Catégorie : Livres
La violente amour par Robert Merle

Fiche de La violente amour
Titre : La violente amour (Tome 5 sur 13 – Fortune de France)
Auteur : Robert Merle
Date de parution : 1983
Editeur : Le livre de poche
Première page de La violente amour
« Tout passe : notre siècle, notre terre et nous-même, et fort heureusement, l’avenir reste clos et celé à nos yeux, lequel, s’il nous était connu, fanerait nos joies dans l’instant de leur conception. Ainsi en eût-il été pour moi de l’exaltant moment où tomba le Guise – sa mort soulageant le roi, et nous tous qui l’aimions, d’un poids insufférable – soulagement qui eût fait place pourtant tout de gob à un irrémédiable désespoir, si nous avions pu prévoir la male fortune qui, moins d’une année plus tard, accabla notre pauvre maître.
J’aimerais, comme un peintre sur un tableau, immobiliser ce moment où le duc de Guise, percé de coups et gisant, géantin et sanglant, au pied du lit royal, le roi, sur le seuil de son cabinet neuf, et en croyant à peine ses yeux de la mort de son ennemi, me dit de l’examiner. »
Extrait de : R. Merle. « La Violente Amour – Fortune de France. »
Le Prince que voilà par Robert Merle

Fiche de Le Prince que voilà
Titre : Le Prince que voilà (Tome 4 sur 13 – Fortune de France)
Auteur : Robert Merle
Date de parution : 1982
Editeur : Le livre de poche
Première page de Le Prince que voilà
« Quand j’eus avec mon gentil valet Miroul, avec Fröhlich mon bon Suisse de Berne, et je le cite en dernier, bien qu’il ne soit pas le moindre, avec mon immutable ami, le maître en fait d’armes Giacomi, échappé aux vils massacreurs de la Saint-Barthélemy et trouvé refuge en Saint-Cloud auprès de mon beau muguet de cour, le baron de Quéribus, celui-ci, qui possédait un riche domaine dans le Carcassonnais, en prit prétexte pour m’accompagner jusqu’en mon Périgord avec une forte escorte, les chemins et les villes étant peu sûrs alors pour quiconque était réputé huguenot. Et comme Dame Gertrude du Luc, qui de son côtel avait sauvé la vie de mon frère Samson en l’empêchant de courre galoper en Paris, voulait à force forcée être du voyage, tant parce qu’elle était raffolée (comme sa belle chambrière Zara) des pérégrinations que parce qu’elle avait appétit à connaître mon père, je l’invitai en Mespech, n’ignorant pas que son désir le plus tenace et tenaillant était de marier à la parfin mon bien-aimé Samson. »
Extrait de : R. Merle. « Le Prince que voilà – Fortune de France. »
Paris ma bonne ville par Robert Merle

Fiche de Paris ma bonne ville
Titre : Paris ma bonne ville (Tome 3 sur 13 – Fortune de France)
Auteur : Robert Merle
Date de parution : 1980
Editeur : Le livre de poche
Première page de Paris ma bonne ville
« D’une chose je suis bien assuré : il en est de nous comme de la mer, la bonace même n’est qu’apparence. Au-dessous tout est branle, tumulte, émeuvement. Ainsi l’homme ne saurait mie être content, ni tenir son âme en repos. Possédé d’un bonheur, un autre lui fault, dont il a appétit.
À mon département du château de M. de Montcalm, si heureux que je fusse après une tant longue absence de retrouver mon père sain et gaillard, et réjoui que j’étais de chevaucher avec lui sur le chemin de Sarlat et de mon bien-aimé Mespech, le cœur me battant à l’idée de le revoir et tous ceux qui vivaient dans ses murs, ma liesse n’était pourtant pas sans mélange. Et je ne laissais pas d’avoir quand et quand le cœur fort serré à laisser derrière moi Angelina de Montcalm et l’incertain bonheur dont nous avions fait le serment et dont je portais le gage au petit doigt de ma main senestre : l’anneau orné d’une pierre bleue qu’elle m’avait baillé dans la poivrière qui flanquait la tour est de Barbentane. »
Extrait de : R. Merle. « Paris ma bonne ville – Fortune de France. »
En nos vertes années par Robert Merle

