Catégorie : Livres

 

La vie extraordinaire des gens ordinaires par Fabrice Colin

Fiche de La vie extraordinaire des gens ordinaires

Titre : La vie extraordinaire des gens ordinaires
Auteur : Fabrice Colin
Date de parution : 2010
Editeur : Flammarion

Première page de La vie extraordinaire des gens ordinaires

« Depuis huit mois, passionnément, je me tenais à son chevet. Poète : ainsi l’avais-je baptisé, sentant, dès le premier regard, que rien, jamais, ne lui conviendrait mieux.

D’autres, peut-être, l’auraient affublé de qualificatifs plus clinquants, ou plus spectaculaires. Voyageur. Raconteur. Illuminé. La vérité, c’est qu’aucun mot ne lui aurait rendu plus honnête justice que celui-ci.

Aucun n’aurait su révéler mieux la trouble beauté de sa quête.


J’avais poussé un jour la porte de l’hôpital en me disant que le moment était venu de faire quelque chose pour mon prochain. J’étais entré en contact avec une association d’aide aux malades. J’avais signé des papiers, répondu à des questions, rempli un formulaire. Pour finir on m’avait conduit au salon. »

Extrait de : F. Colin. « La vie extraordinaire des gens ordinaires. »

La poupée de Kafka par Fabrice Colin

Fiche de La poupée de Kafka

Titre : La poupée de Kafka
Auteur : Fabrice Colin
Date de parution : 2016
Editeur : Actes Sud

Première page de La poupée de Kafka

« Un soir de mai 2008, tandis qu’allongée à plat ventre sur la couchette du City Night Line en partance pour Berlin elle peinait à trouver le sommeil, Julie Spieler se figura soudain qu’elle avait découvert le chemin menant au cœur de son père.
Dehors, un orage épouvantable grondait et le train roulait avec une lenteur excessive, comme s’il hésitait à s’enfoncer plus avant dans les ténèbres. Écartant un pan du store, la jeune fille observa les éclairs qui, à perte de vue, illuminaient les forêts et les champs ; l’ébauche de son sourire tremblait sur la vitre perlée de pluie. Elle pressentait une rencontre, confusément, les contours d’un mystère. Oui, songeait-elle, il lui faudrait traverser une brume de mensonges aussi dense que cette nuit même et, probablement, elle se perdrait en chemin. »

Extrait de : F. Colin. « La poupée de Kafka. »

La mémoire du vautour par Fabrice Colin

Fiche de La mémoire du vautour

Titre : La mémoire du vautour
Auteur : Fabrice Colin
Date de parution : 2007
Editeur : Au diable vauvert

Première page de La mémoire du vautour

« Cette nuit, j’ai rêvé que mon esprit explosait et que la déflagration libérait une énergie intense, un monde, un univers parfait. J’étais mort. J’étais mort, mais cela ne changeait rien. Une phrase d’Alan Watts tournoyait dans mon esprit : Et Dieu contempla la solidité de ses fondations, et Dieu se dit à lui-même : « Perds-toi. »

Je me suis réveillé en tremblant.

Il serait temps que je termine ce boulot. J’ai un manuel à boucler, et chaque jour apporte son lot d’informations déstabilisantes. Aujourd’hui par exemple, j’ai appris que les cendres du cadavre n’étaient pas de véritables cendres. Après la phase de chauffage et d’évaporation, le corps est réduit à ses éléments originaux – de petits fragments d’os destinés au broyage et, en dépit de ce qu’on pourrait penser, ce genre de processus ne coûte presque rien : combustion »

Extrait de : F. Colin. « La Mémoire du vautour. »

La fin du monde par Fabrice Colin

Fiche de La fin du monde

Titre : La fin du monde
Auteur : Fabrice Colin
Date de parution : 2009
Editeur : Mango

Première page de La fin du monde

« Au moment où mon portable vibre en sonnant (un morceau de rock bluesy dont je n’ai jamais réussi à me rappeler le titre), je suis affalé sur la pelouse de Madrona Park à Seattle devant le lac Washington et la tête de Lauren est posée sur ma poitrine, ses cheveux en corolle sur mon T-shirt Sorry about what happens later, ce qui fait que j’hésite un moment à répondre – avant de voir le nom de mon père apparaître sur l’écran.

— Allô ?

