Auteur/autrice : CH91

 

SS-GB par Len Deighton

Fiche de SS-GB

Titre : SS-GB
Auteur : Len Deighton
Date de parution : 1978
Traduction : J. Rosenthal
Editeur : Denoël

Première page de SS-GB

« Himmler a fait enfermer le Roi dans la Tour de Londres, annonça Harry Woods. Mais voilà maintenant que les généraux allemands disent que c’est l’armée qui devrait le garder. »
L’autre homme, plongé dans les papiers étalés sur son bureau, ne fit aucun commentaire. Il pressa le cachet de caoutchouc sur le tampon encreur, puis l’appliqua sur le bordereau : « Scotland Yard. 14 nov. 1941. » C’était incroyable de songer que la guerre n’avait commencé que deux ans plus tôt. Maintenant, elle était terminée ; les combats avaient cessé, la cause était perdue. Il y avait tant de paperasserie qu’on utilisait deux cartons à chaussures pour le surplus ; des escarpins en cuir verni de chez Dolcis, taille six, talons hauts, qui chaussaient serré. Le commissaire Douglas Archer ne connaissait qu’une femme susceptible d’acheter ce genre de chaussures : sa secrétaire.
« Enfin, c’est ce que les gens disent », ajouta Harry Woods, le vieux sergent qui constituait l’autre moitié de la « brigade criminelle ». »

Extrait de : L. Deighton. « SS-GB. »

Ipcress danger immédiat par Len Deighton

Fiche de Ipcress danger immédiat

Titre : Ipcress danger immédiat
Auteur : Len Deighton
Date de parution : 1962
Traduction : R. Tesnière, J. Antoine
Editeur : Arche poche

Première page de Ipcress danger immédiat

« On appela sur ma ligne directe vers deux heures et demie de l’après-midi. Le ministre ne saisissait pas très bien un point ou deux de mon résumé. Peut-être pourrais-je venir voir le ministre ?
Peut-être, en effet.
Les appartements du ministre donnaient sur Trafalgar Square et ils étaient meublés comme l’eût fait, pour Oscar Wilde, un décorateur de l’école rococo. Le ministre s’assit dans le fauteuil Sheraton, un dossier sur les genoux, moi dans le Hepplewhite.
— Racontez-moi simplement toute l’histoire à votre façon, mon vieux. Cigarette ?
Je me demandais de quelle autre façon il pensait que j’aurais pu la lui raconter et il me tendit son étui à cigarettes en or extraplat. Je le battis d’une courte tête en extirpant de ma poche un paquet de Gauloises froissé. Je ne savais par où commencer.
— Je ne sais par où commencer, dis-je. Le premier document du dossier…
Le ministre m’arrêta d’un geste. »

Extrait de : L. Deighton. « Ipcress danger immediat. »

Bahil par Raymond George

Fiche de Bahil

Titre : Bahil
Auteur : Raymond George
Date de parution : 2003 / 2013
Editeur : Bibliothèque numérique romande

Première page de Bahil

« Ses frères aouazem sont restés à l’intérieur de l’hôtellerie. Debout sous le porche, Dun Jah contemple quelques instants la cour de l’étape plantée de tentes multicolores où se mêlent voyageurs de toute condition, bêtes de traits et montures de prix, chariots et carrosses et où règne une intense activité qui d’ici paraît désordonnée. À l’ouest de la porte, le maître d’un arroi qui vient d’arriver distribue à grands cris les tâches à ses hommes ; les uns déchargent les voitures ou détellent les bêtes, d’autres vont chercher le fourrage à l’écurie, pendant que les femmes, sous bonne garde, se rendent à l’auberge. Au centre d’un cercle de chariots, un groupe de marchands négocie avec force gestes tandis que les esclaves, rassemblés à côté des marchandises, échangent discrètement commentaires ou informations. Ailleurs, assis autour d’un brasero, les hommes d’arme d’une escorte jouent aux cartes et se passent la cruche de vin. Entre les tentes et les équipages circule tout un monde affairé qui se bouscule, s’interpelle, se regroupe, se disperse et que traversent des hordes de gamins qui se poursuivent en courant – et de cette foule disparate monte un brouhaha assourdissant que déchirent à tout moment un hennissement ou un éclat de voix, le rire, le cri ou les pleurs d’un enfant, le grincement d’un essieu ou le claquement d’une toile dans le vent.

Dun Jah descend les quelques marches et s’avance dans la cour. »

Extrait de : R. George. « Bahil. »

Constantinople par Camille J. Ferrier

Fiche de Constantinople

Titre : Constantinople (tome 4 sur 4 – Le Baron Bernard)
Auteur : Camille J. Ferrier
Date de parution : 1900
Editeur : Bibliothèque numérique romande

Première page de Constantinople

« Un commandement se fit entendre ; on se mit en marche.

