Catégorie : Livres
Quai de la fosse par Hervé Jaouen

Fiche de Quai de la fosse
Titre : Quai de la fosse
Auteur : Hervé Jaouen
Date de parution : 1981
Editeur : Editions de la Chapelle
Première page de Quai de la fosse
« Sous un ciel bleu acier chargé de grésil, Nantes étalait la mousse de ses quartiers populaires le long de la Loire et de l’Erdre, comme si elle avait dû recouvrir les deux fleuves dès la levée de l’encadrement du crédit et la résorption de la crise du bâtiment. Depuis dix heures, à l’intention d’une foule frileuse et inattentive, un Jodel traînait à basse altitude un bandeau publicitaire, enseigne animée, queue d’un cerf-volant en liberté qui conseillait d’acheter chez Decré – à la fois le B.H.V., les Galeries Lafayette et la Samaritaine de la capitale des pays de Loire. Comme s’il participait à une course de pylônes, l’avion revenait sans cesse enrouler son calicot autour de l’immeuble Bretagne, majeur dressé de la main jupitérienne de quel robot dominateur au service de quels élus, de quels promoteurs ?… À l’évidence mauvais tour joué aux quartiers historiques de la vieille ville dont le quai de la Fosse est le chancre, aujourd’hui stérile, et l’échancrure vers la Loire dans l’ourlet des anciennes rues marchandes, des anciens greniers à blé, des silos rouillés et des entrepôts lépreux. »
Extrait de : H. Jaouen. « Quai de la fosse. »
Pleure pas sur ton biniou par Hervé Jaouen

Fiche de Pleure pas sur ton biniou
Titre : Pleure pas sur ton biniou
Auteur : Hervé Jaouen
Date de parution : 1985
Editeur : Editions de la Chapelle
Première page de Pleure pas sur ton biniou
« En l’an mil neuf cent soixante-dix et des mèches se produisirent à l’extrême ouest de la Bretagne des événements normaux, habituels dans ce pays de marins, de paysans et de chômeurs secoué périodiquement par la fièvre autonomiste qui monte, chaque été, de quelques degrés. Il y eut de nombreuses explosions que l’on pourrait qualifier, si l’on ne craignait que d’aucuns ne voient là une malice péjorative, de manifestations folkloriques.
Les choses se gâtèrent, au mois de juillet, lorsque les touristes semblèrent visés par de mystérieux individus, dans la région de Pont-l’Abbé. Ce fut tout d’abord l’affaire des serpents.
Dans les dunes d’une station balnéaire, deux enfants de touristes furent mordus par des vipères aspic (Vipera aspis). La gravité des morsures justifiant cette mesure exceptionnelle, ils furent évacués par hélicoptère vers l’hôpital Morvan de Brest. Les autorités étouffèrent la chose et s’interrogèrent. »
Extrait de : H. Jaouen. « Pleure pas sur ton biniou. »
Petites trahisons et grands malentendus par Hervé Jaouen

Fiche de Petites trahisons et grands malentendus
Titre : Petites trahisons et grands malentendus
Auteur : Hervé Jaouen
Date de parution : 2009
Editeur : Editions Diabase
Sommaire de Petites trahisons et grands malentendus :
- Des yeux de poisson mort
- Le faux pardon
- Les animaux de Pierrot
- Ne dîne pas en ville
- Un saint homme
- Les derniers sacrements
Première page de Des yeux de poisson mort
« La messe d’enterrement touchait à sa fin. Les vapeurs d’encens que le prêtre répandait autour du cercueil de Liam rappelèrent à Michael les brumes qui divaguaient au ras des chardons et des reines-des-prés, les soirs d’été, pendant qu’ils assemblaient leurs cannes à mouche au bord de la rivière.
À l’époque, qui aurait pu prévoir qu’ils se fâcheraient à mort en pêchant la truite ? Personne. Bonté divine, absolument personne. C’était trop con.
L’esprit encombré de souvenirs, il emboîta le pas aux gens du cortège, derrière le corbillard, en se demandant à combien de temps remontaient leurs premières parties de pêche ensemble. Vingt-trois, vingt-cinq ans ? Plus ? Moins ? »
Extrait de : H. Jaouen. « Petites Trahisons et Grands Malentendus. »
Ouragan sur les Grèbes par Hervé Jaouen

