Catégorie : Livres

 

Rester debout par Fabrice Colin

Fiche de Rester debout

Titre : Rester debout – Simone Veil
Auteur : Fabrice Colin
Date de parution : 2018
Editeur : Albin Michel

Première page de Rester debout

« Une pluie noire tombe sur la ville. On dirait des cendres – un tableau vivant, tout de lenteur funèbre. Il fait froid, pour cette dernière nuit de juin, anormalement froid : en bas, dans le jardin, même les bosquets frissonnent.
Simone est entrée dans l’été sans trop y croire, sans trop comprendre, comme on s’enfonce dans le brouillard. Elle rêve à ses jeunes années. N’est-ce pas ce qu’elle souhaitait ? Une nuit comme celle-ci, la dernière, une nuit interminable qui, à la fin, se fondrait en autre chose… Retrouver le pays radieux de l’enfance et des amies chères, des Éclaireuses en goguette, battre le pavé, courir sur les allées éclaboussées de soleil, instants bénis. « Regarde ! Regarde ! La mer et son bleu si fort, si pur, et les mouettes ! » – la petite fille rit aux éclats, ils sont là, tous là, ses sœurs et son frère, son père, sa mère surtout. « Maman ! Oh, maman… »
Dans son sommeil, la vieille dame soudain s’agite et gémit, esquisse un geste tremblant, caresse les contours d’un visage invisible. Elle respire mal ; sa poitrine, chaque fois qu’elle se soulève, produit des râles qu’elle n’entend pas. Deux semaines encore, le 13 juillet 2017, et la France fêtera son quatre-vingt-dixième anniversaire. »

Extrait de : F. Colin. « Rester debout – Simone Veil ou la naissance d’une légende. »

Projet Oxatan par Fabrice Colin

Fiche de Projet Oxatan

Titre : Projet Oxatan
Auteur : Fabrice Colin
Date de parution : 2002
Editeur : Mango

Première page de Projet Oxatan

« Les plaines de Mars.

Couleur : rouge sang.

À l’horizon, les premiers feux du soleil achèvent de mettre l’aube en lambeaux. Notre vaisseau file au-dessus du désert, loin du Bunker, loin du cratère, loin du lac Noir et de la pyramide. Notre paradis n’est plus qu’un souvenir. Diana est morte. Jester est mort. Mademoiselle Grâce est morte.

Jamais je n’aurais imaginé que les choses se termineraient ainsi.

À mes côtés, Phyllis reste muette comme une tombe. Les joues mouillées de larmes, notre pilote se mord les lèvres, reniflant, le regard fixe. Et puis il y a moi, moi, indemne, mon naviborg sur les genoux. Je viens d’écrire la dernière ligne de mon journal.

Où allons-nous ? Je l’ignore. Vers la ville, sans doute. Deimos II. La civilisation.

Je sais, je pourrais me retourner.

Je pourrais me retourner et fermer les yeux, rêver une dernière fois de la forêt, l’endroit où nous avons vécu et qui existera encore longtemps après que nous aurons disparu. Je pense à ce que nous laissons derrière nous. »

Extrait de : F. Colin. « Projet Oxatan. »

Plus rien entre nous, Laurens par Fabrice Colin

Fiche de Plus rien entre nous, Laurens

Titre : Plus rien entre nous, Laurens
Auteur : Fabrice Colin
Date de parution : 2013
Editeur : Sonatine

Première page de Plus rien entre nous, Laurens

« Tu me manques comme les armes manquent à la guerre, Laurens, mais nous sommes tenues de suivre le protocole et soyons honnêtes : c’est plus simple de cette façon.
Si la vie était juste, quelqu’un viendrait s’asseoir dans le sable à côté de toi pour t’annoncer que tu ne retrouverais jamais ta femme. « On » t’aiderait à te relever alors, « on » te remettrait sur le chemin de ton hôtel tandis que des fragments de photos déchirées voltigeraient dans ton sillage.
Mais la vie n’est pas juste, la vie n’est pas, selon tes critères, suave et tranquille, et, oui, elle a un sens – le problème, c’est que, comme tu n’es ni saint ni philosophe et encore moins artiste, tu ne le connaîtras jamais. »

Extrait de : F. Colin. « Plus rien entre nous, Laurens. »

Passeurs de mort par Fabrice Colin

Fiche de Passeurs de mort

Titre : Passeurs de mort
Auteur : Fabrice Colin
Date de parution : 2014
Editeur : Flammarion

Première page de Passeurs de mort

« Vous ne savez rien de la mort. Ce moment où la vie quitte votre corps comme un oiseau s’envole pour se dissoudre dans le blanc des nuages : quand il arrive, vous êtes tel un enfant.

