Auteur/autrice : CH91

 

L’herbe naïve par Esther Rochon

Fiche de L’herbe naïve

Titre : L’herbe naïve
Auteur : Esther Rochon
Date de parution : 2025
Editeur : Editions Alire

Première page de L’herbe naïve

« Il est de ces maisons qui s’élèvent comme des constructions inouïes, impensables, des modèles uniques que personne ne pourrait reproduire. Telle était celle où Thalie occupait un logement. C’était près du palais des congrès à Montréal, le long d’une ancienne rue aux trottoirs trop neufs dont les rares édifices, poussiéreux, s’élevaient parmi des terrains de stationnement dont le sol couvert de gravier ou d’asphalte était parsemé de mauvaises herbes. Juste à côté se trouvaient des avenues et des autoroutes achalandées jour et nuit. Chacune de ces demeures avait connu des jours plus calmes, et en conservait des traces.

Dès qu’on passait l’entrée, on pénétrait dans un monde unique et paisible. La cage de l’escalier était déjà une cathédrale de pénombre et d’intimité. Une fois dans le logement, les multiples crochets à vêtements témoignaient des familles nombreuses qui avaient dû y suspendre leurs manteaux. Dans le corridor, on avait fait sécher le linge sur une étroite et longue planche horizontale lustrée par les ans, qui pouvait descendre et remonter grâce à un système de cordes et poulies. »

Extrait de : E. Rochon. « L’herbe naïve. »

La dragonne de l’aurore par Esther Rochon

Fiche de La dragonne de l’aurore

Titre : La dragonne de l’aurore (Tome 4 sur 4 – Cycle de Vrenalik)
Auteur : Esther Rochon
Date de parution : 2009
Editeur : Editions Alire

Première page de La dragonne de l’aurore

« Taïm Sutherland marchait dans la forêt. C’était une forêt d’automne, dont les arbres portaient encore des feuilles dorées, clairsemées. L’or des feuilles couvrait le sol d’un tapis craquant sous le ciel nuageux.

Derrière lui, vers le sud, il avait laissé le bord de la mer, un manteau noir, un manteau vert, une statue de pierre vert-turquoise et tous les gens qu’il connaissait sur cette île de Vrénalik. Il allait les mains vides, sans provisions, sans protection, errant. Depuis toujours, c’est ce qu’il avait rêvé de faire.

Il se savait fait pour cette existence. Des lambeaux d’histoires et de souvenirs flottaient autour de lui, contenant peut-être des évocations futures. Il était happé par un tourbillon vert-turquoise, qui était fait d’amour et de frayeur. Il était rouge et vert, intemporel, capable de franchir les gouffres du temps ; pourtant il était aussi fragile.

Il se sentait trop léger, un peu fiévreux, un peu frémissant. Il ne savait pas s’il allait exister, pour lui, la possibilité d’un retour en arrière. Il ignorait comment survivre en ce lieu-ci. »

Extrait de : E. Rochon. « Cycle de Vrenalik – Dragonne de l’aurore. »

L’archipel noir par Esther Rochon

Fiche de L’archipel noir

Titre : L’archipel noir (Tome 3 sur 4 – Cycle de Vrenalik)
Auteur : Esther Rochon
Date de parution : 1999
Editeur : Editions Alire

Première page de L’archipel noir

« Sutherland poussa la porte de la gare d’Ister-Inga. Les gratte-ciel disparurent dans le reflet de la vitre. À l’intérieur, il faisait chaud. Les pas de Sutherland résonnèrent sur les tuiles de la salle immense, sombre, et presque vide. Il passa sous des lanternes de fer noir, suspendues au plafond par des chaînes, et atteignit une zone plus claire, située sous la verrière centrale. En face de lui, une horloge à cadran d’émail indiquait trois heures. À sa droite, une carte aux teintes délavées occupait un mur. À gauche, de grandes portes menaient aux quais. Sutherland se dirigea vers la carte, qu’il examina en se demandant où il irait.

C’était la fin d’octobre. Dehors, des papiers tournoyaient sur l’asphalte, dans la poussière. L’herbe rare, asphyxiée, avait jauni. Le vent s’engouffrait entre les immeubles d’acier et de verre, soulevant la fumée des voitures. Ce paysage, Sutherland le connaissait bien. Il voulait le quitter. »

Extrait de : E. Rochon. « Cycle de Vrenalik – L’Archipel noir. »

Le rêveur dans la citadelle par Esther Rochon

Fiche de Le rêveur dans la citadelle

Titre : Le rêveur dans la citadelle (Tome 1 sur 4 – Cycle de Vrenalik)
Auteur : Esther Rochon
Date de parution : 1998
Editeur : Editions Alire

Première page de Le rêveur dans la citadelle

« Il entra. Dehors c’était brumeux, ici c’était enfumé. Dehors la lumière était bleue, ici elle était jaune. Il y avait des tables brunes, presque toutes occupées. On parlait fort. À droite, c’était le bar ; au fond, la cuisine. À gauche, près de la fenêtre, on avait placé une petite table pour deux. Une jeune femme s’y trouvait assise. En face d’elle, le banc était libre.

