Catégorie : Auteurs

 

Stanley G. Weinbaum

Présentation de Stanley G. Weinbaum :

Né le 4 avril 1902 à Louisville, dans le Kentucky, Stanley G. Weinbaum fut d’abord un ingénieur en chimie avant de se tourner vers la chose écrite. Si l’histoire des lettres romanesques ne retient souvent que les carrières au long cours, celle de Stanley G. Weinbaum constitue une éclatante exception. Son œuvre, en effet, s’est bâtie sur la durée dérisoire de dix-huit mois, avant qu’une funeste maladie (un cancer des poumons) ne l’emporte prématurément le 14 décembre 1935, à l’âge de trente-trois ans.

Pourtant, en l’espace d’une poignée de nouvelles publiées dans les fameuses revues sur papier pulpeux (pulps) des années trente, il a bouleversé à jamais les canons de la science-fiction.

Son formidable coup d’éclat survint en juillet 1934, lorsque la revue Wonder Stories publia son récit intitulé « Une odyssée martienne » (A Martian Odyssey). Jusqu’alors, la littérature d’imagination américaine se contentait bien souvent de dépeindre les créatures extraterrestres comme de vulgaires monstres belliqueux (ce que nos amis d’outre-Atlantique nomment les Bug-Eyed Monsters) ou comme de simples hommes affublés d’une couleur de peau exotique. Stanley G. Weinbaum, lui, fit montre d’une originalité stupéfiante en créant le personnage de Twiil : un être martien à l’apparence résolument non-humaine, doté d’une psychologie propre, d’une intelligence égale voire supérieure à celle des hommes, mais d’une logique profondément différente et insaisissable.

Cette nouvelle fit l’effet d’un coup de tonnerre dans le landerneau des littératures de l’imaginaire. Il fut le premier nouvelliste à concevoir une authentique écologie extraterrestre, où la faune et la flore obéissaient à des lois biologiques cohérentes bien qu’absolument étrangères aux nôtres. Son illustre confrère, Isaac Asimov, n’hésitera d’ailleurs pas, des décennies plus tard, à qualifier ce récit de chef-d’œuvre absolu, allant jusqu’à affirmer que cette unique parution avait suffi à changer la face du genre.

Durant les mois qui suivirent cette retentissante entrée en matière, Stanley G. Weinbaum produisit d’autres récits d’une redoutable acuité (tels que « Le Lotus mangeur » ou « La Planète du doute »), imposant un style élégant, mâtiné de poésie et de rigueur scientifique.

Bien que la faucheuse l’ait tragiquement arraché à sa machine à écrire, Stanley G. Weinbaum demeure l’un des phares de l’anticipation classique ; un météore dont la lueur irradie encore les pages des meilleurs faiseurs d’univers d’aujourd’hui.

Livres de Stanley G. Weinbaum :

La flamme noire (1939)
Le nouvel Adam (1939)
Les mondes du Si (2013)
Une odyssée martienne (????)

Pour en savoir plus sur Stanley G. Weinbaum :

La page Wikipédia sur S. G. Weinbaum
La page Noosfere sur S. G. Weinbaum
La page isfdb de S. G. Weinbaum

Guy-Roger Duvert

Présentation de Guy-Roger Duvert :

Né à Paris en 1975, Guy-Roger Duvert s’est d’abord illustré par des partitions musicales pour le cinématographe, pour d’ambitieuses superproductions américaines et par la réalisation de longs-métrages d’anticipation, à l’instar de son film salué par la critique « Virtual Revolution » (2016). Mais c’est bel et bien son impressionnante stature d’homme de lettres sur laquelle je tiens à insister avec vigueur !

