Catégorie : Livres

 

Une saveur de pluie et de ténèbres par Eddy C. Bertin

Fiche de Une saveur de pluie et de ténèbres

Titre : Une saveur de pluie et de ténèbres
Auteur : Eddy C. Bertin
Date de parution : 1970
Traduction : Mais-Encore.fr
Editeur : Mais-Encore.fr

Première page de Une saveur de pluie et de ténèbres

« La nuit avait rampé sur la ville, telle une limace sur une proie inerte. En couches épaisses, elle avait noyé les bruits du soir, jusqu’à ce qu’il ne reste plus que le silence des ténèbres et de la pluie.

La nuit était une mère pour ses enfants : elle les protégeait, les enveloppant dans les plis de son manteau noir. À la fois douce, tendre et terrifiante.

La rue était désormais déserte, le sang vital qui l’animait s’étant retiré avec le départ de ses habitants. La lueur blafarde de quelques lanternes créait de faux crépuscules dans l’embrasure des portails profonds et les recoins des vieilles bâtisses, arrachant un éclat humide au pavé. Sous cette clarté, la pluie battante de novembre se métamorphosait en une immense toile d’araignée aux fils d’argent, le long desquels glissaient des perles de cristal. »

Extrait de : E.C Bertin. « Une saveur de pluie et de ténèbres. »

Une colonie par Hugh Howey

Fiche de Une colonie

Titre : Une colonie
Auteur : Hugh Howey
Date de parution : 2019
Traduction : A. Tronchet
Editeur : Actes Sud

Première page de Une colonie

« J’étais un blastocyste, autrefois. Un simple magma de cellules accrochées les unes aux autres. Un œuf fécondé. Bien sûr, on a tous connu ce stade à un moment de notre vie, mais j’y ai excellé comme vous n’avez pu le faire. J’ai passé plus de temps dans cette condition qu’en tant que personne.
Des centaines d’années de plus, en réalité.
J’aime encore m’imaginer ainsi : une forme sans forme, frémissante, mûre et pleine de potentiel. Je préserve cette image dans ma tête et c’est comme si je n’étais pas encore né, comme si nous pouvions laisser les choses se dérouler encore une fois et atteindre une destination différente. Ça mènerait peut-être à un nouveau moi, plus complet.
Mais répéter le passé, c’est aussi impossible que voyager plus vite que la lumière et envisager l’arrêt temporaire des fonctions vitales – ça relève de l’imagination. Ce sont des idées merveilleuses, mais aucune d’elles n’ap­partient au champ des possibles. D’après ce qu’on en sait, en tout cas. »

Extrait de : H. Howey. « Une colonie. »

Phare 23 par Hugh Howey

Fiche de Phare 23

Titre : Phare 23
Auteur : Hugh Howey
Date de parution : 2015
Traduction : E. Roudet
Editeur : Actes Sud

Première page de Phare 23

« On ne vous prépare pas aux petits bruits. On vous colle dans une centrifugeuse jusqu’à l’évanouissement, on vous fait caracoler sur des courbes paraboliques jusqu’à vomir tripes et boyaux, on vous transperce d’aiguilles jusqu’à ce que vous vous sentiez comme un toxico, on vous fait ingurgiter trois domaines de la physique, passer un diplôme de médecine et suivre en même temps un entraînement de triathlon.

Mais on ne vous dit pas ce qu’il en est de vivre avec les cliquetis et les grincements et les petits bips en arrière-plan. Ni comment le vide spatial, des années-lumière à la ronde, peut être ressenti comme un poids énorme, écrasant. Le silence semble constamment gagner du terrain, comme l’obscurité à laquelle j’ai un jour été confronté, dans une grotte de la Virginie-Occidentale. Une obscurité qu’on peut mâcher. Une obscurité qu’on perçoit à des kilomètres alentour. Une obscurité dont on n’est pas certain de pouvoir un jour s’extirper.