Bernard se sentait emporté dans l’inconnu, comme on cède dans un rêve, à une inexorable, une incompréhensible fatalité ; la pensée de réagir ne lui venait même pas ; il aurait pu se débattre, crier, sa volonté brisée par tant de secousses, ne comportait pas même cet effort. Solidement attaché sur le cheval, les mains liées derrière le dos, il subissait passif les rudes secousses, les réactions violentes de sa monture ; on marchait rapidement sur un terrain raboteux tout en montées et en descentes ; il avait besoin de toute son aisance de cavalier pour éviter les contre-coups trop durs. Puis, danger plus sérieux, c’était les branches d’arbres qui venaient lui battre le visage ; on était en plein bois ; qu’il se heurtât trop vivement à l’une d’elles et il pouvait se faire quelque blessure grave, mortelle même ; toute sa pensée, tout ce qui lui restait d’énergie se concentrait sur cette éventualité ; il se courbait sur sa selle, prêt à céder au premier contact, réduit au seul instinct de machinale conservation. »

Extrait de : C.J Ferrier. « Le Baron Bernard – Constantinople. »

Myrdita (partie 2) par Camille J. Ferrier

Fiche de Myrdita

Titre : Myrdita (tome 3 sur 4 – Le Baron Bernard)
Auteur : Camille J. Ferrier
Date de parution : 1898
Editeur : Bibliothèque numérique romande

Première page de Myrdita

« Il faisait presque nuit. L’accablement qui avait saisi Bernard céda soudain ; c’était le retour de la vie. Le jeune homme se trouva éveillé, mais il n’avait conscience ni de l’heure ni du temps ; il n’éprouvait qu’un sentiment de vague douleur dans tout le corps : un acte inconscient de sa mémoire le reporta au moment où on l’avait relevé blessé, brisé de la chute de son cheval, sur le champ de bataille. Quelque temps il s’en tint à cette pensée ; puis, par une transition instinctive produite sans doute par une impression de confortable qu’il éprouvait malgré son endolorissement, il se dit qu’il n’était pas dans une chambre d’hôpital, mais bien dans la maison du Marquis Selva à Venise, en voie de se remettre de la blessure reçue lors de l’incendie du palais Sorione ; l’engourdissement de son esprit ne lui permettait pas de s’élever au-dessus de cette notion confuse. Peu à peu il se rendit compte qu’il avait la tête prise dans un bandeau, et de fortes meurtrissures aux épaules ; rien au monde n’aurait pu le décider à faire le moindre mouvement ; sauf cela, il n’avait pas l’impression d’être malade, et dans l’immobilité complète qu’il gardait, il éprouvait un calme, un sentiment de vague bien-être qu’il n’était point tenté de troubler. Il restait donc complètement immobile, silencieux, les yeux fermés, se sentant vivre et ne demandant rien de plus. »

Extrait de : C.J Ferrier. « Le Baron Bernard – Myrdita. »

Myrdita (partie 1) par Camille J. Ferrier

Fiche de Myrdita

Titre : Myrdita (tome 2 sur 4 – Le Baron Bernard)
Auteur : Camille J. Ferrier
Date de parution : 1898
Editeur : Bibliothèque numérique romande

Première page de Myrdita

« Il régnait un profond silence.

Bernard ouvrit les yeux.

Dans l’affaiblissement de ses sens, il n’eut d’autre perception que celle d’une douce lueur violette qui se fondait insensiblement dans une ombre obscure. Il cherchait à se rendre compte de son impression, mais sa pensée confuse était incapable de se prêter à aucun effort. Ses paupières se refermèrent d’elles-mêmes. Un temps se passa ainsi sans qu’il pût en calculer la durée ; il éprouvait un grand sentiment de bien-être, le calme complet du corps et la parfaite quiétude de l’esprit. Il retomba dans un bienheureux sommeil.

Quand il rouvrit les yeux, il eut la même sensation de lumière violette, mais plus adoucie encore ; dans l’ombre plus épaisse son regard flottait comme dans le vide…

— Quelle heure est-il ? demanda-t-il machinalement. »

Extrait de : C.J Ferrier. « Le baron Bernard – Myrdita. »

Castel d’Orgoyl par Camille J. Ferrier

Fiche de Castel d’Orgoyl

Titre : Castel d’Orgoyl (tome 1 sur 4 – Le Baron Bernard)
Auteur : Camille J. Ferrier
Date de parution : 1896
Editeur : Bibliothèque numérique romande

Première page de Castel d’Orgoyl

« On peut être grand voyageur et ne pas avoir entendu parler de Varallo ; seuls les gens ferrés en géographie savent qu’il existe une localité de ce nom dans la vallée de la Sesia, province de Novare, Haute Italie. C’est que la jolie petite ville ne figure pas sur l’itinéraire habituel des touristes, encore moins sur la traditionnelle tournée des artistes ; bien peu se détournent des routes battues pour la chercher sous la verte couronne de grands arbres qui l’abrite. Et c’est grand dommage, car à l’inverse de quantité de villes plus célèbres et de sites plus renommés, elle tient plus qu’elle ne promet, et il est rare que ceux qui la visitent, ne se trouvent pas amplement récompensés de leurs peines. Mollement couchée sous l’ombrage de ses nobles forêts, au pied du Mont-Rose, à l’entrée de ce paradis terrestre qui s’appelle la région des lacs Italiens, elle offre avec ses rues étroites, sa population au sonore langage, ses vieilles églises enrichies des fresques de Gaudenzio Ferrari, son Monte-Sacro et ses groupes de statues, un piquant avant-goût des splendeurs artistiques et pittoresques de l’Italie. »