Fiche de En nos vertes années
Titre : En nos vertes années (Tome 2 sur 13 – Fortune de France)
Auteur : Robert Merle
Date de parution : 1979
Editeur : Le livre de poche
Première page de En nos vertes années
« Ha certes ! Si enflammé que je fusse à galoper en ce mois de juin avec mon gentil frère Samson et notre valet Miroul par les montées et les dévalades des grands chemins de France, cependant j’avais, par bouffées, le cœur mordu de laisser si loin derrière moi dans le Sarladais la baronnie de Mespech. Peu s’en fallait que, chevauchant, ne me vînt larme à l’œil chaque fois que je me ramentevais le grand nid crénelé où j’avais éclos et mis mes plumes, protégé des troubles du temps par ses remparts, mais plus encore par la bravoure de mon père, de l’oncle Sauveterre, de nos soldats, car notre dicton périgordin dit vrai : Il n’est bons murs que de bons hommes.
Mais quoi ! Nos quinze ans venus, le latin bien enfourné dans nos têtes (où langue d’oc et français déjà voisinaient), notre valeur au surplus bien prouvée dans le combat de la Lendrevie, ne fallait-il pas nous tirer enfin du chaud duvet de notre Barberine, quitter, comme j’aimais à dire, nos maillots et enfances, et puisque nous avions le malheur d’être cadets (et mon bien-aimé Samson, par surcroît, bâtard), pousser plus avant nos études, et ainsi que l’avait décidé mon père, en Montpellier. »
Extrait de : R. Merle. « En nos vertes années – Fortune de France. »
Fortune de France par Robert Merle

Fiche de Fortune de France
Titre : Fortune de France (Tome 1 sur 13 – Fortune de France)
Auteur : Robert Merle
Date de parution : 1977
Editeur : Le livre de poche
Première page de Fortune de France
« La noblesse de ma famille ne compte pas ses huit quartiers. Elle ne commence qu’avec mon père. Je le dis sans
vergogne aucune. On pense bien que si je voulais déguiser, je ne commencerais pas ce récit. J’ai dessein de l’écrire tout droit, sans dévier, comme on trace un sillon.
M. de Fontenac, parmi les vilenies qu’il répandait sur notre compte, osait prétendre que mon arrière-grand-père, comme M. de Sauve, avait été laquais : mensonge que je lui ai fait rentrer dans la gorge.
Comme chacun sait, M. de Sauve a dû sa place de ministre autant à sa merveilleuse habileté qu’à la carrière que fit sa femme au service de la reine Catherine dans les couchettes des princes du sang. Notre famille n’est pas montée si haut, ni par de tels moyens. Elle n’est pas non plus venue de si bas, encore qu’il n’y ait pas de honte, je trouve, à être laquais, si c’est là que la peur de mourir de faim peut vous conduire un pauvre drole. »
Extrait de : R. Merle. « Fortune de France. »
Cinq solutions pour en finir par Dominique Douay

Fiche de Cinq solutions pour en finir
Titre : Cinq solutions pour en finir
Auteur : Dominique Douay
Date de parution : 1978
Editeur : Denoël
Première page de Cinq solutions pour en finir
« Hier, je m’appelais Léo le Lion et j’avais trente-trois ans.
Aujourd’hui – aujourd’hui, j’en ai encore trente-trois, et je m’appelle toujours Léo le Lion. Étrange, non ?
Ah ! j’oubliais. La nuit dernière n’était pas une nuit comme les autres. C’était la Nuit du Changement.
— Que le Changement te soit agréable et profitable, murmura Labelle La Belle avec une nuance de regret dans la voix.
— C’est ça, bon Changement, répondit Léo, sarcastique.
Elle leva les yeux vers lui, lui sourit tristement : « C’est la vie… »
« C’est la vie. » Cette constatation ne lui apportait aucun réconfort, mais il se força à lui sourire en retour. Autant ne pas rendre l’instant plus pénible encore… »
Extrait de : D. Douay. « Cinq solutions pour en finir. »
Car les temps changent par Dominique Douay

