Auteur/autrice : CH91
La croisière bleue par Laurent Genefort
Fiche de La croisière bleue
Titre : La croisière bleue et autres histoires ultramodernes (Tome 2 sur 2 – Les temps ultramodernes)
Auteur : Laurent Genefort
Date de parution : 2024
Editeur : Albin Michel
Sommaire de La croisière bleue :
- Cavorite
- Le facteur Pégase
- Cavorite
- La croisière bleue
- Cavorite
- Cinquante hectares sur Mars
- Cavorite
- Le sisyphe cosmique
- Cavorite
- A la poursuite de l’anticavorium
- Hyppolyte Corégone
- La cavorite en son milieu naturel
- Principes physicochimiques
- L’élaboration
- Les applications cavorurgiques
- Le renouvellement des usages
- La politique de la cavorite
- Lexique cavorique
Première page de Cavorite
« Avant d’émerveiller la France, puis le monde, la découverte faite à bord du Descartes a stupéfié l’équipage du paquebot volant. À commencer par Johan Sukarno, son mécanicien en chef. Au cours d’une inspection nocturne inopinée de la salle de chauffe, M. Sukarno a fait une rencontre qui aurait dû le figer d’épouvante. Soudain, un diablotin tout noir a surgi entre ses jambes, pour s’enfuir à quatre pattes avec une célérité prodigieuse. Il en fallait plus pour émouvoir ce vétéran de la bataille de Chypre. Mû par son devoir, il s’est lancé à la poursuite de la bête, jusqu’à l’acculer dans un réduit. Pressentant que sa proie profiterait de la moindre inattention pour décamper, il s’est posté devant l’unique issue. Il a appelé du renfort en frappant une conduite au moyen de la lourde clé qui ne le quitte jamais.
Les hommes d’équipage accourus s’attendaient à tomber sur un chien ou quelque autre animal plus exotique échappé d’un pont de troisième classe. Ce qu’ils ont trouvé leur a arraché des cris d’étonnement : une enfant nue, entièrement recouverte de suie. Elle se balançait d’avant en arrière, assise sur ses jambes repliées.
Le docteur Léger, le médecin de bord, a été requis pour les premiers soins ainsi qu’une évaluation mentale du phénomène. »
Extrait de : L. Genefort. « La Croisière bleue et autres histoires ultramodernes. »
Le monarque de la vallée par Neil Gaiman

Fiche de Le monarque de la vallée
Titre : Le monarque de la vallée
Auteur : Neil Gaiman
Date de parution : 2017
Traduction : M. Pagel
Editeur : Au Diable Vauvert
Première page de Le monarque de la vallée
« J’ai l’impression que vous êtes une espèce de monstre, dit le petit homme à Ombre. Je me trompe ? »
Ils étaient seuls, en dehors de la serveuse, dans un bar d’hôtel, au sein d’une ville située sur la côte nord de l’Écosse. Ombre buvait une bière blonde quand l’homme était venu s’asseoir à sa table. En cette fin d’été, tout lui paraissait étriqué, froid, humide. Un petit guide intitulé LES PLUS BEAUX SENTIERS DE LA RÉGION posé devant lui, il planifiait la promenade qu’il comptait faire le lendemain le long de la côte, en direction du cap Wrath.
Il referma le livre.
« Je suis américain, dit-il. Si c’est ce que vous voulez dire. »
Le petit homme inclina la tête de côté et lui adressa un clin d’œil théâtral. Avec ses cheveux gris acier, son visage gris et son pardessus gris, il évoquait un avocat de province.
« Oui, c’est peut-être bien ce que je veux dire. »
Arrivé de fraîche date, Ombre avait peine à comprendre les Écossais, leurs grasseyements, leurs mots étranges et leurs trilles, mais il comprenait aisément celui-là, à l’élocution posée, précise, prononçant chaque mot à la perfection, au point que lui-même avait l’impression de parler la bouche pleine de flocons d’avoine.