— Eh bien, ce sera elle, se dit-il.

Il s’approcha, demandant du regard si la place était réservée. Elle fit signe que non. Il s’assit.

Il sortit des poches profondes de son manteau tout l’argent qui lui restait, le mit sur la table.

— Je voudrais manger et passer la nuit ici.

Elle compta les pièces, lui en rendit quelques-unes.

— Tu peux te payer un repas, mais pas de lit.

Cette réponse le prenait par surprise. La vie était vraiment plus chère ici qu’à l’île de Vrend. Peu importe.

Il repoussa vers elle les pièces qu’elle lui avait rendues.

— J’aimerais que tu restes ici pendant mon repas et un peu après. Je voudrais te parler. »

Extrait de : E. Rochon. « Cycle de Vrenalik – Le Reveur dans la Citadelle. »

L’aigle des profondeurs par Esther Rochon

Fiche de L’aigle des profondeurs

Titre : L’aigle des profondeurs (Tome 2 sur 4 – Cycle de Vrenalik)
Auteur : Esther Rochon
Date de parution : 2002
Editeur : Editions Alire

Première page de L’aigle des profondeurs

« La Citadelle de Frulken a sept étages de haut, sept étages de pierre, sept étages de roche, et quatre étages de caves sont creusés dans la falaise, quatre étages perdus, quatre étages déserts, quatre siècles de malheur tombés sur le pays. J’étais jeune, et l’hiver grand et blanc tombait sur Frulken, noire Frulken-la-haute où les vents se déchaînent. J’avais douze ans ; c’était mon premier hiver à Frulken.

C’est alors que je t’ai rencontré, Jouskilliant Green. Tu t’es imposé à moi sans en être responsable, sans t’en rendre compte tu m’as envahi le cœur ; sans l’avoir voulu je t’ai aimé ; et si ma passion avait des résonances d’exercice de style, ta figure n’en domine pas moins le début de mon adolescence : mon premier amour, qu’on le veuille ou non.

Comme la moindre de tes gaucheries me faisait honte ; supportant à peine qu’on associe mon nom au tien, je rêvais pourtant à toi tous les jours, soutenue par l’espoir insensé qu’au-delà de ta sécheresse se trouve un autre monde auquel j’aurais un jour accès. »

Extrait de : E. Rochon. « Cycle de Vrenalik – L’Aigle des profondeurs. »

Sorbier par Esther Rochon

Fiche de Sorbier

Titre : Sorbier (Tome 6 sur 6 – Les chroniques infernales)
Auteur : Esther Rochon
Date de parution : 2000
Editeur : Editions Alire

Première page de Sorbier

« Rel, sur l’île de Strind dans l’Archipel de Vrénalik, ainsi que Sutherland et Lame, aux nouveaux enfers mous, s’étaient attelés à des tâches monumentales. Au bout de vingt années infernales, soit près d’un siècle et demi à l’échelle du monde de Vrénalik, l’équipe des enfers mous avait enregistré des succès notables, tandis que celle de Vrénalik n’en était pas encore là.

Le problème auquel s’attaquait Rel était d’une effarante complexité, et la date de remise des plans de la fin du monde dut être repoussée plusieurs fois, pour être finalement renvoyée aux calendes grecques. Chaque fois que Rel informait Lame d’avertir les juges que de nouveaux éléments au dossier commandaient un report de l’échéance, Lame déposait un message en ce sens à l’entrée d’une des cavernes que hantaient les juges qui, en général, ne se manifestaient pas. Au moins, ils ne faisaient pas de pression sur Rel. Selon leur perception du temps, ces retards n’étaient sans doute que des bagatelles ; les ennuis dont on les avisait étaient indignes d’un accusé de réception. »

Extrait de : E. Rochon. « Chroniques infernales – Sorbier. »

Or par Esther Rochon

Fiche de Or

Titre : Or (Tome 5 sur 6 – Les chroniques infernales)
Auteur : Esther Rochon
Date de parution : 1999
Editeur : Editions Alire

Première page de Or

« Avant de quitter les enfers pour un séjour dans le monde de Vrénalik, Rel avait parlé de sa jeunesse aux représentants des enfers. La réunion s’était échelonnée sur une semaine, dans les locaux administratifs de l’un des huit nouveaux enfers, les enfers chauds. Vers la fin, un incident l’avait perturbée. Taïm Sutherland, le conseiller de Rel, avait provoqué sans le vouloir la colère d’un des oiseaux télépathes qui torturent les damnés des enfers tranchants et se repaissent autant de la terreur qu’ils provoquent que de la chair de leurs victimes. Cet oiseau, l’émérite télépathe Tryil, d’une envergure immense, avait cédé à la rage, attaquant le conseiller flegmatique aux cheveux roux, lui fendant la cuisse de son bec tranchant comme un scalpel. Ce geste haineux lui avait valu aussitôt une honteuse destitution par ses collègues, friands de ce genre d’exercice.

