Auteur/autrice : CH91
La reine du Sabbat par Gaston Leroux

Fiche de La reine du Sabbat
Titre : La reine du Sabbat
Auteur : Gaston Leroux
Date de parution : 1910
Editeur : Bibebook
Première page de La reine du Sabbat
« Le Palais-Royal paraissait à peu près désert. Il était deux heures de l’après-midi. Un beau soleil d’automne dorait la vaste solitude du jardin abandonné. Une ombre passa sur la galerie qui longe la rue des Bons-Enfants, en même temps qu’un pas d’homme se faisait entendre le long des petits magasins, sur les dalles sonores.
C’était l’heure de la sieste. Pas un visage curieux ne se pencha, derrière les vitres, sur ce passant solitaire. Cependant la mise de cet homme n’était point ordinaire.
Un lourd manteau de velours noir l’enveloppait de la tête aux pieds. Un pan de ce manteau, retombant dans le dos en plis harmonieux, laissait apparaître sa doublure écarlate. Enfin, un chapeau de feutre noir, de forme Directoire, orné sur le devant d’un nœud de velours et d’une boucle d’argent, coiffait l’une des plus nobles têtes qui se pussent voir : un profil d’une aristocratie royale, un visage dont le teint, d’une pâleur mate, s’éclairait au feu d’un regard éblouissant. »
Extrait de : G. Leroux. « La Reine du Sabbat. »
La poupée sanglante par Gaston Leroux

Fiche de La poupée sanglante
Titre : La poupée sanglante
Auteur : Gaston Leroux
Date de parution : 1923
Editeur : Feedbooks
Première page de La poupée sanglante
« Bénédict Masson avait sa boutique dans un des coins les plus retirés, les plus paisibles et aussi les plus vieillots de l’Île-Saint-Louis. Bénédict Masson était relieur d’art, ce qui ne l’empêchait pas de vendre des cartes postales et de se livrer à un petit commerce de papeterie dans ce quartier désuet, manière de province dans la capitale, qui semble défendue par sa ceinture d’eau de cette éternelle bacchanale que l’on est convenu d’appeler la vie parisienne.
Dans cette rue, dont le nom a été changé depuis, et qui s’appelait – il n’y a pas bien longtemps encore – la rue du Saint-Sacrement-en-l’Isle, à l’ombre de vieux hôtels qui furent, il y a deux siècles, le rendez-vous de tous les beaux esprits, se sont ouverts ou plutôt entrouverts une demi-douzaine de boutiques, quelques débits, un modeste magasin d’horlogerie, dans la prétention exorbitante d’y entretenir un semblant de vie… Eh bien, c’est de cette petite rue, habitée par notre relieur, c’est de ce quartier qui semblait ne devoir plus exister que par ses propres souvenirs qu’est sortie l’une des plus prodigieuses aventures de cette époque et, à tout prendre, la plus sublime ! Sublime, l’aventure de Bénédict Masson l’a été sûrement, car elle fut une Date (avec un grand D) dans l’histoire de l’Humanité, mais en même temps que sublime, elle fut aussi épouvantable… et Paris, qui n’en a surtout connu que l’épouvante, en tressaille encore. »
Extrait de : G. Leroux. « La poupée sanglante. »
La machine à assassiner par Gaston Leroux

Fiche de La machine à assassiner
Titre : La machine à assassiner
Auteur : Gaston Leroux
Date de parution : 1923
Editeur : Bibebook
Première page de La machine à assassiner
« Voici une petite rue paisible, endormie depuis deux siècles, où le plus gros événement de la journée pour certains fossiles qui achèvent de sécher derrière la porte de leur boutique ou les rideaux de leur fenêtre est un couple de touristes égarés qui passe, une visite inattendue chez le voisin, la sortie inopinée d’une jeune personne qui a mis une toilette neuve, les stations répétées de « la demoiselle de l’horloger » chez le relieur d’art, et, tout à coup, ce quartier apprend que le relieur d’art est arrêté pour avoir chauffé son poêle avec une demi-douzaine de pauvres femmes qui s’en sont ainsi allées en fumée et qu’il a été surpris dans sa besogne d’enfer par cette même demoiselle de l’horloger qui n’a dû qu’à un miracle d’échapper au sort qui l’attendait !