Fiche de Ouragan sur les Grèbes
Titre : Ouragan sur les Grèbes
Auteur : Hervé Jaouen
Date de parution : 1993
Editeur : Denoël
Première page de Ouragan sur les Grèbes
« Suivait un numéro de téléphone à Paris intra-muros. L’annonce n’était ni encadrée ni imprimée en caractères gras. Une simple petite annonce parmi toutes celles du Bulletin des communes de France.
En secrétaire de mairie consciencieux, je l’avais d’abord entourée d’un trait de stylo à bille, puis la relisant le lendemain, passée au surligneur vert chou. Nous étions un jeudi, mon compte rendu de presse – pardon, ma revue de presse, plus décideur, revue – avait lieu le lundi, aussi avais-je eu tout le week-end pour y penser. À loisir. Ah ! loisir, justement au singulier ! Comme investissement. Ce défaut (volontaire ?) de pluriel introduisait un mystère supplémentaire, signifiait, dans mon esprit, une énorme dépense, d’un seul bloc. Cela dit, il pouvait s’agir d’une double coquille, ou d’un choix délibéré. Ne parle-t-on pas de l’industrie du loisir ?
J’ai toujours été fasciné par les petites annonces. »
Extrait de : H. Jaouen. « Ouragan sur les Grèbes. »
Merci de fermer la porte par Hervé Jaouen

Fiche de Merci de fermer la porte
Titre : Merci de fermer la porte
Auteur : Hervé Jaouen
Date de parution : 1999
Editeur : Denoël
Première page de Merci de fermer la porte
« Ceux qui le rencontraient pour la première fois ne manquaient jamais d’être surpris. Ils lui disaient bonjour, et les frappait d’emblée la fermeté de sa poignée de main, car il était fluet, très grand avec un air un peu efféminé, si bien qu’on ne s’attendait pas à avoir les doigts non pas broyés, quand même, mais franchement pressés et tenus par une petite main, presque une menotte d’enfant. Le menton relevé, il vous regardait droit dans les yeux – à cause de leur couleur, un bleu faïence très pur, les siens paraissaient un peu globuleux, comme des yeux de poupée –, et vous receviez en plein cœur ce sourire inattendu qui amenait sur vos lèvres des mots que vous n’aviez pas prévu de dire, sur la pluie et le beau temps, sur son travail, sur la température de son bureau surchauffé, sur le week-end proche, des mots aimables en guise de sourire, parce que vous saviez que le vôtre ne serait pas à la hauteur du sien. Il ôtait son casque, vous écoutait, hochait la tête et se remettait au travail en sifflotant. »
Extrait de : H. Jaouen. « Merci de fermer la porte. »
Marée basse par Hervé Jaouen

Fiche de Marée basse
Titre : Marée basse
Auteur : Hervé Jaouen
Date de parution : 1983
Editeur : Editions de la Chapelle
Première page de Marée basse
« Si l’on me demandait de décrire cette ville, je tomberais dans la facilité en disant que c’était une ville moyenne habitée par des Français moyens. Et je me poserais immédiatement la question essentielle : c’est quoi, un Français moyen ?
Le Français moyen, c’est les autres…
Pour donner une idée précise du bled, je crois qu’il faudrait pratiquer une biopsie de l’écorce terrestre, au niveau du canton dont la ville est le chef-lieu, coller le tout entre deux lamelles et observer au microscope.
Dessous, on verrait un ensemble de descentes d’égouts et de branchements divers correspondant à l’implantation de la ville proprement dite. Plus loin, autour du centre, on remarquerait le même phénomène, mais les trucs seraient étroitement mêlés aux racines de choux-fleurs et d’artichauts, ce qui dénoterait la dispersion dite en mitage de la construction individuelle en secteur périurbain et rural. »
Extrait de : H. Jaouen. « Marée basse. »
L’invasion des ombres par Stan Nicholls

Fiche de L’invasion des ombres
Titre : L’invasion des ombres (tome 3 sur 3 – Les chroniques de Nightshade)
Auteur : Stan Nicholls
Date de parution : 1998
Traduction : I. Troin
Editeur : Bragelonne
Première page de L’invasion des ombres
« Il l’avait vue tuer une vingtaine d’hommes en l’espace d’une seule journée. Il l’avait vue toucher une cible mouvante avec un couteau lancé à plus de cent pas de distance, traverser un fleuve en crue, tomber d’un cheval lancé au galop et se relever. Il l’avait vue se battre comme une furie au cœur de la mêlée, faire trembler ses ennemis d’un seul regard, et affronter la plus noire des sorcelleries armée d’une simple lame.
Tycho avait vu Shani Vanya accomplir bien des choses extraordinaires. Mais il n’aurait jamais cru qu’elle soit capable de faire ce qu’elle était en train de faire.
Pleurer.
Le corps agité de sanglots silencieux, les paumes pressées sur son visage, la jeune femme était assise sur un tonneau retourné au bout de la table branlante. Pendant un jour et une nuit – depuis qu’ils avaient appris la nouvelle de la mort de Dalveen –, elle n’avait pas bougé de là. Affalée sur la table, muette, elle semblait brisée, comme si tout son courage l’avait désertée. Et, à présent, elle laissait libre cours à son chagrin. »
Extrait de : S. Nicholls. « Les Chroniques de Nightshade – L’Invasion des ombres. »
L’ombre du sorcier par Stan Nicholls

