Auteur/autrice : CH91

 

Consignes de prudence par Pierre Courcel

Fiche de Consignes de prudence

Titre : Consignes de prudence
Auteur : Pierre Courcel
Date de parution : 1967
Editeur : Fleuve noir

Première page de Consignes de prudence

« Le long et mince Tovares surveillait ses arrières par habitude mais avec vigilance. Il ne décela rien d’anormal dans son sillage et se dirigea alors vers la place do Correio, où s’élevait le bâtiment désuet de la Poste centrale de Sao Paulo.

Il dut attendre quelques minutes avant que la standardiste ne puisse lui obtenir la communication avec Santos. Le grand type sec, aux yeux mobiles, s’enferma dans la cabine téléphonique et décrocha le combiné.

— La librairie Arapiran ? s’enquit-il.

— Oui ! répondit une voix féminine.

— Passez-moi le patron.

— Il est absent pour le moment, señor. Tovares se permit une moue ennuyée.

— Quand rentrera-t-il ?

— Assez tard sans doute, car il m’a dit de fermer le magasin !

Cette fois, Tovares fronça le nez et le caressa de sa main libre.

— Vous ne savez pas où je pourrais le joindre ?

— Absolument pas ! Je suis désolée…

— Moi aussi ! grogna Tovares, sincère. »

Extrait de : P. Courcel. « Consignes de prudence. »

Bases d’invasion par Pierre Courcel

Fiche de Bases d’invasion

Titre : Bases d’invasion
Auteur : Pierre Courcel
Date de parution : 1971
Editeur : Fleuve noir

Première page de Bases d’invasion

« La lueur jaune du tableau de contrôle vira à l’orangé et le tube métallique dirigé vers la cloison parut frémir.
Gerst sentait ses oreilles bourdonner malgré le casque insonorisé dont il était muni. Lui et Bolmad avaient d’ailleurs revêtu des combinaisons protectrices spéciales.
Les deux physiciens regardèrent la cible dessinée au centre de la cloison, puis Bolmad donna un degré supplémentaire d’intensité en tournant un levier gradué.
Dans la tête de Gerst, le bourdonnement enfla encore et devint pénible. Il n’en fut pas étonné. À trois reprises, les savants étaient déjà arrivés à ce stade de leurs essais.
Aujourd’hui, une nouvelle étape devait être franchie. Les chercheurs, qui travaillaient ensemble depuis plusieurs années, abordaient maintenant un domaine inconnu et redoutable.
Mathématiquement, l’expérience devait se traduire par un succès. Mais il y a une grande différence entre des calculs et l’expérimentation… »

Extrait de : P. Courcel. « Bases d’invasion. »

Xurantar par Daniel Piret

Fiche de Xurantar

Titre : Xurantar
Auteur : Daniel Piret
Date de parution : 1977
Editeur : Fleuve noir

Première page de Xurantar

« Je me nomme Andro, du moins c’est le nom que l’on me donne ici dans ce lieu et dans ce temps, car jadis je m’appelais autrement, j’avais pour patronyme celui que mes ancêtres m’avaient légué : de Saint-Phal, Arnaud de Saint-Phal, mais il y a de cela si longtemps. J’ai fini par comprendre grâce à la patience d’Alda, celle qui est devenue ma femme, et à celle de ses compagnons Raldo et Roma. Comment aurais-je pu comprendre, moi qui ne savais qu’à peine lire et qui vivais dans ce que l’on a nommé bien plus tard un plein obscurantisme ?

J’ai si souvent repensé à tous ces événements, que j’ai décidé de les écrire plutôt que de les raconter afin que mes enfants, mes petits-enfants et leurs enfants, après eux, essaient de comprendre mon attitude quelquefois bizarre et mes difficultés à m’adapter à une société que jamais je n’aurais pu imaginer. J’ai réussi à comprendre que le temps n’est qu’illusion, que l’espace et lui-même se confondent pour ne faire plus qu’un. »

Extrait de : D. Piret. « Xurantar. »

Vae victis ! par Daniel Piret

Fiche de Vae victis !

Titre : Vae victis !
Auteur : Daniel Piret
Date de parution : 1976
Editeur : Fleuve noir

Première page de Vae victis !

« Dav Landy marchait vite avec cette souplesse et cette élégance de gestes qu’il tenait sans doute de ses lointains ancêtres africains. Dav était un métis… Oh ! bien peu de personnes le croyaient, car sa pigmentation était celle de n’importe quel Blanc cent pour cent… Peut-être était-il un peu plus bronzé qu’un autre, voilà tout… Et puis, quelle importance, me direz-vous ? En début de ce XXIe siècle, on devait être bien loin de tous ces préjugés fort en honneur au XXe !…

Dav était biologiste et écologiste, sans doute l’un des plus fameux, sinon le plus écouté de la Confédération… Les hommes, de tout temps, n’ont jamais aimé les critiques ni les avertissements, et pour beaucoup Landy était un « empêcheur de tourner en rond ». D’aucuns le surnommaient par dérision le « Darwin du XXIe siècle » ou bien encore le « partageux ». »

