Auteur/autrice : CH91

 

Contact guérilla par Adam Saint-Moore

Fiche de Contact guérilla

Titre : Contact guérilla (Tome 8 sur 83 – Face d’Ange)
Auteur : Adam Saint-Moore
Date de parution : 1959
Editeur : Fleuve noir

Première page de Contact guérilla

« Le brouillard commença à couler le long de la colline boisée qui arrondissait une courbe de hanche féminine au-dessus de la ville. Le brouillard n’est pas rare à Cuba au début de l’automne. Il monte et s’élève le soir avec majesté, nourri par l’humus grouillant des marais. Il se déroule et s’accroche à la façon d’une grosse couleuvre blanchâtre et devient lentement plus opaque qu’un mur de fumigènes. Et ce n’est qu’au grand soleil du lendemain qu’il cède et se dissout.
Le sergent Juanirez alluma avec soin son gros cigare soigneusement humecté de cognac français. Ses grosses lèvres s’arrondirent voluptueusement et il aspira lentement, à la façon d’un expert qui goûte un grand cru.
Puis il poussa un soupir de satisfaction et se laissa aller à la renverse dans son fauteuil. Il était tout équipé et son harnachement le gênait. Il déboucla son ceinturon d’un cran et dégrafa le col de sa chemise. Il était bien. Il avait même vaguement sommeil. Il était seul dans cette pièce sombre et sommairement meublée qui servait de bureau aux scribes du colonel de la garnison. »

Extrait de : A. Saint-Moore. « Contact guérilla – Face d’Ange. »

Circuit fermé par Adam Saint-Moore

Fiche de Circuit fermé

Titre : Circuit fermé (Tome 7 sur 83 – Face d’Ange)
Auteur : Adam Saint-Moore
Date de parution : 1958
Editeur : Fleuve noir

Première page de Circuit fermé

« — Mon chapeau ! se mit à crier Hugo Keller, j’ai oublié mon chapeau !
— Le voilà, Professeur, dit placidement l’Agent de la C.I.A. Levinsky en lui tendant un vieux feutre gris à la bordure de cuir graisseuse.
Keller s’empara du vieux couvre-chef avec une sorte d’avidité et s’en coiffa. Malgré son crâne volumineux, le chapeau lui tombait presque jusqu’aux oreilles, et les yeux bleus perçants et inquiets de Keller brillaient au ras du bord roulé. Il l’assura d’une main nerveuse et sourit.
— Merci, dit-il, je tiens beaucoup à ce chapeau.
Levinsky sourit. Tout le monde connaissait l’histoire du célèbre chapeau du Professeur Keller. Ce chapeau l’avait fidèlement suivi à travers l’odyssée tragique qui l’avait conduit de la chaire de Physique qu’il occupait à l’Université de Munich en 1937, à un camp d’internement d’éléments anti-nazis ; et, de là, à « l’Institute for Advanced Study » de Princeton, après que les armées américaines l’aient récupéré dans le baraquement de planches où il travaillait, crayon en main et son fameux chapeau sur la tête, à mettre au point sa théorie sur la dynamique des gaz. »

Extrait de : A. Saint-Moore. « Cicuit fermé – Face d’Ange. »

Cahier noir par Adam Saint-Moore

Fiche de Cahier noir

Titre : Cahier noir (Tome 5 sur 83 – Face d’Ange)
Auteur : Adam Saint-Moore
Date de parution : 1958
Editeur : Fleuve noir

Première page de Cahier noir

« Pour la dixième fois depuis une heure, Banstein se leva du lit aux draps crasseux sur lequel il était allongé et s’en fut jeter un coup d’œil à travers les lattes brûlées de soleil des persiennes baissées.
Dans la cour de terre battue où picoraient trois poules étiques attachées par la patte, des nuages de mouches bronzinaient au-dessus de tas d’immondices. Tout autour du pâté de maisons, le soleil torréfiait les toits de briques rousses et incendiait le clocher de la vieille église de style espagnol qui s’élevait à quelques pas. Tout ce faubourg du vieux Mexico avait la même teinte uniformément terreuse de silice recuite où flambaient les taches vives des linges de couleur séchant aux fenêtres. Les bruits du centre arrivaient, comme assourdis, jusqu’à cette cour où des grains de maïs brillaient sur le sol comme des topazes. Banstein essuya la sueur qui perlait régulièrement sur sa face et son cou et revint s’asseoir sur son lit qui grinça. Il faisait une chaleur atroce dans cette chambre, une chaleur moite d’étuve. »

Extrait de : A. Saint-Moore. « Cahier noir. »

Direction enfer par Adam Saint-Moore

Fiche de Direction enfer

Titre : Direction enfer (Tome 3 sur 83 – Face d’Ange)
Auteur : Adam Saint-Moore
Date de parution : 1957
Editeur : Fleuve noir

Première page de Direction enfer

« D’un seul coup, l’énorme silence immobile de la forêt amazonienne se fêla, et une sorte de gigantesque ronflement de dynamo s’enfla, déborda la voûte des arbres, et remplit le ciel d’un gris d’étain.

