur : Christopher Stork
Date de parution : 1986
Editeur : Fleuve noir
Première page de Don Quichotte II
« Dans une bourgade de la Terre, dont je ne veux pas me rappeler le nom, vivait, il n’y a pas longtemps, un rentier, de ceux qui ont des actions qui rapportent au porteur, des obligations obligeantes, un compte en banque qui ne virait jamais au rouge et des lingots achetés au noir.
Il habitait seul un pavillon de banlieue, près d’une grande ville, et n’y recevait jamais personne sauf, chaque semaine, une femme de ménage à la fois portugaise et sourde, ce qui rendait la conversation doublement impossible, et, tous les quinze jours, un épicier venant livrer ce dont notre homme avait besoin pour se nourrir. Peu de choses, au demeurant car il était frugal et n’absorbait le plus souvent que ces soupes instantanées et ces plats surgelés qui contribuent si fortement à faciliter l’existence des célibataires.
L’âge de ce rentier frisait la cinquantaine. Il était de complexion robuste, maigre de corps, sec de visage. Ses voisins ignoraient son nom et l’avaient surnommé « l’échalas » ou encore « le vieux garçon du 26 ». Seul son libraire, chez qui il se rendait tous les jours, savait qu’il s’appelait Vicq d’Hotenot. »
Extrait de : C. Stork. « Don Quichotte II. »
Dis, qu’as-tu fait, toi que voilà… par Christopher Stork

Fiche de Dis, qu’as-tu fait, toi que voilà…
Titre : Dis, qu’as-tu fait, toi que voilà…
Auteur : Christopher Stork
Date de parution : 1982
Editeur : Fleuve noir
Première page de Dis, qu’as-tu fait, toi que voilà…
« Je m’appelle Martin Stevens. Oui, c’est moi qui ai écrit Les déserts bleus de Bételgeuse, le roman de S.F. qui est devenu un best-seller mondial et a obtenu le prix Cosmos « pour la justesse de ses descriptions d’un monde pourtant jamais vu et qui n’avait même pas été exploré à l’époque ». Le prix consistait précisément en un voyage sur Bételgeuse pour que je puisse aller vérifier sur place combien mon imagination avait inventé juste.
Merveilleuse aventure, dira-t-on. Je suis parti sans joie pourtant et même plutôt déprimé. Il faut dire que, déprimé, je l’étais depuis des mois, très exactement depuis ce jour de Trevignano où, plus que jamais, j’avais pris conscience que rien de stable, de durable n’était possible entre Ella et moi.
Ella… J’ai tort sans doute d’en parler dès maintenant. Mais que pourrais-je faire d’autre alors qu’elle s’interpose sans cesse entre ma page et moi, alors qu’elle s’inscrit en filigrane dans chacune de mes phrases et presque chacun de mes mots ? Ella par qui tout a commencé, par qui, sans doute, tout finira… »
Extrait de : C. Stork. « Dis, qu’as-tu fait, toi que voila… »
Demi-portion par Christopher Stork

Fiche de Demi-portion
Titre : Demi-portion
Auteur : Christopher Stork
Date de parution : 1986
Editeur : Fleuve noir
Première page de Demi-portion
« La scène se déroula si vite que très peu de témoins furent capables, par la suite, d’en rapporter les détails. Au coin de Mott Street et de Pell Street, à New York, un piéton qui traversait sans regarder autour de lui fut happé par une voiture. Celle-ci s’arrêta quelques mètres plus loin. Le conducteur en descendit, blême, le visage crispé et courut vers l’homme étendu au milieu de la chaussée en criant aux rares passants :
— Vous êtes tous témoins ! Il est passé au rouge ! Je ne suis pas responsable !
Il allait se pencher sur le piéton quand ce dernier se redressa lentement, tourna la tête vers l’automobiliste, le dévisagea pendant quelques instants, sans mot dire, puis retomba sur le sol. Des voix s’élevèrent :
— Il est grièvement blessé ! Appelez la police ! Une ambulance ! Vite !
Le conducteur de la voiture s’immobilisa tout à coup, porta la main à sa poitrine, poussa une plainte
étranglée et s’affaissa à son tour, presque aux pieds de sa victime.
— Nom de Dieu ! Les voilà tous les deux au tapis ! s’exclama quelqu’un. »
Extrait de : C. Stork. « Demi portion. »
Demain les rats par Christopher Stork