Alors vous imaginez. Que tout devient sombre, aveuglant. Qu’une porte s’ouvre, qui sait ? Qu’une main se tend, qu’un visage paraît.

La mort est le seul mystère qui concerne chacun d’entre nous ; notre ignorance à son sujet est pourtant totale.

Mais voici qu’une ombre s’avance, tandis que l’éternel poème de la nuit envahit pensivement New York. Voici qu’une silhouette glisse sur les eaux sombres de l’East River, un coup de pagaie après l’autre. Cette ombre, c’est moi et, ce soir, je suis votre messagère. La fille qui sait des choses que tous les autres ignorent. »

Extrait de : F. Colin. « Passeurs de mort. »

Or not to be par Fabrice Colin

Fiche de Or not to be

Titre : Or not to be
Auteur : Fabrice Colin
Date de parution : 2002
Editeur : L’Atalante

Première page de Or not to be

« Le silence des spectateurs. La lumière sur leurs figures, apparaît, disparaît. Les gens absorbés par le film. Ils ne le regardent pas : c’est lui qui les regarde, les arrache à leur fauteuil pour les attirer à l’intérieur. Les voilà pris au piège d’un univers à deux dimensions, un monde aux couleurs si fortes, aux ombres si profondes et aux visages si purs que tout, absolument tout, devient symbole et qu’eux-mêmes, fantômes, témoins invisibles, s’incorporent petit à petit à la texture même de l’histoire jusqu’à disparaître entièrement.

C’est la septième fois que je viens ici. Vertigo est devenu une véritable obsession. On dit qu’Alfred Hitchcock l’a voulu ainsi. On dit que le sujet même du film est l’obsession, et que Kim Novak en est la plus parfaite expression. C’est certainement la vérité. Ce soir pourtant, je suis tellement épuisé que je ne parviens pas à fixer mon attention. »

Extrait de : F. Colin. « Or not to be. »

Michelle et Barack par Fabrice Colin

Fiche de Michelle et Barack

Titre : Michelle et Barack
Auteur : Fabrice Colin
Date de parution : 2021
Editeur : Albin Michel

Première page de Michelle et Barack

« Ils dansaient enlacés, à présent, flottant, lents et parfaits, au-dessus de la piste circulaire du Walter E. Washington Convention Center, et il chuchotait des secrets à son oreille tandis que, dans les yeux des spectateurs, mille larmes brillaient comme autant d’étoiles. C’était le soir du 20 janvier 2009, on célébrait l’investiture du nouveau président des États-Unis.
Debout sur une estrade au milieu du public, Beyoncé Knowles avait entamé les couplets inauguraux de At last, une chanson de blues écrite en 1941 sur laquelle Michelle et Barack Obama avaient ouvert le bal de leur mariage1. « I found a dream that I could speak to / A dream that I can call my own. » At last, « enfin » : cela sonnait comme un soupir, une exclamation, l’expression d’une joie incrédule. Mais enfin quoi ? Un chef d’État afro-américain démocratiquement élu à la tête de la première puissance mondiale – un bouleversement encore impensable quelques années auparavant ? Ou, mieux : l’avènement, après des siècles de combat et de souffrance, d’un monde juste et égalitaire ? Il était tôt, bien trop tôt pour affirmer que ce monde adviendrait avant longtemps ; au moins, désormais, était-il permis d’espérer. »

Extrait de : F. Colin. « Michelle et Barack. »

Magnetic island par Fabrice Colin

Fiche de Magnetic island

Titre : Magnetic island
Auteur : Fabrice Colin
Date de parution : 2017
Editeur : Albin Michel

Première page de Magnetic island

« Je vais mieux.
Ce n’est pas moi qui le dis, c’est le docteur Archer, qui me suit depuis quelques semaines. Il prétend que ça s’entend au timbre de ma voix. Que mon attitude a changé. Je me tiens plus droit, affirme-t-il, mon regard est plus franc.
Il y a eu une rechute. Je m’en suis sorti. L’un dans l’autre, c’est bien ce que Jill, ma thérapeute, avait prédit.
Dehors, sur la pelouse fraîchement tondue de la clinique, Tom, l’infirmier au crâne bosselé, a posé un genou à terre. Curieux de savoir ce qu’il va sortir de son seau en fer – méfiants, aussi –, les wallabies s’approchent. Des pommes rouges, brillantes comme des boules de billard. Il leur en tend une et attend que les mâles les plus courageux consentent à s’approcher. Ce qu’ils font, par bonds légers. Ils se regardent ; on dirait qu’ils se défient. « Eh bien, vas-y, toi, puisque tu es si malin !  »