Il n’est certes point difficile d’imaginer la perturbation apportée dans les mœurs et les habitudes de ce coin de l’Île-Saint-Louis et, particulièrement, dans la société de Mlle Barescat, mercière, par ce drame épouvantable.
Du quai de Béthune à l’Estacade, on vivait sous le « régime de la terreur »… comme disait Mme Langlois, ex-femme de ménage de cet affreux Bénédict. »
Extrait de : G. Leroux. « La machine à assassiner. »
La double vie de Théophraste Longuet par Gaston Leroux

Fiche de La double vie de Théophraste Longuet
Titre : La double vie de Théophraste Longuet
Auteur : Gaston Leroux
Date de parution : 1904
Editeur : Bibebook
Première page de La double vie de Théophraste Longuet
« L’étrange aventure de M. Théophraste Longuet, qui devait se terminer d’une façon si tragique, eut son origine dans une visite que cet homme de bien fit à la prison de la Conciergerie, le vingt-huitième jour de juin 1899. Ainsi l’histoire est d’hier, mais l’auteur de ces lignes, après avoir feuilleté, compulsé, interrogé avec une grande conscience tous les papiers, cahiers, mémoires et testaments du sieur Théophraste Longuet, ose dire qu’elle n’en est pas moins fantastique.
M. Théophraste Longuet, quand il sonna à la porte de la Conciergerie, n’était point seul : il était accompagné de sa femme, Marceline, qui était une fort belle femme, blonde et mûre, la « majestueuse enfant » dont parle le poète. Marceline balançait son col « avec d’étranges grâces » ; et, vraiment, je ne trouve rien de mieux à vous dire sur cette aimable personne, pour vous donner la sensation un peu vague mais réelle de son aspect général, que les deux vers de Baudelaire :
Quant tu vas, balayant l’air de ta jupe large,
Tu fais l’effet d’un beau vaisseau qui prend le large.
M. Théophraste Longuet était donc accompagné de sa femme et aussi de M. Adolphe Lecamus, son meilleur ami. »
Extrait de : G. Leroux. « La double vie de Théophraste Longuet. »
L’homme qui revient de loin par Gaston Leroux

Fiche de L’homme qui revient de loin
Titre : L’homme qui revient de loin
Auteur : Gaston Leroux
Date de parution : 1916
Editeur : Bibebook
Première page de L’homme qui revient de loin
« Suivi de son « caddie », porteur de ses « clubs », Jacques Munda de la Bossière rentra triomphant au château. Il ne s’était point cependant mêlé à la partie et ne pouvait, ce jour-là, tirer quelque orgueil de son adresse : mais son nouveau terrain de golf avait eu un tel succès !
Il est vrai qu’il y avait mis le prix, n’ayant pas hésité à jeter par terre quelques bons arpents de ce coin de la forêt de Sénart qui faisait partie du domaine. Et, ma foi, il en usait avec ce domaine comme s’il lui appartenait, le soignant en véritable propriétaire, l’embellissant, ne reculant devant aucune dépense.
Après une rapide caresse à deux magnifiques lévriers, champions de coursing, que le valet de chiens ramenait au chenil, l’exercice terminé, Jacques, léger de toute sa jeunesse, de toute sa santé et de toute sa bonne humeur, traversa le vestibule d’un bond, escalada l’escalier monumental qui conduisait aux appartements du premier étage et frappa à la porte du cabinet de toilette où « madame » était enfermée avec sa femme de chambre. »
Extrait de : G. Leroux. « L’Homme qui revient de loin. »
Gustave Flaubert

Présentation de Gustave Flaubert :
Si nos manuels scolaires et les exégètes d’obédience classique s’évertuent encore trop souvent à ne voir en Gustave Flaubert que le clinicien impassible des mœurs de province, le père du roman réaliste et le contempteur méticuleux de la bourgeoisie — par le truchement de l’incontournable « Madame Bovary » ou de « L’Éducation sentimentale » —, ce serait faire fi de la part de mysticisme, d’onirisme et de folie qui innerve profondément son écriture. Le Flaubert visionnaire, pétri de romantisme noir et de mythologie, n’a, en vérité, rien à envier au Flaubert naturaliste.
