Auteur/autrice : CH91

 

Les pierres du rêve par Laurent Whale

Fiche de Les pierres du rêve

Titre : Les pierres du rêve
Auteur : Laurent Whale
Date de parution : 2007
Editeur : Multivers Editions

Première page de Les pierres du rêve

« La ressemblance ne m’avait pas frappé. Pourtant, un visage comme celui-là ne s’oublie pas facilement. Quand on le voit une fois, on s’en imprègne jusqu’au plus profond de son instinct de mâle.

Elle s’était assise, anodine, comme une jeune femme qui attend son tour chez le coiffeur. Moi, je n’avais pas bougé, plongé dans la lecture d’un rapport captivant, comme il se doit. Mon statut l’imposait : je me devais d’être un rien distant. Impersonnel.

J’avais fini, avec les années, par devenir ce clone vivant du portrait de Humgart qui trônait sur l’étagère. Une minute s’était écoulée sans que l’une ou l’autre partie n’avance un pion. Je ne bougeais pas, et elle non plus. Je me souviens encore de ce parfum qui était entré avec elle quand Sandy – ma secrétaire – l’avait introduite. Une sorte de mélange de jasmin avec un soupçon d’orchidée. De la dynamite. Un vrai générateur de testostérone. J’avais serré les dents. »

Extrait de : L. Whale. « Les pierres du rêve. »

Le chant des psychomorphes par Laurent Whale

Fiche de Le chant des psychomorphes

Titre : Le chant des psychomorphes
Auteur : Laurent Whale
Date de parution : 2006
Editeur : Editions Lokomodo

Première page de Le chant des psychomorphes

« Je ne sais pas ce qui m’a pris. Miryl avait pourtant tout de la gentille fille. De celles qui savent comprendre et consoler les spatiaux. J’ai dû me lever du mauvais pied ce matin, mais surtout je n’ai plus supporté ses câlineries sucrées. N’empêche qu’elle m’avait bien séduit avec ses manières de fille libre, ses airs de ne pas y toucher, et sa crinière flamboyante. Je me connais : dans deux jours, je le regretterai.

En vérité, je crois bien que ce congé ne me vaut rien. Pourtant Awak m’est témoin que j’en avais besoin ! Mais l’ennui est un poison lent. Depuis le temps, je devrais le savoir. À chaque fois que je me laisse entraîner dans sa valse lourde, je finis toujours par faire une connerie. Inconsciemment, je suis sorti sur le balcon – enfin, la bulle panoramique qui en tient lieu. Une belle vue sur la mégalopole de Novo-Petersbourg, une vue magnifique même. Je regarde sans le voir l’énorme soleil jaune se lever à travers le brouillard de pollution irrespirable. Ici, on appelle ça la croûte. »

Extrait de : L. Whale. « Le Chant des Psychomorphes. »

Le réseau Mermoz par Laurent Whale

Fiche de Le réseau Mermoz

Titre : Le réseau Mermoz (tome 3 sur 3 – Les rats de poussière)
Auteur : Laurent Whale
Date de parution : 2017
Editeur : Editions Critic

Première page de Le réseau Mermoz

« Jeudi 31 août 1944, verticale de Toulon, France, 26 000 pieds (8 000 mètres),
14 h 35.

Ciel dégagé.

À cette altitude, les nuages épousaient la courbure de la Terre comme un diadème d’argent.

Sous le nez allongé, les 1 480 chevaux du moteur Daimler-Benz ronronnaient sans accroc. Le pilote ajusta les gaz et inclina le Messerschmitt BF109 pour un large virage à droite en direction de la mer. Une patrouille de plus pour rien. Ce satané radar au sol avait encore une fois déconné. Une de trop. Ils allaient en entendre parler !

Bien sûr, lorsqu’il rejoindrait le parking, il n’irait pas gueuler sur les techniciens. D’un mois à l’autre, les indices s’accumulaient. Le « Reich de mille ans » voyait ses fondations se lézarder chaque jour davantage. Pourtant, la vie dans le sud de la France ressemblait à des vacances entre garçons. Le soleil, la mer et quelques jolies filles à l’accent aussi rond que leurs seins faisaient des soirées une fête permanente. »

Extrait de : L. Whale. « Le Réseau Mermoz – Les rats de poussière. »

Le manuscrit Robinson par Laurent Whale

Fiche de Le manuscrit Robinson

Titre : Le manuscrit Robinson (tome 2 sur 3 – Les rats de poussière)
Auteur : Laurent Whale
Date de parution : 2015
Editeur : Editions Critic

Première page de Le manuscrit Robinson

« 13 août 1521, Tenochtitlan, capitale de l’empire aztèque, Mexique,
Fin de matinée.

— Il faut arrêter ce massacre, votre Excellence !

Hernán Cortés de Monroy Pizarro ignora la supplique de son lieutenant. Depuis le haut du mur d’enceinte du temple principal, il contemplait sa victoire prochaine. Partout ses hommes gagnaient du terrain. Les cris et les détonations montaient jusqu’à lui, exaltant son sentiment de puissance.