En effet, si l’on a pu vanter ses mérites de metteur en scène, M. Duvert est intrinsèquement un écrivain de grande envergure ; un romancier dont la prose très visuelle, rythmée et immersive (héritage évident de son expérience sur les plateaux de tournage) redonne de superbes couleurs à la littérature d’imagination. C’est en l’an 2019 qu’il opère une entrée fracassante dans le monde de l’édition romanesque avec « Outsphere », un formidable récit de science-fiction qui connut un succès populaire foudroyant et fut promptement couronné du prix des Plumes Francophones.

Galvanisé par ce triomphe de librairie, notre auteur a su développer en quelques années une œuvre écrite dense et captivante. Fuyant la redondance et ne s’enfermant jamais dans une seule formule, sa bibliographie embrasse le roman noir d’anticipation mâtiné d’intrigues policières avec l’excellent « Backup » (2020), s’aventure vers l’épouvante et l’occulte (avec « L’Appel d’Am-Heh » ou sa série Les Chroniques occultes), et prolonge même son univers filmique par le mot imprimé avec « Virtual Revolution 2046 ». C’est indéniablement la plume à la main, face à la page blanche, que Guy-Roger Duvert déploie toute l’envergure de son imaginaire !

L’homme voue d’ailleurs un tel amour au livre et à la chose écrite qu’il s’est mué en véritable entrepreneur des lettres en devenant le propriétaire et directeur de la maison indépendante Inceptio éditions, favorisant ainsi activement l’émergence de nouveaux talents francophones.

Avec Guy-Roger Duvert, nous sommes face à un écrivain prolifique et passionné, dont les écrits sauront vous tenir en haleine, tout en interrogeant avec acuité les devenirs technologiques de notre civilisation.

Livres de Guy-Roger Duvert :

Les chroniques occultes :

Les rôdeurs de l’Empire :

Outsphere :

Backup (2020)
Eschaton (2020)
Extinction (2023)
Gold & Bones (2025)
L’adieu à Camille (2021)
Virtual Revolution 2046 (2020)

Pour en savoir plus sur Guy-Roger Duvert :

La page Wikipédia sur G.-R. Duvert
La page Noosfere sur G.-R. Duvert
La page isfdb de G.-R. Duvert

Annalee Newitz

Présentation de Annalee Newitz :

Née en 1969 (l’année même où l’homme posa le pied sur la Lune, ce qui ne manque pas de sel pour un esprit tourné vers l’avenir !), Annalee Newitz a d’abord forgé ses armes dans l’arène du journalisme scientifique et technologique. Remarquable vulgarisateur, fondateur du célèbre feuillet électronique io9 (une gazette numérique fort prisée des amateurs de prospective), la plume d’Annalee Newitz scrute inlassablement les bouleversements de notre siècle, jetant un pont précieux entre la science appliquée et le merveilleux scientifique.

Toutefois, si la postérité littéraire doit retenir une contribution majeure de ce brillant esprit, c’est indubitablement son magistral coup d’essai romanesque : le saisissant « Autonome » (paru sous le titre originel d’ Autonomous en l’an 2017). Je me dois d’insister tout particulièrement sur cette œuvre vertigineuse, car elle marque une date dans l’histoire de la science-fiction contemporaine !

Dans ce récit fiévreux, nous découvrons une Terre future, à l’orée du XXIIe siècle, étouffant sous la férule d’impitoyables monopoles. Le roman gravite autour de Jack, un corsaire des temps modernes qui fabrique clandestinement des remèdes brevetés pour les déshérités (ce que nos amis anglo-saxons nomment une pirate pharmaceutique), et d’un duo de limiers singulier lancé à ses trousses, composé d’un agent humain et d’un organisme cybernétique d’assaut nommé Paladin. Par le truchement de cette intrigue nerveuse, digne des meilleures extrapolations d’un Philip K. Dick, l’auteur interroge avec brio les notions d’intelligence artificielle, d’asservissement et de propriété marchande. Peut-on breveter le vivant ? Les automates doués de raison sont-ils nos esclaves ou nos égaux ? L’amour peut-il éclore entre la chair et le silicium ? Telles sont les redoutables questions philosophiques que soulève ce chef-d’œuvre, justement couronné par les suffrages de la critique.

