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Un homme dans la nuit par Gaston Leroux

Fiche de Un homme dans la nuit
Titre : Un homme dans la nuit
Auteur : Gaston Leroux
Date de parution : 1910
Editeur : Feedbooks
Première page de Un homme dans la nuit
« À toute vapeur, le train filait dans la Prairie. Il avait quitté les rives du Missouri, laissé derrière lui les faubourgs manufacturiers d’Omaha City et dirigeait sa course folle vers Cheyenne, traversant dans toute sa largeur, de l’est à l’ouest, l’État de Nebraska. Le train se trouvait alors dans la partie la plus dangereuse de son parcours de New York à San Francisco.
Aujourd’hui que les Peaux-Rouges se sont civilisés et qu’ils montent dans le train après avoir pris leurs tickets, la sécurité des voyageurs dans le Nebraska est aussi complète que dans les autres États de l’Union.
Mais, si nous nous reportons d’une vingtaine d’années en arrière, il n’en allait point de même. Et quand les Omahas, les Gowas ou les Delawares, les Pawnies et surtout les Sioux, quand quelques membres des tribus du Nebraska sortaient des « territoires réservés » pour prendre le train, c’était pour le prendre d’assaut. Déjà, à cette époque, ils étaient à demi domptés et ne songeaient guère à mettre le siège devant Cheyenne ni à affamer la ville, comme ils l’avaient fait quelques années auparavant. »
Extrait de : G. Leroux. « Un homme dans la nuit. »
Quelques nouvelles terrifiantes par Gaston Leroux

Fiche de Quelques nouvelles terrifiantes
Titre : Quelques nouvelles terrifiantes
Auteur : Gaston Leroux
Date de parution : 1911-1924
Editeur : Bibebook
Sommaire de Quelques nouvelles terrifiantes :
- Le dîner des bustes
- La hache d’or
- L’auberge épouvantable
- Le Noël du petit Vincent-Vincent
- Not’Olympe
- La femme au collier de velours
Première page de Le dîner des bustes
« Le Chinois, le Malgache et le Soudanais, explique Dorée, confidentielle, je ne sais pas leurs vrais noms, ni leurs âges, ni rien et personne ne le sait à Toulon. C’est prodigieux de les voir ici… En voilà qui sont du Mourillon, du vrai Mourillon… Ce sont des capitaines de la coloniale. Sur quatre années, ils en passent trois dans leur pays de là-bas, en Chine, à Madagascar, au Soudan, et, la quatrième, ils refont leur foie au bord de la mer, en se chauffant au soleil, dans le jardinet d’une villa… On dit des choses d’eux : « Ils vivent ici, pareils que chez les sauvages… Ils mangent à la sauvage… enfin, tout !… »
Claude Farrère
Les Petites Alliées
Le capitaine Michel n’avait plus qu’un bras, qui lui servait à fumer sa pipe. C’était un vieux loup de mer dont j’avais fait la connaissance en même temps que celle de quatre autres loups de mer, un soir, à l’apéritif, sur la terrasse d’un café de la vieille Darse, à Toulon. Et nous avions ainsi pris l’habitude de nous réunir autour des soucoupes, à deux pas de l’eau clapotante et des petites barques dansantes, à l’heure où le soleil descend du côté de Tamaris. »
Extrait de : G. Leroux. « Quelques nouvelles terrifiantes. »
Mister Flow par Gaston Leroux

Fiche de Mister Flow
Titre : Mister Flow
Auteur : Gaston Leroux
Date de parution : 1927
Editeur : BNF
Première page de Mister Flow
« Mon audace et mon bonheur dans les jeux les plus redoutables (voir code pénal…) m’ont valu l’admiration universelle. Cependant, mon cas, s’il n’était à s’évanouir d’épouvante, serait tout à fait bouffon, et, parmi toutes les tempêtes qu’il a soulevées, je songe à la tempête de rires qui m’accueillerait si l’on savait toute la vérité.
(Extrait des confessions de L’Homme aux cent visages.)
Ô vous, mes jeunes confrères du barreau, qui fréquentez encore les conférences « Colonne », lirez-vous jamais ces pages où je retrace ma véridique histoire qui est bien la plus inouïe qui se puisse concevoir ? Je le souhaite pour vous, car elle est instructive… Mais vous ne la connaîtrez, je l’espère bien, qu’après ma mort, qui est la moindre catastrophe qui me guette… Hélas ! je sens derrière ma porte l’effroyable aventure prête à me ressaisir dans son ahurissant tourbillon, à m’arracher à cette courte station où je m’essaie à vivre sous mon dernier masque (le cent unième), celui de l’honnête homme… Justes dieux ! ne m’avez-vous accordé qu’une étape dans cette course à l’abîme ?…
(Du même.) »
Extrait de : G. Leroux. « Mister Flow. »
Les mohicans de Babel par Gaston Leroux

