Catégorie : Livres

 

Le successeur de pierre par Jean-Michel Truong

Fiche de Le successeur de pierre

Titre : Le successeur de pierre
Auteur : Jean-Michel Truong
Date de parution : 1999
Editeur : Gallimard

Première page de Le successeur de pierre

« Monts Tian Shan, Noël 628

Le novice ne passerait pas la nuit. Le pieu avait pénétré profondément, et il avait fallu renoncer à l’extraire. Tout en récitant la prière des agonisants, Mar Utâ s’accusait d’avoir risqué cette si prometteuse existence dans une aventure sans espoir. Plus encore, il se reprochait l’aventure même. Il fallait se rendre à l’évidence : Dieu ne bénissait pas son dessein. Ses compagnons payeraient de leur vie son orgueil impie.

— Malheur ! Malheur ! Babylone est tombée !

Le front brûlant en dépit de la bise glacée qui transperçait la masure, le garçon délirait.

— Les sept fléaux… La grande prostituée… Le fléau de Dieu a terrassé la putain !

Mar Utâ pâlit. Ces imprécations de l’Apocalypse que la fièvre dictait au mourant, combien de fois n’y avait-il pensé, depuis que, fuyant avec leur précieux fardeau les sbires d’Héraclius, ils avaient quitté Nisibe ? Partout dans l’Empire, dressés sur des monceaux de cadavres parmi les ruines fumantes des antiques cités perses, des oiseaux de sinistre augure proclamaient la fin des temps. Se pouvait-il qu’ils eussent raison ? Dieu avait donc vraiment décidé d’en finir avec sa putain ? »

Extrait de : JM Truong. « Le successeur de Pierre. »

L’IA, et après ? par Jean-Michel Truong

Fiche de L’IA, et après ?

Titre : L’IA, et après ?
Auteur : Jean-Michel Truong
Date de parution : 2025
Editeur : Delachaux et Niestlé

Première page de L’IA, et après ?

« Comme la bactérie Listeria, ce poison des aliments terrestres, l’Hysteria est l’agent infectieux corrupteur de nourritures intellectuelles responsable de fièvres épidémiques violentes et d’embarrassants problèmes de transit. L’ambition du présent opuscule d’introduction critique à ce qu’il est paresseusement convenu d’appeler « intelligence artificielle » est d’immuniser les publics les plus exposés aux incessants assauts de ce virus : étudiants séduits par de brillantes possibilités de carrière, pères de famille appâtés par la perspective de placements à rendements élevés, chefs d’entreprise en quête de sources nouvelles de profits, ingénieurs curieux de voir plus loin que le bout de leurs écrans, journalistes désorientés par la profusion régnant à ce propos dans la sphère médiatique, enseignants soucieux de prémunir leurs pupilles, et plus généralement tout honnête homme ouvert aux passions de son temps, mais résolu à garder la tête froide. Tel un vaccin, il entend les protéger contre l’Hysteria en leur instillant les doses d’information strictement utiles – ni plus, ni moins – à la mise en place de l’immunité recherchée. »

Extrait de : J.M Truong. « L’IA, et après ?. »

Eternity Express par Jean-Michel Truong

Fiche de Eternity Express

Titre : Eternity Express
Auteur : Jean-Michel Truong
Date de parution : 2003
Editeur : Pocket

Première page de Eternity Express

« — De l’herbe !

Il avait crié ça comme un naufragé crie Terre ! Tous ceux qui le pouvaient se portèrent sur la gauche. En mer, ils auraient chaviré. Mais le wagon encaissa sans broncher le brusque déplacement de son centre de gravité.

C’était bien de l’herbe. Non de cette paille rare et famélique qui, dans le désert, signale au nomade l’approche de l’oasis, mais un gazon dru et dense, quasi fluorescent, un miracle d’herbe comme seule la technologie la plus avancée savait encore en produire. Ce que promettait pareille débauche de chlorophylle, c’était le retour imminent à la civilisation.

Jonathan eut une pensée pour ceux qui, remisés sous des bâches dans le fourgon de queue ou abandonnés le long de la voie, ne verraient pas la terre promise. Tu as fait ton possible, se rassura-t-il.

Puis, comme les autres, il joua des coudes pour jouir du spectacle. »

Extrait de : J.M Truong. « Eternity Express. »

A quoi bon ressusciter ? par Gilbert Picard

Fiche de A quoi bon ressusciter ?

Titre : A quoi bon ressusciter ?
Auteur : Gilbert Picard
Date de parution : 1985
Editeur : Fleuve noir

Première page de A quoi bon ressusciter ?