Au fin fond de l’espace, le silence est précisément de cette nature. Du coup, les petits bidules qui ronronnent
dans ma balise deviennent des enfoirés et leurs cliquetis cauchemardesques me mettent les nerfs en pelote. Je les hais tous jusqu’au dernier. Tout ce qui bouge dans cet endroit. Le moindre petit rouage, bipeur piézoélectrique, la moindre alarme. Ce n’est pas seulement qu’ils soient discordants, c’est surtout qu’ils sont imprévisibles. Conclusion, je passe mon temps à m’y préparer, à les attendre, à guetter leur arrivée. Dès qu’on baisse la garde, ils frappent. Légers picotements sur mes tympans. »

Extrait de : H. Howey. « Phare 23. »

Silo générations par Hugh Howey

Fiche de Silo générations

Titre : Silo générations (Tome 3 sur 3 – Silo)
Auteur : Hugh Howey
Date de parution : 2013
Traduction : L. Manceau
Editeur : Actes Sud

Première page de Silo générations

« — Il y a quelqu’un ?
— Allô ? Oui. Je suis là.
— Ah. Lukas. Vous ne parliez pas. L’espace d’une seconde, j’ai cru que… que vous étiez quelqu’un d’autre.
— Non, c’est bien moi. Je viens de mettre mon casque. La matinée a été bien remplie.
— Ah oui ?
— Oui. Rien de palpitant. Réunions de conseils. On est un peu juste au niveau effectifs. Il y a beaucoup de réaffecta­tions.
— Mais les choses s’arrangent ? Pas de soulèvement à signaler ?
— Non, non. La situation revient à la normale. Les gens se lèvent et vont travailler le matin. Ils s’effondrent dans leur lit le soir. On a eu une grande loterie cette semaine, ce qui a fait plus d’un heureux.
— Bien. Très bien, même. Le travail sur le serveur no 6 avance ?
— Oui, ça avance, merci. Tous les mots de passe que vous avez fournis fonctionnent. Pour l’instant, on continue à collecter des données du même genre. J’avoue que je ne comprends pas bien en quoi c’est important.
— Continuez à y jeter un œil. Tout est important. Si c’est là, c’est pour une raison. »

Extrait de : H. Howey. « Silo Générations. »

Silo origines par Hugh Howey

Fiche de Silo origines

Titre : Silo origines (Tome 2 sur 3 – Silo)
Auteur : Hugh Howey
Date de parution : 2013
Traduction : L. Manceau
Editeur : Actes Sud

Première page de Silo origines

« 2110 
Sous les collines du comté de Fulton, dans l’État de Géorgie
À son retour parmi les vivants, Troy était dans une tombe. Il se réveilla dans un espace confiné, le visage tout près d’une vitre givrée.
De l’autre côté de cette couche de glace, des silhouettes s’affairaient. Il essaya de lever les bras, de frapper à la vitre, mais il n’avait pas assez de force. Il tenta un cri, mais ne réussit qu’à tousser. Il avait un goût atroce dans la bouche. À ses oreilles retentirent le bruit métallique de gros verrous qu’on ouvrait, un chuintement d’air, le grincement de gonds restés longtemps en sommeil.
La lumière était vive ; les mains sur sa peau, chaudes. Ils l’aidèrent à s’asseoir tandis qu’il toussait encore et que son souffle se condensait en petits nuages. On lui tendit de l’eau. Des pilules. L’eau était fraîche et les pilules, amères. Il parvint à avaler quelques gorgées. Il était incapable de tenir son verre seul. Ses mains tremblaient tandis qu’une déferlante de scènes cauchemardesques lui revenait en mémoire. Le passé lointain se mêlait aux souvenirs récents. Il frissonna. »

Extrait de : H. Howey. « Silo Origines. »

Silo par Hugh Howey

Fiche de Silo

Titre : Silo (Tome 1 sur 3 – Silo)
Auteur : Hugh Howey
Date de parution : 2012
Traduction : Y. Gentric, L. Manceau
Editeur : Actes Sud

