Étiquette : Pelot
Purgatoire par Pierre Pelot

Fiche de Purgatoire
Titre : Purgatoire
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 1986
Editeur : Fleuve noir
Première page de Purgatoire
« Au cours de la nuit qui suivit cette fête en compagnie du Patron, sans doute parce qu’il avait bu plus que de raison, Cole fit un cauchemar abominable, c’est-à-dire : un cauchemar particulièrement abominable.
Ce genre de rêve qui vous atteint non seulement dans l’esprit et dont vous gardez longtemps en mémoire la cicatrice purulente, mais dans vos chairs aussi, au point de constater à l’éveil (et d’ailleurs sans trop savoir avec certitude qu’il s’agit d’un véritable éveil… si, au contraire…) que vos ongles ont laissé des marques sanglantes sur votre peau. »
Extrait de : P. Pelot. « Purgatoire. »
Petit éloge des saisons par Pierre Pelot

Fiche de Petit éloge des saisons
Titre : Petit éloge des saisons
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 2013
Editeur : François Bourin Editeur
Première page de Petit éloge des saisons
« Tant qu’il y aura des saisons…
Ainsi le temps qui passe, passe.
À une virgule près, qu’un trait d’union sournois aurait fait tomber en bas du bout du banc, on voudrait nous induire dans l’erreur de croire qu’il n’existe même pas, qu’il aurait disparu ? Volatilisé le temps passe-passe, passe-murailles à travers les cloisonnements qui font la solide armature de l’année ? Nous faire croire qu’il n’est que jeu, en somme, un vulgaire passe-temps.
Qui sont, où se cachent ces hérauts alarmistes qui nous serinent régulièrement, au moindre carrefour de quelques pauvres sentes, qu’il n’y a plus de saisons ? Où se terrent-ils, à défaut de se taire, qu’on puisse les extirper, les éjecter de leurs douillets cocons, ces annonciateurs de misère ? »
Extrait de : P. Pelot. « Petit éloge des saisons. »
Petit éloge de l’enfance par Pierre Pelot

Fiche de Petit éloge de l’enfance
Titre : Petit éloge de l’enfance
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 2007
Editeur : Gallimard
Première page de Petit éloge de l’enfance
« Il ne faut jamais croire les gens qui vous disent qu’il fera beau demain. Ce sont des menteurs pathétiques ou des illuminés, je ne veux pas penser une seconde qu’ils agissent par scélératesse.
Il ne faisait pas beau.
Déjà que toutes ces années passées s’étaient définitivement englouties au fond de quelque tourbillon nécessairement liquide, comme il en existe dans les noiretés de certains lacs, sournois, même pas visibles en surface.
Ce n’est pas tant qu’il ne faisait pas beau, mais surtout il pleuvait. Il pleuvait à la façon qu’il pleut ici – en un instant, presque à la seconde, je me suis souvenu. La pluie sur le paysage vert et gris, immuablement, exclusivement vert et gris, pour ne pas dire vert-de-gris. »
Extrait de : P. Pelot. « Petit éloge de l’enfance. »
Pauvres z’héros par Pierre Pelot

Fiche de Pauvres z’héros
Titre : Pauvres z’héros
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 1982
Editeur : Bragelonne
Première page de Pauvres z’héros
« Le courant d’air chaud troussait gaillardement l’automne, sud-est/nord-ouest, suivant une ligne Bordeaux-Reims-Strasbourg. Cela donnait du vingt et un, vingt-deux degrés sous abri. Si le chiffre n’était pas extraordinaire pour Bordeaux, l’évidence n’était pas la même en ce qui concernait le Nord-Est. Là-haut, octobre n’habitue pas aux câlins, aux vents coulis d’agréable compagnie ; un vingt-deux degrés sous abri, à la trouée d’automne, imprime dans la mémoire des renifleurs de nuages le signe d’une année pas ordinaire.
Sans être un renifleur particulièrement doué, Nanase possédait la banale faculté de se souvenir du visage habituel des saisons, et des douceurs à ce point aoûtiennes en octobre le laissaient surpris, sans une seule référence éblouissante en bordure de mémoire. Mais il n’était pas bien vieux. Il pouvait encore conjuguer le verbe « se souvenir » devant un juvénile interlocuteur sans que ce dernier lève les yeux au ciel en attendant que ça passe… »
Extrait de : P. Pelot. « Pauvres Z’héros. »
Parabellum tango par Pierre Pelot

Fiche de Parabellum tango
Titre : Parabellum tango
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 1980
Editeur : Denoël
Première page de Parabellum tango
« Des idées noires plombaient la tête de Tipul et la lui penchaient en avant, les vertèbres cervicales saillant sous la fine toile de sa chemise à ramages. Il était assis dans un morceau de soleil jaune, sur le pas de la porte du magasin. Le dos rond, les avant-bras posés sur ses genoux. De temps en temps, il remuait les orteils dans ses espadrilles. Il fumait à petits coups une 10 % de Nif, pincée entre deux doigts jaunis de sa main droite pendue au bout du poignet.
La souris grise était agrafée sur l’épaulette gauche de sa chemise. Tranquille, la queue droite.
Tipul avait un visage osseux, avec des joues très creuses et des lèvres tendues sur la proéminence d’une denture chevaline ; ses cheveux étaient raides, vaguement jaunâtres et coupés court – mais pas si court que cela, tout de même. Il avait le teint mat, des cernes lourds, grisâtres, sous les yeux. »
Extrait de : P. Pelot. « Parabellum Tango. »
Outback par Pierre Pelot