Esteban n’eut pas besoin de consulter l’antique montre d’acier au boîtier rongé qu’il conservait dans un étui de peau, au creux de sa ceinture de laine. Il était 6 heures : les cigales s’éveillaient.

Tous les jours, depuis l’ère antédiluvienne, sur cette forêt originelle étendue sur ces marécages de début du monde, les cigales s’éveillent à six heures. Pas une minute avant, pas une minute après. Et après elles, la torpeur empoisonnée qui pèse sur ces terres où grouille une vie tentaculaire se dissout jusqu’aux approches de la nuit, dans un invraisemblable concert de cris, de gloussements, de beuglements, d’appels stridents, de râles, de jappements bizarres et convulsifs. »

Extrait de : A. Saint-Moore. « Direction Enfer – Face d’Ange. »

Ombres dans le soleil par Adam Saint-Moore

Fiche de Ombres dans le soleil

Titre : Ombres dans le soleil (Tome 2 sur 83 – Face d’Ange)
Auteur : Adam Saint-Moore
Date de parution : 1957
Editeur : Fleuve noir

Première page de Ombres dans le soleil

« Là-bas, très loin, une flottille de jonques fila entre deux nuages comme un troupeau de mouettes posées sur les vagues. Il faisait chaud dans le gros Douglas. Le Pacifique réverbérait le soleil matinal à la façon d’une faïence vernie d’un insoutenable bleu de cobalt. La pointe des Sousaki avait fondu à l’arrière dans une brume dorée.
Lewis, le steward, jeta un coup d’œil à sa montre et sursauta. 14 heures ! L’heure du lait du général ! Le général était un brave type, mais il était intraitable sur la question de son verre de lait. Sans doute, devait-il avoir un ulcère d’estomac ? Les généraux ont souvent des ulcères d’estomac comme les chefs d’entreprises importantes et les hommes d’État. Lewis avait lu un article là-dessus, dans un Digest. Une question de responsabilité, paraît-il. Il rêva un moment. Marrant, tout de même, que le fait d’avoir des responsabilités vous colle des ulcères d’estomac…
Lewis aimait philosopher à l’occasion et la question des rapports des ulcères d’estomac et de la position sociale lui parut digne d’être approfondie. »

Extrait de : A. Saint-Moore. « Ombres dans le soleil – Face d’Ange. »

La tête dans le guêpier par Adam Saint-Moore

Fiche de La tête dans le guêpier

Titre : La tête dans le guêpier (Tome 1 sur 83 – Face d’Ange)
Auteur : Adam Saint-Moore
Date de parution : 1957
Editeur : Fleuve noir

Première page de La tête dans le guêpier

« Gunther paya le taxi, enjamba un tas de crottin qui se desséchait au soleil au milieu de la rue et s’arrêta devant la porte du magasin. La façade ne payait pas de mine. Jadis verte, sa peinture corrodée par le soleil prenait la teinte grisâtre des vieilles écailles de serpent. Sur la glace poussiéreuse de la vitrine, des lettres à demi effacées proclamaient en anglais et égyptien : « Oiseaux et Graines. » Le magasin sommeillait au rez-de-chaussée d’une ruelle étranglée du vieux Caire, à l’ombre verticale d’une mosquée. Le soleil y grillait les immondices généreusement abandonnées par les ménagères Cairotes, les âniers de passage et les marchands arméniens et syriens. Avec l’ombre, le soir, les vieux revenaient sommeiller sur le pas des portes avec les enfants aux pieds nus, les chiens faméliques et les ânons solennels.
Gunther poussa la porte et entra. Un aigu et discordant concert de criailleries l’accueillit. Dans la demi-obscurité, il distingua les hautes cages où une foule jacassante d’aras, de bengalis, de perruches, de canaris, de pigeons huppés ou pattus gloussaient, piaillaient et ricanaient. »

Extrait de : A. Saint-Moore. « La tête dans le guépier – Face d’Ange. »

Christopher Stork

Présentation de Christopher Stork :