Première page de Silo

« Les enfants jouaient pendant qu’Holston montait vers sa mort ; il les entendait crier comme seuls crient les enfants heureux. Alors que leurs courses folles tonnaient au-dessus de lui, Hol­ston prenait son temps, et chacun de ses pas se faisait pesant, méthodique, tandis qu’il tournait et tournait dans le colimaçon, ses vieilles bottes sonnant contre les marches.
Les marches, comme les bottes de son père, présentaient des signes d’usure. La peinture n’y tenait que par maigres écailles, surtout dans les coins et sur l’envers, où elle était hors d’atteinte. Le va-et-vient ailleurs dans l’escalier faisait frémir de petits nuages de poussière. Holston sentait les vibrations dans la rampe luisante, polie jusqu’au métal. Ça l’avait toujours ébahi : comment des siècles de paumes nues et de semelles traînantes pouvaient éroder l’acier massif. Une molécule après l’autre, supposait-il. Peut-être que chaque vie en effaçait une couche pendant que le silo, lui, effaçait cette vie.
Foulée par des générations, chaque marche était légèrement incurvée, son rebord émoussé comme une lèvre boudeuse. Au milieu, il ne restait presque aucune trace de ces petits losanges dont la surface tirait jadis son adhérence. L’absence s’en déduisait seulement du motif visible de chaque côté, où de petites bosses pyramidales, aux arêtes vives et écaillées de peinture, se découpaient sur l’acier. »

Extrait de : H. Howey. « Silo. »

Outresable par Hugh Howey

Fiche de Outresable

Titre : Outresable (Tome 1 sur 2 – Outresable)
Auteur : Hugh Howey
Date de parution : 2014
Traduction : T. Arson
Editeur : Actes Sud

Première page de Outresable

« La lumière des étoiles les guidait à travers la vallée des dunes et les terres désolées du Nord. Une douzaine d’hommes avançait en file indienne, le foulard noué au cou et relevé pour protéger les narines et la bouche, dans les crissements du cuir et le claquement des fourreaux. Ils suivaient un chemin sinueux, mais s’ils étaient allés en ligne droite ils auraient dû gravir les monticules sableux et braver le plus fort des rafales de vent. Il y avait le chemin long et le chemin rude, et les brigands des déserts nord choisissaient rarement le chemin rude.

Palmer ruminait ses pensées en silence, tandis que les autres échangeaient des plaisanteries obscènes et des fanfaronnades sur tous les articles du butin qu’ils avaient obtenus. Son ami Hap marchait un peu en avant des autres, dans l’espoir de se faire bien voir des anciens. S’aventurer au cœur de ces terres désolées avec une bande de pillards était plus qu’imprudent, mais Palmer était un plongeur des sables. Il vivait en équilibre sur ce fil du rasoir entre la folie pure et le bon sens. Et puis, avec leurs barbes et leur puanteur corporelle, ces brigands payaient l’équivalent d’un mois pour deux jours de travail. Que représentaient une petite virée dans le désert et une plongée rapide, en comparaison d’un joli tas de pièces ? »

Extrait de : H. Howey. « Outresable. »

Texto par Dmitry Glukhovsky

Fiche de Texto

Titre : Texto
Auteur : Dmitry Glukhovsky
Date de parution : 2017
Traduction : D.E Savine
Editeur : L’Atalante

Première page de Texto

« La fenêtre laissait voir une palissade continue de sapins brouillée par les parasites blancs de la tempête de neige ; les poteaux télégraphiques défilaient comme les premiers plans d’un film en noir et blanc. C’était la Russie qu’on montrait par la vitre, toujours la même depuis Solikamsk : les sapins, la neige, les poteaux, puis une clairière avec des isbas ratatinées, une gare avec, en arrière-plan, des bâtiments anémiques à un étage aux parements de silicate, et de nouveau une forêt infranchissable d’un million de sapins plantés si dru le long des voies qu’on aurait dit un mur de barbelés. C’était dans cette construction naturelle répétée à l’infini que résidaient la puissance, la grandeur et la beauté du pays qui s’étendait par-delà la vitre. Une putain de beauté, ouais !
— Qu’est-ce que tu vas faire ?
— Je vais vivre. Tu ferais quoi, toi ?
— Je le buterais.
— Eh ouais. Moi, je lui ai pardonné. Je veux vivre, maintenant. Dis, tu peux me filer ton téléphone, une seconde ? J’sais pas pourquoi, mais ma mère ne répond pas. »

