Catégorie : Livres
Le temps des genévriers par Kate Wilhelm

Fiche de Le temps des genévriers
Titre : Le temps des genévriers
Auteur : Kate Wilhelm
Date de parution : 1979
Traduction : S. Audoly
Editeur : Denoël
Première page de Le temps des genévriers
« Pendant des années, Jean n’avait jamais cru qu’on pût vraiment aller sur la Lune. Lorsqu’elle prit conscience du fait que son père y croyait, elle dut accepter la réalité de la Lune en tant qu’objet, mais jamais en tant que lieu. À son avis, des gens s’y trouvaient peut-être déjà, mais personne ne pouvait s’y rendre. C’était un lieu aussi mythique, et étrange, et hors de portée que le royaume d’Oz.
Parfois, dans la tiédeur des longues soirées d’été, tous les trois, son père, sa mère et elle, allaient à pied jusque chez le marchand de glaces où l’on vendait des sundaes très élaborés. Il était impossible à Jean de résister à aucun des parfums, et au bout du compte son assiette n’était plus qu’une palette de toutes les couleurs. Son père l’observait avec une certaine inquiétude tandis qu’elle en savourait chaque bouchée.
« Profites-en maintenant, lui déclara-t-il un jour, car lorsque je t’emmènerai sur la Lune, tu n’y trouveras pas la moindre glace. Pendant un certain temps, en tout cas. »
Extrait de : K. Wilhelm. « Le temps des genévriers. »
La mémoire de l’ombre par Kate Wilhelm

Fiche de La mémoire de l’ombre
Titre : La mémoire de l’ombre
Auteur : Kate Wilhelm
Date de parution : 1981
Traduction : S. Audoly
Editeur : Denoël
Première page de La mémoire de l’ombre
« J’ai oublié d’emporter mon journal avec moi. C’est la première fois en dix ans. Lucas a ouvert une commode, et a retrouvé un de ses vieux carnets de classe qu’il m’a tendu. D’après lui, rien n’a été modifié dans sa chambre ; il en a été presque choqué.
Notre chambre, son ancienne chambre, est très spacieuse. Toutes les pièces de la maison de son père sont vastes et aérées. Celle-ci comprend des lits jumeaux, deux commodes, deux fauteuils confortables, un bureau avec une chaise, une longue bibliothèque, ainsi qu’une radio et un réveil sur la table de nuit entre les deux lits. Il y a beaucoup d’espace pour se mouvoir entre les meubles, s’approcher des fenêtres et du placard sans se gêner. Les fenêtres sont très hautes, sans voilages ; elles sont encadrées de lourds rideaux bleus. Les dessus-de-lit sont assortis. Une chambre de garçon, où toute trace d’adolescence fait curieusement défaut. J’ai regardé le tapis – couleur rouille, pelucheux, épais et moelleux – à la recherche d’une vieille tache de cacao, de peinture ou d’autre chose. »
Extrait de : K. Wilhelm. « La mémoire de l’ombre. »
La couvée Huysman par Kate Wilhelm

Fiche de La couvée Huysman
Titre : La couvée Huysman
Auteur : Kate Wilhelm
Date de parution : 1986
Traduction : S. Audoly
Editeur : Denoël
Première page de La couvée Huysman
« 14 mars 1970. Kansas City. La neige humide fondait, formant de petits ruisseaux qui se rejoignaient en torrents dans les caniveaux. Dès huit heures, l’atmosphère se réchauffait. Les enfants avaient leurs manteaux ouverts, leurs moufles dans leurs poches ; leurs doigts rougis les brûlaient. L’état humide et lourd de la neige convenait parfaitement aux boules de neige. La cloche de l’école retentit et, à contrecœur, ils se ruèrent tous ensemble vers les portes, lançant une dernière boule, esquissant une dernière glissade. Un garçon fourra une grosse poignée de neige à l’intérieur du chandail de l’une des filles qui le poursuivit en criant autour de l’immeuble en brique. La cloche sonna une nouvelle fois ; à partir de cet instant, ils seraient notés en retard. Lisa Robbins, élève de septième, était restée en arrière, refusant de jouer avec les plus petits. Maintenant, elle gravissait à toute allure le large escalier, mais, arrivée en haut, elle s’arrêta net. »
Extrait de : K. Wilhelm. « La Couvée Huysman. »
Hier, les oiseaux par Kate Wilhelm