« Et quasi cursores vitae lampada tradunt.
Vous vous souvenez de vos classiques, n’estce pas?
— Mais absolument, mon cher maître.
« Comme les coureurs, ils transmettent le flambeau de la vie. » Vers de Lucrèce qui fait allusion aux fêtes grecques. Mais je suppose que vous ne m’avez pas fait venir de Paris pour me parler des richesses du latin… »
Maître Renaudoux, notaire à Bayeux, un petit homme sec et tremblant et qui, depuis au moins vingt ans, portait le même costume gris anthracite, jaugea son client par-dessus ses lunettes demi-lune dont une branche tenait par la moitié d’une attache trombone. Son regard ne cacha pas une certaine surprise attristée. Lui, le vieux notaire de la famille Allibert, fidèle ami du grand-père Alexandre, et qui avait géré ses biens et sa fortune dont tous les descendants profitaient encore largement, ne s’attendait pas à une réplique aussi sèche qui frisait, vu leur différence d’âges, le manque de respect pour ne pas dire l’impertinence. »

Extrait de : G. Picard. « A quoi bon ressusciter ?. »

Les combattants des abysses par Gilbert Picard

Fiche de Les combattants des abysses

Titre : Les combattants des abysses (tome 2 sur 2 – Volcan des sirènes)
Auteur : Gilbert Picard
Date de parution : 1986
Editeur : Fleuve noir

Première page de Les combattants des abysses

« Près du poste de pilotage, Jouskin, le vieux professeur à la crinière blanche, qui veillait sur son clan comme un cerf royal sur sa harde, s’évertuait à se montrer rassurant et convaincant en utilisant les visiophones de bord, sortes d’écrans qui transmettaient les images en relief. Il toussota avant de s’exprimer : 
— Nous venons de tourner une page. Volutanis restera dans nos cœurs, car il a concrétisé notre révolte contre l’absurdité des dirigeants et notre espoir dans la construction du monde de demain pour que nos enfants puissent vivre. Peut-être d’une manière différente de la nôtre, mais heureux et en paix. 
« Nous l’avons compris, la conquête de la liberté part de la mer ! 
« Bien sûr, vous regrettez Volutanis ! Et je vous comprends. Nous vivions refermés sur nous-mêmes. Mais peut-être avions-nous tendance à nous endormir… C’est pourquoi sa destruction ne doit pas être considérée comme une catastrophe irrémédiable. »

Extrait de : G. Picard. « Les combattants des abysses – Volcan des sirènes. »

Le volcan des sirènes par Gilbert Picard

Fiche de Le volcan des sirènes

Titre : Le volcan des sirènes (tome 1 sur 2 – Volcan des sirènes)
Auteur : Gilbert Picard
Date de parution : 1985
Editeur : Fleuve noir

Première page de Le volcan des sirènes

« Natis vivait mal. Et plusieurs fois elle avait voulu mourir. Sa dernière tentative de suicide remontait à septembre dernier. Le jour de son anniversaire, pour ses vingt-cinq ans, elle s’était offert vingt-cinq cachets de Cédine, dans l’espoir d’arrêter définitivement son cœur meurtri par plusieurs grandes déceptions. Mais comment se supprimer quand on a, incorporé sous le cervelet, un microémetteur de contrôle de stress qui alerte immédiatement le psychiatre de vos intentions ? Le système permet, en plus, de localiser le porteur avec une rare précision. La brigade spécialisée antisuicide se met alors en route et le récupère avant que les médicaments n’aient produit leur effet.

Le Conseil de Survie, travaillant en étroite collaboration avec le gouvernement central, avait trouvé cette solution pour essayer de réfréner les ravages causés dans la population par la frénésie des suicides qui la possédait depuis la fin du vingt et unième siècle. L’an deux mille avait marqué d’une pierre noire le grand début de la décadence de la société. Mais par la suite les choses s’étaient considérablement aggravées et, dans la province France d’une Europe qui avait fini par se réaliser, dans le genre on enregistrait de sinistres records ! »

Extrait de : G. Picard. « Le volcan des sirènes. »

Le gîte de la vallée perdue par Guy Charmasson

Fiche de Le gîte de la vallée perdue

Titre : Le gîte de la vallée perdue
Auteur : Guy Charmasson
Date de parution : 2017
Editeur : De Borée

Première page de Le gîte de la vallée perdue

« Il est bientôt 11 heures. Il ne devrait plus tarder ! »
Nerveuse, elle résista à l’envie de retourner à la fenêtre de la chambre pour le guetter. Elle continua à entasser les vêtements élimés et rapiécés dans l’un des grands sacs-poubelle qu’elle avait apportés. Au moment de l’ajouter aux autres hardes, elle se ravisa et déplia la salopette bleue qu’elle venait de sortir de l’armoire. Elle caressa pensivement le tissu rêche.
Elle avait toujours vu son père engoncé dans une de ces combinaisons qu’il ne quittait que lorsque sa mère faisait la lessive de la semaine. Elle se souvint avec émotion de ces instants paisibles – précédant son départ pour l’école – qu’elle passait à observer cet homme à la stature puissante, à l’appétit impressionnant. Elle s’étonnait toujours devant le copieux petit déjeuner fait de pain et de charcuterie qu’il engloutissait, ne réalisant pas, elle qui se levait à peine, que le paysan avait déjà deux à trois heures de labeur dans les bras. Elle l’épiait, fascinée, tout en vidant son bol à petites gorgées. »