D’autres ouvrages, tels que l’étonnant voyage temporel et uchronique de « The Future of Another Timeline » (2019), sont venus confirmer par la suite la redoutable acuité de ce créateur.

Livres de Annalee Newitz :

Autonome (2017)
Les cités disparues (2021)

Pour en savoir plus sur Annalee Newitz :

La page Wikipédia sur A. Newitz
La page Noosfere sur A. Newitz
La page isfdb de A. Newitz

Paolo Bacigalupi

Présentation de Paolo Bacigalupi :

Paolo Bacigalupi est né le 6 août 1972 sous le ciel du Colorado, dans la ville de Colorado Springs, cet homme de lettres américain s’est imposé, dès l’orée de notre XXIe siècle, comme le prophète d’un sous-genre que les exégètes de la science-fiction ont coutume d’appeler la dystopie écologique, ou le roman de la pénurie.

S’il a d’abord fait ses premières armes en livrant des nouvelles d’une grande acuité au sein de revues spécialisées, c’est indubitablement la parution de son premier grand roman, « La Fille automate » (The Windup Girl), en l’an 2009, qui le propulsa au faîte de la gloire littéraire. Cet ouvrage magistral et fort sombre nous dépeint une Thaïlande du futur étouffant sous le joug de conglomérats agroalimentaires, où les ressources énergétiques traditionnelles ont tari, laissant place à une société malthusienne régie par les manipulations génétiques et la force motrice animale (un courant que les critiques anglo-saxons se plaisent parfois à baptiser biopunk). Ce coup d’essai, véritable coup de maître, fut couronné par les prix les plus prestigieux d’outre-Atlantique : les prix Hugo, Nebula, Locus et John W. Campbell Memorial lui furent ainsi conjointement décernés, un exploit rarissime.

Loin de se reposer sur ces lauriers amplement mérités, Paolo Bacigalupi n’a eu de cesse d’explorer les périls environnementaux qui guettent notre infortunée planète Terre. Que ce soit au travers d’ouvrages destinés à la belle jeunesse, tels que le poignant « Ferrailleurs des mers » (Ship Breaker, paru en 2010), où il imagine un littoral dévasté par la montée des océans, ou de récits d’une âpreté redoutable comme « Water Knife » (2015), effroyable anticipation des guerres de l’eau dans un Sud-Ouest américain irrémédiablement desséché, son œuvre fait toujours figure de vibrant avertissement.

Pour les amateurs de notre chère littérature conjecturale, il apparaît à bien des égards comme un héritier spirituel du grand John Brunner – on songe naturellement au retentissant « Tous à Zanzibar » – en ce qu’il utilise l’extrapolation scientifique non point pour nous offrir de futiles évasions stellaires, mais pour tendre un miroir glaçant à nos dérives contemporaines.

S’aventurer dans les pages de Paolo Bacigalupi, c’est accepter d’affronter les tempêtes écologiques de demain avec lucidité.

Livres de Paolo Bacigalupi :

Les cités englouties :

L’alchimiste de Khaim (2011)
La fabrique de doute (2014)
La fille automate (2009)
La fille flûte (2008)
Water knife (2015)
Zombie ball (2013)

Pour en savoir plus sur Paolo Bacigalupi :

La page Wikipédia sur P. Bacigalupi
La page Noosfere sur P. Bacigalupi
La page isfdb de P. Bacigalupi

Walter Jon Williams

Présentation de Walter Jon Williams :

Walter Jon Williams, qui vit le jour le 15 octobre 1953 dans la ville de Duluth, nichée dans les froids confins de l’État du Minnesota, s’impose comme l’une des figures les plus éclectiques et les plus douées de la littérature d’anticipation nord-américaine. S’il partage avec sa contemporaine Pat Cadigan l’année de sa naissance, il partage également avec elle le privilège d’avoir gravé son nom en lettres de feu dans l’histoire de cette avant-garde technologique que l’on nomme aujourd’hui « cyberpunk ».