Extrait de : D. Piret. « Vae Victis. »

Strontium 90 par Daniel Piret

Fiche de Strontium 90

Titre : Strontium 90
Auteur : Daniel Piret
Date de parution : 1980
Editeur : Fleuve noir

Première page de Strontium 90

« Eux seuls ont survécu, ceux qui ont cru en eux-mêmes et non en la science des démons faits hommes.
Arg, assis sur une grosse pierre, la tête entre les mains, ne cessait de lire et relire l’inscription millénaire gravée sur le fronton du vieux temple. Il tournait et retournait entre ses mains le cylindre de céramique, sans comprendre ou plutôt en ayant peur de comprendre. La voix s’était arrêtée à présent mais chacun des mots qu’elle avait prononcés était à jamais gravé dans sa mémoire. Les hommes de son temps ne savaient ni lire ni écrire, hormis quelques vieux sages, mais leur mémoire était phénoménale.
Arg étudiait depuis son plus jeune âge. Un jour il serait lui aussi un Dirigeant, l’un de ceux qui savent. Aujourd’hui, après son retour du grand voyage, il se posait des questions. Ce qu’il tenait dans ses mains tremblantes l’affolait, le terrorisait. Demain il devrait rendre des comptes, s’expliquer, mais que dirait-il ? Comment décrirait-il ce qu’il avait vu ? Comment expliquerait-il la mort de ses compagnons ? »

Extrait de : D. Piret. « Strontium 90. »

Sogol par Daniel Piret

Fiche de Sogol

Titre : Sogol
Auteur : Daniel Piret
Date de parution : 1976
Editeur : Fleuve noir

Première page de Sogol

« Aucun bruit autour de moi, aucun bruit. Au travers de mes paupières mi-closes, je ne distingue rien sinon une brume bleuâtre traversée de temps à autre par de grosses taches lumineuses qui s’éloignent rapidement pour se perdre vers un horizon indiscernable.
J’essaie de remuer, je ne le peux pas, je me heurte à un obstacle à la fois mou et consistant. Bien vite, je m’aperçois que je suis emprisonné dans une sorte de poche translucide qui adopte la forme de mon corps.
J’essaie de penser, je ne le peux pas, alors je m’absorbe dans la contemplation de ce qui m’entoure. Je suis maintenant en pleine possession de mes moyens. Peu à peu, je prends conscience, je n’ai aucun souvenir, je ne sais qui je suis, d’où je viens, où je suis, ni où je vais. Qui m’a placé là ? Je vais très vite, je le sens plus que je ne le vois. D’énormes sphères lumineuses défilent devant mes yeux. Souvent, d’autres boules plus petites tournent autour d’elles. »

Extrait de : D. Piret. « Sogol. »

Sloma de l’Abianta par Daniel Piret

Fiche de Sloma de l’Abianta

Titre : Sloma de l’Abianta
Auteur : Daniel Piret
Date de parution : 1980
Editeur : Fleuve noir

Première page de Sloma de l’Abianta

« Silencieuse, attentive, la foule écoutait.
L’officiant venait à nouveau de commencer la lecture du livre noir. Nul ne savait au juste ce qu’était ce livre. Il faisait partie du rite de ceux de l’Abianta. Le peuple des grandes cavernes ne savait pas lire. Il n’avait pas le droit de savoir. Seuls les défenseurs de la foi le pouvaient. Le savoir, la connaissance sont mauvais.
Sloma était au premier rang. Il ne disait rien : il savait que la lecture du prêtre durerait longtemps, très longtemps, ponctuée de litanies.
— « Un jour viendra où nous remonterons. Nous aussi nous connaîtrons l’horizon, le Soleil et la Lune ; nous connaîtrons les fleurs. Lorsque la grande flamme aura disparu nous remonterons, nous remonterons… »

Extrait de : D. Piret. « Sloma de l’Abianta. »

Robert Clauzel

Présentation de Robert Clauzel :

Robert Clauzel, né le 16 juillet 1923 à Marseille et mort le 14 mai 2007 dans la même ville, est un auteur prolifique de la littérature populaire française. Bien qu’il ait exploré de nombreux genres, il reste l’une des figures marquantes des collections de poche des années 1970 et 1980, notamment dans le domaine de la science-fiction et du roman policier.

Un artisan du Fleuve Noir

Comme beaucoup de ses contemporains de l’écurie du Fleuve Noir, Robert Clauzel a fait preuve d’une productivité impressionnante. Il s’est illustré dans plusieurs collections emblématiques de cet éditeur :

  • L’Anticipation : Entre 1976 et 1986, il signe dix-sept romans de science-fiction. Ses récits se caractérisent souvent par un mélange d’aventure spatiale et de mystère. Parmi ses titres notables, on retient :
    • L’Île des sables mouvants (1976) ;
    • Le Onzième Satellite (1977) ;
    • Les Scaphandriers de l’espace (1979) ;
    • La Pyramide de glace (1983).
  • Le Polar et l’Espionnage : Sous son propre nom ou sous divers pseudonymes (dont B. R. State), il a publié des dizaines de romans dans les collections « Spécial Police » et « Espionnage ». Ses intrigues sont réputées pour leur rythme soutenu et leur ancrage dans une certaine réalité sociale ou géographique.

