Catégorie : Livres
Quand les racines par L. Aldani

Fiche de Quand les racines
Titre : Quand les racines
Auteur : L. Aldani
Date de parution : 1976
Traduction : J.-C. Mangematin
Editeur : Denoël
Première page de Quand les racines
« Hier, par exemple. Ça n’a pas été facile, hier, de manipuler du fumier pendant cinq heures consécutives. Il y a une machine qui éjecte les fiches, une par minute, juste le temps pour qu’Arno puisse faire un rapide contrôle et apposer le visa d’enregistrement. C’est tout.
C’est peut-être pour cela que les fiches sont toutes les mêmes, toutes semblables, ou c’est peut-être à cause de ce bruit obscène que fait la machine quand elle les crache, un « plof » bovin, toujours le même, un bruit mou qui, à la longue, donne la nausée. »
Extrait de : Lino Aldani. « Quand les racines. »
La maison femme par L. Aldani

Fiche de La maison femme
Titre : La maison femme
Auteur : L. Aldani
Date de parution : 1987
Traduction : J. Barbéri
Editeur : Denoël
Sommaire de La maison femme
- Une visite à mon père
- Seconde naissance
- S comme serpent
- Quo vadis, Francisco ?
- Babel
- La maison-femme
- Un harem dans une valise
- Mochuelo
- Une virée à la plage
- Gestes lointains
Première page de Une visite à mon père
« Parfois, lorsqu’on le regarde attentivement, le fleuve présente un peu le visage du traître, le visage de Judas quand il a trahi le Christ. Ecumes jaunes et spongieuses qui stagnent dans les étangs immobiles où l’eau ne se ride même pas, le long des méandres du bras mort et des canaux disjoints ; le courant ne peut les emporter, ne réussit pas à les digérer ; dans l’eau de plomb, graissée de mazout, des bancs de poissons au ventre livide remontent à la surface et halètent, les branchies palpitantes et les yeux exorbités en une interrogation stupide.
Et il y a dans l’air comme un sombre présage de désastre, de catastrophe, un grouillement torturant de remords issus des profondeurs, comme le cadavre d’un noyé, présence spongieuse et envahissante venue te rappeler les résolutions non tenues, les promesses non respectées, les illusions.
Et voilà. A t’écouter, il y aurait de quoi vomir. Quand tu parles, c’est comme si une avalanche s’engouffrait dans la vallée ; tu craches, tu blasphèmes, et dans ta voix, parfois âpre et rocailleuse, parfois stridente comme un hurlement de sirène, il y a toute l’agonie de ton univers impossible. »
Extrait de : Lino Aldani. « La maison-femme. »
Eclipses 2000 par L. Aldani

Fiche de Eclipses 2000
Titre : Eclipses 2000
Auteur : L. Aldani
Date de parution : 1979
Traduction : F. Rousseau
Editeur : Denoël
Sommaire de Eclipses 2000
- Eclipses 2000
- De l’autre côté du rivage
- L’ennemi invisible
- Double échec
Première page de Eclipses 2000
« Faites-le entrer, Albenitz. Faites-le entrer et qu’on en finisse, une fois pour toutes. »
D’abord, il serait peut-être bon que je commence par la description de l’atmosphère générale, que je dresse la liste de toute une série de petits détails particuliers, de choses, qui malgré leur caractère ambigu et fugace, n’ont pas, en elles-mêmes, beaucoup d’importance, et dans le même temps, il faudrait que j’arrive à rendre la sensation d’enfermement, née d’un univers hermétiquement clos, de quelque chose de glacial et de métallique où tout est fonction de lois aux finalités insondables.
À moins que ce ne soit carrément mieux de foncer tête baissée au cœur même de l’histoire. Voici ce que ça donnerait à peu près : »
Extrait de : Lino Aldani. « Éclipses 2000. »
Bonne nuit Sophia par L. Aldani

