Étiquette : Le livre de poche
Les pantins cosmiques par P. K. Dick
Fiche de Les pantins cosmiques
Titre : Les pantins cosmiques
Auteur : P. K. Dick
Date de parution : 1956
Traduction : J.-L. Estèbe
Edition : Le livre de poche
Première page de Les pantins cosmiques
« Les enfants jouaient gravement devant le porche. Mary s’appliquait à modeler dans la glaise une figurine indistincte. Tant bien que mal, Noaks s’escrimait à l’imiter. Leur besogne accomplie, Dave et Walter se reposaient de leurs efforts. Peter Trilling, lui, se contentait de regarder.
Mary balança brusquement en arrière la masse noire de ses cheveux, cambra son corps élancé et planta une chèvre d’argile sur le sol.
— Tenez ! dit-elle. Faites voir les vôtres ? Noaks baissa la tête. Ses mains maladroites étaient incapables de rivaliser avec les doigts agiles de la petite fille. Elle avait déjà récupéré sa chèvre pour en faire un cheval.
— Regarde le mien, marmonna-t-il.
Il campa sur sa queue un avion mal bâti, et accompagna son geste d’une pétarade baveuse.
— Pas mal, hein ?
Dave renifla, dédaigneux.
— C’est nul. Tiens, regarde ça.
Il poussa son mouton aux côtés du chien d’argile de Walter. »
Extrait de : P. K. Dick. « Les pantins cosmiques. »
Les chaînes de l’avenir par P. K. Dick
Fiche de Les chaînes de l’avenir
Titre : Les chaînes de l’avenir
Auteur : P. K. Dick
Date de parution : 1956
Traduction : D. Defert, J. Huet
Edition : Le livre de poche
Première page de Les chaînes de l’avenir
« La température du Refuge oscillait entre 37 et 38°C. L’air y était perpétuellement imprégné de vapeur dont les volutes s’effilochaient paresseusement. De l’eau brûlante jaillissait en geysers et le « sol » était une surface mouvante de vase chaude, composée d’eau, de minéraux dissous, et d’une pulpe fongueuse. Des restes de lichens et de protozoaires coloraient et épaississaient la mousse humide qui s’amoncelait partout, recouvrant les roches luisantes, les buissons spongieux et les diverses installations utilitaires. Tout l’arrière-plan était occupé par une toile de fond où l’on avait peint avec soin un long plateau s’élevant au-dessus d’une mer plombée.
À n’en pas douter, le Refuge avait la matrice pour modèle. On ne pouvait nier la ressemblance, et personne n’avait d’ailleurs songé à le faire. »
Extrait de : P. K. Dick. « Les chaînes de l’avenir. »
Le zappeur de mondes par P. K. Dick
Fiche de Le zappeur de mondes
Titre : Le zappeur de mondes
Auteur : P. K. Dick
Date de parution : 1965
Traduction : R. Albeck
Edition : Le livre de poche
Première page de Le zappeur de mondes
« — M. Lars, s’il vous plaît.
— Je crains fort de n’avoir qu’un moment à accorder à vos téléspectateurs. Je regrette vraiment.
Il était piégé. L’interviewer automatique de la Télé, caméra à la main, lui barrait le passage. Le sourire métallique du robot étincelait, comme plein de confiance.
— … Vous sentiriez-vous prêt à entrer en transe, monsieur ?
Son ton exprimait vraiment l’espoir, comme si sa victime allait vraiment entrer en transe devant le dispositif dit « multiple-alterne » des lentilles de sa caméra portable.
Lars Powderdry soupira. De l’endroit où il se tenait debout sur le trottoir roulant des piétons, il entrevoyait son bureau new-yorkais. Mais quant à l’atteindre, c’était une autre histoire. Trop de gens – trop de purzouves – s’intéressaient à lui, et non à son travail. Or, c’était son travail qui comptait. »
Extrait de : P. K. Dick. « Le zappeur de mondes. »
Le temps désarticulé par P. K. Dick
Fiche de Le temps désarticulé
Titre : Le temps désarticulé
Auteur : P. K. Dick
Date de parution : 1959
Traduction : P. R. Hupp
Edition : Le livre de poche
Première page de Le temps désarticulé
« VICTOR NIELSON alla chercher derrière, dans la chambre froide, un chariot de pommes de terre nouvelles et l’amena au rayon primeurs. Il commença à garnir le bac presque vide, en inspectant une pomme de terre sur dix pour s’assurer qu’elle n’était pas pourrie ni éraflée ; il en laissa tomber une grosse. En se baissant pour la ramasser, il balaya du regard les caisses, les enregistreuses et les présentoirs de cigares et de sucreries, entr’aperçut la rue par les larges portes de verre. De rares passants déambulaient sur le trottoir ; il saisit un fugitif éclat de soleil sur l’aile d’une Volkswagen qui sortait du parking réservé au magasin.