Le point d’orgue de cette veine fantasmagorique est sans l’ombre d’un doute « La Tentation de saint Antoine ». Œuvre de toute une vie, véritable matrice de son imaginaire qu’il remania inlassablement, ce drame poétique et métaphysique nous plonge dans un foisonnement hallucinatoire inouï. Gustave Flaubert y déploie un panthéon baroque peuplé de chimères, d’hérésies tourmentées, de monstres grotesques et de divinités oubliées, venant assaillir la conscience de l’anachorète. C’est là un texte inclassable, un délire érudit et macabre qui fascine tant nos penseurs structuralistes d’aujourd’hui, et qui préfigure avec une fulgurance rare les audaces du surréalisme.
L’on se doit également de citer la majestueuse « Salammbô ». Bien que la critique consensuelle s’acharne à la parer de la stricte étiquette du roman historique, cette épopée carthaginoise relève à bien des égards du fantastique antique. L’exotisme exacerbé, la cruauté flamboyante des sacrifices à Moloch, l’érotisme trouble et la fascination pour la démesure y tissent une toile où la réalité archéologique se dissout au profit d’une fresque cauchemardesque et mythologique de la plus haute volée.
Enfin, comment omettre l’inoubliable « Légende de saint Julien l’Hospitalier », joyau merveilleux enchâssé au cœur de ses admirables « Trois Contes » ? Gustave Flaubert y ressuscite le surnaturel médiéval avec une acuité stylistique sidérante. Cerf doué de parole prophétique, malédictions funestes, parricide et rédemption quasi mystique sous les traits d’un lépreux : l’auteur s’approprie les codes du conte fantastique et hagiographique pour livrer une parabole d’une noirceur et d’une magie profondément envoûtantes.
Ainsi, loin du seul positivisme triomphant de son siècle, Gustave Flaubert se révèle être un explorateur magistral des abysses de l’âme humaine et des confins du surnaturel.
Livres de Gustave Flaubert :
Intégrales :
Bouvard et Pécuchet (1881)
L’éducation sentimentale (1891)
La légende de Saint Julien l’Hospitalier (1895)
La tentation de Saint Antoine (1874)
Le candidat (1874)
Le dictionnaire des idées reçues (1910)
Madame Bovary (1877)
Mémoire d’un fou (1901)
Mon cerveau, ma boussole… mon accoucheur littéraire (2021)
Rêve d’enfer (1837)
Salammbô (1863)
Smarh (1839)
Textes de jeunesse 1 (1910)
Textes de jeunesse 2 (1910)
Trois contes (1877)
Pour en savoir plus sur Gustave Flaubert :
La page Wikipédia sur G. Flaubert
La page Noosfere sur G. Flaubert
La page isfdb de G. Flaubert
Len Deighton

Présentation de Len Deighton :
Né Leonard Cyril Deighton le 18 février 1929 dans le quartier londonien de Marylebone, cet écrivain au parcours éclectique fut tour à tour photographe pour la Royal Air Force, illustrateur et directeur artistique, avant de prendre la plume. Si le grand public retient volontiers de lui ses formidables récits d’espionnage, qui ont d’ailleurs su ringardiser l’agent secret en smoking au profit d’un antihéros issu de la classe ouvrière (notamment avec « Ipcress, danger immédiat »), il convient de mettre en exergue ses incursions magistrales dans le domaine de la littérature de l’imaginaire et de la conjecture historique.
En effet, Len Deighton s’est illustré avec une virtuosité indéniable dans ce sous-genre de l’anticipation que nos cercles littéraires nomment l’« uchronie ». Son chef-d’œuvre en la matière demeure incontestablement le prodigieux « SS-GB ».
Dans ce récit glaçant, publié à l’aube des années 1980 mais dont la genèse s’inscrit pleinement dans les réflexions de la décennie qui nous occupe, Len Deighton postule une altération vertigineuse de notre histoire récente. Il y imagine que la Grande-Bretagne a capitulé face à l’Allemagne nazie en 1941. Le lecteur y découvre un Londres brumeux et sinistre, écrasé sous la botte de l’occupant hitlérien, où les dignitaires du Reich défilent sur Whitehall et où le roi est prisonnier à la tour de Londres. Len Deighton ne se contente pas d’un simple décor dystopique ; il y déploie une mécanique spéculative d’une précision diabolique, interrogeant avec acuité la fragilité de nos démocraties et la banalité de la compromission.