Le petit homme but une gorgée avant de reprendre. »
Extrait de : N. Gaiman. « Le monarque de la vallée. »
Les crépusculaires par Mathieu Gaborit
Fiche de Les crépusculaires
Titre : Les crépusculaires – intégrale définitive
Auteur : Mathieu Gaborit
Date de parution : 2018
Editeur : Mnémos
Sommaire de Les crépusculaires
- Souffre-jour
- Les danseurs de Lorgol
- Agone
Première page de Les crépusculaires
« La plupart des intimes de mon défunt père entouraient la couche mortuaire. Vassaux ou simples chevaliers, ils avaient laissé leur terre et leur famille pour venir rendre un dernier hommage au baron de Rochronde.
Des chuchotements discrets saluèrent mon arrivée. Tous me tenaient, en partie, pour responsable de sa mort. Ils dénonçaient comme lui la génération préceptorale dont j’étais le jeune représentant à cette cour. Le collège ne leur inspirait qu’un mépris bruyant, teinté de menaces. Je comprenais leur ressentiment. Préceptorale avait rompu avec les traditions batailleuses qui faisaient la réputation des collèges du royaume. D’un homme tel que moi, fils de l’un des plus grands barons de ce pays, on avait espéré un digne successeur, un guerrier capable de renforcer les rangs d’une vieille noblesse. « Non, messires… je ne veux pas de vos épées et de vos guerres », songeai-je en surprenant quelques œillades sévères. »
Extrait de : M. Gaborit. « Les crépusculaires. »
Avant la mort par Camille Flammarion

Fiche de Avant la mort
Titre : Avant la mort (Tome 1 sur 3 – La mort et son mystère)
Auteur : Camille Flammarion
Date de parution : 1920
Editeur : Son autre librairie
Première page de Avant la mort
« Je me décide à présenter aujourd’hui à l’attention des hommes qui pensent un ouvrage commencé il y a plus d’un demi-siècle, quoique je n’en sois pas encore entièrement satisfait. La méthode scientifique expérimentale, seule valable pour la recherche de la vérité, a des exigences auxquelles nous ne pouvons ni ne devons nous soustraire. Le grave problème en vue dans cet essai est le plus complexe de tous les problèmes, et tient à la constitution générale de l’univers comme à celle de l’être humain, microcosme dans le grand tout. C’est aux heures de jeunesse que l’on entreprend ces études sans fin, parce que l’on ne doute de rien et que l’on a devant soi une longue vie en perspective ; mais la vie la plus longue passe comme un rêve, avec ses lumières et ses ombres. Si nous pouvons former un souhait dans le cours de cette existence, c’est d’avoir servi en quelque chose au progrès, lent et néanmoins réel, de l’Humanité, race bizarre, crédule et sceptique, indifférente et curieuse, bonne et méchante, vertueuse et criminelle, d’ailleurs incohérente et ignorante dans son ensemble, à peine sortie des langes de la chrysalide animale. »
Extrait de : C. Flammarion. « Avant la mort – La mort et son mystère. »
Saisons funestes par Glen Cook
Fiche de Saisons funestes
Titre : Saisons funestes (Tome 7 sur 10 – La compagnie noire)
Auteur : Glen Cook
Date de parution : 1996
Traduction : A. Robert
Editeur : L’Atalante
Première page de Saisons funestes
« Un vent incessant balaie la plaine. Il marmonne sur le dallage qui s’étend d’un horizon à l’autre. Il chante entre des colonnes noires éparses, comme un chœur de fantômes. Il disperse la poussière venue de loin et roule les feuilles. Il titille les cheveux d’un corps inerte, reclus depuis une génération, momifié. Espiègle, la brise plaque une feuille sur la bouche du cadavre figée en un cri silencieux, puis l’enlève. Ce vent porte l’haleine de l’hiver.
Un éclair ricoche d’une colonne d’ébène à la suivante, comme un gamin jouant au chat, sautant de refuge en refuge. L’espace d’un moment, un peu de couleur anime cette plaine spectrale.