Toutefois, limiter l’œuvre de ce brillant homme de lettres à ce seul courant serait commettre une grave injustice. Walter Jon Williams est un romancier polymorphe, un véritable touche-à-tout du merveilleux scientifique. Avant même de conquérir les étoiles, notre homme s’est d’abord passionné pour les mers, naviguant avec ferveur et écrivant même, à l’aube de sa carrière, des romans d’aventures maritimes historiques sous le nom de Jon Williams.

C’est au cours de la décennie suivante qu’il embrasse pleinement la science-fiction, livrant aux presses des ouvrages d’une redoutable efficacité. Il faut naturellement saluer son chef-d’œuvre de 1986, le fameux « Câblé » (Hardwired dans la langue de Shakespeare), roman d’une rare âpreté où des contrebandiers naviguent au cœur d’une Amérique balkanisée et sous le joug de conglomérats orbitaux. Cet ouvrage, véritable coup de semonce dans le paysage littéraire, fut bientôt suivi d’autres récits tout aussi nerveux et désenchantés, à l’instar de « Le Souffle du cyclone » (Voice of the Whirlwind, 1987).

Mais le génie de Walter Jon Williams réside dans son refus de l’immobilité. Lorsqu’il jugea avoir épuisé les charmes vénéneux des réseaux cybernétiques, il tourna son regard vers d’autres horizons conjecturaux. Il s’aventura avec une aisance déconcertante dans le domaine de la fresque spatiale d’envergure, que nos amis anglo-saxons nomment space opera, nous offrant l’ambitieux « Aristoi » (1992), riche réflexion sur une humanité quasi divine, puis le vaste cycle romanesque de « La Chute de l’empire de l’effroi » (Dread Empire’s Fall). Il s’est même illustré dans l’uchronie et la fantaisie, prouvant par là même la plasticité exceptionnelle de son intellect.

Lire Walter Jon Williams, c’est s’assurer d’un dépaysement total, conduit par une plume d’une précision toute chirurgicale et une intelligence narrative qui force le respect de la critique.

Livres de Walter Jon Williams :

Câblé :

Plasma :

Star Wars :

Avaleur de mondes (2008)
Ceci n’est pas un jeu (2009)
La peste du léopard vert (2003)
Le coup du cavalier (1985)
Les joyaux de la couronne (1987)
Sept jours pour expier (1991)

Pour en savoir plus sur Walter Jon Williams :

La page Wikipédia sur W. J. Williams
La page Noosfere sur W. J. Williams
La page isfdb de W. J. Williams

Harry D. Parker

Présentation de Harry D. Parker :

Harry D. Parker est une de ces figures fantomatiques qui hantent les archives de la science-fiction américaine.

En effet, s’il est une chose certaine concernant cet auteur, c’est bien la rareté insigne de son œuvre. Ne cherchez point de vastes épopées galactiques ni de cycles romanesques à son nom ; les annales du genre, pourtant si promptes à recenser le moindre polygraphe de l’Âge d’Or, ne lui attribuent à ce jour que deux maigres contributions, enfouies dans les pages de ces fameux magazines pulps d’outre-Atlantique.

Nous lui connaissons tout d’abord une unique fiction, une nouvelle d’anticipation intitulée « The Gravitational Deflector », parue à l’automne 1929 dans le tout premier numéro de la revue Science Wonder Quarterly, alors sous l’égide du célèbre Hugo Gernsback.