Fiche de Hier, les oiseaux
Titre : Hier, les oiseaux
Auteur : Kate Wilhelm
Date de parution : 1976
Traduction : S. Audoly
Editeur : Denoël
Première page de Hier, les oiseaux
« Ce que David détestait toujours le plus dans les dîners de famille des Sumner, c’était la façon dont tout le monde parlait de lui comme s’il n’était pas là.
— A-t-il mangé assez de viande ces derniers temps ? Je le trouve tout pâlot.
— Tu le gâtes trop, Carrie. S’il refuse de dîner, interdis-lui d’aller jouer. Tu étais pareille, tu sais.
— Quand j’avais son âge, j’étais assez costaud pour abattre un arbre à la hache. Lui, dans un brouillard à couper au couteau, il n’aurait pas la force de s’en sortir.
David rêvait qu’il était invisible, qu’il flottait au-dessus de leur tête tandis qu’ils parlaient de lui. Quelqu’un demandait s’il avait déjà une petite amie et tous le taquinaient pour savoir si c’était vrai. De sa position avantageuse, il tirait au rayon laser sur oncle Clarence, qu’il détestait tout particulièrement parce qu’il était gras, chauve et très riche. Oncle Clarence trempait ses biscottes dans la sauce, ou dans le sirop, ou le plus souvent dans une mixture de sorgho et de beurre qu’il délayait dans son assiette jusqu’à ce que ça ressemble à du caca de bébé. »
Extrait de : K. Wilhelm. « Hier, les oiseaux. »
Ecoute, écoute ! par Kate Wilhelm

Fiche de Ecoute, écoute !
Titre : Ecoute, écoute !
Auteur : Kate Wilhelm
Date de parution : 1981
Traduction : S. Audoly
Editeur : Denoël
Sommaire de Ecoute, écoute ! :
- La barrière sous la lune
- Julian
- Avec un bateau, une aiguille et un peu d’espoir
- La lisière incertaine de la réalité
Première page de La barrière sous la lune
« Quand on demandait à Victoria quelles étaient les activités de la société GoMarCorp, elle répondait d’une manière un peu floue : « Des ampoules électriques, du matériel électronique, des trucs comme ça. » Quand son père la poussait dans ses retranchements, elle admettait qu’elle connaissait peu de chose de la société, en dehors de son bureau relevant du service des réclamations de la division des Mines. Elle avait toujours le sentiment d’avoir déçu son père, d’avoir manqué à ses engagements envers lui. Comme cette pensée et le sentiment de culpabilité qui en découlait la mettaient de mauvaise humeur, elle se penchait rarement sur le problème. Elle avait un appartement agréable, de beaux vêtements, suffisamment d’argent pour économiser et investir dans les actions que la société mettait régulièrement en circulation. Elle réussissait bien. Au bureau, elle tapait à la machine les rapports concernant les réclamations sur des formules standard, elle effectuait ses vérifications sur ordinateur et sortait les cartes chaque fois que des similitudes apparaissaient : même mine, même plaignant, même type de réclamations… Pour chaque plainte, elle ouvrait un dossier, agrafait ensemble toutes les formules, les cartes, la correspondance, et déposait le dossier dans la corbeille de son supérieur. Ce qu’il en advenait par la suite, elle n’en avait pas la moindre idée. »
Extrait de : K. Wilhelm. « Écoute, écoute !. »
Demain le silence par Kate Wilhelm

Fiche de Demain le silence
Titre : Demain le silence
Auteur : Kate Wilhelm
Date de parution : 1970
Traduction : M. Valencia
Editeur : Le passager clandestin
Première page de Demain le silence
« Lorin, où es-tu ? Il entendit Jan rappeler. Il aurait préféré qu’elle ne fût pas sortie. Elle s’approcha, l’appela encore. À contrecœur, il quitta le tronc d’arbre contre lequel il s’appuyait et lui répondit :
« Je suis là, Jan. J’arrive. »
Il savait qu’elle ne pouvait pas le voir sous le couvert des séquoias. Par contre, elle était bien visible dans la clairière, à l’orée du bois : silhouette mince, spectrale, ses cheveux blonds flottant au vent, miroitant sous la pleine lune. Sur les épaules, elle avait un grand châle trop lumineux, lui aussi, dans la clarté argentée. Il pressa le pas ; elle avait probablement froid et il la sentait terrorisée. Sa voix, son attitude, son refus de pénétrer dans le bois pour venir le chercher, tout trahissait sa peur. Elle l’aperçut alors, fit un pas vers lui, puis elle s’arrêta encore et attendit. Quand il la rejoignit, elle l’enlaça et resta un moment accrochée à lui.
« J’étais si inquiète, dit-elle. Il y a une éternité que tu es parti. »
Extrait de : K. Wilhelm. « Demain le silence. »
Tancrède par Ugo Bellagamba