Fiche de Car les temps changent
Titre : Car les temps changent
Auteur : Dominique Douay
Date de parution : 2014
Editeur : Les moutons électriques
Première page de Car les temps changent
« Hier, je m’appelais Léo Le Lion et j’avais trente-trois ans.
Aujourd’hui… – aujourd’hui, j’en ai toujours trente-trois et je continue de m’appeler Léo Le Lion. Étrange.
Étrange, oui. Car la nuit dernière n’était pas une nuit comme les autres. C’était la Nuit du Changement.
The order is
Rapidly fadin’
And the first one now
Will later be last
For the times they are a-changin’
Le patron respectait la clientèle : il attendit donc que la voix du chanteur s’éteigne pour couper le courant du jukebox. La téloche grésilla cinq bonnes secondes puis l’écran fut parcouru par les vagues d’une écume grisâtre.
– Hé, Paulo ! Faudrait que tu penses à changer ta télé ! lança quelqu’un du fond de la salle, au milieu des rires et des conversations.
– Tu parles ! répondit Paulo (qui d’ailleurs ne s’appelait certainement pas Paulo, mais à Paris on appelle comme ça tous les patrons de bistrots. Paulo mon Poteau. C’est plus simple : si on devait se souvenir de tous les noms…). Tu parles, à moins une du Changement ! Mon successeur s’en occupera – ou alors il fera avec jusqu’au Changement suivant, à lui de voir… »
Extrait de : D. Douay. « Car les temps changent. »
Brume de cendres par Dominique Douay
Fiche de Brume de cendres
Titre : Brume de cendres
Auteur : Dominique Douay
Date de parution : 2016
Editeur : Les moutons électriques
Première page de Brume de cendres
« Elles reviendront. Les Nuées Noires sont toujours revenues, toujours. À chaque fois plus fortes, détruisant à chaque retour plus de mondes…
— Quelques dizaines sur des milliards de milliards de Terres, Très-Haut, trop peu pour que ces destructions puissent affecter vraiment la Protée !
— Pour le moment, Nazim, pour le moment ! »
Nazim, Grand Intendant de la Bibliothèque, a vécu trop longtemps dans l’entourage de la Sapience pour ignorer que, dans tout discours, il y a les mots et la musique des mots. Les mots… ils portent en eux une signification que tout un chacun est capable de saisir en s’aidant au besoin de lexiques ou de dictionnaires. Mais la musique, l’agencement des mots au sein du discours, la façon dont ils sont prononcés, c’est bien autre chose : cette musique permet l’accès à d’autres niveaux de compréhension, chaque niveau correspondant à un grade de l’initiation qui mène à la Sapience. De cette initiation, Nazim n’a suivi que les premières étapes, mais le ton employé par le Sage d’entre les Sages est tout à fait clair, même pour un profane à peine dégrossi : il signifie que, sur ce point au moins, la discussion est close. »
Extrait de : D. Douay. « Brume de cendres. »
La femme en gris par Walker G. Everett

Fiche de La femme en gris
Titre : La femme en gris
Auteur : Walker G. Everett
Date de parution : 1935
Traduction : Mais-Encore.fr
Editeur : Mais-Encore.fr
Première page de La femme en gris
« Bill était à un dîner chez les Carter quand le sujet fut abordé pour la première fois — un dîner auquel il ne serait jamais allé s’il avait pu se trouver la moindre excuse valable. Sarah Carter recevait une amie venue de la côte Est, une ancienne camarade de classe, ou quelque chose dans ce goût-là. Bill s’était retrouvé assis à côté d’elle. La jeune femme passa une bonne partie du repas à énumérer les personnes qu’elle ne pouvait pas encadrer.
— Et elles sont allées raconter partout en ville, enrageait-elle, que c’était moi qu’on avait surprise dans ce tripot routier, et que je portais une perruque rousse pour ne pas être reconnue ! Oh, ce que j’aimerais me venger d’elles… Ce sont les créatures les plus détestables qui soient. Tu n’as pas une idée à me suggérer ? »
Extrait de : W.G Everett. « La femme en gris. »
La première d’Ashley par Eddy C. Bertin

Fiche de La première d’Ashley
Titre : La première d’Ashley
Auteur : Eddy C. Bertin
Date de parution : 1971
Traduction : Mais-Encore.fr
Editeur : Mais-Encore.fr
Première page de La première d’Ashley
« Pour un acteur, il n’est pas d’horreur comparable à celle de se sentir se désintégrer sur scène…
Il franchit le seuil du café en trébuchant et s’adossa lourdement au mur. Durant quelques secondes, il dut fermer les yeux pour échapper au violent maelström de lumière qui l’engloutissait en vagues colorées. L’obscurité était désormais derrière lui, telle une protection encore tentante. Comme il aurait été facile de lâcher prise, d’abandonner son dernier ancrage au monde pour se noyer dans les eaux sombres de la nuit.
Mais non ! Il devait tenir bon. Il lui fallait accepter cette faiblesse et cette douleur pour mieux les combattre. Lentement, il rouvrit les paupières, laissant la lumière s’infiltrer par éclats minuscules, comme autant de dagues scintillantes plantées dans ses pupilles. Il attendit de contrôler pleinement chacun de ses muscles avant de risquer le moindre pas. Prudence… murmura une voix intérieure, un souffle à peine perceptible. Sois très prudent. »
Extrait de : E.C Bertin. « La première d’Ashley. »