Fiche de Outback
Titre : Outback – Club Van Helsing
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 2008
Editeur : Baleine
Première page de Outback
« Au soir d’un jour entier de piste, assurément pas le premier ni le dernier, Cran entra dans la ville dont il avait perdu le nom.
Les rues étroites tranchaient entre les murailles dressées des immeubles que les fuites de perspective faisaient paraître inclinés dangereusement, sur le point de s’écrouler d’un instant à l’autre, la lumière éclaboussant les vitres encore touchées par le couchant, au tiers de la hauteur des bâtiments de l’est de la cité.
Cran retira ses lunettes de soleil, en essuya la poussière sur le revers de sa chemise, les replaça sur son nez, et la rue redevint plus rousse que de raison.
Il ne savait pas où aller. »
Extrait de : P. Pelot. « Outback. »
Oregon – l’intégrale par Pierre Pelot

Fiche de Oregon – l’intégrale
Titre : Oregon – l’intégrale (saison 1 à saison 5)
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 2017
Editeur : Bragelonne
Première page de Oregon – l’intégrale
« Plus tard, celui des trois qu’on surnommait Pipo commencera l’histoire en affirmant que c’était Thomas, Thomas Sillet, qui était venu le chercher.
Racontant :
— C’est Thomas qui est venu me chercher. Sans lui, je suppose que j’en serais toujours à l’heure actuelle à trifouiller mes moteurs… et à me demander comment le gamin a pu s’en sortir avec la berline que ce gros type à la voix éraillée de gangster de cinoche nous a amenée deux jours avant, le vendredi, je crois bien, et que j’avais promis de rendre neuve pour le vendredi suivant. Huit jours. J’avais promis. Bien sûr je fais confiance au gamin. Si c’est pas de la confiance que de le laisser se débrouiller tout seul avec le garage, à treize ans, alors comment ça s’appelle ?
« Mais aussi doué qu’il puisse être et consciencieux et capable, et tout ce qu’on veut, c’est quand même qu’un gamin de 13 ans, ce qui fait pas lourd quand on y réfléchit. Je dis pas ça en mal. Je suis peut-être le dernier sur cette terre de calamités à ne pas juger quelqu’un sur la mine ou son âge, ces apparences-là, si je me fais bien comprendre. »
Extrait de : P. Pelot. « Oregon – L’Intégrale. »
Nos armes sont de miel par Pierre Pelot

Fiche de Nos armes sont de miel
Titre : Nos armes sont de miel
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 1982
Editeur : J’ai lu
Première page de Nos armes sont de miel
« Cette période de l’histoire que les hommes, plus tard, appelleraient « l’Âge des Conflits », s’acheva dans le milieu du mois de juillet 2250. Le 16 juillet 2250, très exactement, et très officiellement.
Pendant un siècle, ou peut-être même davantage (c’était difficile de se souvenir et les mémoires-documents stockés dans les archives de différentes nations avaient été partiellement détruits), les incendies les plus abominables qui se puissent imaginer avaient embrasé la planète Terre. Les incendies, et tout le reste : l’enfer, gueule ouverte, s’était graduellement installé à la surface de la planète, les démons avaient surgi des abysses et n’avaient guère eu de peine à contaminer l’humanité tout entière. »
Extrait de : P. Pelot. « Nos armes sont de miel. »
Noires racines par Pierre Pelot

Fiche de Noires racines
Titre : Noires racines
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 1985
Editeur : Bragelonne
Première page de Noires racines
« Popeye ouvrit un œil et se sentit très mal, comme à chaque fois qu’il remontait du trou. Mal dans sa tête, mal dans sa peau. Au goût pâteux qui lui entartrait le palais et la langue, il estima sans erreur possible qu’il s’agissait d’une cuite au vin rouge. C’était bien la seule chose dont il puisse être sûr. Pour le reste, jusqu’à un certain point, de vagues souvenirs flottaient…
Il ouvrit l’autre œil.
Ferma la bouche et saliva avec ardeur afin de se décalcifier la langue. Du vin rouge, oui, et pas du meilleur. Probable que les autres lui avaient encore joué quelque tour de vache, lui faisant avaler des mélanges, ou saupoudrant de cendre de cigarette le contenu de son verre, des choses comme ça. Il ne chercha même pas à se rappeler, ce n’était pas la peine et il le savait. Mais il était à peu près certain que les autres en avaient profité pour s’amuser à ses dépens. Il ne leur en voulait pas. C’étaient des amis. C’était le jeu. Lui-même suivait la règle sans se faire prier, à la moindre occasion. »
Extrait de : P. Pelot. « Noires racines. »
Natural killer par Pierre Pelot

Fiche de Natural killer
Titre : Natural killer
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 1985
Editeur : Bragelonne
Première page de Natural killer
« Il marchait, accompagné par l’ombre que dessinaient les étoiles à ses pieds et les aboiements assourdis des chiens éparpillés dans la nuit…
Il marchait comme moi, c’était moi.
Il était comme moi (c’était moi !), comme j’aurais pu le raconter, l’écrire. Les mots dans ma tête, ces hôtes chamailleurs au caractère impossible, avec leurs dents dures pour séduire et s’imposer toujours coûte que coûte, les mots s’étaient levés d’eux-mêmes, depuis longtemps déjà – depuis combien de temps ? je ne sais pas exactement, mais longtemps –, s’étaient rangés en bon ordre et me plaisaient bien, je les avais adoptés. Ils venaient d’alentour autant que de moi. C’était de l’amitié. Ils me tenaient vaguement chaud – eux seuls étaient capables de ce tour de force. Vaguement chaud, et pourtant :
L’hiver me coulait dans les veines, y charriant un froid total et si parfait qu’il en brûle : un froid différent de celui qui avait pris possession de tout, mangeait tout. »
Extrait de : P. Pelot. « Natural Killer. »