Extrait de : D. Glukhovsky. « Texto. »

Sumerki par Dmitry Glukhovsky

Fiche de Sumerki

Titre : Sumerki
Auteur : Dmitry Glukhovsky
Date de parution : 2009
Traduction : D.E Savine
Editeur : L’Atalante

Première page de Sumerki

« Une question avant de m’endormir : où se trouve la rue Itzamna à Moscou ?
À y réfléchir posément, il n’y a pas de place dans cette ville pour des avenues, des boulevards ou des esplanades baptisées en l’honneur de divinités mayas. Pourtant, je tiens dans la main une note qui mentionne le « 23, rue Itzamna », où l’on m’attend. Et de ma capacité à trouver rapidement cette rue dépend rien de moins que mon destin.
Il est naïf de croire que les cartes et les atlas automobiles recensent de manière exhaustive toutes les ruelles et tous les bâtiments moscovites. Cette ville regorge d’endroits secrets. Pourtant, l’espoir de découvrir la rue dédiée à l’aîné des dieux du panthéon maya est vissé en moi et je continue à promener la loupe au-dessus de la grande carte topographique de la capitale. »

Extrait de : D. Glukhovsky. «Sumerki. »

Nouvelles de la mère patrie par Dmitry Glukhovsky

Fiche de Nouvelles de la mère patrie

Titre : Nouvelles de la mère patrie
Auteur : Dmitry Glukhovsky
Date de parution : 2010
Traduction : D.E Savine, J. Vanidze
Editeur : L’Atalante

Sommaire de Nouvelles de la mère patrie :

  • From hell
  • Tout a un prix
  • Prothèse
  • Panspermie
  • Avant l’accalmie
  • Une bonne action
  • A chacun son destin
  • Les informations qui comptent
  • Parois ils reviennent…
  • Utopia
  • Une pour tous
  • Apparition
  • Toucher le fond
  • Deus ex machina
  • Pas de ce monde
  • Avant et après

Première page de From hell

« — Mikhaïl Semenovitch ! Professeur Stein ! Réveillez-vous ! Il faut que vous voyiez ça…
L’assistant secouait le professeur en le tenant fermement par l’épaule.
Ce dernier émit un son inarticulé et lui tourna le dos. Il n’y avait rien à voir dans cette folle expédition à la manque. Rien d’autre que des moucherons avides de sang, capables de dévorer une vache entière en dix minutes. Rien d’autre que des moustiques de la taille d’un molosse, de la sueur et de la vodka. Sans oublier la poussière, la boue et la caillasse.
Quelle idée d’y être allé à l’âge de la retraite !
— D’gage, lança-t-il à son assistant.
— Mikhaïl Semenovitch, insista l’autre. Mikhaïl Semenovitch ! Le foret s’est engouffré sous terre ! Et nous avons trouvé quelque chose !
Le professeur ouvrit les yeux. La toile de la tente laissait filtrer les premiers rayons du soleil levant. Près de lui, gisaient une boîte d’analgésiques, un verre à vodka grossier ainsi que son épais cahier aux pages noircies de calculs théoriques. Une fois l’expédition terminée, il serait quitte pour les hacher menu, les assaisonner d’huile et les bâfrer. Que de temps gâché ! Car si jamais Stein avait l’audace de présenter ses théories devant l’Académie des sciences, ses adversaires lui introduiraient ce cahier dans le corps à leur manière. Par voie rectale. »

Extrait de : D. Glukhovsky. « Nouvelles de la mère patrie. »