Fiche de Les mohicans de Babel
Titre : Les mohicans de Babel
Auteur : Gaston Leroux
Date de parution : 1926
Editeur : Bibebook
Première page de Les mohicans de Babel
« Quand Milon-Lauenbourg donna cette fête dans son nouvel hôtel du bois de Boulogne, il était à l’apogée de sa puissance. Nommé ministre du Trésor depuis huit jours par un gouvernement aux abois, il semblait qu’il n’y eût plus d’espoir qu’en lui.
On avait tout essayé pour sortir d’une situation au bout de laquelle on apercevait le gouffre.
Les emprunts ne rendant plus rien, on avait dû y renoncer : la dernière inflation avait été un désastre.
L’impôt sur le capital avec le produit duquel on devait remplir la caisse d’amortissement n’avait servi, en dépit des précautions prises, qu’à boucher quelques trous du budget car l’événement avait prouvé l’inanité de la conception d’une caisse nationale indépendante qui fût pleine pendant que celle de l’État était vide.
Le commerce, l’industrie ne se sauvaient d’un impôt mortel qu’en fraudant le fisc grâce aux pires complaisances parlementaires.
Les ruines s’accumulaient sur lesquelles, du jour au lendemain, s’édifiaient de prodigieuses fortunes. Une horde d’agioteurs était maîtresse du pays. Le coût de la vie prenait des proportions effrayantes. »
Extrait de : G. Leroux. « Les Mohicans de Babel. »
Le roi mystère par Gaston Leroux

Fiche de Le roi mystère
Titre : Le roi mystère
Auteur : Gaston Leroux
Date de parution : 1908
Editeur : Bibebook
Première page de Le roi mystère
« Est-il rien de plus morne, de plus angoissant, de plus triste, de plus désespéré que ce coin de Paris qui entoure la place de la Roquette ? C’est en vain que sur l’emplacement de la vieille prison, récemment démolie, on s’est empressé d’élever de vastes maisons de rapport, l’aspect général reste lugubre, grâce à cette autre prison de l’autre côté de la place, où l’on a enfermé l’enfance : Prison des jeunes détenus !
A l’époque qui nous occupe, la Grande-Roquette élevait depuis de nombreuses années déjà ses murs nus en face de la Petite. Quand, parfois, la porte de la Petite s’entrouvrait pour laisser sortir quelque adolescent, tout pâle encore d’avoir enseveli là quelques mois précieux de sa jeunesse, la première chose qu’il voyait était la porte de la Grande, sinistre comme si on l’eût dressée sur le seuil de son propre avenir.
L’une et l’autre n’étaient séparées que par quelques pierres, piédestal de l’échafaud. Si le jeune homme détournait les yeux de ce sombre spectacle et si son regard montait vers la gauche, il apercevait une autre porte, la porte d’un cimetière : le Père-Lachaise. »
Extrait de : G. Leroux. « Le Roi Mystère. »
Le fils de trois pères par Gaston Leroux

Fiche de Le fils de trois pères
Titre : Le fils de trois pères
Auteur : Gaston Leroux
Date de parution : 1925
Editeur : Bibebook
Première page de Le fils de trois pères
« Ce matin, avant même que les portes fussent ouvertes aux clients, les grands magasins de la « Bella Nissa », au coin de la place du Palais, étaient en rumeur. Du haut en bas de ce vaste établissement, les employés se lançaient la nouvelle : Hardigras, pendant la nuit, avait encore fait des siennes !…
Une première vendeuse – rayon de blanc – clamait que deux paires de drap ourlés à jour et brodés lui manquaient. A leur place elle avait trouvé la carte de visite de Hardigras. Ce « diaou » (diable) de Hardigras ! Il couchait dans la batiste.
Les vendeuses du rayon de soierie qui n’avaient pas encore reçu sa visite depuis qu’il hantait, pour la terreur des uns et pour la joie des autres, les grands magasins de la « Bella Nissa », se détournaient pour sourire. Elles avaient conclu de ce que Hardigras avait jusqu’alors respecté leur assortiment de bas de soie, que ce mystérieux seigneur avait peu ou prou de coquetterie pour ses maîtresses. »
Extrait de : G. Leroux. « Le Fils de trois pères. »
Le fauteuil hanté par Gaston Leroux

Fiche de Le fauteuil hanté
Titre : Le fauteuil hanté
Auteur : Gaston Leroux
Date de parution : 1909
Editeur : Bibebook
Première page de Le fauteuil hanté
« — C’est un vilain moment à passer…
— Sans doute, mais on dit que c’est un homme qui n’a peur de rien !…
— A-t-il des enfants ?
— Non !… Et il est veuf !
— Tant mieux !
— Et puis, il faut espérer tout de même qu’il n’en mourra pas !… Mais dépêchons-nous !…
En entendant ces propos funèbres, M. Gaspard Lalouette – honnête homme, marchand de tableaux et d’antiquités, établi depuis dix ans rue Laffitte, et qui se promenait ce jour-là quai Voltaire, examinant les devantures des marchands de vieilles gravures et de bric-à-brac –, leva la tête…
Dans le même moment, il était légèrement bousculé sur l’étroit trottoir par un groupe de trois jeunes gens, coiffés du béret d’étudiant, qui venait de déboucher de l’angle de la rue Bonaparte, et qui, toujours causant, ne prit point le temps de la moindre excuse.
M. Gaspard Lalouette, de peur de s’attirer une méchante querelle, garda pour lui la mauvaise humeur qu’il ressentait de cette incivilité, et pensa que les jeunes gens couraient assister à quelque duel dont ils redoutaient tout haut l’issue fatale. »
Extrait de : G. Leroux. « Le fauteuil hanté. »
Le fantôme de l’Opéra par Gaston Leroux