Lauren s’est redressée. Avec un soupir, je m’assieds à mon tour. Devant nous, fragile dans les brumes, se détache la grandiose silhouette du mont Rainier qui, un de ces quatre, entrera sûrement en éruption et nous engloutira tous.

— Jim ? C’est papa.

— Hey ! Quoi de neuf en Palestine ?

— Je suis au Caire, en fait.

— Et ce n’est pas en Palestine ?

— Jim, as-tu des nouvelles de ta sœur ? »

Extrait de : F. Colin. « La fin du monde. »

Jenny par Fabrice Colin

Fiche de Jenny

Titre : Jenny
Auteur : Fabrice Colin
Date de parution : 2016
Editeur : Sonatine

Première page de Jenny

« Seul face aux vagues. Est-il possible d’être aussi seul ? Sombre, démonté, l’océan est comme le reflet de son âme.

5340 Studio Drive. Une maison de bardeaux bleus aux fenêtres closes. La nuit s’abat, rideau sur la scène, et on n’entend plus que cette colère du bout du monde.

Il est sorti sur la terrasse pour fumer, mais l’idée même d’allumer une cigarette est risible. Ses doigts se crispent sur le paquet, l’écrasent puis le lâchent ; le vent l’emporte en trois secousses.

Pour ce qu’il en sait, les deux maisons voisines sont inoccupées. C’est ce que lui a certifié la logeuse. Il espère que c’est vrai.

Des épingles chauffées à blanc percent la voûte du ciel, d’énormes nuages fulminent. Bientôt, il pleuvra du sang.

Il s’agrippe à la rambarde. Il ne dort plus, à présent, quelques minutes glanées ici et là, tel un marin qui ne serait pas sûr de revoir le rivage un jour.

Il se nourrit d’eau du robinet, reste éveillé grâce au Xanax. Effets secondaires ? Nervosité, épuisement, hallucinations, cauchemars. Cauchemars, oui. S’il reste de la place.

De mystérieux oiseaux blancs rasent les vagues avant de s’évanouir dans la nuit californienne. Il aimerait que les tremblements cessent. »

Extrait de : F. Colin. « Jenny. »

J’exagère à peine par Fabrice Colin

Fiche de J’exagère à peine

Titre : J’exagère à peine
Auteur : Fabrice Colin
Date de parution : 2018
Editeur : Seuil

Première page de J’exagère à peine

« Si ma mère, parvenue au seuil de la mort, se retrouvait face à un type lui demandant de choisir entre une éternité au paradis et une éternité à Disneyland, je suis sûr qu’elle s’allumerait une clope et qu’elle soufflerait la fumée au visage du malotru. « Pardon, lâcherait-elle en rajustant son serre-tête Mickey à 2,99 €, mais en quoi réside la différence ? »

Ma mère adore Disney (si vous connaissez un verbe supérieur à « adorer » qui ne soit pas juste « adorer » avec quelques « o » en plus, contactez mon éditeur : un radio-réveil à modulation de fréquence vous sera offert). À en croire mon regretté paternel, il s’agit d’une tare de naissance. Je pense désormais que c’est plus compliqué que ça – mais peu importe. Ma mère vénère les parcs Disney, chérit les peluches Disney, idolâtre les films Disney et connaît toutes les chansons Disney par cœur, y compris ce titre méchamment débile interprété par un phacochère en surpoids : elle vous les chantera même si vous ne le lui demandez pas. »

Extrait de : F. Colin. « J’exagère à peine. »

Dreamericana par Fabrice Colin

Fiche de Dreamericana

Titre : Dreamericana
Auteur : Fabrice Colin
Date de parution : 2002
Editeur : J’ai lu

Première page de Dreamericana

« Le numéro, vanté dès le début de la décennie par un éditorial liverpudlien habituellement sarcastique comme « l’attraction la plus originale et la plus inventive jamais présentée à un public de music-hall « , arrivait maintenant à son terme. D’un claquement sec, le magicien referma son livre-coffre d’ébène. Nés d’un jeu complexe de projecteurs et de miroirs, ogres et fées, espions et fantômes (avec lesquels, moins de cinq minutes auparavant, certaines mondaines à moitié ivres avaient dansé sur le tapis au point de les croire parfaitement réels) regagnèrent leur royaume d’ombre, laissant derrière eux un sillage de trouble ému. À une extrémité de l’estrade, témoin d’un numéro plus ancien et beaucoup plus personnel, un énorme microscope de bronze dardait toujours son œil bombé sur une lamelle grossie mille fois où grésillaient, reflétées sur un écran de toile écrue, une multitude de particules frappées de folie : des zéros, uniquement des zéros, le sang brûlant de l’enchanteur.
L’illusion était parfaite. »

Extrait de : F. Colin. « Dreamericana. »

Cyberpan par Fabrice Colin

Fiche de Cyberpan

Titre : Cyberpan
Auteur : Fabrice Colin
Date de parution : 2003
Editeur : Mango

Première page de Cyberpan

« Nous habitons une ville appelée Harmony.