Christopher Stork n’est pas un individu, mais un pseudonyme collectif qui a marqué la science-fiction belge francophone à la fin des années 1970 et durant les années 1980. Derrière cette signature se cachent deux auteurs belges, Stephan Jouravieff et José-André Lacour, qui ont uni leurs talents pour produire une œuvre abondante et singulière. Cette collaboration prolifique s’est principalement concrétisée au sein de la célèbre collection « Anticipation » des éditions Fleuve noir, où ils ont publié une trentaine de romans en moins d’une décennie. Leur travail est souvent considéré comme l’une des dernières manifestations du roman populaire dans le paysage de l’anticipation, caractérisé par un rythme soutenu et une exploration sans complexe des peurs et des dérives de la société.

Thématiques et Romans Majeurs

Leur œuvre collective explore un large éventail de thèmes chers à la science-fiction de l’époque, souvent teintés d’une noirceur satirique et d’un pessimisme lucide quant à l’avenir de l’humanité. Dès 1979, le ton est donné avec des titres comme « L’Ordre établi » et « Achetez Dieu ! », qui dénoncent respectivement le contrôle social totalitaire et la marchandisation ultime de la spiritualité. Stork excelle à créer des dystopies où les institutions traditionnelles sont perverties ou remplacées par des pouvoirs technocratiques ou criminels, comme en témoigne « L’An II de la mafia » (1982), qui projette l’emprise du crime organisé à l’échelle d’un futur étatique.

Les auteurs sous le masque de Stork n’hésitent pas à s’attaquer aux fondements mêmes de l’existence et de l’identité. Le roman « Dormir ? Rêver peut-être… » (1979) interroge la frontière entre la réalité et l’imaginaire, tandis que l’intrigue de « La Femme invisible » (1981) soulève des questions sur la perception et l’effacement de l’individu dans la société moderne. Un autre titre particulièrement mémorable est « L’usage de l’ascenseur est interdit aux enfants de moins de quatorze ans non accompagnés » (1980), qui, derrière une règle absurde et anodine, dépeint une société où la transition à l’âge adulte est elle-même vécue comme une dégénérescence, une maladie dont il faudrait se prémunir.

Un Regard Sombre sur l’Avenir

L’anticipation de Christopher Stork se distingue par son approche de l’horreur biologique et de la remise en question du progrès scientifique. Dans « Demain les rats » (1980), les auteurs imaginent une nouvelle race de rongeurs génétiquement modifiés et dotés d’une intelligence supérieure, qui viennent menacer l’hégémonie humaine. Cet usage du biologique comme vecteur de terreur se retrouve dans « Virus Amok » (1984). Enfin, l’acmé de leur vision désenchantée est peut-être atteint avec « Le XXIᵉ siècle n’aura pas lieu » (1983), un titre à la fois provocateur et prémonitoire qui résume bien la noirceur ironique de l’univers de Stork. Bien que le pseudonyme ait cessé de produire à partir du milieu des années 1980, l’ensemble de ces romans demeure un témoignage important de la vitalité de la science-fiction populaire en Belgique.

Livres de Christopher Stork :

Achetez Dieu ! (1979)
Alter ego (1988)
Babel bluff (1985)
Billevesées et calembredaines (1985)
Contretemps (1986)
De purs esprits… (1986)
Demain les rats (1981)
Demi-portion (1986)
Dis, qu’as-tu fait, toi que voilà… (1982)
Don Quichotte II (1986)
Dormir ? Rêver peut-être… (1979)
Enjeu : le monde (1979)
Il y a un temps fou… (1980)
Ils étaient une fois… (1986)
Je souffre pour vous… (1987)
L’an II de la mafia (1982)
L’article de la mort (1983)
L’enfant de l’espace (1985)
L’envers vaut l’endroit (1984)
L’ordre établi (1979)
L’usage de l’ascenseur est interdit aux enfants de moins de quatorze ans non accompagnés (1980)
La dernière syllabe du temps (1983)
La femme invisible (1981)
La machine maîtresse (1982)
La quatrième personne du pluriel (1983)
Le bon larron (1981)
Le lit à baldaquin (1987)
Le passé dépassé (1984)
Le rêve du papillon chinois (1985)
Le trillionaire (1987)
Le XXIe siècle n’aura pas lieu (1983)
Les derniers anges (1981)
Les enfants du soleil (1987)
Les lunatiques (1985)
Les petites femmes vertes (1981)
Made in Mars (1985)
Mais n’anticipons pas… (1983)
Pièces détachées (1984)
Pieuvres (1984)
Psys contre psys (1986)
Terra-park (1980)
Terre des femmes (1984)
Tout le pouvoir aux étoiles (1982)
Un peu… beaucoup… à la folie ! (1983)
Une si jolie petite planète (1987)
Vatican 2000 (1981)
Virus amok (1984)