Dans les rues, les maisons et les édifices officiels, les troupes de l’empereur Montezuma refluaient en désordre devant les conquistadores déchaînés. Dans la foule hurlante, les plus faibles se faisaient piétiner ou déchirer par l’acier de Tolède et les décharges d’arquebuses. Des colonnes de fumée noire tourbillonnaient dans l’air surchauffé. Mais, dût-il brûler la cité jusqu’aux fondations, Cortés trouverait ce que le roi de pacotille de ces sauvages cherchait à lui cacher. L’or était là, il pouvait le sentir ; tout proche. »

Extrait de : L. Whale. « Le Manuscrit Robinson – Les rats de poussière. »

Goodbye Billy par Laurent Whale

Fiche de Goodbye Billy

Titre : Goodbye Billy (tome 1 sur 3 – Les rats de poussière)
Auteur : Laurent Whale
Date de parution : 2014
Editeur : Editions Critic

Première page de Goodbye Billy

« Lundi 1er avril 1878, Lincoln, Nouveau-Mexique,
7 heures.


Je m’appelle William H. Bonney et je vais mourir.

Dans la lumière dansaient en miroitant des nuées de grains de poussière. La salle du General Store, plongée dans la pénombre, tenait la fraîcheur matinale à distance. Adossé au fourneau tiède, le jeune homme regardait le jour se lever par la lucarne du mur d’adobe. La mort emplissait chaque battement de son cœur à la manière d’un tambour apache.

Et je vais mourir… La guerre du comté de Lincoln avait déjà fait tant de veuves. Toujours, le doute avait été son compagnon de réveil. Celui qui guette, sur la chaise au pied du lit, ou dans le cri d’une corneille le matin au bivouac. Le doute, mais aussi quelque chose de plus diffus. Sous la couverture rugueuse, ses doigts rencontrèrent la crosse en noyer du .45.

Si Dieu avait créé les hommes, Samuel Colt les avait rendus égaux. »

Extrait de : L. Whale. « Goodbye Billy – Les rats de poussière. »

Par la mer et les nuages par Laurent Whale

Fiche de Par la mer et les nuages

Titre : Par la mer et les nuages (tome 3 sur 3 – Le clan Costa)
Auteur : Laurent Whale
Date de parution : 2018
Editeur : Editions Critic

Première page de Par la mer et les nuages

« Je m’appelle Soypaco.

À l’heure où l’hiver entre dans mon corps, je me souviens. Ma mémoire est parsemée de nuages semblables à la cendre légère d’un feu de camp éteint. Je vois des visages dont les noms m’échappent et j’entends des noms vidés de leur sens. Mais, l’habitude aidant, j’ai appris à sourire de ces lacunes chaque jour plus vastes.

Il fut un temps où mes bras imposaient le respect, où mes yeux trouvaient la proie par les nuits sans étoiles. Nous étions nombreux, alors. La plaine fertile s’étendait jusqu’au fleuve bleu. Pâturages et cultures se partageaient le pays en grands aplats ocre et verts, jusqu’aux contreforts.

Je me souviens de gravir les pentes et les murailles à toucher les neiges éternelles. Mais le salut ne résidait pas là-haut. Pas plus qu’ici. Pas plus qu’ailleurs.

Ils étaient venus de l’est, par l’infini de la mer. Un peuple pâle, parlant une langue inconnue. Le père de mon père les a vus le premier et son cri avait figé les êtres. »

Extrait de : L. Whale. « Par la Mer et les Nuages – Le clan Costa. »

Les damnés de l’asphalte par Laurent Whale

Fiche de Les damnés de l’asphalte

Titre : Les damnés de l’asphalte (tome 2 sur 3 – Le clan Costa)
Auteur : Laurent Whale
Date de parution : 2013
Editeur : Gallimard

Première page de Les damnés de l’asphalte

« San Juan de los Terreros, Espagne.
Mardi 19 juin 2040, 23 h.

Sa main pressée sur la vitre, Maria-Christina referme sans bruit la fenêtre à guillotine. Avec de la chance, la musique provenant de la chambre de son grand frère couvrira l’escapade. Arturo – son Arturo – l’attend dans la ruelle. Prenant garde à ne pas glisser sur le toit du patio, elle rejoint la treille à l’angle. Une minute plus tard, le cœur battant, elle foule le dallage de la terrasse.

Au coin du jardinet, elle marque un temps d’arrêt et chausse les baskets qu’elle avait nouées autour du cou. Bien que son frère l’ait huilé, le portillon grince encore un peu. Retenant son souffle, elle se coule dans l’ombre du muret. L’éclairage municipal parcimonieux est son meilleur complice et maman dort côté potager. »

Extrait de : L. Whale. « Les Damnés de l’asphalte – Le clan Costa. »

Les étoiles s’en balancent par Laurent Whale

Fiche de Les étoiles s’en balancent

Titre : Les étoiles s’en balancent (tome 1 sur 3 – Le clan Costa)
Auteur : Laurent Whale
Date de parution : 2011
Editeur : Editions Critic

Première page de Les étoiles s’en balancent

« — On ne peut pas leur faire confiance, lieutenant.