Fiche de Demain les rats
Titre : Demain les rats
Auteur : Christopher Stork
Date de parution : 1981
Editeur : Fleuve noir
Première page de Demain les rats
« La salle de conférences aurait ressemblé à n’importe quelle autre s’il n’y avait eu, dans un coin, le drapeau des États-Unis et, sur le mur du fond, l’insigne de la Central Intelligence Agency, une rose des vents surmontée d’une tête d’aigle.
Le général Garry MacNeil s’était placé exactement sous cet insigne qui lui faisait comme une auréole et regardait d’un air grave les douze hommes assis dans des fauteuils à quelques mètres de lui. Allons ! Ils étaient tous venus malgré la distance qui séparait Washington de Camp Peary et le fait qu’ils étaient tous surchargés de travail. Même Paul Flowers, le délégué spécial de la Maison-Blanche, s’était déplacé, non sans s’être fait longuement prier il est vrai. Tout comme Roy Steele, du Département d’État. Mais on savait que Steele n’aimait ni la C.I.A., ni ses méthodes, ni son directeur, le général MacNeil. Sa présence à Camp Peary était le résultat d’un long travail, mi-politique, mi-diplomatique où MacNeil avait employé toutes les ressources de son machiavélisme bien connu. »
Extrait de : C. Stork. « Demain les rats. »
De purs esprits… par Christopher Stork

Fiche de De purs esprits…
Titre : De purs esprits…
Auteur : Christopher Stork
Date de parution : 1986
Editeur : Fleuve noir
Première page de De purs esprits…
« Le lieutenant Howard Knapp boucla la ceinture fixée au siège de son hélicoptère, regarda son voisin et étouffa discrètement un soupir. Non, décidément, il ne s’habituerait jamais à cette silhouette effarante placée auprès de lui, à cet assemblage hétéroclite de leviers articulés et flexibles qui étaient à la fois des bras et des jambes, surmontés d’un gros cylindre noir hérissé de lentilles et d’antennes.
« Les gars du Centre de Robotique auraient quand même pu s’arranger pour lui donner une forme vaguement humaine, songea Knapp, au lieu de cette allure d’araignée ou de pieuvre géante ! Mais pas question ! Il fallait que cette machine ait l’air d’être ce qu’elle est : une machine, et tant pis pour l’esthétique ! Même sa voix a quelque chose qui m’horripile, avec son ton monocorde et cassant, sa diction trop précise, sa syntaxe toujours impeccable… Si au moins il était possible de la foutre en rogne, de lui faire dire quelquefois un gros mot… Hélas ! Martin 232 n’a pas plus d’humeurs que d’humour, pareil en cela aux 231 Martins qui le précèdent et aux centaines de milliers – ou de millions, qui sait ? – qui le suivent. Même son surnom n’est pas drôle : Martin n’est jamais que la contraction de Military Artificial Intelligence… »
— Martin, appela-t-il tout haut. »
Extrait de : C. Stork. « De purs esprits… »
Contretemps par Christopher Stork

Fiche de Contretemps
Titre : Contretemps
Auteur : Christopher Stork
Date de parution : 1986
Editeur : Fleuve noir
Première page de Contretemps
« Je ne me souviens pas avoir jamais éprouvé une pareille angoisse. Mes mains tremblent tellement que j’arrive à peine à écrire sur ce feuillet où tombent des gouttes de sueur. Je vois trouble. Mon cœur bat la breloque. J’ai la gorge si serrée que j’ai du mal à respirer. Je m’accroche désespérément à ce carnet de notes pour essayer de maîtriser la panique qui est sur le point de m’emporter…
Car le moment est venu. Tout est prêt, là, devant moi, mes calculs cent fois vérifiés, mes protocoles d’expérience cent fois recommencés, mes formules… Oui, rien ne manque… et surtout pas les deux gélules, l’une rouge et l’autre blanche, qui marquent l’aboutissement de deux ans de travail… Rien ne manque… sauf moi ! Je veux dire : sauf la volonté de sauter le pas, de vérifier concrètement la justesse de mes théories.
J’ai donc des doutes à leur sujet ? Pas le moindre ! Je suis prêt à les défendre pied à pied devant un aréopage composé des physiciens les plus éminents, même s’il était présidé par Schonach et Haspe, mes ennemis jurés ; prêt à publier mes travaux dans n’importe quelle revue, quitte à provoquer une tempête dans le monde scientifique. Alors, pourquoi cette dérobade soudaine, comme un cheval qui bronche devant l’obstacle ? »
Extrait de : C. Stork. « Contretemps. »