Étiquette : Gallimard
Le pavé brûle par Richard Marsten
Fiche de Le pavé brûle
Titre : Le pavé brûle
Auteur : Richard Marsten
Date de parution : 1955
Traduction : H. Robillot
Editeur : Gallimard
Première page de Le pavé brûle
« Parce que l’expérience avait ancré la peur profondément en lui, il se mit à courir dès qu’il eut entendu la détonation.
Il ne prit pas le temps de se demander d’où provenait le coup de feu. Coup de feu était synonyme d’ennuis, les ennuis amenaient les flics et, dans ce quartier, on filait dès l’apparition des flics.
Il sortit de la « Valley », laissant derrière lui les façades grises des maisons, les cours où séchait le linge raidi par la première gelée de l’hiver, figé en poses grotesques dans l’air froid. Ses pas résonnaient sur la chaussée et leur écho multiplié, réfléchi par le ciel de plomb, s’engouffrait, assourdi sous des porches obscurs, en ressortait et s’estompait au ras de l’asphalte. Il passa devant la confiserie où Freddie fourguait sa came, puis il atteignit la Septième »
Extrait de : R. Marsten. « Le pavé brûle. »
Le big papa par Richard Marsten
Fiche de Le big papa
Titre : Le big papa
Auteur : Richard Marsten
Date de parution : 1973
Traduction : R. Fitzgerald
Editeur : Gallimard
Première page de Le big papa
« C’est Jobbo qui a été le premier à me parler de vol à la roulotte.
Je n’ai jamais pu encaisser Jobbo, même quand on était tout morveux, et ce soir-là non plus – mais il lui arrive de dire des trucs qui se tiennent. Faut dire aussi que c’était une de ces soirées d’été à devenir dingue, où la chaleur vous pèse dessus comme une chape de plomb, où même les maisons semblent ruisseler d’une espèce de sueur fumeuse.
Je me souviens que la camionnette des messageries de la presse est passée, larguant les journaux sur le trottoir, que Jobbo les a ramassés, puis s’est approché, le paquet ficelé à la main, qu’il a sorti un exemplaire et me l’a donné. Ensuite, il est allé porter le paquet à Mike qui est propriétaire de la confiserie. C’est une petite boutique miteuse et, si on ne savait pas que Mike vend aussi des billets de loterie clandestine, on se demanderait comment il gagne sa croûte dans son magasin délabré. »
Extrait de : R. Marsten. « Le big papa. »
Né avec les morts par R. Silverberg
Fiche de Né avec les morts
Titre : Né avec les morts
Auteur : R. Silverberg
Date de parution : 2006
Traduction : J. Chambon, A. Dorémieux, C. Fargeot, J.-P. Pugi
Editeur : Gallimard
Sommaire de Né avec les morts
- La vallée hors du temps
- Partir
- Thomas le proclamateur
- Né avec les morts
Première page de La vallée hors du temps
« Sam Thornhill n’avait jamais trouvé la Vallée aussi belle. Des nuages laiteux partis à la dérive s’étaient immobilisés au-dessus des deux pics vertigineux de roche purpurine qui la délimitaient et en condamnaient l’accès. Les soleils brillaient dans le ciel, l’un rouge clair et démesuré et l’autre plus lointain d’un bleu très soutenu ; et leurs rayons s’interpénétraient pour nimber d’un halo violine les arbres, les halliers et le fleuve dont les flots s’éloignaient rapidement en direction de la barrière.
La matinée tirait à sa fin et tout était ici parfait. Thornhill, une silhouette râblée en pourpoint et tunique de tissatin bleu nuit rehaussée de garnitures orangées, ressentait une vive satisfaction. Il s’intéressait à la jeune femme et à l’homme qui gravissaient le chemin tortueux en se demandant qui étaient ces intrus et ce qu’ils lui voulaient. »
Extrait de : R. Silverberg. « Né avec les morts. »
L’oreille interne par R. Silverberg
Fiche de L’oreille interne
Titre : L’oreille interne
Auteur : R. Silverberg
Date de parution : 1972
Traduction : G. Abadia
Editeur : Gallimard
Première page de L’oreille interne
« Donc, il faut que je descende à la fac pour essayer de gratter à nouveau quelques dollars. Il ne m’en faut pas tellement pour vivre – 200 par mois font parfaitement l’affaire – mais les fonds sont en baisse, et je n’ose plus emprunter à ma frangine. Bientôt, les étudiants auront besoin de remettre leur premier devoir du semestre, et ça rapporte toujours. Le cerveau fatigué, érodé, de David Selig est une fois de plus à louer. Je devrais me faire au moins 75 dollars par cette matinée dorée d’octobre. L’air est sec et limpide. Une zone de haute pression recouvre la ville de New York, d’où l’humidité et la brume sont bannies. Par un tel temps, mes pouvoirs déclinants font encore merveille. Allons-y donc sans plus attendre, toi et moi, tandis que le matin s’étale dans le ciel. Direction Broadway-IRT. Préparez vos jetons, s’il vous plaît.