Extrait de : G. Charmasson. « Le gîte de la vallée perdue. »

Le crépuscule des surhommes par Guy Charmasson

Fiche de Le crépuscule des surhommes

Titre : Le crépuscule des surhommes
Auteur : Guy Charmasson
Date de parution : 1978
Editeur : Marabout

Première page de Le crépuscule des surhommes

« RÉSUMÉ DU RAPPORT ADRESSÉ PAR LE GÉNÉRAL ARLANT À M. LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE.
Archives secrètes présidentielles.
Dossier M.ooo1[1]

Paris, le 12 juin 1984
…

Dans la première partie de ce rapport, nous avons analysé en détail les trois aspects principaux de la machine de guerre telle que la conçoivent nos spécialistes, à savoir :

1° le contrôle de l’efficacité des armes technologiquement réalisables ;

2° l’élaboration des décisions à prendre en fonction des critères de rentabilité ;

3° l’administration des programmes militaires.

En ce qui concerne le premier point, il est connu depuis le début du siècle que les possibilités de développement des armes existantes dépassent de très loin ce qu’il est économiquement possible de réaliser – et cela est vrai des armes automatiques individuelles comme des méthodes de concentration électromagnétiques de l’énergie ou du contrôle de l’antimatière – ce qui nous mène au deuxième point, à savoir le choix de l’orientation à donner à nos recherches militaires. Ce choix dépend directement du budget de l’armée, c’est-à-dire, en fait, des ressources économiques du pays. »

Extrait de : G. Charmasson. « Le crépuscules des surhommes. »

La promesse de Nora par Guy Charmasson

Fiche de La promesse de Nora

Titre : La promesse de Nora
Auteur : Guy Charmasson
Date de parution : 2015
Editeur : De Borée

Première page de La promesse de Nora

« Tout partait à la vente. Pour presque rien. Une misère.
Ida Beccaria et ses employées pleuraient à chaudes larmes. Leur atelier fermait définitivement.
Les ouvrières avaient vu le regard de leur patronne s’assombrir, son inquiétude, puis sa peur grandir tandis que les commandes se faisaient plus rares et plus maigres. Leur charge de travail avait diminué de façon dramatique. Celles qui avaient démissionné, pour partir à l’étranger le plus souvent, n’avaient pas été remplacées.
Cela n’avait pas suffi.
Elles avaient refusé d’envisager l’idée même de faillite, cependant. Elles avaient voulu croire, jusqu’au dernier moment, qu’Ida trouverait le moyen de rétablir la situation. Elles s’étaient concentrées sur leur tâche comme si le fait d’ignorer la catastrophe pressentie allait permettre de l’éviter. Mais il n’y avait pas eu de miracle. Le marasme général avait eu raison de l’atelier de confection créé par les parents d’Ida dans les années 30. »

Extrait de : G. Charmasson. « La promesse de Nora. »

La main du maître par Guy Charmasson

Fiche de La main du maître

Titre : La main du maître
Auteur : Guy Charmasson
Date de parution : 2010
Editeur : De Borée

Première page de La main du maître

« Une certaine fébrilité enfièvre les femmes lorsque le bavardage des jardiniers devient perceptible. Les paysans se lavent les mains dans le seau posé sur la margelle du puits tandis que le maître du mas ramène le mulet à l’écurie. Puis ils entrent à la queue leu leu dans la grande cuisine dallée de grès, essuyant leurs pognes au pan de leur veste.
— Ça sent bon ! lance joyeusement Gustave. Qu’est-ce que vous nous avez mijoté, les femmes ?
— Ça, c’est bien mon mari ! ironise Augustine, dite la Mamette, une petite femme sèche et ridée, âgée d’une quarantaine d’années. Il a autant de nez qu’une mule ! Une aigo boulido1, ça t’ira ?
— Pas après une journée de dix heures, proteste le valet. Mais un bon ragoût de patates avec du lard et des saucisses, je ne serais pas contre. Pas vous, les gars ?
— Ma foi… pourvu qu’il y ait des olives noires ! sourit Paulet, l’un des deux saisonniers qui travaillent au mas depuis une quinzaine. »

Extrait de : G. Charmasson. « La main du maître. »