Fiche de Le fantôme de l’Opéra
Titre : Le fantôme de l’Opéra
Auteur : Gaston Leroux
Date de parution : 1926
Editeur : BNF
Première page de Le fantôme de l’Opéra
« Ce soir-là, qui était celui où MM. Debienne et Poligny, les directeurs démissionnaires de l’Opéra, donnaient leur dernière soirée de gala, à l’occasion de leur départ, la loge de la Sorelli, un des premiers sujets de la danse, était subitement envahie par une demi-douzaine de ces demoiselles du corps de ballet qui remontaient de scène après avoir « dansé » Polyeucte. Elles s’y précipitèrent dans une grande confusion, les unes faisant entendre des rires excessifs et peu naturels, et les autres des cris de terreur.
La Sorelli, qui désirait être seule un instant pour « repasser » le compliment qu’elle devait prononcer tout à l’heure au foyer devant MM. Debienne et Poligny, avait vu avec méchante humeur toute cette foule étourdie se ruer derrière elle. Elle se retourna vers ses camarades et s’inquiéta d’un aussi tumultueux émoi. Ce fut la petite Jammes, – le nez cher à Grévin, des yeux de myosotis, des joues de roses, une gorge de lis, – qui en donna la raison en trois mots, d’une voix tremblante qu’étouffait l’angoisse :
« C’est le fantôme ! »
Extrait de : G. Leroux. « Le Fantôme de l’Opéra. »
Le coeur cambriolé par Gaston Leroux

Fiche de Le coeur cambriolé
Titre : Le coeur cambriolé
Auteur : Gaston Leroux
Date de parution : 1920
Editeur : Bibebook
Première page de Le coeur cambriolé
« Nos parents nous avaient fiancés dès notre plus jeune âge. Quand j’avais douze ans et qu’elle en avait huit, on disait déjà, autour de nous, que nous formions un couple charmant, et nos mères nous admiraient. Nous aurions voulu nous marier tout de suite, tant nous nous aimions. Nous étions cousins germains et nos familles nous réunissaient pendant les vacances. À cette époque, Cordélia m’avait déjà donné son cœur, son petit cœur de huit ans.
Moi, j’étais un très grand garçon pour mon âge, d’un blond presque roux, très fort, enragé de sport, paresseux à l’étude. La vie au grand air était la seule qui me convînt. J’en avais donné le goût à Cordélia, qui avait plutôt un penchant pour la lecture et les arts. Sa mère était italienne. Mon oncle l’avait épousée au cours d’un voyage d’affaires qu’il avait fait à Turin. À huit ans, Cordélia était déjà bonne musicienne, mais elle nous étonnait surtout par sa facilité à dessiner ou à peindre ce qui la frappait ou l’intéressait. Pour moi tout ce qui sortait des mains de Cordélia me paraissait un miracle. »
Extrait de : G. Leroux. « Le coeur cambriolé. »
La reine du Sabbat par Gaston Leroux

Fiche de La reine du Sabbat
Titre : La reine du Sabbat
Auteur : Gaston Leroux
Date de parution : 1910
Editeur : Bibebook
Première page de La reine du Sabbat
« Le Palais-Royal paraissait à peu près désert. Il était deux heures de l’après-midi. Un beau soleil d’automne dorait la vaste solitude du jardin abandonné. Une ombre passa sur la galerie qui longe la rue des Bons-Enfants, en même temps qu’un pas d’homme se faisait entendre le long des petits magasins, sur les dalles sonores.
C’était l’heure de la sieste. Pas un visage curieux ne se pencha, derrière les vitres, sur ce passant solitaire. Cependant la mise de cet homme n’était point ordinaire.
Un lourd manteau de velours noir l’enveloppait de la tête aux pieds. Un pan de ce manteau, retombant dans le dos en plis harmonieux, laissait apparaître sa doublure écarlate. Enfin, un chapeau de feutre noir, de forme Directoire, orné sur le devant d’un nœud de velours et d’une boucle d’argent, coiffait l’une des plus nobles têtes qui se pussent voir : un profil d’une aristocratie royale, un visage dont le teint, d’une pâleur mate, s’éclairait au feu d’un regard éblouissant. »
Extrait de : G. Leroux. « La Reine du Sabbat. »