« Était-ce ma femme ? demanda-t-il à Liz, l’imposante Texane de service à la caisse.
— Pas que je sache », répondit la jeune fille. Elle tapa deux cartons de lait et un paquet de bœuf maigre haché. Le client à l’âge respectable plongea la main dans sa poche intérieure pour sortir son portefeuille. »
Extrait de : P. K. Dick. « Le Temps Désarticulé. »
Le profanateur par P. K. Dick
Fiche de Le profanateur
Titre : Le profanateur
Auteur : P. K. Dick
Date de parution : 1956
Traduction : P. Lorrain, B. Panloup
Edition : Le livre de poche
Première page de Le profanateur
« À SEPT heures, Allen Purcell, jeune et dynamique président de la plus jeune et de la plus novatrice des Agences de Recherche, perdit une chambre à coucher, mais regagna une cuisine. L’opération se déroulait automatiquement, sous le contrôle d’une bande magnétique imprégnée d’oxyde de fer et scellée dans le mur. Allen n’avait aucun pouvoir sur le processus, mais la substitution n’était pas pour lui déplaire ; il était déjà éveillé et prêt à se lever.
Il fut bientôt sur pied, bâillant, plissant les yeux, et cherchant à tâtons le bouton qui commandait l’éjection de la cuisinière. Comme toujours, l’appareil resta coincé à mi-chemin, moitié dans la pièce, moitié dans le mur. Mais il suffisait de le manipuler d’un doigt ferme. Allen exerça une forte pression sur le bouton et la cuisinière sortit de sa gangue avec un grincement. »
Extrait de : P. K. Dick. « Le profanateur. »
La vérité avant-dernière par P. K. Dick
Fiche de La vérité avant-dernière
Titre : La vérité avant-dernière
Auteur : P. K. Dick
Date de parution : 1964
Traduction : A. Dorémieux
Editeur : Le livre de poche
Première page de La vérité avant-dernière
« LE brouillard peut aussi venir de l’extérieur ; il peut vous envahir. À la grande fenêtre de sa bibliothèque – assemblage géant de débris de béton qui, jadis, avaient constitué une bretelle d’entrée de l’autoroute de la baie – Joseph Adams réfléchissait en contemplant le brouillard en question : celui du pacifique. Et comme c’était le soir et que les ténèbres tombaient sur le monde, ce brouillard lui faisait aussi peur que l’autre brouillard, celui de l’intérieur, qui n’a pas besoin de vous envahir mais qui se contente de tourner et de s’étirer en vous, en remplissant toutes les parties vides du corps. D’habitude, ce brouillard-là porte le nom de solitude.
« Prépare-moi un verre, dit plaintivement Colleen derrière lui.
— Tu as perdu ton bras ? demanda-t-il. Tu n’es plus capable de presser une rondelle de citron ? » Il se détourna de la fenêtre et de son paysage d’arbres morts, avec au-delà l’étendue de l’océan sous l’horizon, dans l’obscurité de la nuit montante, et se demanda un instant s’il allait lui servir à boire. »
Extrait de : P. K. Dick. « La vérité avant-dernière. »
La brèche dans l’espace par P. K. Dick
Fiche de La brèche dans l’espace
Titre : La brèche dans l’espace
Auteur : P. K. Dick
Date de parution : 1966
Traduction : D. Defert, C. Meistermann
Editeur : Le livre de poche
Première page de La brèche dans l’espace
« Le jeune couple, les cheveux noirs, la peau sombre, des Mexicains ou des Portoricains probablement, se tenait, nerveux, devant le comptoir de Herb Lackmore, et le mari déclara presque à voix basse :
— Monsieur, on veut être congelés. On veut devenir des cryos.