Les colonnes pourraient passer pour des vestiges d’une cité détruite. Ce n’en sont pas. Il y en a trop peu, elles sont disposées sans ordre. Toutes tiennent debout, bien que le vent vorace les ait pour beaucoup rongées profondément. »
Extrait de : G. Cook. « Saisons funestes – La compagnie noire. »
Rêves d’acier par Glen Cook
Fiche de Rêves d’acier
Titre : Rêves d’acier (Tome 5 sur 10 – La compagnie noire)
Auteur : Glen Cook
Date de parution : 1990
Traduction : A. Robert
Editeur : J’ai lu
Première page de Rêves d’acier
« Bien des mois se sont écoulés. Bien des événements ont eu lieu dont beaucoup me sont sortis de la mémoire. Des détails insignifiants me restent quand des faits importants m’échappent. Pour certains je m’en remets au ouï-dire, pour d’autres à ma seule intuition. Combien de fois mes témoins se sont-ils laissé abuser ?
Il ne m’était pas venu à l’esprit, jusqu’à ce que je traverse cette période d’inactivité forcée, qu’une tradition importante était négligée : plus personne ne consignait l’histoire de la Compagnie. J’ai hésité. Il me paraissait présomptueux de prendre la plume. Je n’ai pas d’expérience. Je ne suis pas historienne et moins encore écrivain. Certainement, je n’ai pas le regard de Toubib, ni son oreille ou son esprit.
Alors je me contenterai de rapporter les faits tels qu’en mon souvenir. J’espère que mon rôle en son sein et l’empreinte qu’elle a laissée sur moi ne coloreront pas trop cette histoire.
Voici, avec cette réserve, en addition aux annales de la Compagnie noire et dans la tradition des annalistes qui m’ont précédée, le livre de Madame.
Madame, annaliste, capitaine. »
Extrait de : G. Cook. « Rêves d’Acier – La compagnie noire. »
Jeux d’ombres par Glen Cook

Fiche de Jeux d’ombres
Titre : Jeux d’ombres (Tome 4 sur 10 – La compagnie noire)
Auteur : Glen Cook
Date de parution : 1989
Traduction : A. Robert
Editeur : L’Atalante
Première page de Jeux d’ombres
« Nous sommes restés tous les sept au carrefour à regarder la poussière s’élever sur la route de l’est. Même Qu’un-Œil et Gobelin, d’ordinaire incapables de se tenir, se sont laissé gagner par la solennité du moment. La jument d’Otto a henni. Il a posé une main sur ses naseaux et, de l’autre, lui a flatté l’encolure pour la calmer. Ce fut un point d’orgue, le jalon émotionnel de toute une époque.
Et puis la poussière est retombée. Ils étaient partis. Des oiseaux se sont mis à pépier tant nous demeurions silencieux. J’ai pris un vieux carnet dans une de mes sacoches et je me suis assis sur le chemin. D’une main tremblante, j’ai écrit : C’est la fin. Nous nous sommes séparés. Silence, Chérie et les frères Torque ont pris la route de Seigneurie. La Compagnie noire est dissoute.
Pourtant je continuerai à tenir ces annales, ne serait-ce que par la force d’une habitude enracinée par vingt-cinq ans de pratique. Et, qui sait ? peut-être ceux à qui je dois les ramener trouveront-ils quelque intérêt à ces notes. Le cœur ne bat plus mais des spasmes agitent encore les membres. La Compagnie est morte de fait, mais son nom survit. »
Extrait de : G. Cook. « Jeux d’ombres – La compagnie noire. »
La pointe d’argent par Glen Cook

Fiche de La pointe d’argent
Titre : La pointe d’argent (Tome 6 sur 10 – La compagnie noire)
Auteur : Glen Cook
Date de parution : 1989
Traduction : A. Robert
Editeur : L’Atalante
Première page de La pointe d’argent
« Le présent journal est l’idée de Corbeau, mais quelque chose me dit qu’il n’en sera pas trop fier si jamais il met le nez dedans parce que, pour le plus gros, je vais raconter la vérité. Même s’il est mon meilleur pote.