Dans l’éclairage blafard du plafonnier, le jeune officier avait encore l’air plus pâle qu’à l’ordinaire. La lueur qui brillait dans les yeux de son chef lui comprimait la poitrine. Il tenta une ultime sortie :

— Ce sont des soldats, mon colonel, ils obéiront si vous commandez.

Sans prendre la peine de répondre, le colonel Berchaud, des Opérations spéciales, se leva pour se poster à la passerelle du bureau. C’était un homme longiligne, au visage sec à force de responsabilités. La cinquantaine énergique. Accoudé à la rambarde, il laissa un instant son regard se perdre dans les profondeurs de l’entrepôt souterrain. De son perchoir, il pouvait voir des gars disputer une partie de cartes animée sur le capot d’un véhicule. D’autres étaient occupés aux tâches de manutention au milieu des racks de stockage. Dans quelques heures, il le savait, l’énervement monterait d’un cran. »

Extrait de : L. Whale. « Les Étoiles s’en balancent – Le clan Costa. »

Laurent Whale

Présentation de Laurent Whale :

Venu au monde au cours de l’année 1960 dans la riante cité balnéaire de Torquay, sur les côtes d’outre-Manche, Laurent Whale, un homme de lettres d’ascendance franco-britannique, a d’abord fait profession de traducteur, prêtant sa plume pour transposer dans notre belle langue les écrits de ses confrères anglo-saxons. Toutefois, le démon de la création romanesque ne tarda point à s’emparer de lui.

Il s’est ainsi imposé comme un maître du récit d’aventures et d’anticipation, alliant avec une redoutable efficacité un sens aigu de l’intrigue à l’humour pince-sans-rire hérité de ses racines insulaires. Parmi les fleurons de son abondante bibliographie, le bédéphile et l’amateur de science-fiction averti retiendront tout particulièrement Les Pilleurs d’âmes, une œuvre d’une grande vigueur narrative qui lui valut d’ailleurs d’être couronné par le très convoité prix Rosny aîné en 2011. L’on se doit également de citer le formidable Le Chant des glaces, ainsi que ses audacieux romans policiers d’anticipation, tel Les Étoiles s’en balancent, où il met en scène avec une truculence rare des enquêtes interstellaires au rythme échevelé.

Non content d’arpenter les lointaines galaxies, Laurent Whale n’hésite pas à s’aventurer dans l’uchronie ou le roman d’espionnage mâtiné d’extravagances, comme en témoigne le réjouissant Goodbye Gandhi. Qu’il s’agisse d’épopées spatiales ou de mystères insondables, son style franc et sans fioritures s’inscrit dans la plus pure tradition des grands feuilletonistes de jadis.

Livres de Laurent Whale :

Le clan Costa :

Les rats de poussière :

Le chant des psychomorphes (2006)
Les pierres du rêve (2007)
Les pilleurs d’âme (2010)
Skeleton coast (2021)

Pour en savoir plus sur Laurent Whale :

La page Wikipédia sur L. Whale
La page Noosfere sur L. Whale
La page isfdb de L. Whale

Sur les pistes de Scar par Jean-Pierre Hubert

Fiche de Sur les pistes de Scar

Titre : Sur les pistes de Scar
Auteur : Jean-Pierre Hubert
Date de parution : 2005
Editeur : Mango

Première page de Sur les pistes de Scar

« La plaine scintillante de Salicande semblait passée au rouleau compresseur, sans le moindre relief pour distraire le regard. Brouillée par des ondes de chaleur, la vaste étendue de sel damé s’étalait du campement jusqu’à l’horizon.

Léan plissa les yeux et saisit la gourde qui pendait à sa ceinture. Il ne s’était éloigné que d’une centaine de mètres du bivouac, qui bruissait d’une intense activité derrière lui, mais le simple spectacle de ce désert absolu l’avait instantanément isolé dans une bulle de silence et de mystère. Il but quelques gorgées d’eau avec volupté, les yeux perdus dans le ciel d’un bleu profond où s’inscrivait un quadrige de grosses étoiles dont l’éclat persistant triomphait de la lumière du jour.

Depuis que la navette spatiale de la Wormhole Co — le principal sponsor de la compétition — l’avait débarqué sur Scar, dans l’aire réservée aux concurrents de la course en préparation, il allait d’étonnement en étonnement. Ses sens, en état de choc, découvraient un environnement totalement nouveau pour lui, qui avait passé plus de dix ans à l’intérieur de la station spatiale Naphtia. La morsure du soleil, les souffles de vent chaud, l’acre goût de la poussière sur ses lèvres le dépaysaient et l’exaltaient à la fois. »

Extrait de : J-P Hubert. « Sur les pistes de Scar. »