Fiche de Tancrède
Titre : Tancrède
Auteur : Ugo Bellagamba
Date de parution : 2009
Editeur : Les moutons électriques
Première page de Tancrède
« Le déluge tombe sur Amalfi-Pont-sur-Scaphard et j’observe une ville qui se noie. La baie est devenue floue et grise. Sur le beffroi, la verte oriflamme des rebelles se devine, tout au plus. Même les blanches demeures patriciennes, juchées au sommet de la colline capitale, se fondent dans les giboulées.
Je passe une main gantée sur ma nuque, fais craquer mes cervicales.
Le siège de la cité dure depuis des semaines. Amalfitains et Salernois opposent une résistance farouche à nos armées. Mais nous avons déjà verrouillé tout le sud de l’Italie et la victoire n’est plus qu’une question de jours. Ils le savent, ils ont la rage des désespérés.
Amalfi va tomber, ouvrant la voie vers Naples…
Dans l’éclat aveuglant d’un éclair lointain, je sens qu’il est temps d’agir. »
Extrait de : U. Bellagamba. « Tancrede. »
Quand il y aura des pommiers sur Mars par Ugo Bellagamba

Fiche de Quand il y aura des pommiers sur Mars
Titre : Quand il y aura des pommiers sur Mars
Auteur : Ugo Bellagamba
Date de parution : 2010
Editeur : Bélial
Première page de Quand il y aura des pommiers sur Mars
« La rhapsodie hongroise de Liszt emplissait l’espace démesuré du hall et ni les conversations ni les tintements des coupes ne parvenaient à occulter les notes aériennes, si parfaites en la circonstance.
Sacha s’approcha de la baie panoramique et leva les yeux vers ce qui se trouvait de l’autre côté. La formidable réalisation des ingénieurs chinois sous l’autorité desquels elle avait travaillé pendant de longues années, lui coupa le souffle.
« Par la moustache de Vladimir Ilitch ! Tu vois ça, Boris ? Il est encore plus impressionnant que je ne
l’imaginais… »
Son compagnon maugréa, la bouche pleine.
« Tiens, prend plutôt une coupe. C’est pas tous les jours que tu pourras boire du vrai champagne français, camarade ! »
Avec son front dégarni et ses favoris, Boris ressemblait plus à un savant fou ou à un écrivain sur le retour, qu’à un ouvrier mécanicien. Elle prit le verre qu’il lui tendait, en souriant. »
Extrait de : U. Bellagamba. « Quand il y aura des pommiers sur Mars. »
La cité du soleil par Ugo Bellagamba

Fiche de La cité du soleil
Titre : La cité du soleil et autres récits héliotropes
Auteur : Ugo Bellagamba
Date de parution : 2003
Editeur : Bélial
Sommaire de La cité du soleil :
- La cité du soleil
- L’apopis républicain
- Dernier filament pour Andromède
Première page de La cité du soleil
« Après avoir repoussé une mèche de cheveux châtains en arrière, Laura Firpo parcourut le hall du regard. Une première fois, très vite, glissant sur les silhouettes, puis plus lentement, fouillant avec méthode la marée de visages qui hantait l’espace vitrifié.
Paul n’était pas là. Pourtant, juste avant son départ de Lima, elle lui avait laissé un message, lui rappelant le jour et l’heure de son retour.
Après un mois de séparation…
Durant toute la descente de son vol sur Marignane, Laura avait imaginé leurs retrouvailles : Paul l’aurait attendue en sirotant un café, engoncé dans ce Burberry’s élimé qui lui venait de son grand-père italien. Il aurait été là, sa tasse de café dans une main, un bouquin dans l’autre, et l’esprit ailleurs, perdu dans des univers imaginaires. Mais, dès qu’elle aurait manifesté sa présence en le fixant avec ce regard teinté de reproche qu’il prétendait adorer, il aurait tout lâché pour l’enlacer… Une fois à Marseille, ils auraient déposé ses affaires chez elle, auraient fait l’amour, sans attendre. Puis, Paul l’aurait amenée au Vallon des Auffes, sur la basse corniche. »
Extrait de : U. Bellagamba. « La Cité du Soleil et autres récits héliotropes. »