À chacun ses pieds d’argile. Les siens remontent jusqu’aux roubignoles et peut-être plus haut. Mais c’est un type bien, même s’il se comporte comme un cinglé à tendance homicide et suicidaire la moitié du temps. Si Corbeau décide qu’il est ton pote, alors tu as un pote à vie, qui le prouvera au besoin en jouant du couteau.
Mon nom est Casier. Philodendron Casier. La faute à ’man. Je n’en ai jamais parlé à Corbeau. C’est pour ça que je me suis engagé dans l’armée. Pour fuir des ramasseurs de patates foutus de coller un prénom pareil à un mouflet. J’avais sept sœurs et quatre frères la dernière fois que j’ai fait le compte. Tous portaient le nom d’une saloperie de fleur.
Pour une fille, Iris ou Rose, ça passe, pas vrai ? Mais j’ai un frère qui s’appelle Violette et un autre Pétunia. Qui faut-il être pour faire ça à ses gosses ? Où sont donc les Victor, les Martial ?
Ramasseurs de patates. »
Extrait de : G. Cook. « La pointe d’argent – La compagnie noire. »
La rose blanche par Glen Cook

Fiche de La rose blanche
Titre : La rose blanche (Tome 3 sur 10 – La compagnie noire)
Auteur : Glen Cook
Date de parution : 1985
Traduction : A. Robert
Editeur : L’Atalante
Première page de La rose blanche
« L’air calme du désert avait la limpidité d’une lentille. Les cavaliers paraissaient figés dans le temps, ils se déplaçaient sans se rapprocher. Nous les avons comptés à tour de rôle. Je n’arrivais pas à trouver deux fois le même chiffre.
Un souffle a tourbillonné dans le corail, agité les feuilles du Vieil Arbre Ancêtre. Elles ont tinté les unes contre les autres pour participer au chant carillonnant du vent. Au nord, la lueur d’un éclair transmuant a profilé l’horizon comme le choc lointain de dieux en guerre.
Du sable a crissé sous une semelle. Je me suis retourné. Silence était planté bouche bée devant un menhir parlant. Il venait d’apparaître depuis quelques secondes à peine et lui avait fichu la trouille. Sournois, ces cailloux. Ils adorent les blagues.
« Il y a des étrangers dans la plaine », a-t-il dit.
J’ai sursauté. Il a ricané. Les menhirs ont un rire des plus sardoniques, à la limite du conte à dormir debout. Je me suis glissé dans son ombre en grognant.
« Ça cogne dehors, a-t-il dit, avant d’ajouter : C’est Qu’un-Œil et Gobelin, de retour de Tanneur. »
Extrait de : G. Cook. « La rose blanche – La compagnie noire. »
Le château noir par Glen Cook
Fiche de Le château noir
Titre : Le château noir (Tome 2 sur 10 – La compagnie noire)
Auteur : Glen Cook
Date de parution : 1984
Traduction : P. Couton
Editeur : J’ai lu
Première page de Le château noir
« Tous les hommes naissent condamnés, disent les sages. Tous tètent le sein de la mort.
Tous s’inclinent devant ce monarque silencieux. Ce souverain des ténèbres lève un doigt. Une plume volette et se pose à terre. Nulle raison dans son chant. Les bons partent jeunes. Les mauvais prospèrent. Il règne sur les seigneurs du chaos. Son souffle apaise toutes les âmes.
Nous avons découvert une ville autrefois dédiée à son culte, mais elle est si vieille aujourd’hui qu’elle a perdu le souvenir de cette consécration. Le sombre prestige de sa divinité s’est érodé, tous l’ont oubliée sauf ceux qui sont restés dans son ombre. Mais Génépi a dû affronter une menace plus immédiate, un spectre d’hier s’infiltrant dans le présent depuis une éminence surplombant la ville. Voilà pourquoi la Compagnie noire a fait route vers cette ville, au-delà des frontières de l’Empire de la Dame… Mais ceci n’est pas le début. Au début, nous étions loin. Seuls deux vieux amis et une poignée d’hommes que nous devions rencontrer par la suite se trouvaient nez à nez avec le péril. »
Extrait de : G. Cook. « Le Château Noir – La compagnie noire. »