Harmony, vous connaissez ? « La cité de vos rêves ».

Nous sommes cinquante mille, pas un de plus, logés dans des villas en préfabriqué blanc, avec des patios blancs et de longues baies vitrées qui reflètent l’océan.

Il y a de la verdure, des piscines aux eaux turquoise ou grenat, des pelouses parfaites, des arbres artificiels, des routes impeccables. Il y a des jets d’eau et des haut-parleurs, une musique légère, inoffensive, des publicités gazouillant à un niveau quasi imperceptible et des diffuseurs de parfum réglés sur fréquence tropicale.

Tout ça est protégé par un mur de six mètres de haut, avec tourelles de contrôle, détecteurs infrarouges et miradors robotisés. De l’autre côté : le NeoGhetto, le quartier des parias, des exclus, à perte de vue. Ce qui se passe là-bas ne nous concerne pas. »

Extrait de : F. Colin. « Cyberpan. »

Confessions d’un automate mangeur d’opium par Fabrice Colin et Mathieu Gaborit

Fiche de Confessions d’un automate mangeur d’opium

Titre : Confessions d’un automate mangeur d’opium
Auteur : Fabrice Colin et Mathieu Gaborit
Date de parution : 1999
Editeur : Bragelonne

Première page de Confessions d’un automate mangeur d’opium

«  Du fond de l’âme. Une confession du fond de l’âme afin de libérer ces démons qui rongent mon crâne. Les vomir, les arracher à mon cœur. Je veux… je veux être semblable à cet homme, là, juste devant moi qui boit son café du bout des lèvres. Ou à cet autre qui vient d’entrer, le front en sueur d’avoir marché sous le soleil. Oh ! qui suis-je à présent pour me comparer à ceux qui furent mes semblables ? Un sang noir ruisselle entre mes doigts, des voix impies murmurent sous mon crâne… Seigneur, que suis-je devenu ? Je ne guette pas votre miséricorde, ni même votre pitié. C’est un fait : je suis digne de siéger au côté du diable et de devenir son confesseur. Mais, pour l’heure, je n’ai pas encore longé les rives du Styx.

J’écris dans l’arrière-salle d’une taverne, sur le port. Une pièce qui sent la poussière, l’anis et l’oubli. La vie est loin, loin ces visages qui trahissent ma démence. Je suis épuisé ; j’ai peur. »

Extrait de : F. Colin. et M. Gaborit. « Confessions d’un automate mangeur d’opium. »

Blue Jay Way par Fabrice Colin

Fiche de Blue Jay Way

Titre : Blue Jay Way
Auteur : Fabrice Colin
Date de parution : 2012
Editeur : Sonatine

Première page de Blue Jay Way

« Tu as changé, me disais-je en avançant vers le nord. Ce qui s’est passé t’a détruit mais le pire, tu dois le reconnaître, aurait été que le destin t’oublie.

Poings serrés dans les poches de ma veste, j’ai pressé l’allure. Marche, recommandait le message. Marche droit vers le parc.
De temps à autre, je levais les yeux au ciel. La nuit qui se déployait sur New York n’avait plus rien en commun avec l’océan des temps anciens. C’était juste une fatalité désormais, juste une ode fanée aux lumières et aux sirènes, à la puissance fragile des monstres de verre qui s’obstinaient à diffracter son image, et ces ténèbres-là ne recelaient plus de magie : les meilleures histoires avaient été racontées il y a des siècles.
Mon reflet se découpait en stop motion sur les vitrines de la 5e Avenue. On aurait pu penser que je fuyais un danger, que je poursuivais une ombre, on aurait pu croire que je cherchais une réponse, mais quelle était la question ? »

Extrait de : F. Colin. « Blue Jay Way. »