Fiche de Bonne nuit Sophia
Titre : Bonne nuit Sophia
Auteur : L. Aldani
Date de parution : 1964
Traduction : J.-C. Mangematin
Editeur : Denoël
Sommaire de Bonne nuit Sophia
- Canis sapiens
- Technocratie intégrale
- Le kraken
- Les ordres ne se discutent pas
- Une rousse authentique
- Les curieux
- L’ultime vérité
- La lune des vingt bras
- Korok
- Bonne nuit Sophia
Première page de Canis sapiens
« Cela a été une expérience terrible. Je ne sais comment cela a commencé, je sais seulement que, lorsque la chose me revint à l’esprit je crus que c’était un rêve, un de mes nombreux rêves, peut-être plus hallucinant que les autres du fait que je devais être complètement saoul. Mais il y a le témoignage de ma femme. Judith assure que je n’étais pas du tout ivre, et que cette nuit-là, je n’ai pas fermé l’œil, tout occupé à parler de mille choses tendres et à lui démontrer ma dévotion conjugale. Encore ce matin, elle a recommencé à me le jurer au téléphone.
Je ne sais plus que penser. Si je n’ai pas dormi, si je n’ai pas même fermé l’œil un instant, l’hypothèse que tout n’ait été qu’un songe s’en va en fumée. Et alors ? J’ai fait mille hypothèses : il y a toujours quelque chose qui ne cadre pas, qui demeure insoluble. Où, où donc ai-je passé la nuit de samedi ? Au lit, avec ma femme, ou caché parmi les ruines de la ville morte à écouter les discours révolutionnaires d’un caniche ? »
Extrait de : Lino Aldani. « Bonne nuit Sophia. »
37° centigrades par L. Aldani

Fiche de 37° centigrades
Titre : 37° centigrades
Auteur : L. Aldani
Date de parution : 1963
Traduction : R. Stragliati
Editeur : Le passager clandestin
Première page de 37° centigrades
« Comme d’habitude, la première personne que Nico rencontra en sortant de chez lui fut le contrôleur de la CMG, un petit homme sec et ridé, dont la combinaison amarante retombait en vaguelettes sur les épaules voûtées telle la toile d’un parapluie refermé. Il s’appelait Esposito ; c’était un Méridional au teint olivâtre avec de toutes petites moustaches et une grosse verrue poilue près de l’oreille.
Le responsable du pâté de maisons était une vraie carne, il fourrait son nez partout ; et envahissant avec ça, comme tous les contrôleurs de la CMG. Nico s’arrêta à dix pas de lui et boutonna son pardessus. Il se sentait en forme. Le ciel était bleu, sans nuages : une journée pour les nourrices et les voitures d’enfants dans les jardins publics. Pourtant, instinctivement, en apercevant Esposito, il releva le col de son manteau et plongea les mains dans ses poches. »
Extrait de : Lino Aldani. « 37° centigrades. »
Le maître des Paxwax par Phillip Mann

Fiche de Le maître des Paxwax
Titre : Le maître des Paxwax
Auteur : Phillip Mann (Tome 1 sur 2 – Paxwax)
Date de parution : 1986
Traduction : M. Lederer
Editeur : Denoël
Première page de Le maître des Paxwax
« L’histoire commence sur la planète morte et presque invisible appelée Sanctum.
Sanctum a l’aspect d’un monde mort. Elle dégage une lueur rouge, sale et terne, dans la lumière de son soleil agonisant. Elle n’a ni aurores éclatantes ni crépuscules flamboyants, juste une rousseur rampante suivie, quelques heures plus tard, de ténèbres rampantes. Là où jadis roulaient des mers vertes, il n’y a plus que des plateaux arides et craquelés. Les larges deltas qui marquaient le passage sinueux de grands fleuves ont aujourd’hui pratiquement disparu, comme désagrégés. De hautes falaises qui s’effritent et des collines qui s’arrondissent, c’est tout ce qui reste des continents et des montagnes.
Il n’y a pas d’atmosphère sur Sanctum. Pas de mouvement. Pas de vie. »
Extrait de : Phillip Mann. « Le maître des Paxwax. »
L’oeil de la reine par Phillip Mann

Fiche de L’oeil de la reine
Titre : L’oeil de la reine
Auteur : Phillip Mann
Date de parution : 1982
Traduction : M. Lederer
Editeur : Denoël
Première page de L’oeil de la reine
« Marius Thorndyke est mort.
Mais il me faut aussitôt faire preuve de la plus grande prudence. S’il y a une chose que nous avons apprise à l’Institut de Linguistique de Contact, c’est bien que la Terre n’est pas une référence qui nous permette d’appréhender la galaxie connue. Quand je dis « mort », je veux simplement dire mort selon les critères terriens. Il ne respire plus et son corps n’est plus.
En tout cas, si l’on doit en croire les pages de son journal, il semblerait que quelque chose de Marius Thorndyke survive au sein de la riche psychosphère de Pe-Ellia et que ce « quelque chose » affectera l’avenir de notre propre monde, de même que nos explorations interstellaires. Il m’est impossible de donner d’autres précisions. Nous devrons attendre avec patience qu’un nouveau vaisseau pe-ellian vienne à nous. »
Extrait de : Phillip Mann. « L’oeil de la reine. »
Humanité provisoire par Walter M. Miller

