Auteur/autrice : CH91

 

Edmond Haraucourt

Présentation de Edmond Haraucourt :

Edmond Haraucourt (1856-1941) est un poète, romancier et dramaturge français connu pour son style romantique tardif et ses thèmes exotiques. Il est surtout célèbre pour son roman préhistorique, Daâh le premier homme (1914).

Jeunesse et débuts littéraires

Né à Bourmont en Haute-Marne, Edmond Haraucourt étudie au lycée Saint-Clement à Metz, puis à Paris. Il commence sa carrière littéraire par la poésie, publiant son premier recueil, La Légende des sexes, en 1882 sous le pseudonyme de « Le Sire de l’Amour ». L’œuvre, érotique et audacieuse, est censurée et condamnée pour outrage aux bonnes mœurs, ce qui contribue à sa notoriété. Il continue d’explorer des thèmes mythologiques et exotiques dans ses œuvres suivantes, comme L’âme nue (1885) et Seul (1891).

Œuvre principale : Daâh le premier homme

Haraucourt se diversifie en tant que romancier et dramaturge. Il écrit des pièces de théâtre, dont Shylock (1889) et des romans. Cependant, son œuvre la plus marquante est Daâh le premier homme, un roman d’anticipation et d’aventure qui imagine la vie d’un homme des cavernes. Le livre, publié initialement en 1914, est un succès et sera réédité à plusieurs reprises. Il est considéré comme un des premiers romans de fiction préhistorique.

Autres contributions et fin de vie

En plus de ses écrits, Haraucourt est conservateur du musée du Trocadéro (aujourd’hui le musée de l’Homme) de 1891 à 1928, une fonction qui nourrit son intérêt pour l’ethnographie et l’histoire. Il mène plusieurs missions archéologiques et participe à l’Exposition universelle de 1900. Il est élu membre de l’Académie Goncourt en 1895. Il passe les dernières années de sa vie dans sa maison de Saint-Cloud, surnommée « Le Manoir des Muses, » où il décède en 1941. Ses œuvres sont un pont entre le romantisme et les mouvements littéraires du XXe siècle, caractérisées par un lyrisme puissant et une fascination pour les origines de l’humanité et les cultures lointaines.

Livres de Edmond Haraucourt :

Daâh le premier homme

Pour en savoir plus sur Edmond Haraucourt :

La page Wikipédia sur E. Haraucourt
La page Noosfere sur E. Haraucourt
La page isfdb de E. Haraucourt

Une soirée à la plage par Jacques Barbéri

Fiche de Une soirée à la plage

Titre : Une soirée à la plage
Auteur : Jacques Barbéri
Date de parution : 1988
Editeur : Multivers éditions

Première page de Une soirée à la plage

« La tôle était noire. Froide. La combinaison, entrelacs de fibres nerveuses, pilées, collait à la peau. Anjel essaya de bouger. Une douleur foreuse lui vrilla l’épaule. Il tourna la tête et vit une multitude de points colorés clignoter dans le noir. Les sphérules jaunes, rouges et vertes lui intimaient l’ordre de dormir. Sa tête s’affaissa, ses ongles quittèrent leur tiède rainure de chair et il perdit conscience, tremblant et geignant sur sa couche d’os et de chair broyés.

Lorsqu’il refit surface, le noir avait cédé sa place à un jaune sale. Le surgénérateur de secours ronronnait quelque part dans l’habitacle.

Anjel se redressa péniblement, avança en titubant vers une série de lumignons verts. Le vertige caressait sa nuque. L’évanouissement était un puits sirupeux dans lequel il ne songeait qu’à couler. Sa main gauche s’écrasa sur une touche clignotante. Il parut se désarticuler et s’évanouit à l’instant même où une plaque de métal glissait dans sa loge, dessinant sur ses paupières tombantes un carré de lumière et de chaleur blanche. »

Extrait de : J. Barbéri. « Une soirée à la plage. »

Rêve de chair par Emmanuel Jouanne et Jacques Barbéri

Fiche de Rêve de chair

Titre : Rêve de chair
Auteur : Jacques Barbéri et Emmanuel Jouanne
Date de parution : 1981
Editeur : Fleuve noir / Gore

Première page de Rêve de chair

« Herb Duncan écoutait depuis quelques minutes les bruits de la forêt. C’était la mi-juin, l’été, et les insectes s’en donnaient à cœur joie dans les arbres et les fourrés. Quelque part, au loin, un oiseau chantait. Un corbeau ? Non, c’était encore trop mélodieux.

Dommage.

Il grimpa à l’arrière du camping-car Volkswagen gris métallisé. Il avait hâte de voir à quoi tout ça ressemblait. Il avait vraiment hâte de voir à quoi tout ça ressemblait. Il avait claqué un sacré paquet de fric (en marks !) pour acheter les cent pièces de la collection – une collection complète, unique, rarissime, inestimable, le type qui tenait le magasin d’« antiquités » de ce lointain faubourg de Hambourg le lui avait garanti.