Il faut ensuite patienter jusqu’au crépuscule de l’année 1936 pour voir son nom réapparaître au sommaire du prestigieux Astounding Stories (dans la livraison de décembre, pour être tout à fait exact). Il n’y signe d’ailleurs point un récit imaginaire, mais un article à vocation scientifique titré « 4th Dimensional Possibilities ». Détail d’importance : l’auteur y est crédité sous la forme « Harry D. Parker, A.S.M.E, S.O.A.E. » (l’acronyme A.S.M.E. désignant très probablement l’American Society of Mechanical Engineers). Cette précision technique laisse à penser que notre homme était un ingénieur ou un scientifique de métier s’essayant ponctuellement à la vulgarisation et à la prospective, plutôt qu’un véritable homme de lettres.

Et voilà tout. Le silence retombe ensuite définitivement sur lui. Les bibliographies officielles demeurent muettes sur sa naissance, son trépas ou le reste de sa carrière.

Livres de Harry D. Parker :

Le déflecteur gravitationnel (1929)

Pour en savoir plus sur Harry D. Parker :

La page Wikipédia sur H. D. Parker
La page Noosfere sur H. D. Parker
La page isfdb de H. D. Parker

Pat Cadigan

Présentation de Pat Cadigan :

Pat Cadigan, qui vit le jour le 10 septembre 1953 dans la bourgade de Schenectady, au sein de l’État de New York, s’est imposée avec une rare virtuosité comme l’un des esprits les plus brillants de la littérature d’anticipation nord-américaine. Écrivain prolifique et femme de lettres d’une redoutable perspicacité, elle a su donner un souffle inédit à la science-fiction, plongeant la psyché humaine dans les méandres vertigineux de l’informatique et des réalités artificielles.

C’est incontestablement au sein de cette avant-garde d’une noirceur insondable, que les exégètes baptisèrent le mouvement « cyberpunk », que le génie de cet auteur a donné sa pleine mesure. Rares sont les femmes à s’être aventurées avec tant de brio sur ces terres arides, dominées par la machine et le cynisme de l’ère électronique ; à tel point que la critique anglo-saxonne lui décerna bien vite le titre fort mérité de « Reine du cyberpunk ».

On ne saurait évoquer son nom sans s’incliner devant ses véritables œuvres magistrales. Il convient en effet de frissonner d’admiration devant « Les Synthérétiques » (paru sous le titre original de Synners en 1991) et le retentissant « Mise en abyme » (Fools, 1992). Ces sombres fresques, couronnées d’ailleurs à deux reprises par le prestigieux prix Arthur C. Clarke en Grande-Bretagne, interrogent avec une crudité inégalée la fusion contre nature entre la chair, l’intellect et les réseaux virtuels. Il faut également louer la maîtrise absolue dont elle fait montre dans l’art exigeant de la nouvelle, comme en témoignent ses remarquables recueils, traduits chez nous sous les titres de « L’Épreuve du feu » et « Les Garçons sous la pluie ».

Aujourd’hui, il est de notre devoir de redécouvrir l’œuvre authentique de Pat Cadigan. Lire cet illustre romancier, c’est accepter de confronter notre esprit aux mutations vertigineuses de notre propre ère, et reconnaître que sous le vernis étincelant de la technologie, c’est la trame même de notre identité humaine qui menace de s’effilocher !

Livres de Pat Cadigan :

Alien 3 (2021)
Alita, battle angel (2019)
Les garçons sous la pluie (1993)
Les synthérétiques (1991)
Mise en abyme (1992)
Vous avez dit virtuel ? (1998)

Pour en savoir plus sur Pat Cadigan :

La page Wikipédia sur P. Cadigan
La page Noosfere sur P. Cadigan
La page isfdb de P. Cadigan

Bruce Sterling

Présentation de Bruce Sterling :

Michael Bruce Sterling, qui vit le jour le 14 avril 1954 sous le soleil écrasant de Brownsville, au Texas, s’est imposé avec une rare fulgurance comme l’un des esprits les plus visionnaires de la littérature d’anticipation nord-américaine. Écrivain prolifique, journaliste mondain et grand théoricien des bouleversements technologiques, cet intellectuel bouillonnant a su donner un souffle inédit à la science-fiction, l’arrachant aux vieux mythes stellaires pour la plonger dans les méandres obscurs de la cybernétique et des réseaux informatiques.