Fiche de Humanité provisoire
Titre : Humanité provisoire
Auteur : Walter M. Miller
Date de parution : 1962
Traduction : E. Longchamp
Editeur : Denoël
Sommaire de Humanité provisoire
- Humanité provisoire
- L’intrus
- Bénédiction en gris
Première page de Humanité provisoire
« Il savait que ça ne servirait à rien de rester après le petit déjeuner, mais il ne pouvait pas supporter l’idée de la laisser ainsi. Il enfila son manteau dans la cuisine, puis se tint, indécis, sur le pas de la porte, tournant son chapeau entre ses mains. Sa femme était encore assise à table. Ses doigts jouaient avec l’anse d’une tasse vide. Elle regardait fixement, par la fenêtre, les cages qui se trouvaient derrière la maison, et feignait de ne pas entendre toussotements et raclements de pieds. Il observa un moment sa mâchoire crispée, puis s’éclaircit la gorge.
— Anne ?
— Oui ?
— Je ne peux pas supporter de te voir comme ça.
— Alors, va-t-en.
— Je ne peux vraiment rien faire ?
— Je t’ai dit ce qu’il fallait faire.
Elle parlait d’une voix monotone, lourde de chagrin. Et ce chagrin, il ne pouvait ni l’accepter, ni y porter remède. Timidement, il traversa la pièce. »
Extrait de : Walter M. Miller. « Humanité provisoire. »
Hommes de la Lune par Walter M. Miller

Fiche de Hommes de la Lune
Titre : Hommes de la Lune
Auteur : Walter M. Miller
Date de parution : 1957
Traduction : M. Deutsch
Editeur : Denoël
Sommaire de Hommes de la Lune
- Le monde en feu par Algis Budrys
- Hommes de la Lune par Walter M. Miller
Première page de Hommes de la Lune
« Sur la Terre, c’était le mois d’août. Les informations faisaient état d’une vague de chaleur qui ravageait le Midwest, la plus grave depuis 2065. Mike Tremeni avait reçu une lettre de sa sœur, qui demeurait à Abilene, lui annonçant que les poulets périssaient et que l’on manquait d’eau pour le bétail. C’était la seule lettre qui était parvenue aux hommes de Novotny depuis la mise en chantier du projet Copernic. Tout le monde l’avait lue, tout le monde avait compati aux malheurs du Kansas et des poulets qui crevaient.
Sur la Lune, c’était aussi le mois d’août. Les météorites des Perséides pleuvaient avec une impitoyable impartialité. Et le poseur de lignes juché au sommet du squelette d’acier, à trente mètres du sol, cessa de tourner la manivelle de son treuil. Il se pencha, maintenu par sa ceinture de sécurité, pour suivre des yeux deux hommes de l’équipe de démolition qui acheminaient un corps en direction de la crevasse sept. »
Extrait de : Walter M. Miller. « Hommes de la lune. »
Collector par Walter M. Miller

Fiche de Collector
Titre : Collector
Auteur : Walter M. Miller
Date de parution :
Traduction : M. Battin, B. Martin, M. Deutsch, A. Dorémieux, E. Longchamp, D. Hersant, D. Riche
Editeur :
Sommaire de Collector
- Le gardien du savoir
- Les ogres de l’espace
- Légitime défense
- Enfants sans âme
- Bénédiction en gris
- La cité sans âmes
- La sentinelle
- Moi qui rêve
- L’intrus
- Le retour à la Terre
- Hommes de la Lune
- Le testament
- Vengeance pour Nicolaï
Première page du Le gardien du savoir
« Il allait mourir comme meurent les voleurs.
Il était suspendu par les poignets, lacé au poteau. La pâle lumière solaire faisait luire faiblement son dos nu tandis qu’il attendait, les paupières étroitement serrées, ses lèvres bougeant doucement tandis qu’il appuyait son visage contre le bois rugueux. Il se tenait dressé sur la pointe des pieds afin de calmer un peu la douleur grandissante qui lui déchirait les épaules. Quand ses chevilles à leur tour devenaient douloureuses, il se laissait pendre aux clous qui transperçaient ses avant-bras, juste au-dessus des poignets.
Il était jeune – peut-être dans sa treizième Mars-année – et sa chevelure noire frisée était coupée court à la manière des célibataires qui n’ont pas encore engendré de rejeton, ou qui ne veulent pas admettre qu’ils l’ont fait. Il était souple et éclatant de santé, avec les membres minces et rapidement bandés d’une chose sauvage mal nourrie que harcèle en permanence une faim furieuse tapie en embuscade au plus profond d’elle-même. »
Extrait de : Walter M. Miller. « Collector. »