Le mini-frigo Brandt bourdonnait sous le mini-évier en inox…

Herb s’approcha, transpirant abondamment sous son T-shirt, une espèce d’horreur dernier cri, avec une hache en relief s’échappant d’une plaie béante en plastique. »

Extrait de : J. Barbéri et E. Jouanne. « Rêve de chair. »

Mondocane par Jacques Barbéri

Fiche de Mondocane

Titre : Mondocane
Auteur : Jacques Barbéri
Date de parution : 2016
Editeur : La Volte

Première page de Mondocane

« Les collines bleues ressemblaient à des nuages de glace flottant sur l’horizon. La peau du lac floculait légèrement sous la morsure du gel naissant. Sous la surface, d’étranges plantes aux corolles sphériques ralentissaient le temps. Le paysage glissait autour de la barque telle une gigantesque sculpture.
— Les algues larguent des bulles d’ammoniaque, m’expliquait mon père. En remontant vers la surface, elles se retrouvent piégées par la glace.
J’adorais l’écouter. Il transformait un simple décor en un vaste laboratoire d’expérimentations baroques.
— C’est l’époque idéale pour la pêche… Regarde… Là  !
Il m’indiquait du doigt une forme noire qui ondulait sous les bulles captives.
— Les baratidas ont faim. Ils se préparent à hiberner et les vers de vase se font rares. Si nous n’en ramenons pas au moins une dizaine, nous sommes des moins que rien.
En effet, les cannes se plièrent. Et les poissons s’amoncelèrent dans le grand seau posé au centre de la barque… »

Extrait de : J. Barbéri. « Mondocane.»

Mémoires de sable par Emmanuel Jouanne et Jacques Barbéri

Fiche de Mémoires de sable

Titre : Mémoires de sable
Auteur : Jacques Barbéri et Emmanuel Jouanne
Date de parution : 2015
Editeur : La Volte

Première page de Mémoires de sable

« La salle, gigantesque, était plongée dans une pénombre bleutée. Les gestes de La Tête paraissaient floutés, comme s’ils prenaient place dans plusieurs dimensions à la fois. Cette impression était-elle imputable à la nature fantomatique de l’éclairage et à la peur qu’engendrait la terrifiante pression de l’autorité suprême ? Ou bien à une réalité tangible qui situait La Tête au-delà de l’humain ? Difficile de trancher. Elle se déplaçait derrière son bureau en agitant ce que l’on pourrait qualifier de bras, même si leur longueur et leur finesse les apparentaient plutôt à des pattes d’insecte.

La Tête avait une voix à la fois caverneuse et sifflante, comme si elle tombait du ciel et vrombissait en pénétrant dans l’atmosphère.

Elle fit le tour du bureau – immense plateau noir, laqué, constellé de reflets, miroir d’un ciel étoilé –, disparut dans un trou noir, réapparut dans une fontaine de lumière en une chorégraphie tentaculaire :

— J’ai l’impression que la situation est en train de vous échapper, doktor Ravon…

L’homme qui lui faisait face flottait dans une blouse blanche tellement ample qu’il paraissait être en apesanteur, retenu au sol par des semelles plombées. »

Extrait de : J. Barbéri et E. Jouanne. « Mémoires de sable. »

Nounlegos par Raoul Bigot

Fiche de Nounlegos

Titre : Nounlegos – L’homme qui lit dans le cerveau
Auteur : Raoul Bigot
Date de parution : 1921
Editeur : Bibliothèque Numérique Romande

Première page de Nounlegos

«  Nounlegos. »

C’est ce nom, écrit au crayon sur un papier de salle d’attente, que lisait M. de Landré, juge d’instruction près du Parquet de la Seine, en jetant un coup d’œil sur sa table, alors qu’il remettait son chapeau, sa canne et ses gants au garçon de bureau.

« Nounlegos ? »

Prévenant la question, le garçon expliquait :

« C’est un vieux Monsieur qui demande à parler à M. le juge d’instruction, au sujet de l’affaire Charfland ; il se refuse à toute autre explication. Engagé à demander une audience par écrit en indiquant le motif, il a répondu : Je viens offrir mon concours pour la découverte de la vérité ; je ne sollicite rien ; je tente une démarche ; je ne la renouvellerai pas. »

« Que dois-je faire, Monsieur le Juge ?

— Je vous rappellerai dans un instant. »

Extrait de : R. Bigot. « Nounlegos. »

Raoul Bigot

Présentation de Raoul Bigot :

Raoul Bigot est un ingénieur et romancier français né le 16 juin 1874 au Havre et décédé le 30 septembre 1928 à Paris. Son œuvre littéraire appartient au genre du merveilleux scientifique.

Carrière professionnelle et littéraire

Après avoir fréquenté l’École Centrale de Paris et l’École Supérieure d’Électricité, Raoul Bigot commence sa carrière d’ingénieur en 1898 en tant que spécialiste des munitions. Il dirige ensuite plusieurs entreprises. En 1900, il est nommé consul de Belgique à Mazatlán, au Mexique, où il écrit un essai sur le pays, Le Mexique moderne (1909).