Extrait de : F. Colin. « Magnetic Island.  »

Les enfants de la lune par Fabrice Colin

Fiche de Les enfants de la lune

Titre : Les enfants de la lune
Auteur : Fabrice Colin
Date de parution : 2001
Editeur : Mango

Première page de Les enfants de la lune

« Tout commença un matin d’hiver 1942. J’avais treize ans cette année-là. Nous vivions seuls, mémé Yvonne et moi, dans un petit trois-pièces de l’île Saint-Louis, presque en face de la vieille église.

Le 23 décembre avait pris sa place sur l’éphéméride, et les jours s’en allaient comme des feuilles mortes. Les vacances commençaient, l’hiver s’était installé pour de bon. Je regardais au-dehors. La neige était tombée toute la nuit, et personne n’avait encore pris la peine de déblayer la rue Saint-Louis-en-l’Île. Rien de très étonnant à cela. Après tout, Paris était occupé depuis plus de deux ans et demi, et comme le répétait souvent mémé Yvonne, tout était devenu beaucoup plus compliqué depuis que les chars allemands étaient entrés dans Paris. Ça, j’étais bien placé pour le savoir : mémé était paralysée des deux jambes, clouée sur un fauteuil roulant, et pour tout ce qui concernait le monde extérieur, elle s’en remettait entièrement à moi. »

Extrait de : F. Colin. « Les enfants de la Lune. »

Le pays qui te ressemble par Fabrice Colin

Fiche de Le pays qui te ressemble

Titre : Le pays qui te ressemble
Auteur : Fabrice Colin
Date de parution : 2015
Editeur : Albin Michel

Première page de Le pays qui te ressemble

« Chaque fois que, les mains crispées sur les accoudoirs, j’essayais de me caler dans le gargantuesque fauteuil en cuir de madame Lewandowski, de petites gouttes de sueur aigre venaient perler à mon front. Une chute interminable, voilà ce que je redoutais. J’avais l’impression que j’allais crever.
Ma psychologue était perplexe. « Si on tombe, avait-elle commenté le jour où je m’étais décidée à lui confier mes angoisses, c’est fatalement d’une certaine hauteur. Saurais-tu me dire d’où tu tombes, Lucy ? » Comme je n’en avais aucune idée, je m’étais contentée de produire un « Eh bien… » embarrassé ; à mon grand soulagement, nous ne nous étions pas appesanties.
Qu’est-ce que je fichais ici ? Dès la première séance, j’avais soupçonné que ces consultations ne me mèneraient nulle part. À la troisième, l’intuition s’était muée en certitude. Mais papa n’en démordait pas. « On arrêtera quand tu sauras quoi faire de ta tristesse », me répétait-il. À ce compte-là, il aurait pu tout aussi bien me conduire devant le mont Everest et me tendre une petite cuillère. « On arrêtera quand tu sauras quoi faire de cette montagne. » Parce que, bien sûr, c’était pour lui que je continuais. »

Extrait de : F. Colin. « Le pays qui te ressemble. »

Le mensonge du siècle par Fabrice Colin

Fiche de Le mensonge du siècle

Titre : Le mensonge du siècle
Auteur : Fabrice Colin
Date de parution : 2004
Editeur : Mango

Première page de Le mensonge du siècle

« Salut ! Je m’appelle Jason Palomino, j’ai quatorze ans, et je suis le héros de ce livre. Mon éditeur m’a dit que j’étais censé me présenter dès la première page, alors voilà, c’est fait. Si vous voulez en savoir plus, une seule solution, vous farcir ces deux cent cinquante pages. Je sais, c’est dur. Et je vous entends déjà râler : Hé, Palomino ! Où est-ce que t’as été chercher que ton histoire pouvait nous intéresser ? La réponse est simple.

Ce n’est pas mon histoire.

C’est la vôtre.

Oui. Vous avez bien lu. Ce livre raconte un truc monumental qui s’est passé il y a peu de temps et qui concerne chacun de vous très personnellement. Le problème, c’est que vous avez complètement oublié. Bizarre, non ?

Rassurez-vous, vous allez vite comprendre.

Donc, je m’appelle Jason. Aujourd’hui, ce nom ne vous dit plus rien, et c’est tout à fait normal. »

Extrait de : F. Colin. « Le mensonge du siècle. »