Lackmore se leva de son bureau, s’avança jusqu’au comptoir et, bien qu’il n’aimât point les Cols – chaque mois, ils semblaient être plus nombreux à venir à son bureau d’Oakland du ministère de la Sécurité Sociale Spéciale –, il répondit sur un ton aimable destiné à les rassurer :
— Vous avez mûrement réfléchi à la question, les enfants ? C’est une grave décision. Vous risquez d’être mis sur la touche pendant une centaine d’années, disons. Êtes-vous allés au moins demander conseil à un professionnel en la matière ?
Le garçon jeta un coup d’œil vers sa femme, puis déglutit avant de répondre dans un murmure : »
Extrait de : P. K. Dick. « La brèche dans l’espace. »
En attendant l’année dernière par P. K. Dick
Fiche d’En attendant l’année dernière
Titre : En attendant l’année dernière
Auteur : P. K. Dick
Date de parution : 1966
Traduction : M. Deutsch
Editeur : Le livre de poche
Première page d’En attendant l’année dernière
« De l’édifice familier en forme d’aptéryx, s’irradia et comme à l’accoutumée une luminescence grise et vaporeuse. Éric Sweetscent replia son mobilo et réussit à le ranger dans le box minuscule qui lui était affecté. Huit heures du matin, songeait-il avec accablement. Déjà, son patron Virgil L. Ackerman avait ouvert les bureaux de la F.C.T. Penser que c’était à huit heures du matin que le cerveau de cet homme fonctionnait avec le plus de lucidité ! Voilà qui est en contradiction formelle avec les commandements clairement exprimé par Dieu, songeait le docteur Sweetscent. Le joli monde qu’ils nous fabriquent là ! La guerre excuse tous les égarements humains, y compris ceux du vieux.
Il se dirigea vers le couloir roulant et s’arrêta net en s’entendant héler : « Hé ! Mr. Sweetscent, un instant, s’il vous plaît ! » Le timbre nasillard – profondément antipathique – était celui d’un rob. Éric s’immobilisa à contrecœur et la chose arriva à sa hauteur, balançant bras et jambes. »
Extrait de : P. K. Dick. « En attendant l’année dernière. »
Docteur Futur par P. K. Dick
Fiche de Docteur Futur
Titre : Docteur Futur
Auteur : P. K. Dick
Date de parution : 1960
Traduction : F. Robinet, D. Defert
Editeur : Le livre de poche
Première page de Docteur Futur
« Les flèches des bâtiments lui étaient étrangères. Les couleurs lui étaient étrangères. Il eut un moment de terreur aveuglante qui le laissa pantois… et puis de calme. Il respira à pleins poumons l’air vif de la nuit et essaya de se repérer.
Apparemment, il se trouvait sur une espèce de flanc de colline mangée de ronces et de lambrusques. Il était vivant – et avait encore avec lui sa mallette grise en métal. À tout hasard, il écarta les sarments de vignes sauvages et s’avança prudemment à pas lents. Les étoiles scintillaient dans le firmament. Dieu merci. Des étoiles familières…
Familières ? Non.
Il ferma les yeux et ne les rouvrit que lorsqu’il eut retrouvé ses esprits. Puis, il continua péniblement de descendre le versant en direction des tours illuminées qui se trouvaient à peut-être un mille en avant, la mallette solidement rivée dans sa main. »
Extrait de : P. K. Dick. « Docteur Futur. »
Roma aeterna par R. Silverberg
Fiche de Roma aeterna
Titre : Roma aeterna
Auteur : R. Silverberg
Date de parution : 2003
Traduction : J.-M. Chambon
Editeur : Le livre de poche
Première page de Roma aeterna
« 1203 A. U. C. : Prologue
L’historien Lentulus Aufidius, qui s’était donné pour tâche d’écrire la biographie définitive de l’empereur Titus Gallius, en était à sa troisième année de recherches dans les archives impériales de la bibliothèque du Palatin. Tous les matins, six jours par semaine, il quittait le logement qu’il occupait près du Forum pour faire l’ascension de la colline, présentait ses papiers au gardien des archives et se lançait dans son exploration quotidienne des vastes armoires contenant les rouleaux qui avaient trait au règne de Titus Gallius.
C’était un travail énorme. Titus Gallius qui était monté sur le trône à la mort de Caracalla, l’empereur fou, avait régné sur Rome de 970 à 994, assez de temps pour réorganiser un gouvernement que son prédécesseur avait laissé dans le plus complet désordre. »
Extrait de : R. Silverberg. « Roma Aeterna. »