Toi et moi. De qui donc est-ce que je parle ? Je vais seul en ville après tout. Toi et moi.
Naturellement, je parle de moi et de cette créature qui vit en moi, tapie sournoisement dans son antre, épiant les mortels qui ne se doutent de rien. »
Extrait de : R. Silverberg. « L’oreille interne. »
En un autre pays par R. Silverberg
Fiche d’En un autre pays
Titre : En un autre pays
Auteur : R. Silverberg
Date de parution : 2006
Traduction : J. Chambon et J.-P. Pugi
Editeur : Gallimard
Sommaire d’En un autre pays
- En un autre pays
- Cache-cache
- Ça chauffe à Magma city
- L’arbre dans le ciel
Première page d’En un autre pays
« Pour l’été, ils s’étaient rendus à Capri, à la villa d’Auguste qui était alors à l’apogée de son règne ; pour l’automne, ils avaient effectué un pèlerinage à Canterbury. Ils comptaient passer Noël à Rome, afin d’assister au sacre de Charlemagne. Mais c’était pour l’instant le printemps de leur merveilleux voyage, ce magnifique mois de mai de la fin du XXe siècle qui s’achèverait dans le fracas d’une hécatombe et le rougeoiement d’un ciel enfumé. Émerveillé, presque en extase, Thimiroi voyait la brume effacer de son esprit les murs de pierre de Canterbury et une ville bien différente se matérialiser autour de lui. Une vision à même de réveiller le poète qui sommeillait toujours en lui. Il se sentait très jeune, débordant de vie, ouvert… vulnérable.
« Thimiroi est en transe », commenta Denvin, moqueur, avant de faire un clin d’œil et de sourire. »
Extrait de : R. Silverberg. « En un autre pays. »
Gilgamesh, roi d’Ourouk par R. Silverberg
Fiche de Gilgamesh, roi d’Ourouk
Titre : Gilgamesh, roi d’Ourouk (Tome 1 sur 2 – Gilgamesh)
Auteur : R. Silverberg
Date de parution : 1984
Traduction : G. Ganache
Editeur : Gallimard
Première page de Gilgamesh, roi d’Ourouk
« Il est dans la cité d’Ourouk une vaste terrasse de briques dont les dieux avaient fait le lieu de leurs ébats, bien avant le Déluge, avant même que l’humanité fût créée : en ce temps-là, ils vivaient seuls au monde. Tous les sept ans, depuis dix mille années, nous enduisons les briques de gypse fin et la terrasse brille comme un gigantesque miroir sous le regard du soleil.
La Terrasse blanche est le domaine de la déesse Inanna et notre cité est la sienne. Nombreux sont les rois d’Ourouk qui ont fait ériger des temples à son intention ; et de tous ces mausolées élevés à sa gloire, nul ne surpasse celui que fit bâtir mon royal aïeul, le héros Enmerkar. Mille artisans s’y appliquèrent vingt années, et la cérémonie de sa consécration se prolongea onze jours, onze nuits, durant lesquels, chaque soir, la lune se drapa dans un lourd manteau de lumière bleue : la déesse témoignait ainsi son plaisir. Et le peuple chantait : « Nous sommes les enfants d’Inanna, Enmerkar est son frère, il régnera à jamais dans les siècles. »
Extrait de : R. Silverberg. « Gilgamesh – Gilgamesh, roi d’Ourouk. »
Rêve de fer par N. Spinrad
Fiche de Rêve de fer
Titre : Rêve de fer
Auteur : N. Spinrad
Date de parution : 1972
Traduction : J.-M. Boissier
Editeur : Gallimard
Premières pages de Rêve de fer
« À PROPOS DE L’AUTEUR
Adolf HITLER est né en Autriche le 20 avril 1889. Émigré de fraîche date en Allemagne, il servit dans l’armée allemande pendant la Grande Guerre. La paix venue, il fit une brève incursion dans les milieux radicaux munichois avant d’émigrer à New York en 1919. Il y mena de pair, apprenant entre-temps l’anglais, une existence précaire d’artiste de trottoir et de traducteur occasionnel à Greenwich Village, refuge de la bohème new-yorkaise. Après quelques années de cette vie sans contrainte, il commença à décrocher de petits travaux d’illustration dans des magazines et des revues de bandes dessinées. Sa première œuvre d’illustrateur dans les pages du magazine de science-fiction Amazing date de 1930. Dès 1932, des dessins parurent régulièrement dans les magazines de SF et, en 1935, il jugea son anglais suffisant pour faire ses débuts d’auteur. Le restant de sa vie fut consacré à la science-fiction, comme écrivain, illustrateur et éditeur de fanzines. Connu des amateurs d’aujourd’hui surtout pour ses nouvelles et ses romans, Hitler n’en fut pas moins un illustrateur réputé durant l’âge d’or des années trente ; il édita en outre nombre d’anthologies, écrivit de savoureuses critiques, et publia pendant près de dix ans un fanzine populaire, Storm. La Convention mondiale de Science-fiction lui décerna en 1955 un Hugo posthume pour Le Seigneur du Svastika, terminé juste avant sa mort, en 1953. Pendant de nombreuses années, il avait été une des figures de proue des Conventions, et sa réputation de conteur intarissable et spirituel avait fait le tour du petit monde de la SF. Depuis la parution du Seigneur du Svastika, les costumes chatoyants nés de son imagination sont les thèmes favoris des bals masqués. Hitler est mort en laissant à tous les passionnés de la science-fiction l’héritage de ses nouvelles et de ses romans. »