La réunion aux enfers chauds une fois terminée, Sutherland et Lame étaient rentrés aux anciens enfers, là où anciennement s’étaient étendus des lieux de châtiments. Ils habitaient dans cette zone désaffectée, faiblement peuplée de bourreaux réformés et de leur descendance, qui cultivait les champs. »

Extrait de : E. Rochon. « Or – Les chroniques infernales. »

Secrets par Esther Rochon

Fiche de Secrets

Titre : Secrets (Tome 4 sur 6 – Les chroniques infernales)
Auteur : Esther Rochon
Date de parution : 1998
Editeur : Editions Alire

Première page de Secrets

« Les mois avaient passé depuis la découverte de la porte sous Arxann, qui servait à communiquer avec le monde où s’étaient déroulés les plus beaux souvenirs de jeunesse de Rel, ainsi que toute la vie précédente de Fax, celle où il s’était appelé Taïm Sutherland.

Lentement, méthodiquement, les données sur la réalité actuelle de ce monde-là devenaient accessibles. Il faudrait y pénétrer avec une prudence extrême. Pour contempler de nouveau les lieux où jadis il avait séjourné, Rel risquerait sa vie et celle de ses compagnons. Donc, avant de se lancer dans l’aventure, à la demande générale il avait accepté de parler publiquement de ce qu’il avait toujours passé sous silence : son enfance et sa jeunesse. Ainsi, s’il devait périr, il laisserait ses souvenirs les plus secrets en héritage.

Les nouveaux enfers chauds servaient depuis longtemps de lieu de rassemblement. Une grande partie du territoire hébergeait diverses installations pour la réhabilitation des damnés ; dans cette région plus chaleureuse que les autres, on trouvait quelques bâtiments administratifs. »

Extrait de : E. Rochon. « Secrets – Les chroniques infernales. »

Ouverture par Esther Rochon

Fiche de Ouverture

Titre : Ouverture (Tome 3 sur 6 – Les chroniques infernales)
Auteur : Esther Rochon
Date de parution : 1997
Editeur : Editions Alire

Première page de Ouverture

« Lame et Fax marchaient dans la neige profonde.

Il y avait cinq ans que le peintre Séril Daha était mort et Lame ne l’avait pas encore accepté. Vers la même époque, elle s’était séparée de son époux hermaphrodite, le très ancien Rel, ce qu’elle ne regrettait pas. Par contre, le monde avait cessé d’être attrayant.

Pourtant, son corps âgé de presque quatre siècles était vigoureux et splendide. Marchant dans les branches mortes à demi enfouies dans la neige, elle tourna la tête, secouant sa chevelure noire. De ses yeux pénétrants, elle regarda son compagnon :

— Fax, tu crois qu’on est encore loin ?

Fax était lui aussi beau, fort et souple. Il était plus jeune qu’elle et continuait à faire figure de nouveau venu dans les mondes d’en dessous. Ses cheveux roux faisaient une tache vive dans le paysage morne des enfers froids. Il regarda ses instruments et indiqua en souriant la direction où les bois semblaient les plus touffus. »

Extrait de : E. Rochon. « Ouverture – Les chroniques infernales. »

Aboli par Esther Rochon

Fiche de Aboli

Titre : Aboli (Tome 2 sur 6 – Les chroniques infernales)
Auteur : Esther Rochon
Date de parution : 1996
Editeur : Editions Alire

Première page de Aboli

« Une fois vidé, l’ancien territoire des enfers devint un désert de pénombre. Le roi Rel, fils du dernier roi des enfers, qui avait trahi son père en refusant que son pays serve plus longtemps de colonie pénitentiaire, était l’ami des juges du crépuscule, qui régissent le destin des morts. Rel, comme la plupart des autochtones des anciens enfers, jouissait d’une espérance de vie très longue, de quelques milliers d’années. Quelques siècles s’étaient écoulés depuis l’immolation rituelle de ses vieux parents sur une roue de feu, et Rel s’était affirmé comme un souverain mystérieux. Il régnait sur le plus profond des mondes, sorte d’immense caverne crépusculaire, située sans doute en dessous d’un autre monde, sans qu’on sache très bien lequel.

Les limbes unis, qui désormais partageaient la charge d’héberger les damnés pour leur peine, avaient également été tenus de remettre en état le territoire des anciens enfers. Cependant le roi Rel avait tergiversé, hésitant à rendre son pays semblable à n’importe quel monde de surface, avec un ciel et du soleil. Il était content d’avoir des « étoiles » au « ciel », c’est-à-dire des fragments de mica brillant fugacement au plafond de la voûte maintenant que le revêtement de béton en était usé. Il aimait le « vent » sur son pays, autrement dit les courants d’air dans la caverne. Il aimait sa reine, Lame, qui avait su parler aux juges terrifiants pour adoucir certaines peines. Il était dévoué à son peuple de monstres et d’êtres de moins en moins difformes à présent qu’ils n’étaient plus bourreaux. »

Extrait de : E. Rochon. « Aboli – Les chroniques infernales. »