Extrait de : C.J. Ferrier. « Le Baron Bernard – Castel d’Orgoyl. »

L’âge de plomb par Henri Falk

Fiche de L’âge de plomb

Titre : L’âge de plomb
Auteur : Henri Falk
Date de parution : 1918
Editeur : Bibliothèque numérique romande

Première page de L’âge de plomb

« Il demeure irréfuté que l’on jouit, au Gabon, d’une température élevée, et il n’est pas moins assuré qu’on y coule de paisibles jours, exempts de la trépidation ridicule de notre vie européenne. Libreville, chef-lieu de la colonie, est un délicieux port de mer, avec ses pittoresques cases en bois d’aloès et de palétuviers, entourées de jardins foisonnant d’une végétation débordante, où dominent le cactus, le lentisque, la joubarbe et le bocabunga. Des édifices s’élèvent aussi, construits à l’usage des blancs, mais dans le goût indigène. La banque est un bel immeuble de briques roses, orné d’écorces de genestrolle, et le palais du lieutenant-gouverneur une jolie maison tricolore, en pierres de pépérino, en racines de calambour et cœurs de caroubier. Autour de la cité, des pâturages s’étendent, qui nourrissent un bétail nombreux, notamment des troupeaux de buffletins dont l’entrecôte braisée aux oignons du Congo, fait le régal des voyageurs. Entrecoupant les prairies, des bois d’eucalyptus et de cocotiers s’allongent, où s’ébattent le cacatois, le becfigue et le ouistiti ; parmi les hautes herbes pullulent le crotale et la musaraigne. »

Extrait de : H. Falk. « L’Âge de Plomb. »

Le fantôme de l’Opéra par Gaston Leroux

Fiche de Le fantôme de l’Opéra

Titre : Le fantôme de l’Opéra
Auteur : Gaston Leroux
Date de parution : 1926
Editeur : BNF

Première page de Le fantôme de l’Opéra

« Ce soir-là, qui était celui où MM. Debienne et Poligny, les directeurs démissionnaires de l’Opéra, donnaient leur dernière soirée de gala, à l’occasion de leur départ, la loge de la Sorelli, un des premiers sujets de la danse, était subitement envahie par une demi-douzaine de ces demoiselles du corps de ballet qui remontaient de scène après avoir « dansé » Polyeucte. Elles s’y précipitèrent dans une grande confusion, les unes faisant entendre des rires excessifs et peu naturels, et les autres des cris de terreur.

La Sorelli, qui désirait être seule un instant pour « repasser » le compliment qu’elle devait prononcer tout à l’heure au foyer devant MM. Debienne et Poligny, avait vu avec méchante humeur toute cette foule étourdie se ruer derrière elle. Elle se retourna vers ses camarades et s’inquiéta d’un aussi tumultueux émoi. Ce fut la petite Jammes, – le nez cher à Grévin, des yeux de myosotis, des joues de roses, une gorge de lis, – qui en donna la raison en trois mots, d’une voix tremblante qu’étouffait l’angoisse :

« C’est le fantôme !  »

Extrait de : G. Leroux. « Le Fantôme de l’Opéra. »

Le coeur cambriolé par Gaston Leroux

Fiche de Le coeur cambriolé

Titre : Le coeur cambriolé
Auteur : Gaston Leroux
Date de parution : 1920
Editeur : Bibebook

Première page de Le coeur cambriolé

« Nos parents nous avaient fiancés dès notre plus jeune âge. Quand j’avais douze ans et qu’elle en avait huit, on disait déjà, autour de nous, que nous formions un couple charmant, et nos mères nous admiraient. Nous aurions voulu nous marier tout de suite, tant nous nous aimions. Nous étions cousins germains et nos familles nous réunissaient pendant les vacances. À cette époque, Cordélia m’avait déjà donné son cœur, son petit cœur de huit ans.

Moi, j’étais un très grand garçon pour mon âge, d’un blond presque roux, très fort, enragé de sport, paresseux à l’étude. La vie au grand air était la seule qui me convînt. J’en avais donné le goût à Cordélia, qui avait plutôt un penchant pour la lecture et les arts. Sa mère était italienne. Mon oncle l’avait épousée au cours d’un voyage d’affaires qu’il avait fait à Turin. À huit ans, Cordélia était déjà bonne musicienne, mais elle nous étonnait surtout par sa facilité à dessiner ou à peindre ce qui la frappait ou l’intéressait. Pour moi tout ce qui sortait des mains de Cordélia me paraissait un miracle. »

Extrait de : G. Leroux. « Le coeur cambriolé. »