Pendant la Première Guerre mondiale, il dirige un atelier de chargement. C’est après la guerre qu’il se consacre à la littérature d’imagination scientifique. Son œuvre la plus connue, Nounlegos (1919), également titrée L’Homme qui lit dans le cerveau, a été publiée pour la première fois dans la revue Lectures pour tous. Il a également écrit L’Étrange matière (1921) en collaboration avec Ernest-Maurice Laumann.

Livres de Raoul Bigot :

Nounlegos (1921)

Pour en savoir plus sur Raoul Bigot :

La page Wikipédia sur R. Bigot
La page Noosfere sur R. Bigot
La page isfdb de R. Bigot

L’enfer des masques par Jacques Barbéri

Fiche de L’enfer des masques

Titre : L’enfer des masques
Auteur : Jacques Barbéri
Date de parution : 2019
Editeur : La Volte

Première page de L’enfer des masques

« – Sleeping Beauty, ça te tente ?

Elle se regarde dans une flaque. Depuis plusieurs minutes. Elle est à la fois fascinée et dégoûtée par le reflet de son visage. Il pleut. Un fin crachin graisseux. Une boucle rythmique hypnotique estompe la mécanique de la ville. Elle lève lentement la tête, comme si en la décollant de ce miroir liquide elle prenait le risque d’y abandonner une partie de sa peau, de sa chair, de ses os.

Son regard accroche au passage une colonne aquarium dans laquelle flotte une myriade d’étoiles. Sculpture d’artiste ou porte temporelle ?

— Some Call it Loving pour les States, l’œuvre méconnue de James B. Harris…

Elle se retourne tout aussi lentement.

Il est raide, presque amidonné, attendant qu’elle parle. Et probablement qu’elle l’envoie promener, comme à son habitude.

Avec ses yeux bleus écarquillés et ses cheveux blonds, Régis Lynaster a un petit côté village des damnés, mais la comparaison s’arrête là. Il est timide, sur la défensive, et plein aux as. Un de ces jeunes bourges intellos que Nora n’affectionne pas particulièrement. »

Extrait de : J. Barbéri. « L’enfer des masques. »

Kosmokrim par Jacques Barbéri

Fiche de Kosmokrim

Titre : Kosmokrim
Auteur : Jacques Barbéri
Date de parution : 1985
Editeur : Denoël

Sommaire de Kosmokrim

  • Mondocane
  • Le joueur
  • La mort en ce jardin tel un pilote en son navire
  • Drosophiles
  • La promenade du garçon boucher
  • Kosmokrim
  • Le gardien
  • La lente liquéfaction des ruines mémorielles
  • Jeux de piste
  • Traces

Première page de Mondocane

« La fin de la guerre vit la naissance des hommes-bouteilles et des ruches à homoncules. La guerre avait laissé derrière elle la Terre saignante et boursouflée. Les plaies se remplissaient au fil des années d’eau et de sable, transformant les villes en désert et les continents en îlots.
Ce qui s’était vraiment passé, personne ne le savait. Un glissement de forces, une haine incontrôlable…
Des hommes s’étaient retrouvés attirés par de grands malades, cancéreux, lépreux, diabétiques. Ils étaient tractés par une force mystérieuse, traînés comme des chiens le long des rues poussiéreuses. Aspirés. Et ils s’engouffraient, désarticulés, dans les couloirs des cliniques, des hôpitaux, pour terminer leurs courses dans les salles d’opération, collés au corps du mourant. De gigantesques pyramides se formaient, faisant éclater les murs des édifices, des bâtiments poreux.
De nouvelles montagnes envahissaient ainsi la géographie changeante du globe.
Les plus prévoyants s’étaient rapidement enterrés aux tréfonds d’abris antiatomiques. Une fois toutes les trappes fermées, les derniers maniaques de la protection s’étaient cadenassés dans de vieux blockhaus ou, le cas échéant, derrière les mètres de béton d’usines nucléaires désaffectées. »

Extrait de : J. Barbéri. « Kosmokrim. »

Guerre de rien par Jacques Barbéri

Fiche de Guerre de rien

Titre : Guerre de rien
Auteur : Jacques Barbéri
Date de parution : 1990
Editeur : Denoël

Première page de Guerre de rien

« Bor Durin se grattait distraitement le nez. Il n’était ni excité ni angoissé. Sentiments partagés par les autres occupants du wagon blindé. Ils savaient que la décision prise par le comité de Turing était sans appel.
Trente-trois heures auparavant, le long des coursives glacées du Q.G. de Cheebar, Guerre et Paix avait délivré ses conclusions : « L’Eurocentre ne peut plus rester étranger au conflit. Une attaque ennemie est imminente. »
« Mais quel ennemi ? » s’était écrié Durin en arrachant le dériveur synaptique qui calottait son crâne… « Nous ne sommes pas encore en guerre, nous ne pouvons pas avoir d’ennemi déclaré ! » Ernst Klarktung l’avait regardé d’un air débile. « Ça devait arriver », s’était-il contenté de dire. « Notre hideux bébé vient de piquer sa crise… comme tous les autres. »
Bor Durin avait recoiffé le dériveur synaptique : le froid cybernétique. »

Extrait de : J. Barbéri. « Guerre de rien. »