Diversité des genres et pseudonymie

Robert Clauzel n’était pas l’homme d’un seul genre. Sa bibliographie comprend également des romans d’aventures, des récits historiques et des ouvrages de littérature érotique (souvent publiés sous pseudonymes, comme c’était l’usage pour les auteurs de « gare »).

Il a également collaboré avec d’autres maisons d’édition comme les Éditions de l’Arabesque, où il a affiné son art de la narration populaire avant de devenir un pilier du Fleuve Noir.

Style et thématiques

Dans ses récits de science-fiction, Robert Clauzel privilégiait l’aspect « merveilleux scientifique » et l’aventure humaine face à l’inconnu. Ses romans d’anticipation, bien que répondant aux codes de la littérature de grande consommation, témoignent d’une réelle capacité à bâtir des univers cohérents et prenants en un nombre de pages limité.

Postérité

Robert Clauzel s’est éteint en 2007 dans sa ville natale de Marseille. Il laisse derrière lui une œuvre considérable (plus d’une centaine de titres au total) qui incarne parfaitement la vitalité de l’édition populaire française de la seconde moitié du XX^e siècle. Pour les collectionneurs et les historiens de la SF française, il demeure un auteur de référence de la « période verte » du Fleuve Noir.

Livres de Robert Clauzel :

Eridan :

Pugwash :

A l’aube du dernier jour… (1973)
Comme un orgue d’enfer… (1979)
Et la nuit garda son secret (1975)
L’horrible découverte du Dr Coffin (1982)
La cité de l’éternelle nuit (1983)
La fantastique énigme de Pentarosa (1974)
La planète suppliciée (1976)
La Terre, échec et mat… (1976)
Le ciel sous la terre (1977)
Le nuage qui vient de la mer (1974)
Le secret des secrets (1978)
Les cendres de la nuit… (1983)
Les naufragés de l’invisible (1977)
Les survivants de la mer Morte (1984)

Pour en savoir plus sur Robert Clauzel :

La page Wikipédia sur R. Clauzel
La page Noosfere sur R. Clauzel
La page isfdb de R. Clauzel

Sakkara par Daniel Piret

Fiche de Sakkara

Titre : Sakkara
Auteur : Daniel Piret
Date de parution : 1976
Editeur : Fleuve noir

Première page de Sakkara

« Paul était un enfant trouvé. On l’avait découvert en 2014 dans ce qui fut jadis l’Égypte, non loin d’une ancienne pyramide dont on lui avait donné le nom.
Il avait appartenu (en fait, il appartenait encore) à ce que l’on désignait sous le terme vague d’O.T.S. ou Office Terrestre de Surveillance. C’était une puissante organisation dont aucun des membres ne se connaissait. Ils agissaient toujours seuls et c’est à eux que l’on confiait les plus périlleuses missions.
L’O.T.S. était la seule famille de Paul, la seule en tout cas dont il se souvint. Évidemment ce « métier » risquait plus de vous coûter la vie que de vous amener à la retraite, mais il faut avouer qu’il comportait pas mal d’avantages.
Paul n’avait aucun souci matériel. Il était un peu dans la position du docteur Faust qui, ayant vendu son âme au diable, devait s’attendre à la remettre à tout moment. Mais cela lui plaisait. Il avait toujours eu le goût du risque et était incapable d’envisager la vie « popote » que menaient les neuf dixièmes de ses coplanétriotes. »

Extrait de : D. Piret. « Sakkara. »

Naître ou ne pas naître par Daniel Piret

Fiche de Naître ou ne pas naître

Titre : Naître ou ne pas naître
Auteur : Daniel Piret
Date de parution : 1974
Editeur : Fleuve noir

Première page de Naître ou ne pas naître

« Lorsque Hervé « attaqua » les périphériques, il commença à y croire ! Les avait-il attendus, ces congés ! Il se pencha amoureusement du côté de Talma et jeta un œil attendri sur la rotondité de son ventre. Dans quelques mois, il serait père ! Il appuya joyeusement sur l’accélérateur. Talma avait baissé la glace et ses longs cheveux flottaient au vent.
— Tu sais, j’en connais un qui va être heureux !
— Ton père ?
— Bien sûr ! Depuis le temps qu’il attend un petit-fils !
— Ce sera peut-être une petite-fille !
— Ne parle pas de malheur, j’ai déjà assez d’une femme à la maison ! fit Hervé en riant.
Ils venaient de passer Orly et ils prirent la direction de Fontainebleau. Hervé n’avait pas l’intention de suivre l’autoroute jusqu’au bout. Il en sortirait avant pour emprunter les nationales et départementales aujourd’hui désertées et qu’il aimait tant. »

Extrait de : D. Piret. « Naître ou ne pas naître. »