C’est incontestablement en tant que chef de file et héraut du mouvement que les exégètes baptisèrent « cyberpunk » que le génie de Bruce Sterling donna sa pleine mesure au cours des années 1980. Endossant le costume de polémiste sous le pseudonyme de Vincent Omniaveritas, il publia de retentissants manifestes sous forme de fanzines, avant de diriger la mythique anthologie « Mirrorshades » (1986), véritable pierre angulaire de ce courant littéraire d’une noirceur insondable, où l’hyper-technologie fricote avec la misère des bas-fonds urbains.

Parmi les joyaux de sa bibliographie, il convient de saluer bien bas « La Schismatrice » (1985), fresque vertigineuse où l’humanité, disséminée dans le système solaire, se déchire entre les partisans de l’ingénierie génétique (les Façonneurs) et ceux de la prothèse cybernétique (les Mécas). Il faut également frissonner d’admiration devant « Les Mailles du réseau » (1988), implacable roman d’espionnage globalisé, et s’incliner devant « La Machine à différences » (1990). Cette œuvre fondatrice, coécrite avec son illustre confrère William Gibson, nous plonge dans une fascinante époque victorienne où la révolution informatique aurait débuté un siècle plus tôt, posant ainsi les jalons de ce que l’on nommera plus tard le « steampunk ».

Aujourd’hui, il est de notre devoir de redécouvrir l’œuvre protéiforme de Bruce Sterling. Lire ses anticipations, c’est accepter de confronter notre esprit aux mutations vertigineuses de notre propre ère, et reconnaître que sous le vernis étincelant des machines, c’est l’essence même de la nature humaine, dans toute sa grandeur et sa décadence, qui vacille !

Livres de Bruce Sterling :

Cristal express (1989)
Gros temps (1980)
La baleine des sables (1977)
La machine à différences (1991)
Le feu sacré (1996)
Le gamin artificiel (1980)
Les mailles du réseau (1988)
Mozart en verres-miroirs (1986)
Schismatrice + (1985)

Pour en savoir plus sur Bruce Sterling :

La page Wikipédia sur B. Sterling
La page Noosfere sur B. Sterling
La page isfdb de B. Sterling

Federico Saggio

Présentation de Federico Saggio :

Federico Saggio, dont la plume s’est abattue avec une vigueur peu commune sur le paysage de la littérature d’anticipation francophone, s’affirme comme l’un des démiurges les plus singuliers de l’imaginaire contemporain. Loin des utopies candides et des lendemains qui chantent, cet écrivain a su forger, dans le creuset d’une imagination d’une noirceur insondable, des univers oppressants où la condition humaine est mise à nu avec une crudité et un brio inégalés.

C’est incontestablement dans le registre de la science-fiction sombre et de la dystopie post-apocalyptique que le talent de M. Saggio a donné sa pleine mesure. On ne saurait en effet évoquer son nom sans s’incliner devant sa fresque magistrale, l’incontournable diptyque composé de « Lululand Ultraviolet » et de « Lululand Infrarouge », plus tard réuni sous le titre définitif de « Lululand : L’Intégrale du Pays Noir ». À travers ces pages d’une violence envoûtante, l’auteur nous transporte en l’an 2184. Il y dépeint une Terre meurtrie où l’humanité, fuyant les rayons d’un soleil devenu mortel, a dû se terrer sous une épaisse masse nuageuse artificielle. Sur les cendres de l’Ancien Monde s’est érigée la redoutable Fédération de Lululand, une société autoritaire aux accents « cyberpunk » où la mémoire elle-même est devenue l’instrument du contrôle absolu. Peuplée d’hommes revenus à l’état sauvage, de mutants dégénérés et de sentinelles impitoyables, cette œuvre viscérale interroge la perte de notre humanité avec une acuité redoutable.