Fiche de L’ombre du sorcier
Titre : L’ombre du sorcier (tome 2 sur 3 – Les chroniques de Nightshade)
Auteur : Stan Nicholls
Date de parution : 1997
Traduction : I. Troin
Editeur : Bragelonne
Première page de L’ombre du sorcier
« On aurait dit qu’ils s’apprêtaient à pendre une douzaine de nains. Les gibets de bois ressemblaient à des potences miniatures. Ils se dressaient en deux rangées parallèles de six, un sac rond en peau d’animal suspendu à chacun d’eux. Les premiers baluchons avaient la taille d’une citrouille mûre ; les suivants étaient de plus en plus petits, si bien que les deux derniers auraient tenu dans la main d’un adulte.
Un homme marchant entre les deux rangées avec les bras tendus et une épée dans chaque main aurait pu toucher les sacs de chaque côté de lui avec la pointe de ses lames.
Golcar Quixwood se demanda si même Nightshade n’aurait pas du mal à accomplir la tâche qu’il s’était fixée.
À l’autre extrémité de la cour, Dalveen Leandor montait à cru un étalon gris. L’animal n’avait ni rênes ni étriers. Le jeune homme portait une épée dans son fourreau, et sa manche droite vide était attachée au flanc de sa chemise. De légers flocons de neige saupoudraient ses cheveux et ses vêtements noirs. »
Extrait de : S. Nicholls. « Les Chroniques de Nightshade – L’Ombre du sorcier. »
Le grimoire des ombres par Stan Nicholls

Fiche de Le grimoire des ombres
Titre : Le grimoire des ombres (tome 1 sur 3 – Les chroniques de Nightshade)
Auteur : Stan Nicholls
Date de parution : 1996
Traduction : I. Troin
Editeur : Bragelonne
Première page de Le grimoire des ombres
« Ils étaient quatre.
Ils étaient forts, impitoyables et armés jusqu’aux dents. Ils étaient l’élite de la Fraternité des assassins, experts dans l’art du meurtre, les meilleurs tueurs que l’or puisse acheter.
Ils avaient planifié leur embuscade jusque dans le moindre détail. Ils avaient l’avantage de la surprise, et les ténèbres les dissimulaient.
Ils connaissaient la réputation de Dalveen Leandor, mais cela ne les troublait pas outre mesure. Ils savaient qu’il serait seul et qu’il n’était, après tout, qu’un homme. Ils ne voyaient pas de raison de le craindre.
Ils n’avaient pas la moindre chance.
Le sorcier porta à ses lèvres le gobelet incrusté de joyaux et but.
Un filet du liquide tiède et poisseux coula au coin de sa bouche. Il l’essuya d’un revers de main osseuse. Mais quelques gouttes de sang souillèrent son bouc noir. »
Extrait de : S. Nicholls. « Les Chroniques de Nightshade – Le Grimoire des Ombres. »
L’assassin de l’été par Gilbert Picard

Fiche de L’assassin de l’été
Titre : L’assassin de l’été
Auteur : Gilbert Picard
Date de parution : 1977
Editeur : Librairie des Champs-Elysées
Première page de L’assassin de l’été
« Les grandes migrations commençaient. Époque heureuse et pittoresque où la France prend un nouveau visage. Dès le matin, la gare de Lyon, — comme toutes les autres — avait été envahie par les vacanciers de Juillet en tenue estivale. Les hommes en short avec des jambes blanches et poilues, les femmes en pantalons aux couleurs criardes. Quant aux enfants, traînant des seaux de plage et des pelles, il leur arrivait bien Souvent et sans trop savoir pourquoi, de recevoir des gifles d’une mère passablement énervée par les inévitables petits problèmes du départ. Des chauffeurs de taxis en bras de chemise essayaient de se frayer un passage dans une circulation paralysée, en se livrant à un concert de klaxons. Ils dépochaient là où ils le pouvaient, et jamais où cela était prévu, les passagers et les bagages les plus hétéroclites : cannes à pêche, matériel de camping, paniers d’osier dans lesquels des chats apeurés miaulaient désespérément. »
Extrait de : G. Picard. « L’assassin de l’été. »