Cette capacité à distordre la ligne temporelle pour bâtir des mondes alternatifs d’une crédibilité redoutable prouve que l’auteur outrepasse largement le cadre du roman policier. Il s’approprie les outils de la science-fiction — la spéculation, le point de divergence historique, la sociologie fictionnelle — pour tendre un miroir sombre à l’humanité. L’on retrouve d’ailleurs cette minutie presque scientifique dans d’autres de ses écrits technologiques (tel le foudroyant « Bomber »), où la machine et la froideur de la technologie de guerre prennent des accents quasi dystopiques.
En somme, derrière le maître du roman noir et d’espionnage se dissimule un véritable architecte de l’uchronie, un penseur de l’histoire alternative dont les visions n’ont rien à envier aux plus grands noms de la science-fiction anglo-saxonne.
Livres de Len Deighton :
Ipcress danger immédiat (1962)
SS-GB (1978)
Pour en savoir plus sur Len Deighton :
La page Wikipédia sur L. Deighton
La page Noosfere sur L. Deighton
La page isfdb de L. Deighton
Raymond George
Présentation de Raymond George :
Raymond George s’éloigne sensiblement du profil classique de l’homme de lettres germanopratin. Né à Genève en 1944, il possède en effet le bagage d’un véritable aventurier du siècle : tour à tour sociologue, chauffeur de poids lourds ou encore informaticien, ce voyageur impénitent a parcouru le globe sous presque toutes ses latitudes. Du Brésil à l’Afrique centrale, en passant par le Moyen-Orient, il a nourri une vision du monde profondément marquée par un militantisme anticolonialiste chevillé au corps.
C’est fort de ces intenses expériences humaines et politiques que Raymond George a enfanté son roman majeur, « Bahil », paru originellement aux éditions Thélès (et que l’on peut d’ailleurs redécouvrir aujourd’hui grâce aux louables efforts de la Bibliothèque numérique romande).
Bien que revêtant les atours flamboyants de l’« heroic fantasy » — ou de l’épopée fantastique, pour employer une terminologie plus seyante à la langue de Molière —, « Bahil » est une œuvre d’une grande profondeur. L’auteur nous y relate la lutte de libération d’un peuple opprimé par un Empire conquérant. Nous y suivons le retour d’exil de Dun Jah, revenu organiser la résistance urbaine, ainsi que la vaillante Da Ylah, détentrice de l’épée-de-foudre, une relique mythique. Entre guérillas dans les vallées et intrigues de cités franches, Raymond George réussit le tour de force d’allier le souffle épique du roman de cape et d’épée à une rigoureuse réflexion socio-politique. Derrière la magie et l’érotisme propres au genre se lit en filigrane une vibrante allégorie des luttes de décolonisation des décennies passées.
L’on reconnaît là la plume d’un homme qui, selon ses propres termes, écrit « avec le cœur et les tripes » ; une démarche rafraîchissante qui donne à la littérature de l’imaginaire francophone une résonance toute singulière.
Livres de Raymond George :
Bahil (2003/2013)
Pour en savoir plus sur Raymond George :
La page Wikipédia sur R. George
La page Noosfere sur R. George
La page isfdb de R. George
Camille J. Ferrier
Présentation de Camille J. Ferrier :
Camille J. Ferrier ne fut pas un écrivain de profession au sens où l’entendaient les feuilletonistes parisiens de son temps. Il exerçait en réalité la fort honorable profession d’avocat à Genève, en Suisse romande, à la toute fin du XIXe siècle et à l’aube du XXe siècle. Ce juriste de formation cachait cependant, sous la rigueur de sa toge, une plume romanesque des plus aventureuses.
Son grand œuvre — et celui qui justifie amplement que nous nous attardions sur son cas aujourd’hui — est incontestablement la grande fresque romanesque et fantastique intitulée « Le Baron Bernard ».
Publiée originellement chez W. Kundig & Fils, cette série monumentale se découpe en plusieurs parties. Le premier tome, paru en 1896, s’intitule « Castel d’Orgoyl ». Camille J. Ferrier y narre avec un lyrisme tout germanique l’histoire du baron Bernard de Rednitz, un jeune et brave lieutenant de hussards. Frappé par l’exil, ce dernier y découvre, au détour d’une Italie empreinte de mystère, une femme au passé ambigu. Dans cette demeure isolée qu’est le Castel d’Orgoyl, notre auteur distille une atmosphère envoûtante, à la croisée du romantisme noir et du récit conjectural, où la frontière entre le réel et les ombres semble sans cesse vaciller.