Ne se contentant point des soleils mourants et des métropoles ténébreuses, cet esprit curieux a également su explorer d’autres horizons de l’épopée, comme en témoignent ses incursions dans les mythes nordiques fondateurs avec le récit « Sigurd ».

Aujourd’hui, il est grand temps de se plonger dans les visions féroces et exaltantes de Federico Saggio. Lire « Lululand », c’est accepter de regarder sans ciller les dérives tyranniques qui guettent notre modernité, et reconnaître que, sous le vernis fragile de la civilisation, les abîmes les plus inavouables de la nature humaine demeurent insondables !

Livres de Federico Saggio :

Lululand :

Prélude au Ragnarök :

Pour en savoir plus sur Federico Saggio :

La page Wikipédia sur F. Saggio
La page Noosfere sur F. Saggio
La page isfdb de F. Saggio

Richard Morgan

Présentation de Richard Morgan :

Richard K. Morgan, qui vit le jour le 24 septembre 1965 sous les cieux gris de Londres et grandit dans les paisibles contrées du Norfolk, s’est imposé avec fracas comme l’un des démiurges les plus fascinants de la littérature d’anticipation et de l’imaginaire anglo-saxon. Avant de prêter sa plume aux vertiges de la modernité, cet esprit cosmopolite arpenta le globe en qualité de professeur de langue anglaise, dispensant son savoir d’Istanbul à Madrid, avant que le succès littéraire ne lui permette de se consacrer corps et âme à la création.

C’est incontestablement dans les registres de la science-fiction la plus sombre, héritière du roman noir et du mouvement « cyberpunk », que le génie de Richard Morgan a donné sa pleine mesure. S’éloignant des utopies candides et des vaisseaux de pacotille, il a su forger une prose d’une noirceur insondable, interrogeant la condition post-humaine avec une crudité et un brio inégalés. Il brossa ainsi la toile d’un monde futuriste où le capitalisme triomphant et la technologie ont asservi l’homme jusque dans sa chair.

On ne saurait évoquer son nom sans s’incliner devant son chef-d’œuvre magistral, « Carbone modifié » (2002). Couronné par le prestigieux prix Philip K. Dick, ce roman d’une violence envoûtante nous plonge dans un univers où la conscience humaine, numérisée dans des piles corticales, peut être téléchargée de corps en corps. À travers la figure cynique et désabusée de son antihéros, l’ancien diplomate (ou plutôt « Diplo ») Takeshi Kovacs, Richard Morgan excella à tisser une intrigue policière tortueuse, où les nantis jouent avec la mort comme avec un hochet. Les suites de cette fresque, « Anges déchus » et « Furies déchaînées », vinrent confirmer son immense talent pour allier la réflexion philosophique à l’action la plus débridée.

Ne se contentant pas des étoiles, cet écrivain iconoclaste s’est également emparé des codes du merveilleux épique avec sa trilogie « Terre de héros » (initiée par « Rien pour les héros »). Il y instilla une rudesse, un pessimisme et une fureur martiale qui dynamitèrent les conventions bien-pensantes de la « fantasy » traditionnelle, heurtant parfois la censure par la crudité de ses tableaux.

Aujourd’hui, lire Richard Morgan, c’est accepter de regarder sans ciller les dérives de notre propre modernité, et reconnaître que sous les lumières au néon des cités futures se dissimulent les abîmes les plus inavouables de l’âme humaine.

Livres de Richard Morgan :

Black man :

Takeshi Kovacs :

Terre de héros :

Intégrales :

Market forces (2004)

Pour en savoir plus sur Richard Morgan :

La page Wikipédia sur R. Morgan
La page Noosfere sur R. Morgan
La page isfdb de R. Morgan