Pour en savoir plus sur Christopher Stork :

La page Wikipédia sur C. Stork
La page Noosfere sur C. Stork
La page isfdb de C. Stork

Rivage des intouchables par Francis Berthelot

Fiche de Rivage des intouchables

Titre : Rivage des intouchables
Auteur : Francis Berthelot
Date de parution : 1990
Editeur : Gallimard

Première page de Rivage des intouchables

« Ce bout de planète, ce bloc d’eau et de sable issu d’on ne sait quelle malice de l’espace, il n’a pas été facile de le nommer. Arrogance de la pierre, fausseté de l’onde, ses deux éléments étaient trop dissemblables, trop rudes, installés dans une haine trop passionnée. Ce sont eux qui ont dicté leur loi. Les efforts des pionniers pour les réduire à un terme n’ont abouti qu’à un catalogue de néologismes, de mots-valises, de collages à l’étymologie creuse, entre lesquels nul n’est arrivé à trancher. En dernier ressort, on s’est résolu à mettre l’accent, justement, sur leur antagonisme. Et c’est ainsi que cet astre s’est vu gratifier par l’Histoire du pire nom qu’il pouvait espérer : Erda-Rann. Ce qui signifie : Terre Divisée.

Dès les premières générations, les colons se sont méfiés les uns des autres. Mutant avec prudence, d’abord, puis abandonnant bientôt toute vergogne, ils ont renié leurs origines pour s’adapter, qui au désert qui à cette mer insane et multiforme – la Loumka. En même temps, ils ont pris l’élément d’en face en aversion. »

Extrait de : F. Berthelot. « Rivage des intouchables. »

La ville au fond de l’oeil par Francis Berthelot

Fiche de La ville au fond de l’oeil

Titre : La ville au fond de l’oeil
Auteur : Francis Berthelot
Date de parution : 1986
Editeur : Denoël

Première page de La ville au fond de l’oeil

« Moi, Alexis, le soir tombe à nouveau, et je voudrais comprendre. Jour après jour, je vois grandir la fêlure qui me sépare du monde, tandis que la vie se retire de mes marionnettes. Le castelet qui était ma raison d’être, mon gagne-pain, sombre dans une torpeur proche de l’hébétude, un de ces comas où s’enferment les objets qu’on a offensés. Ici, le printemps a la quiétude de la mer, le vert de l’indifférence. Alors que dans ma tête, ou peut-être là-bas, au pays d’Ambre, une bulle s’est formée dont le contenu m’échappe, noyé dans les motifs cruels des tapisseries d’Orient, inaccessible à la mémoire autant qu’à l’imagination.
Le télégramme de mon frère m’est arrivé pour mon anniversaire. Que cet aventurier s’en soit souvenu, depuis les contrées au visage voilé qu’il sillonne sans trêve, buvant Dieu sait quelle eau, aimant Dieu sait quel corps, m’a rempli d’une joie inexprimable. À Retkah, entre deux reportages, il a pensé à Alexis, et pris le temps de le lui dire. Bénie soit cette ville… »

Extrait de : F. Berthelot. « La ville au fond de l’œil. »

La lune noire d’Orion par Francis Berthelot

Fiche de La lune noire d’Orion

Titre : La lune noire d’Orion
Auteur : Francis Berthelot
Date de parution : 1980
Editeur : Calmann Levy

Première page de La lune noire d’Orion

« AMORTAM, ministre de la Santé… !
Silex s’arrêta net, abasourdi.
Au-dessus de lui, un nuage venait de cacher le plus petit des trois soleils d’Alnilam, jetant sur la rue une pénombre qui lui glaça le cœur. Ce n’est pas possible, pensa-t-il. J’ai mal lu ! Il revint en arrière, et s’arrêta devant l’info-écran, tous les sens en alerte.
Rouges, luminescents, amplifiés par la vitre en prismoglace, les mots le défiaient, forts de la puissance de l’appareil psychiatrique ; avec en filigrane, les persécutions qui risquaient de s’abattre sur les Holoms.
Terre et Sang. Ils ont mis Amortam au ministère de la Santé ! Qu’est-ce que cela veut dire ?
À son tour, le soleil majeur disparut, englouti par le nuage, et la pénombre s’accrut. »

Extrait de : F. Berthelot. « La Lune noire d’Orion. »