Les tomes suivants, « Myrdita » (publié vers 1898) et « Constantinople » (paru aux alentours de 1900), poussent notre héros plus loin encore dans l’aventure, au cœur des montagnes des Myrdites et sur les rives du Bosphore. L’intrigue s’y fait plus périlleuse, mêlant de sombres enlèvements par des brigands, des dilemmes moraux d’une grande acuité et de profonds questionnements philosophiques. Camille J. Ferrier y fait montre d’une érudition et d’une maîtrise du suspense qui n’ont rien à envier aux maîtres du roman d’aventures et d’ésotérisme de la Belle Époque.
Bien que le nom de Camille J. Ferrier n’ait pas connu la postérité d’un Jules Verne ou d’un Maurice Leblanc, son « Baron Bernard » demeure un joyau exhumé des presses helvétiques ; une œuvre exigeante qui témoigne du bouillonnement littéraire d’un siècle s’achevant dans les mystères et les promesses de l’inconnu.
Livres de Camille J. Ferrier :
Le baron Bernard :
- Castel d’Orgoyl (1896)
- Myrdita (partie 1) (1898)
- Myrdita (partie 2) (1898)
- Constantinople (1900)
Pour en savoir plus sur Camille J. Ferrier :
La page Wikipédia sur C. J. Ferrier
La page Noosfere sur C. J. Ferrier
La page isfdb de C. J. Ferrier
Henri Falk
Présentation de Henri Falk :
Né à Neuilly-sur-Seine en 1881 et rappelé à Dieu en 1937, Henri Falk (parfois orthographié Falque) fut bien sûr cet avocat, parolier, dramaturge et scénariste qui fit les délices du Tout-Paris des Années folles avec ses vaudevilles, opérettes et revues d’un esprit si pétillant. Toutefois, s’il a laissé son empreinte sur la scène théâtrale de son époque, cet habile homme de lettres s’est également illustré dans un registre qui ne manquera pas d’intéresser notre cercle d’amateurs d’anticipation : le conte conjectural et la science-fiction.
À ce titre, il convient d’insister avec la plus grande ferveur sur son roman visionnaire paru au sortir du premier conflit mondial (en 1919 plus précisément, aux Éditions À l’Œuvre), judicieusement intitulé « L’Âge de plomb ».
Dans ce récit, qui mêle une imagination scientifique stupéfiante à un humour farfelu et grinçant, Henri Falk décrit un fléau mondial des plus déconcertants. L’intrigue débute en Afrique équatoriale, où un haut fonctionnaire colonial voit, à sa grande stupeur, son chien perdre tous ses poils et son perroquet toutes ses plumes, avant que lui-même et son épouse ne subissent le même sort fâcheux. Rapidement, cette mystérieuse maladie, provoquée semble-t-il par d’étranges radiations solaires, se propage à travers le globe : l’humanité entière devient glabre et s’ulcère sous les rayons de l’astre du jour.
Pour se prémunir de cette implacable affliction, un seul remède : se terrer ou s’équiper de lourdes protections de plomb. C’est ainsi que l’humanité, après avoir connu son âge d’or, bascule dans l’« âge de plomb », le vil métal devenant soudainement plus précieux que l’or lui-même, bouleversant du tout au tout l’économie et les mœurs de la planète. L’auteur dresse là une satire sociale d’une ironie mordante, doublée d’une fable sur les catastrophes écologiques et les pandémies ; un sujet qui résonne d’ailleurs étrangement avec nos préoccupations modernes, bien que traité ici avec cette drôlerie toute goguenarde qui faisait la réputation du dramaturge.
Ce roman, malheureusement trop méconnu du grand public d’aujourd’hui, démontre que Henri Falk possédait l’étoffe d’un véritable prophète des lettres, capable de conjuguer la comédie de mœurs au récit d’apocalypse.
Livres de Henri Falk :
L’âge de plomb (1918)
Pour en savoir plus sur Henri Falk :
La page Wikipédia sur H. Falk
La page Noosfere sur H. Falk
La page isfdb de H. Falk