Extrait de : N. Spinrad. « Rêve de fer. »
En direct par N. Spinrad
Fiche d’En direct
Titre : En direct
Auteur : N. Spinrad
Date de parution : 1994
Traduction : B. Sigaud
Editeur : Gallimard
Première page d’En direct
« 16 h 45
La climatisation de la Blazer encapsulait Toby Inman, l’abritant des 35 degrés de la température extérieure et du smog saturé de cette journée de juin, mais elle ne pouvait en rien le blinder contre l’ennui agressif distillé par une circulation qui avançait par à-coups. Aussi, tout en se traînant sur Sunset en direction de la station, Toby se surprit-il une fois de plus, comme des millions d’autres Angelenos, à regretter sincèrement de ne pas pouvoir aller au boulot en métro.
Même si son emploi du temps le faisait circuler à contresens du flux sortant et, théoriquement, en dehors des heures de pointe, même si sa navette journalière entre Van Nuys et East Hollywood n’était qu’un saut de puce selon les normes de Los Angeles, il lui fallait malgré tout, quels que soient les trésors d’ingéniosité qu’il déployait dans le choix de ses itinéraires, une demi-heure minimum pour se rendre à son travail dans l’embouteillage qui paralysait L.A. de façon plus ou moins permanente. »
Extrait de : N. Spinrad. « En direct. »
Elle qui chevauche les tempêtes par L. Tuttle et G. R. R. Martin
Fiche d’Elle qui chevauche les tempêtes
Titre : Elle qui chevauche les tempêtes
Auteur : L. Tuttle et G. R. R. Martin
Date de parution : 1981
Traduction : P. Marcel
Editeur : Gallimard
Première page d’Elle qui chevauche les tempêtes
« La tempête avait fait rage durant la plus grosse partie de la nuit.
Dans le grand lit qu’elle partageait avec sa mère, l’enfant était couchée sous la rêche couverture d’alguelaine, éveillée, l’oreille tendue. Le crépitement de la pluie sur les minces planches en bois-citron de la cabane était régulier et insistant ; elle entendait parfois le lointain grondement des coups de tonnerre, et quand la foudre flamboyait, de minces rais de clarté filtraient entre les volets pour illuminer la petite pièce. Quand ils s’effaçaient, l’obscurité retombait.
L’enfant entendit le goutte-à-goutte de l’eau sur le sol, et elle sut que le toit avait une nouvelle fuite. La dure terre battue se changerait en boue, et sa mère serait furieuse, mais elles n’y pourraient rien. Sa mère ne savait pas réparer les toits, et elles n’avaient pas les moyens de louer les services de quelqu’un. Un jour, lui disait sa mère, leur cabane à bout de forces s’écroulerait sous la violence des tempêtes. « Ce jour-là, nous irons retrouver ton père », répétait-elle. La petite fille ne se souvenait pas très bien de son père, mais sa mère en parlait souvent. »
Extrait de : L. Tuttle et G. R.R. Martin. « Elle qui chevauche les tempêtes. »
Une femme sans histoires par C. Priest
Fiche d’Une femme sans histoires
Titre : Une femme sans histoires
Auteur : C. Priest
Date de parution : 1990
Traduction : H. Collon
Editeur : Gallimard
Première page d’Une femme sans histoires
« Alice Stockton se dépêcha d’entrer pour s’abriter de la pluie et atteindre le téléphone avant l’arrêt de la sonnerie. Ses sacs en plastique lourdement chargés heurtèrent le montant de la porte comme elle se poussait à l’intérieur et une fragile poignée en plastique se déchira, provoquant la chute de la laitue posée sur le dessus. Elle déposa le tout dans l’entrée, remit la laitue en place du bout du pied, et claqua la porte derrière elle. Elle avait un besoin urgent de se précipiter aux toilettes, à l’étage, mais c’était sans doute Granville qui appelait. Elle hésita une seconde, le temps de définir l’ordre des priorités, puis laissa tomber par terre le sac en cuir qu’elle portait à l’épaule et fonça vers son bureau. Le téléphone se tut au moment même où elle tendait la main pour décrocher. »
Extrait de : C. Priest. « Une femme sans histoires. »